‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 44 sur 147 · APPLICATION DES CINQ SENS · texte numérisé non relu

APPLICATION DES CINQ SENS

ludes, il sera utile (t) d'exercer les cinq sens de l'imagination sur les mystères de la première et de Ja seconde contemplation, de la manière suivante :

Dans le premier point, je verrai des yeux de l'imagination (2) les personnes, méditant et contemplant, dans le détail, les circonstances dans lesquelles elles se trouvent, et tâchant de tirer de cette vue quelque profit.

Dans le second point, j'entendrai, à l'aide de l'imagination, ce qu'elles disent ou peuvent dire, réfléchissant en moi-même pour en tirer quelque profit.

Dans le troisième, je m'imaginerai sentir, res-

un signe, sont pour elles d'un grand prix, et "un accroissement intarissable de consolation et d'amour.]

(1) II sera utile. — Personne ne doute qu'il n'eût recueilli de très-grands fruits spirituels, s'il lui eût été donné d'assister à la naissance du Sauveur et à l'accomplissement de. ses autres mystères. Pensons donc que l'application des sens produira en nous quelques-uns de ces heureux effets, si nous y apportons une foi vive, un esprit attentif et diligent.

(2) Je verrai. — Voir marque moins d'application, et par conséquent plus do. facilité et de douceur que regarder. 11 faut quelquefois des efforts, et des efforts qui vont jusqu'à la fatigue, pour regarder : il n'en faut jamais pour voir. Cette re« marque est d'autant plus nécessaire que l'Exercice de l'application des sens, dans l'intention de saint Ignace, doit exiger moins de contention. C'est pour cela qu'il le place toujours en dernier lieuj avant le souper et après tous les autres Exercices dans un moment où l'on peut et l'on doit croire que> l'esprit du retraitant commence à se ressentir des fatigues de la journée. 11 faut donc viser, par-dessus tout, à faire cette, application avec douceur et sans aucune contention d'esprit.

pirer et goûter (1) la suavité et 1a douceur infinies de la Divinité, de l'âme, de ses vertus et de tout le reste, selon la personne que je contemple, réfléchissant en moi-même et «l'efforçant d'en retirer de Futilité.

Dans le quatrième, j'exercerai le sens du toucher (2), embrassant, par exemple, et baisant les endroits où marchent, où reposent les personnes que je contemple, tâchant toujours de le faire avec prolit.

Je terminerai par un colloque, comme dans la première et la seconde contemplation, et par l'Oraison dominicale.

(1) Respirer et goûter. — C«s deuv sens, que l'on réunit ici, se rapportent uniquement au sentiment ; niais le second, de plus près et plus immédiatement que le premier. Ce sentiment est, ou celui de la délectation et de l'amour spirituel, ou, dans le sens opposé, celui de l'horreur, de l'aversion, dudégoût, de la haine ; car nous pouvons appliquer ces Jeux sens intérieurs, non-seulement aux objets saints, mais encore aux objets contraires : dans cette méditation, par exempta, au monde, aux hommes du monde, à leurs crimes, aux eliâtimeuts qu'ils méritent; et le sentiment que nous en éprouverons sera nécessairement celui que produirait sur nos sens corporels ce qu'il y a de plus infect et de plus amer.

(2) Le sens du loucher. — L'auteur des Exercice.8 n'indique comme objet du loucher que les lieux, non les vêtements, moins encore les personnes. Si donc un mouvement de dévotion tendre portait une âme d'une grande pureté à donner aux personnes des témoignages plus affectueux de son amour, qu'elle se souvienne que cela ne doit se faire, selon le sage avertissement du Directoire (cap. xxi, n. 1), qu'avec un sentiment mêlé de respect, de réserve et de crainte. C'est alors qu'il faut se rappeler les paroles du Psalmiste : Ils tonifieront prosternés devant lui... et leur langue s'attachera à la terre ,-, « CV ram illo pwadcnt... et terram lingent. » (Ps. lxxi, 9.)

HEMARQr"S.

Première remarque. On aura soin, cette semaine et les suivantes, de ne lire aucun mystère rjue l'on ne doive contempler dans la journée ou à l'heure même, de peur que la considération de l'un ne nuise à celle de l'autre.

Deuxième remarque. Le premier Exercice, qui est la contemplation de l'Incarnation, se fera au milieu de la nuit ; le second, au commencement du jour; le troisième, à l'heure de la messe ; le quatrième, à l'heure de vêpres, et le cinquième, avant le souper. Chacun de ces Exercices durera une heure. Tel est l'ordre que l'on suivra désormais.

