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le premier degré de la tentation, ce sont les ri chesses; le second, les honneurs; le troisième, l'orgueil ; et de ces trois degrés il porte les hommes à tous les autres vices.
A l'opposé, on se représentera également le Chef souverain et véritable, qui est Jésus-Christ, notre Seigneur.
Dans le premier point, je considérerai comment Jésus-Christ, notre Seigneur, se tient en un lieu humble, dans une vaste plaine des environs de Jérusalem, beau et plein de grâce.
Dans le second point, je considérerai comment le Seigneur du monde entier choisit un si grand nombre de personnes, les Apôtres, les disciples
n'y deviendra parfait. C'est donc avec justesse que saint I?naee donne aux richesses et aux honneurs les noms de filets et de chaînes. — De plus, Lucifer nous montre ces biens passagers et trompeurs sous l'apparence de biens véritables ; et, quoiqu'il ne soit nullement en son pouvoir de les donner aux mortels, ou de leur en faciliter l'acquisition, il ne laisse pas d'exciter en eux un désir qui devient enfin si vif, une soif si ardente de ces biens, qu'ils se persuadent, pour leur tourment, qu'ils ne peuvent manquer d'obtenir bientôt l'objet de leurs vœux les plus passionnô, pourvu qu'ils ne :e manquent pas à euxmêmes. — Que celui qui fera cet Exercice considère attentivement l'étrange aveuglement des hommes. L'expérience funeste de tant de siècles, attestée par les monuments les plus authentiques, des millions d'infortunés que Satan a séduits ef trompés, ne suffisent pas pour leur faire connaître ses artifices. Sans cesse ils continuent à désirer et à poursuivre ces biens trompeurs comme les seuls véritables, souvent sans succès, e1 sans autre résultat que de se laisser envelopper dans les filets et dans les chaînes de leur ennemi, qui les entraîne à leur perte éternelle.
et tant d'autres (1), et comment il lesenvoie dans tout l'univers répandre sa doctrine sacrée parmi 'es hommes de tous les âges et de toutes les con^ ditions.
Dans le troisième, j'écouterai le discours que Jésus-Christ, notre Seigneur, adresse à tous ses serviteurs et à tous ses amis qu'il envoie à cette expédition (2). Il leur recommande d'aider tous
(1) Les Apôtres, les disciples... — Saint Ignace ne fait pas mention des bons anges que Jésus-Christ envoie pour exercer auprès des hommes un ministère de salui, et que nous pouvons croire, sans aucun doute, plus nombreux que les émissaires de Satan. Il est vrai que, s'il en était parlé dans cet endroit, le second point de cette seconde partie répondrait d'une manière plus complète au second point de la première; mais le but direct de cet Exercice ne le demandait pas. Cependant, rien ne nous empêche d'opposer la mission des bons anges à celle des mauvais anges : celte considération est toute de nature à augmenter le courage des hommes apostoliques. On pourra de même, dans le second point de la première partie, se représenter combien il se trouve parmi les hommes d'affidés de Satan, d'auxiliaires des démons dans leur expédition vraiment infernale. Mais, si nous méditons sur les anges que Notie-Seigneur envoie travailler au salut des âmes, il faudra se rappeler et leur appliquer ce qui a été dit des mauvais anges dans la première partie, qu'ils sont envoyés à tous les h- mmes, en sorte que pas un seul, ne soit privé de leur sec urs; ce que saint Ignace ne pouvait dire en ne parlant que des h mmes choisis par Jésus-Christ pour cette entreprise. Celle observation est nécessaire, aliu de repousser jusqu'à la pietnière idée d'une pensée que l'on ne peut pas même envi- M.ei, et qui repiésenterait le démon plus actif à perdre les tmuiines que le Fils de Dieu à les sauver.
(2) Expédition. — Terme de guerre, aussi bien que celui de journée qui est textuel. L'ancienne version ms. dit légation ou ambassade. [Nous sommes les ambassadeurs de Jésus-Christ, tt c'est Dieu oui vous parle par notre bouche, écrivait eaint Paul
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les hommes (1), en les attirant premièrement à une entière pauvreté (2) spirituelle, et non moins
aux Corinthiens : pro Christo legatione fungimur, tanquaii Deo exhortante per nos. (II Cor. v, 20.)]
