‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 57 sur 147 · LES TROIS DEGRES D HUMILITÉ · texte numérisé non relu

LES TROIS DEGRES D HUMILITÉ

entre les richesses et la pauvreté, les honneur* et les mépris, le désir d'une longue vie ou d'une vie

trouver en un tel point (dans une telle disposition... V. noû précédente), que je ne veuille ni ne m'affectionne/^ plus, et c — [Le second degré d'humilité établit Jonc l'homme d3iis cette indifférence universelle, qui est comme le résumé ou le terme de la méditation fondamentale ; et sa perfection consiste en ce qu'il met celui qui le possède dans une sorte d'impossibilité de commettre un péché véniel délibéré. Car comment celui qui a une indifférence entière pour les richesses, pour l'honneur, pour la vie, en viendrait-il à commettre un péché véniel délibéré? Pour quelle raison consentirait-il à le commettre, puisque c'est toujours pour la conservation ou l'augmentation de quelque bien temporel qui se rapporte à l'un des trois chefs ici énumérés, que l'homme consent à commettre le péché, soit mortel, soit véniel ? S'il est indifférent pour les richesses, comment ne le sera-t-il pas pour une foule de petits objets sans importance, auxquels les âmes imparfaites s'attachent souvent d'une manière si futile? S'il est indifférent pour les honneurs, comment recherchera-t-il la vanité dans les petites choses? Et enfin, s'il est véritablement indifférent pour sa vie même, comment consentira-t-il à suivre la sensualité, quelque légère qu'elle soit, si elle est coupable? Donc, pour l'homme qui est établi dans le second degré d'humilité, il n'y a plus de raison suffisante pour consentir d'une manière pleinement délibérée à commettre un seul péché véniel. Aussi l'auteur des Exercices, après avoir posé l'indifférence comme le fond de ce degré, ajoute-il : Et quand on voudrait iriôier la vie, je nen viendrais pas même à délibérer si je commettrai, pour la sauver, un péché véniel. El ces paroles : De plus, etc., littéralement : et avec cela, sont moins une nouvelle condition constitutive du second degré d'humilité, qu'une conséquence rigoureuse de la première et unique condition, qui est ['indifférence. (V. Nuta sur l'indifférence, p. 24.) Disons donc que la perfection de ce second degré d'humilité est si grande, que l'on serait porté à croire, au premier abord, qu'il est impossible d'en imaginer une plus haute sur la terre, si l'on ne savait que saint Ignace nous en propose une incomparablement plus sublime, dans un troisième degré.}

courte, pourvu qu'il en revienne à Dieu une gloire «gale et un égal avantage au salut de mon âme. De plus, quand il s'agirait de gagner le monde entier, ou de sauver ma propre vie, je ne balancerais pas à rejeter toute pensée de commettre à cette fin un seul péché véniel.

Le troisième degré d'humilité est très-parfait. Il renferme les deux premiers, et veut de plus, supposé que la louange et la gloire de la Majesté divine soient égales (î» <jue, pour imiter plus

(1) Supposé que la louange et la gloire de la divine Majesté soient égales. — Celui qui possède ou veut acquérir le troisième degré d'humilité, choisit de fait la pauvreté et les mépris, pourvu que la plus grande gloire de Dieu n'exige pas qu'il conserve ou accepte les richesses et les honneurs; ce qui peut arriver quelquefois. — Une application pratique pourra jeter une nouvelle lumière sur cette doctrine.

Paul est grièvement lésé en ses biens ou en son honneur.

Premièrement, en vertu et par la force intime du premier degré d'humilité, il ne voudra pour rien au monde revendiquer ses droits, s'il ne peut le faire sans commettre un péché mortel.

Secondement, en vertu et par la force intime du second degré d'humilité, il ne voudra pas même, pour tâcher de rentrer dans ses droits, commettre un péché véniel.

Troisièmement, en vertu et par la force intime du troisième degré d'humilité, il estimera ses dommages un gain en Jésus- Christ, et l'infamie un honneur; il ne fera aucune démarche, il supportera tout dans la joie et le silence, pourvu que la gloire de Dieu soit égale, c'est-à-dire pourvu que ni son emploi, ni sa position, ni aucune obligation quelconque n'exige qu'il fasse valoir ses droits. Si cette obligation existe, la gloire de Dieu cesse alors d'être égale; il aura donc recours à une légitime défense, sans manquer, par cette conduite, de fidélité au troisième degré d'humilité, pourvu qu'il conserve dans son cœur les ïeulimsnts Durs d'une âme vraiment humble.

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