SECOND MODE POUR FAIRE UNE SAGE ET BONNE ÉLECTION
(Il renferme quatre règles et une remarque.)
Première règle. L'amour qui me porte et me détermine à choisir tel objet doit venir d'en haut,
éloignent; et je ne considérerai les autres motifs, pour ou contre, qui s'offriraient à ma pensée, que sous le rapport qu'ils peuvent avoir avec celle même fin. Car, qu'un objet pluise ou non à la nature, qu'il flatte ou non les sens, cette raison doit être nulle, et ne peut influer aucunement par ellemême sur ma délibération.
(1) Le rerevoir elle confirmer, si... Cette dernière condition est encore nécessaire. Nous pouvons avoir discuté notre Élection avec le dernier soin ; cependant notre diligence ne nous met pas k l'abri de la possibilité de l'erreur ou de l'illusion.
et descendre de l'amour de Dieu même. Je dois donc, avant d'arrêter mon Élection, sentir intérieurement que l'affection plus ou moins grande que j'éprouve pour cet objet est uniquement en considération de mon Créateur et Seigneur.
Seconde règle. Je me représenterai un homme que je n'aie jamais vu ni connu (1); et, lui désirant toute la perfection dont il est capable, j'examinerai ce que je lui dirais de faire et de choisir pour la plus grande gloire de Dieu, notre Seigneur, et pour la plus grande perfection de son âme; puis, me donnant à moi-même les mêmes conseils, je ferai ce que je lui dirais de faire.
Troisième règle. Je considérerai, comme si j'étais à l'article de la mort, de quelle manière et avec quel soin je voudrais m 'être conduit dans l'Election présente; et, me réglant sur ce que je voudrais avoir fait alors, je le ferai fidèlement maintenant (2).
Quatrième règle. Je considérerai avec attention
(1) Un homme que je n'aie jamais vu ni connu. — S'il s'agissait d'un ami , et surtout d'un ami intime , comme le supposent la version Vulgate de 1S48 et l'abbé Clément:: Siquis mihi vir amicissimus: Si quelqu'un de mes plus intime* amis, une affection, trop humaine peut-être m'exposerait au danger de me tromper et de le tromper lui-même; mais envers un inconnu, envers un homme qui s'offre pour la première fuis à mes regards, il m'est plus facile de me dégager de toute affection moins pure, et de n'avoir d'autre désir «me celui de sa perfection.
(2) Textuellement : Que je fasse en tout ma délibération en me réglant sur cette manière.
quelles seront mes pensées au jour du jugement; je me demanderai comment je voudrais avoir délibéré dans l'Élection actuelle; et la règle que je voudrais alors avoir suivie est celle que je suivrai à cette heure, afin de me trouver en ce jour dans un entier contentement et dans une grande joie.
Remarque. Après avoir exactement observé ces quatre règles, et pourvu ainsi au repos et au salut éternel de mon àme, je ferai mon Élection et mon oblalion à Dieu, notre Seigneur, comme il a été dit dans le sixième point du premier mode d'Élection.
VI. — DE L AMENDEMENT PERSONNEL ET DE LA RÉFORME A IN- TRODUIRE dans l'état de vie que l'on a embrassé.
Quant aux personnes constituées en dignité dans l'Église ou engagées dans le mariage, il faut, abstraction faite de la grandeur ou de la médiocrité de leur fortune, tenir avec elles la conduite suivante. Lorsque le retraitant, n'a pas la facilité, et surtout une volonté ferme (1) de faire l'Élection
(i) Une volonté ferme. Textuellement : Une très-prompte volonté. — Sans cette promptitude de volonté, c'est en vain que l'on entreprendrait une affaire aussi importante et aussi difficile que l'Élection. — [Sous l'Élection variable. — Par exemple : dois-je conserver ou abandonner tel emploi que j'exerce, tel poste que j'occupe, et qui, par sa nature, ne m'engage pas d'une manière irrévocable? Accepterai-je, dans la suite, de nouvelles charges, prétendrai-je à de nouvelles dignités, ou me conlenterai-je de celles que je possède? Si le
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sur certains points qui tombent sous l'Élection ■variable, il est très-utile, pour y suppléer, de lui suggérer quelques avis, de lui tracer quelques règles, qui l'aideront à réformer sa conduite personnelle, et sa manière d'être dans l'état de vie qu'il a embrassé. Ainsi, après s'être rappelé qu'il a été créé pour la gloire et la louange de Dieu, notre Seigneur, et pour le salut de son âme, il fera en sorte de rapporter toute sa conduite et son état de vie à cette double fin. Pour arriver à ce but, il réfléchira attentivement, à l'aide des Exercices précédents, et d'après les modes d'Élection que nous avons exposés, quelle doit être sa maison, et le nombre de ses domestiques; comment il doit les conduire et les gouverner; comment il est de son devoir de les instruire par ses discours et par ses exemples ; de même, quelle partie de ses revenus il peut employer aux besoins de sa famille et de sa maison, et quelle autre il doit distribuer aux pauvres et consacrer aux bonnes œuvres. Et il ne doit en tout et pour tout cela ni vouloir, ni chercher autre chose que la plus grande louange et la plus grande gloire de Dieu, notre Seigneur : car il faut que chacun sache qu'il avancera dans les choses spirituelles à proportion qu'il se dépouillera de son amour-propre,
retraitant n'a pas une très-prompte volonté d'examiner et de décider par l'Election ces points divers, ce qu'il serait plus parfait de faire, il est très-utile, Dour suppléer à l'Élection, etc.1,
de sa volonté propre, et de son propre intérêt (1).
