‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 51 sur 147 · LES TROIS CLASSES · texte numérisé non relu

LES TROIS CLASSES

vir de Dase a la méditation. Nous supposons ici trois classes d'hommes composées chacune de deux personnes. Toutes les trois ont acquis (1)

disent le texte espagnol et l'ancienne version ms. ; et plu. bas le mot de classes est toujours rendu par binaire. Il s'agi' ionc de classes dont chacune est composée de deux; [e* comme l'exemple est tiré du commerce, ce sont deux associés : cette précision sert à fixer l'imagination.] — Le but de cette méditation est de vaincre la répugnance de la volonté, et de se préserver de l'illusion de croire que l'on a tout fait parce que Ton a éprouvé quelque pieux désir. L'exemple proposé par saint Ignace se rapporte au premier degré de tentation, ou à l'amour des richesses, parce qu'il s'agit ici de délibérer sur le choix de l'état de pauvreté. Mais on peut, et l'on doit consulter le besoin spirituel de celui qui fait les Exercices, et appliquer cette méditation à toute affection déréglée.

[On peut de même, dit le Directoire (en. ixix, n. 7), se servir d'autres comparaisons, et supposer, par exemple, trois malades. Tous trois désirent recouvrer la santé. Le premier ne veut employer aucun remède, à cause de leur amertume; il ne peut surtout supporter l'idée de l'amputation, à cause de la douleur. Le second consent à faire usage des secours de la médecine , pourvu qu'ils ne lui causent pas une trop vive répugnance. Le troisième s'abandonne sans réserve aux médecins , et non-seultment ne redoute point la diète, mais ne craint ni le fer ni le feu, si ces moyens violents sont nécessaires.]

(1) [Ont acquis dix mille ducats. — D'une manière légitime, fait remarquer le Directoire (ch. xxix, n. 4). Autrement, il ne pourrait pas être question de conserver la somme, dont il s'agit. Le défaut peut donc avoir été un désir trop vif du gain, ou toute autre affection humaine et vicitjse.

Cette méditation semble, au premier abord, présenter la difficulté suivante : Comment se fait-il que l'auteur des Exercices, en ne supposant qu'un simple défaut de pureté d'intention, parle non-seulement d'un certain trouble de l'àme, mais encore formellement d'obstacle au salut? A cette, ob-

dix mille ducats, sans se proposer purement et uniquement le motif de l'amour de Dieu. Et elles veulent se sauver et trouver Dieu, notre Seigneur, dans la paix, en se déchargeant d'un poids qui les arrête, et en surmontant L'obstacle qu'elles

jectinn, je réponds que saint Ignace suppose une affection déréglée, et qu'une affection déréglée peut être un obstacle au salut, non toujours directement et par elle-même, mais par voie de conséquence. En effet, dans la pensée de l'auteur des Exercices, cette méditation est, avec la précédente, une introduction (p. 180) ou préparation à l'élection. Or une condition essentielle et indispensable pour faire une bonne élection est l'indifférence, à laquelle est directement opposée toute affection déréglée. 11 ne s'agit pas de savoir jusqu'à quel point elle est déréglée, i! suffit qu'elle le soit à quelque degré; car dès lors il n'y a plus indifférence, et par conséquent plus d'assurance de faire une bonne élection. Mais en ne faisant pas bien l'élection, on court risque de manquer à sa vocation ; en manquant à sa vocation, on expose son salut; donc saint Ignace suppose avec raison qu'une affection déréglée peut être un obstacle au salut.

La même méditation conserverait toute sa force quand il ne s'a<mait point de l'élection, mais seulement de la Réforme à introduire dans l'état de vie que l'on a embrassé, ou simplement da bonites résolutions. Car une affection déréglée est toujours 1° un poids qui appesantit l'âme « aggravons animam ; » un pouls qui retarde ou arrête ses progrès: Enfants des hommes, jmques à quand aurez-vous le cœur pesant? pourquoi aimez-vous la vanité? o Filii hominum, usquequd gravi corde? ui quid diligilis vanitatem? » (Psalm. iv, 3.) Elle est de plus 2° un obstacle à la paix intérieure : Lorsque l'homme désire quelque chose d'une manière déréglée, aussitôt il ressent du trouble en lui-même. (Imit. 1. 1, ch. 6.) Enfin, elle peut être 3° un empêchement au salut comme il a été expliqué plus haut ; car celui qui est infidèle dans les petites choses, le sera aussi, ou du moins s'expose à le devenir dans le$ grandes : a Qui in modico iniquus est, et in majori iniquus est, (Luc- xvi, 10. )1

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