‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 49 sur 147 · LES DEUX ÉTENDARDS · texte numérisé non relu

LES DEUX ÉTENDARDS

Dans le second point, je considérerai comment il appelle autour de lui des démons innombrables; comme il les répand, les uns dans une ville (1), les autres dans une autre, et ainsi dans tout l'univers, n'oubliant aucune province, aucun lieu, aucune condition, aucune personne en particulier.

Dans le troisième point, j'écouterai le discours qu'il leur adresse, comme il leur ordonne avec menaces (2) de jeter des filets et des chaînes. Ils

ténèbres épaisses, troubles sans Qn ; peinture fidèle de l'esprit mauvais tel qu'il est, mais non tel qu'Use manifeste aux hommes. Irréconciliable ennemi de notre nature, il prend les dehors d'un ami, il dissimule ses desseins perfides, il étale l'apparence trompeuse des riches?es, des honneurs, et le reste. Mais, quelque habile qu'il soit dans l'art de feindre, il se trahit luimême par les effet-; que ses opérations secrètes produi;ent dans les âmes. Ces effets sont en harmonie avec le portrait du séducteur. Babylone, c'e^t la ville de confusion; un trône, c'est l'orgueil; le feu, c'est l'agitation incessante; la fumée, ce sont les ténèbres; l'ensemble, c'est l'horreur, et l'horreur qui va jusqu'à la terreur : expressions qu'il ne faut pas confondre. Le portrait de Jésus-Christ est bien différent. Confrontez avec ce passage les règles du discernement des esprits. (Voir ciaprès.)

(1) Les uns dans une ville. — Cette énumération marque bien le zèle diabolique de Lucifer à distribuer ses émissaires innombrables dans tous les endroits de l'univers, son attention calculée à tenter tous les hommes, et non-seulement à n'en oublier aucune classe, mais à ne laisser échapper individuellement personne dans toutes les classes. En sorte qu'il n'est rigoureusement aucun homme, dans quelque état, dans quelque endroit du monde que ce puisse être, qui ne doive être continuellement sur ses gardes, et veiller sans cesse sur lui-même.

(2) Comme il leur ordonne avec menaces. — Textuellement, comme il les admoneste. Ce mot caraît exprimer la rage de

doivent tenter les hommes, en leur inspira ni d'abord le désir des richesses, comme il fait le plus souvent lui-même, afin de les conduire plus facilement à l'amour du vain honneur du monde, et de là à un orgueil sans bornes (1). De sorte que

Lucifer et la dureté de son commandement. C'est ainsi qu'il convient au chef des démons de parler à ses sujets. Il est vrai que déjà le désir de nuire est allumé dans leurs cœurs par une haine implacable ; mais Luciferne ditjamais : C'estassez. U enflamme donc de plus en plus ce désir par des remontrances et des menaces.

Vous voyez dans Lucifer un tyran : il convoque tumultueu sèment une assemblée, — il propare des filets et des chaînes, — il harangue avec dureté ses suppôts, — il leur ordonne de tenter tous les hommes; tout respire la tyrannie et la violence. Jésus-Christ au contraire est un Roi pacifique; ses paroles, sa démarche, ses traits, tout en lui est aimable. (V. note i, p. 189.)

(1) Un orgueil sans bornes. — Textuellement: Un grand orgueil, un orgueil accru, devenu grand par de nouveaux accroissements. (Note 1 , p. 68.) L'ancienne version ms. porte un orgueil arrogant. L'orgueil est donc le dernier degré* ou le terme de la tentation. Le second degré n'est pas, à proprement parler, le désir immodéré des honneurs du monde: ce désir immodéré dit trop, et ne se distingue pas assez de l'orgueil; c'est un désir simplement, un certain désir du vain honneur du monde, désir que les richesses, ou le premier degré de tentation, font naître naturellement dans nos cœurs. Le moyen de séduction employé par Lucifer consiste donc à nous porter au désir plus ou moins vif, à la recherche plus ou moins empressée d'objets en eux-mêmes indifférents, tels que sont les rishesseset les honneurs, mais dont la passion est toujours dangereuse et souvent mortelle. Car il est certain que quiconque »e laissera dominer par cette passion, dans quelque état qu'il se trouve, éprouvera bientôt dans son cœur, comme ayant placé sa lente dans le camp de Lucifer, le trouble, les ténèbres, l'agitation, la confusion, l'effroi. S'il est dans l'état de perfection, il l'abandonnera; s'il est dans l'état ordinaire, jamais il

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