DE L INCARNATION
PREMIER JOUR
PREMIÈRE CONTEMPLATION
Lt première contemplation est celle de. l'Incarnation: elle renferme l'oraison préparatoire, trois préludes, trois points etuu colloque.
L'oraison préparatoire ordinaire.
Le premier prélude consiste à se rappeler l'histoire du mystère que l'on doit contempler. Ici, je me rappellerai comment les trois Personnes divines, contemplant la surface de la terre couverte d'hommes, et voyant que tous se précipitent en Enfer, décrètent, dans leur éternité, que la seconde Personne de l'auguste Trinité se fasse homme pour sauver le genre humain ; et comment ce mystère s'accomplit, lorsque dans la plé nitude des temps l'archange Gabriel fut envoyé à Marie. (F. les Mystères) (1).
(1) On pourrait se demander pourquoi saint Ignace, qui renvoie de cet endroit à Ja série des Mystères placés à la fin des Exercices, propose et développe, dans cette contemplation et dans celle de la Nativité, trois points dans lesquels il recommande de considérer : premièrement, les personnes; secondement, leurs paroles; troisièmement, leurs actions. Le Directoire (eiiap. xix, paragr. 5 et (i) répond à cette question et donne une méthode au moyen de laquelle l'homme le plus ignorant, pourvu qu'il ne manque pas de lionne volonté, peut, avec autant de facilité que de fruit, méditer sur les mystères de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Voici ses paroles : ^Ce qui nous est recommandé, nous dit-il, dans la méditation .* l'Incarnation et de la Nativité, de contempler les personnes,
Le second prélude est la composition de lieu. Ici, je me représenterai l'immense étendue de la terre, peuplée de tant de nations diverses ; puis je considérerai en particulier la maison et la chambre de Notre-Dame dans la ville de Nazareth, en Galilée.
Le troisième prélude est la demande de ce que l'on veut obtenir. Dans la contemplation présente, je demanderai la connaissance intime du
d'écouter leurs paroles, de considérer leurs actions, doit s'entendre conformément à l'ordre suivi dans la série des Mystères. 11 faut donc, il est vrai, considérer ces trois choses, les personnes, leurs paroles, leurs actions dans chacun des trois points, mais dans leur ordre naturel : et il n'est pas nécessaire de s'arrêter à voir d'abord toutes les personnes, puis à entendre toutes leurs paroles, puis à considérer toutes leurs actions. Ce mode, surtout dans quelques méditations, pourrait causer de la confusion. Saint Ignace a donc prétendu seulement donner une méthode générale, applicable à chaque point de la méditation, voulant que notre attention se portât d'abord sur les personnes dont il est question dans le point que nous méditons; puis sur leurs paroles, si elles précèdent les actions, ou sur les actions, si elles précèdent les paroles. Le premier point ainsi terminé, on passera au second, en suivant la même méthode. » — « Au reste, ajoute le Directoire (paragr. 7), quoique dans cet endroit il ne soit fait men tion que de trois points, il n'est nullement défendu d'en ajouter de supplémentaires, et de méditer, par exemple, sur les pensées et les affections intérieures des personnes, sur leurs vertu;-, et principalement de considérer le mode et la fin des mystères, leur cause, leurs effets, le temps et les autres circonstances, afin que la méditation soit plus féconde et les fruits plus abondants. » Donc, ce que dit l'auteur des Exercices, dans les points suivants, de la considération des per- •onnes, de leurs paroles et de leurs actions, doit moins se regarder comme Y ordre que comme la matière de la méditation.
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Seigneur qui s'est fait hommi pour moi, afin de l'aimer avec plus d'ardeur et de le suivre avec plus de fidélité (1).
Il faut, remarquer que l'oraison préparatoire doit se faire cette semaine et les suivantes telle qu'elle se trouve au commencement du premier Exercice de la première semaine, sans y rien changer. On fera de même les trois préludes, mais en les modifiant selon le sujet que l'on médite.