(1) // leur recommande. — Langage bien en rapport avec la douceur du Sauveur des hommes ; il pouvait ordonner, il recommande. — Et plus bas : de les attirer. Comment? Avec douceur, par la persuasion. Les satellites de Lucifer, qui ne présentent aux hommes que les amorces séduisantes des sens, les prennent, comme des animaux privés de raison, dans des pièces, des filets, des chaînes; mais les disciples de Jésus- Christ, qui ont pour but d'éloigner les hommes des objets sensibles, pour les porter aux choses spirituelles, doivent les attirer et les persuader par la raison. Mais quels seront leurs arguments? Us leur exposeront les principes de la méditation fondamentale, les méditatious de la première semaine, et surtout ils leur développeront les raisons que l'on peut tirer des Exercices que nous avons déjà médités dans celte seeonde semaine, sur la pei>oime et les exemples du Sauveur.
Voyez, du reste, un contraste frappant entre le portrait de Jésus-Christ et celui de Lucifer. Lucifer est horrible et épouvantable : JJsus-Christ est beau et aimable. Celui-là convoque tumultueusement ses satellites; celui-ci choisit avec calme des disciples et des amis. Celui-là disperse les siens; celui-ci les envoie. Celui-là avertit avec menaces, commande de tenter, veut que Ton prépare des filets et des chaînes ; celui-ci recommande de vouloir aider tous les hommes, en les persuadant par la douceur. — De quel doux éclat ne brillent pas la bénignité et l'humanité du Sauveur, mises en parallèle avec la tyrannie de Lucifer? On peut le dire, saint Ignace ne s'est pas contenté de nous donner une idée parfaitement juste de l'esprit de Lucifer et de celui de Jésus-Christ: il nous en a fait deux tableaux.
(2) A une entière pauvreté. — Saint Ignace s'attache à nous recommander de porter tous les hommes à une parfaite pauvreté spirituelle, comme il prescrit, dans le colloque, à celui qui fait les Exercices, de la demander. La parole du Seigneur est véritable : Si quelqu'un d'entre vous ne renonce pas, au moins d'affection, à tout ce Qu'il possède, absolument à tout,
à la pauvreté réelle, si (1) la divine Majesté l'a pour agréable et veut les appeler à cet état; se* condement, au désir des opprobres et des mépris, pnrce que de ces deux choses naît l'humilité. De sorte qu'il y a, comme au troisième point précédent, trois degrés ; le premier, la pauvreté opposée aux richesses ; le second, les opprobres et le mépris opposés à l'honneur du monde; le troisième, l'humilité opposée à l'orgueil ; et de ces trois degrés ils porteront les hommes à toutes les autres vertus.
sat>3 excepter aucune chose à laquelle le cœur puisse conserver quelque attache, il ne peut être mon disciple. « Sic ergo cmnis ex vobis qui non renuntiat omnibus quœ possidet, non potest meus esse discipulus. » (Luc. xiv, 33. )
La pauvreté parfaite, au moins d'esprit, est l'unique préservatif, la seule défense assurée contre la séduction de» richesses, il ne suffit pas de n'être point avare, il faut kair l'avarice, dit l'Écriture, si vous ne voulez pas, au moment de la tentation, et dans les occasions dangereuses, demeurer pris à ce piège de Satan. — De plus, celte méditation est comme une introduction à la vie apostolique; or il est souverainement important que celui qui se sent appelé à un genre de vie aussi sublime, ait une idée bien juste de la doctrine de Jésus-Christ sur la pauvreté parfaite, au moins affective; et qu'il se persuade que si cette vertu est nécessaire à tous les hommes, elle ne l'est à personne plus qu'à lui; que par conséquent il ne doit respirer qu'elle, et s'en pénétrer tou' entier. Sans elle, personne ne peut être le disciple de Jésus Christ, comment pourrait-on en être l'apôtre?
