IV. — PREMIER MODE POUU FAIRE UNE BONNE ET SAGE ÉLECTION
(Il renferme six points.)
Premier point. Le premier point consiste à me représenter l'objet qui est la matière de l'Élection. C'est un emploi ou un bénéfice que je puis accepter ou refuser, ou toute autre chose qui tombe sous l'Élection variable CD.
(i) Oit toute autre chose qui tombe sous l'Election variable. — L'u>age de ces règles ne doit donc pas se restreindre aux choses qui tombent sous l'Election immuable ou invariable, comme le choix d'un état de vie, etc. : il faut encore l'étendre à tous les objets sur lesquels nous pouvons avoir à délibérer. Ces deux modes d'Élection devraient être familiers à tout homme intérieur et animé du désir de la perfection ; ils devraient l'être surtout aux Supérieurs religieux, afin de diriger le gouvernement de leur communauté et celui de leur propre personne a la plus grande gloike de dieu
Second point. Dans le second point, je dois me mettre devant les yeux la fin pour laquelle je suis créé, savoir : louer Dieu, notre Seigneur, et sauver mon âme. Je dois en outre (1) me trouver dans une entière indifférence, et sans aucune affection désordonnée; de sorte que je ne siis pas plus porté ni affectionné à choisir l'objet pro posé qu'à le laisser; ni plus à le laisser qu'à le choisir; gardant l'équilibre de la balance, et prêt à suivre le parti qui me semblera le plus propre à procurer la gloire de Dieu et le salut de mon âme.
Troisième point. Dans le troisième point, je demanderai à Dieu, notre Seigneur, qu'il daigne toucher ma volonté, et mettre lui-même dans mon âme (2) ce que je dois faire, relativement au choix
(1) Je dois m outre. — Ce second point demande clairement, comme condition préalable et indispensable, sans laquelle il est impossible de faire une bonne Élection, premièrement, la considération de la fin; secondement, l'indifférence ■pour les moyens. Dans la méditation fondamentale, il faut se rendre, il faut se faire indifférent; ici, il faut l'être, il faut se troxiver tel. Des efforts pour acquérir l'indifférence ne suffisent pas; l'indifférence elle-même doit précéder toute bonne Élection.
(2) Et mettre lui-même dans mon âme. — Ces paroles, d'une admirable simplicité, ne signifient pas seulement suggérer, ou indiquer à l'entendement; mais encore amener la volonté à désirer l'objet qu'il lui convient de choisir, faire que cet ubjet soit au milieu de l'âme, afin que l'âme, réunissant ses puissances, l'entendement et la volonté, se détermine à l'embrasser. L'auteur des Exercices développe sa pensée dans les lignes suivantes : réfléchissant... afin de faire un choix... Il veut, comme il le recommande si souvent, que nous demandions deux grâces : l'une de lumière, pour examiner avec maturité et fidélité, au moyen de. l'entendement, ce que l'or»
qui m'occupe, à sa plus grande louange et à sa plus grande gloire, réfléchissant de mon côté avec attention et fidélité, au moyen de l'entendement, afin de faire un choix conforme à sa très-sainte volonté et à son bon plaisir.
Quatrième point. Dans le quatrième point, je considérerai avec attention, d'un côté, l'utilité et les avantages qui doivent résulter pour moi de l'acceptation de cet emploi ou de ce bénéfice, sous le rapport unique de la louange de Dieu, notre Seigneur, et du salut de mon âme (1); et de
appelle raisonner; l'autre, de pieuse motion intérieure, pour choisir, avec le secours de la volonté, ce qui me paraîtra le meilleur. — Conforme à la volonté de Dieu, et non-seulement à sa volonté, mais à son bon plaisir; ce qui renferme une plus haute perfection. — La remarque suivante nous paraît mériter quelque attention. La version Vulgate traduit: éclairer l'esprit et mouvoir la volonté. C'est l'ordre naturel, saint Ignace le change : toucher ma volonté et mettre dans mon âme. Pourquoi cette différence? Peut-être parce que, dans les choses surnaturelles, la motion divine n'est pas seulement nécessaire pour embrasser ce que l'entendement montre comme le meilleur, mais qu'elle doit encore précéder la discussion ou l'examen,qui est l'œuvre de l'entendement. Car, si la volonté n'est d'abord prévenue et touchée par la grâce, l'application de l'entendement sera, comme nécessairement défectueuse et sujette à l'erreur, parce qu'elle le sera à la légèreté ou à la passion.
(I) Sous le rapport unique de la louange de Dieu, etc. — Peut-on le dire plus clairement et l'inculquer avec plus de force? Quel motif devons-nous avoir devant les yeux lorsque nous recherchons, lorsque nous examinons, lorsque nous pesons les inconvénients et les avantages de telle ou telle Election? Uniquement celui de la gloire de dieu et du salut de mon ame. Je n'aurai donc égard qu'aux avantages qui m'aident à obtenir cette double fin, et aux obstacles qui m'en
l'autre, je considérerai les inconvénients et les dangers. Ensuite j'examinerai, avec la même diligence, d'abord l'utilité et les avantages, puis les inconvénients et les dangers du refus.
Cinquième point. Dans le cinquième point, après avoir ainsi examiné la question sous ses divers points de vue, je considérerai de quel côté la raison incline davantage; et, ne suivant que sa lumière, sans consulter aucunement les sens, je fixerai mon choix sûr la matière que je viens de discuter.
Sixième point. L'Élection ainsi terminée, je m'empresserai de me mettre en prière en la présence de Dieu, notre. Seigneur, et de lui offrir le choix que je viens de faire, afin que sa divine M ijeslé daigne le recevoir et le confirmer (1), s'il est conforme à son plus grand service et à sa plus grande gloire.