(1) [Matière de la réforme ou des résolutions d'après le directoire. — Les passions non entièrement domptées, les mauvaises habitudes, les inclinations déréglées, par exemple, le désir de l'honneur et de l'estime, l'attachement à la volonté propre, aux aises du corps, etc. Les tentations <|ui viennent du dehors, surtout celles qui sont fortes et fréquentes, l'accomplissement des devoirs de sou éU l'emploi du temps, et enfin toutes les actions du jour que l'on désire régler, comme les repas, le sommeil, l'étude, les rapports avec le prochain, et ainsi de tout le reste.
Pjur que cette réforme se fasse avec fruit, il est nécessaire que le retraitant s'efforce d'acquérir une grande connaissance de soi-même. 11 jettera un regard attentif sur tout le passé, sur ses emplois, sur ses occupations; il considérera la multitude de ses manquements, leur gravité, à raison de son état, de ses obligations; enfin, il recherchera et examinera soigneusement les causes, l'origine, la racine de tant de maux. (Ch. x, n°* 7, 8.)
Le même sujet d'après l'auteur de l'Imitation. (L. IV, ch. vu, n° 2.) Ce passage revient parfaitement au point qui nous occupe. On ne saurait le méditer avec trop d'attention. C'est un tableau achevé; il n'y manque aucun trait. Il est difficile de trouver en si peu de mots rien d'aussi complet, et qui marque une connaissance aussi parfaite du cœur inscrutable de l'homme, toujours attaché à la terre et fait pour le ciel.
En terminant cette importante matière de l'Élection et de la réforme, et en même temps cette seconde semaine des Exercices, si féconde en enseignements spirituels, nous appellerons l'attention du retraitant sur les dernières paroles que l'auteur des Exercices vient de nous faire entendre : Que chacun sache qu'il avancera autant dans les choses spirituelles, qu'il se dépouillera de son amour-propre, de sa volonté propre et de so>t propre intérêt.'] Remarquez avec soin ce principe fondamental de la vie spirituelle, ce moyen unique d'acquérir la vertu solide et de vivre véritablement selon l'esprit. Observez et pesez ces deux mots qui sont corrélatifs : autant que ; tantùm quantum. Enfin, efforcez-vous de comprendre de plus
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en plus pourquoi l'unique but des Exercices est, quant à la pratique, de porter celui qui s'y applique à la destruction de l'amour-propre, à la victoire sur soi-même, comme à leur fin prochaine et immédiate. C'est que, si le retraitant obtient cette fin prochaine des Exercices, qui est la victoire sur ses passions, il obtiendra comme nécessairement leur fin dernière, qui est la gloire de Dieu, son propre salut et sa perfection, et d'une manière d'autant plus pleine et plus parfaite, qu'il se sera d'abord livré à l'acquisition de la fin prochain" avec une volonté plus pleine et plus courageuse.
PREMIER JOUR
PREMIERE CONTEMPLATION
La première contemplation se fera au milieu de la nuit, sur le voyage de Notre-Seigneur Jésus-Christ de Béthanie à Jérusalem, jusqu'à la dernière cène inclusivement (1). Elle renferme l'oraison préparatoire, trois préiudes, six points et un colloque.
L'oraison préparatoire est la même que les semaines précédentes.
Le premier prélude consiste à se rappeler l'histoire du mystère. Dans la contemplation présente, on se rappellera comment Jésus-Christ, notre Seigneur, envova de Béthanie à Jérusalem deux de ses disciples pour préparer la Cène ; comment il y alla lui-même ensuite avec les autres disciples ; comment, après la manducation de l'agneau pascal, à la fin du repas dont elle fut suivie, il leur lava les pieds, leur donna son très-saint corps et son précieux sang ; comment enfin il leur adressa le discours de la Cène, lorsque Judas fut sorti pour aller vendre son Seigneur.
Le second est la composition de lieu. Tci, il consistera à considérer le chemin de Béthanie à
(1) Voir tes Mystères.