Dans le premier point, je verrai successivement les personnes. Premièrement, les hommes qui sont sur la terre, si divers (2) de costumes et
(1) Appliquons-nous à bien comprendre la double grâce que l'on nous enseigne à demander dans ce prélude, puisque nous devons la demander dans toutes les contemplations de cette semaine. Or, cette grâce si précieuse, c'est de connaître intimement, c'est d'aimer plus ardemment, c'est, conséquence nécessaire, d'imiter plus fidèlement Notre-Seigneur Jésus-Christ. La connaissance intime du Sauveur des hommes, scn amour et l'imitation de ses vertus, tel est le but de cette semaine tout entière; tel est le fruit que nous devons nous efforcer de recueillir en méditant tous ces mystères.
(2) Si divers; littéralement : en une si grande diversité. — Gardons-nous de regarder cette énumération comme inutile, ou tout au plus comme propre à aider notre imagination. L'auteur des Exercices, en nous mettant sous les yeux eette variété d'hommes de toute espèce, les uns blancs, les autres noirs, etc., mais tous d'une même nature, mais tous créés pour une même fin, mais tous ayant un même Sauveur, le Fils de Dieu fait homme, veut nous embraser d'un zèle universel, et nous inspirer le désir d'être utiles à tous sans exception. — De même, la considération de la paix et de la guerre, des folles joies et des pleurs, nous met sous les yeux les vicissitudes de la vie humaine, le* fruits amers des affections coupables, les tristes ef-
de visages : les uns blancs, les autres noirs ; les uns en paix, les autres en guerre ; les unspleu-
fets du péché dans tout le genre humain, enfin toutes les misères des infortunés enfants d'un père rebelle: spectacle bien propre à nous faire sentir profondément combien grande a été la miséricorde de notre charitable Rédempteur, et combien -slle nous était nécessaire! Saint Ignace, dans ces points ou il offre à notre contemplation les personnes, leurs paroles, leurs actions, nous dépeint les hommes tels qu'ils seraient sans le bienfait de la rédemption, tels hélas ! que sont encore un grand nombre, par la dépravation de leur esprit et de leui cœur; afin que, la vue de la grandeur du mal nous mettant à même de mieux connaître et d'apprécier plus justement ce bienfait, nous nous sentions plus efficacement portés à l'amour de notre Rédempteur. Si le saint auteur n'eût pas tracé lui-même, et assez au long, ce tableau de la dépravation de l'homme et des maux sans nombre du genre humain, il est assurément peu et très-peu de personnes à qui les pointg abrégés placés à la fin du livre des Exercices en eussent fait naître la pensée. Cependant, tout ce qui se trouve ici sort naturellement du premier point de la contemplation de l'Incarnation. On nous dit, en effet, de contempler l'Ange envoyé de Dieu à Marie pour lui annoncer le mystère de l'Incarnation. De là la pensée de la rédemption du monde; du monde plongé dans l'ignorance et assujetti aux passions les plus dégradantes du monde dont je contemple les personne*, dont j'entends les paroles, dont je vois les actions.
« Le monde, me dirai-je à moi-même, c'est-à-dire les hommes. — Nous sommes tous les enfants d'un même père, — d'un père grand autrefois, mais que sa prévarication a détrôné, d'un père qui ne communique la vie qu'à des enfanta dégénérés. — Dégradation déplorable! Que serait-ce donc si un Rédempteur ne nous avait été donné!
a La Rédemption, il est vrai, a été promise dès le commencement du monde; mais les hommes oublient bientôt leur Créateur. Us oublient les châtiments du Ciel, — les eaux du déluge, le feu de Sodome. — Une famille est choisie pour être la dépositaire des promesses, et l'origine d'un peuple que Dieu appellera son peuple. — Mais, dans la suite des temps, com-
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rant, les autres riant ; les uns sains, les autres malades ; les uns naissant et les autres mourant. Secondement, je verrai et je considérerai les trois Personnes de la sainte Trinité, assises sur le trône royal de la divine Majesté ; comme elles regardent tout cet univers et les nations (1) plon-
b«en de fois le peuple choisi n'est-il pas un peuple infidèle ?
Maintenant même, après la naissance, la \ie et la mort du Sauveur, quelle est la conduite des hommes? — Quelle est la nôtre?