(1) Si la divine Majesté l'a pour agréable. — Ici encore, ainsi qne dans le colloque, la demande de la pauvreté actuelle ou effective est conditionnelle. L'élection n'est pas encore faite, et par conséquent la vocation divine n'est pas encore censée connue ^Vnvez Règne de Jésus-Christ, note i, page 157.)
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Dans un premier colloque, je demanderai à Notre-Dame, quelle m'obtienne de son Fils et Seigneur la grâce (1) detre reçu sous son étendard : premièrement, par la parfaite pauvreté spirituelle, et même, si la divine Majesté l'a pour agréable, et veut me choisir et m'admettre à cet état, par la pauvreté réelle; secondement, en souffrant les opprobres et les injures (2), afin de
(1) Dans la contemplation du règne de Jésus-Christ, nous nous offrons à la pauvreté et au mépris; ici nous les demandons comme une grâce.
(2) Pourquoi ne nous enseigne-t-on à demander dans ce colloque que les deux piemiers degrés de la perfection, la pauvreté et les mépris ? Pourquoi ne demandons-nous pas aussi le troisième, ou l'humilité ? Je réponds que l'humilité est un fruit qui croît sur le mépris et la pauvreté. Or, et cette remarque n'est pas sans importance, l'humilité est pour celui qui la possède le bien le plus doux; mais il n'en est pas de même de l'exercice de la pauvreté et du mépris qui conduit à l'humilité. Rien au contraire ne répugne à notre nature comme la pratique de ces deux vertus. C'est par conséquent sur la demande de ces deux vertr.s que nous devons surtout insister. 11 nous est plus nécessaire de demander et de pratiquer tes moyens de la vertu, je veux dire de souffrir la pauvreté, et d'endurer les mépris, que de désirw et de demander la fin, ou la vertu elle-même, c'est-à-dire l'humilité. Et, en général, il n'est point de voie plus efficace pour acquérir la perfection d'une vertu que d'estimer, que de rechercher, que d'aimer, et à raison de cette estime et de cet amour, de demander à Dieu le travail qui doit ne us mettre en possession de cette vertu, plutôt que la vertu el Jcmèine; les combats plutôt que la victoire. J'ajoute que ies pieux désirs de la vertu sont souvent sujets à l'illusion» jamais le désir des combats nécessaires pour devenir vertueux. Rien donc de plus sage que l'avis qui nous est donné dans ce colloque nar le saint auteur des Exercices.
l'imiter en cela plus parfaitement, pourvu que je puisse les souffrir sans péché de la part du prochain, et sans déplaisir de sa divine Majesté. Je terminerai ce colloque par la Salutation angel i jue.
Dans le second colloque , je m'adresserai à Notre Seigneur Jésus-Christ, pour qu'il m'obtienne de Dieu le Père la même grâce, et je réciterai la prière : Ame de Jésus-Christ.
Dans le troisième colloque, je demanderai la même grâce à Dieu le Père, le suppliant de me l'accorder lui-même, et je réciterai 1 Oraison dominicale.
Cet Exercice se fera une première fois au milieu de la nuit, et une seconde fois le matin. On en fera deux répétitions : l'une à l'heure de la messe, et l'autre à l'heure de vêpres (1), toujours en finissant par les trois colloques à Notre-Dame, au Fils et au Père. L'exercice suivant, appelé des trois classes, se fera avant le souper.
LE MÊME JODR ON FERA LA MÉDITATION DE TROIS OLASSFS D'HOMMES (2), POUR SE DÉTERMINER A SUIVRE LA PLUS PAR- FAITE.
L'oraison préparatoire ordinaire.
Le premier prélude est l'histoire qui doit ser-
(1) [Cet Exercice doit donc se faire quatre fois dans la journée, et toujours en finissant par les trois colloques. On peut juger par là de l'importance qu'y attachait saint Ignace.]
(2) De trois classes d'hommes. — De trois binaires d'hommes,