Troisième remarque. On fera attention quesi la personne qui fait les Exercices est d'un âge avancé ou d'une santé faible, ou, bien que robuste, si elle se trouve en quelque manière affaiblie par les Exercices de la première semaine ; il sera mieux, celte seconde semaine, qu'elle s'abstienne, au moins quelquefois, de se lever au milieu de la nuit. Elle fera alors une contemplation le matin, une autre à l'heure de la messe, et une troisième (1) avant le dîner; puis une ré-

(1) Une autre... et une troisième. — Ces paroles prouvent évidemment que l'intention formelle de saint Ignace est que l'on fasse cinq Exercices, quand même on ne se lèverait pas au milieu de la nuit. Le défaut de clarté de la version Vulga'.e a donné lieu à quelques-uns d'en douter. 11 est cependant regardé comme utile quelquefois de n'en faire que quatre, in second au quatrième jour inclusivement. Voyez note 4 p 177

178 tECO.NDli &1.MAINB.

pétition de ces trois Exercices à l'heure de vêpres, et l'application des sens avant le souper.

Quatrième remarque. Dans celle seconde semaine, on modifiera de la manière suivante Ja deuxième, la sixième, la septième et la dixième des additions de la première semain

Deuxième addition. Aussitôt que je serai réveillé, je me mettrai devant les yeux la contemplation que je dois faire, excitant en moi un vif désir de connaître davantage le Verbe incarné, pour le suivre de plus près et le servir avec plus de fidélité.

Sixième addition. Je rappellerai fréquemment à ma mémoire la vie et les mystères de Jésus- Christ, notre Seigneur, depuis son Incarnation jusqu'au mystère que je contemple actuellement.

Septième addition. Je choisirai la lumière ou les ténèbres; je profiterai de la sérénité ou de l'obscurité du ciel, autant que j'espérerai en retirer de l'utilité pour trouver ce que je désire.

Dixième addition. Celui qui fait les Exercices doit s'efforcer de se conformer à la nature des mystères, qu'il contemple; car quelques-uns demandent des sentiments et des œuvres de pénitence, et d'autres ne les exigent pas. Enfin, on observera les dix additions avec beaucoup de soin.

Cinquième remarque Dans les Exercices autres que celui du milieu de la nuit et du matin, on fera l'équivalent de la deuxième addition de la manière qui suit : quelques instants avant l'heure de l'Exercice que je suis sur le point de faire, je

SECOND JOUR. 177

me représenterai où je vais et devant qui je dois paraître ; puis, je repasserai brièvement le sujet que je dois méditer ou contempler, et, après avoir fait la troisième addition (1), je commencerai mon Exercice.

SECOND JOUR

La première contemplation du second jour sera la Présentation , au temple (2) ; la seconle, la Fuite en Egypte comme en un lieu d'exil (3). Ou fera sur ces deux contemplations deux répétitions et l'application des sens, de la même manière que le jour précédent.

Quoique celui qui fait les Exercices ne manque ni de force corporelle ni de dispositions spirituelles, il lui sera quelquefois utile, pour trouver plus efficacement ce qu'il désire, de diminuer le nombre des Exercices depuis ce second jour jusqu'au quatrième inclusivement (4). Il pourra donc ne faire

(1) Voyez la troisième addition, ncte 1, p. 81.

(2) Voir les Mystères. — (3) Hid.

(4) Depuis ce second jour jusqu'au quatrième inclusivement. — C'est donc ici que saint Ignace permet ou conseille de ne faire que quatre Exercices. Cette concession ne s'étend, comme on le voit, qu'à trois jours, elle n'est utile que quelquefois, et il y a cinq Exercices assignés pour ceux à qui elle ne le serait pas. 11 ne faut donc pas la généraliser, moins encore l'étendre à toute cette sen.aine et aux suivantes, comme le fait, après Frusius, l'abbé Clément. (Voyez note 1, page 175.) Âlais pourquoi l'auteur des Exercices permet ou conseille-t-il cet adoucissement pendant ces trois jours plutôt qu'en un autre temps ? Afin sans doute que l'esprit moins fatigué entreprenne avec plus de courage l'importante affaire de l'élection, qui commence le cinquième jour de cette semaine, c'est-à-dire immédiatement après les trois jours dont nous parlons.

qu'une contemplation le matin et une autre à l'heure de la messe. Il les répétera à l'heure de vêpres, et appliquera les sens avant le souper.

Page 1