« Les uns en guerre. — C'est la fureur, c'est la cruauté. — Les autres jouissant de la paix. — C'est l'oisiveté, c'est le luxe, c'est la volupté : désordres qui accompagnent ordinairement l'abondance des biens de la terre. Les uns pleurant, — et c'est le plus grand nombre; mais la plupart sans aucun mérite, et sans que leur attache au péché leur permette de trouver un remède à leur douleur. Les autres riant, — se livrant à des joies vaines, aux joies honteuses des plaisirs infâmes, des spectacles, des danses, des festins licencieux, de l'ivresse. Insensés que le chagrin attend à la fin de leurs joies coupables : « Ex tréma gaudii luctus occupât. » (Prov. xiv, 13.) Les uns naissant — dans la misère et dans les larmes; les autres mourant — dans la douleur, dans les angoisses, dans le désespoir; et, entre la naissance et la mort, ceux qui vivent méconnaissant leur premier principe, et oubliant leur dernière fin ; occupés tout entiers à satisfaire leurs insatiables désirs. Tels sont les hommes qui couvrent la terre. Dans leur aveuglement et leur fureur, ils se précipitent vers l'abime : et moi-même, vivant au milieu d'eux, je serais aveugle avec les aveugles, insensé avec les insensés, sans la miséricorde de mon Rédempteur!
Cette considération de la dépravation et des maux du genre humain est d'une utilité si grande que, quand bien même elle nous prendrait l'heure entière de cet Exercice, nous nt déviions nullement regretter notre temps et notre peine.
(1) Les nations. — Dieu voit donc tous les hommes eu général, et chacun d'eux en particulier, vivant dans un si grand aveuglement et se précipitant dans les enfers. Oui, tous et cha-
gées dans un aveuglement profond, et comme elles voient les hommes mourir et descendre en Enfer.. Troisièmement, je verrai Notre-Dame (1) et l'Ange (2) qui la salue; puis je réfléchirai (3),
cun d'eux se. précipitant en enfer ; parce que, dans cet endroit, nous con-idérons les hommes abstraction faite du bienfait de la Rédemption, c'est-à-dire tels qu'ils seraient, tels qu'ils auraient dû être pendant la vie, et à la mort, et après la mort éternellement, ^ la bonté divine ne leur eût envoyé un Sauveur.
(1) Notre-Dame, — qui, plus que toutes les créatures, sut plaire au Très Haut, toute pauvre et inconnue qu'elle était au monde, quoique fiancée à un ouvrier pauvre, et vivant méprisée du reste d^s Juifs, dans une petite vilie de Galilée, d'où il ne pouvait sortir rien de bon : « A Nazareth jtotcst aliquid boni esse? » (Joann. i, 46.) Mais combien ne nous paraitelle pas digne de vénération celle qu'un Ange salue, celle que le Tout-Pui.-sant honore, et honore de la sorte 1 Les services et les honneurs que les mortels peuvent rendre à cette Vierge seront-ils jamais comparables à l'honneur que Dieu môme daigne lui faire? Il est vrai qu'elle fut troublée en entendant ses louanges, elle qui plus lard ne ressmlira aucun trouble lorsque son divin Fils lui adressera des paroles dures en apparence. -Mais l'Ange la rassure et lui dit : Ne craignez point, 6 Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu : « Ni limeas, Maria, invenisti enim gratiam apud Deum. » (Luc. I, 30.) 0 heureuse Marie 1
(2) L'Ange, — Un des principaux chefs de la milice céleste ne regarde pas comme indigne de lui, ne juge pas au dessous de sa dignité, de porter un message à une vierge d'Israël quoique le résultat de celte ambassade soit l'exaltation, non de la nature angélique, mais de la nature humaine.
(3) Je réfléchirai afin de tirer de l'utilité. — Celte réflexion, qui sera toujours accompagnée ou suivie de quelque conclusion pratique, doit se faire à tous les points de la méditation, et même à toutes les divisions principales de chacun des points. Le fruit de ces réflexions peut varier à l'infini, et est différent selon l'état actuel de la personne qui fait la contem-