RÈGLES DE LA TEMPER
nourriture aussi commune, il y a moins à craindre du côté de la tentation et du dérèglement de l'appétit.
Deuxième règle. La tempérance doit se pratiquer dans le boire plutôt que dans l'usage du pain. Par conséquent, il faudra considérer avec attention ce qui est utile touchant la boisson, pour le prendre (1), et ce qui est nuisible pour le retrancher.
Troisième règle. A l'égard des autres aliments, on doit garder la tempérance la plus exacte et la plus absolue ; parce que l'appétit est plus prompt à se dérégler en ce point, comme la tentation, de son côté, nous porte davantage à rechercher ce qui peut flatter l'appétit. Or il y a deux manières de pratiquer la tempérance, et d'éviter le dérèglement dans la nourriture. La première consiste à se contenter habituellement de mets communs et grossiers ; la seconde, à les prendre en petite quantité, s'ils sont délicats.
Quatrième règle. Pourvu que l'on ne s'expose pas au danger de tomber dans quelque infirmité, plus on retranchera de ce qu'on pourrait convenablement prendre, plus on parviendra prompfement à com naître le milieu (2) que l'on doit
(1) [Pour le prendre. — Comme règle ordinaire, mais non absolue. 11 est des exceptions conseillées par l'esprit de pénitence; il en est qui peuvent être dictées par l'esprit de charité.]
(2) Le milieu. — Entre l'excès et le défaut. C'est en tome matière le point le plus difficile à rencontrer; et dans les choses morales, c'est en ce point uue se trouve la vertu. —
232 TRG/SIÈME SEMAIN'E.
garder dans le boire et dans le manger, pour deux raisons : la première, parce que cette générosité de notre part nous dispose à recevoir souvent plus de lumières intérieures, de consolations célestes, d'inspirations divines, qui nous montrent clairement ce qui nous convient ; la seconde, parce que, supposé que celte abstinence volontaire ne nous laisse pas assez de forces de corps et d'esprit pour vaquer aux Exercices spirituels, nous pourrons facilement juger la juste mesure d'aliments que notre tempérament exige.
Cinquième règle. Pendant que nous prenons notre nourriture, considérons, comme si nous le voyions de nos yeux, Notre-Seigneur Jésus- Christ prenant lui-même sa nourriture avec ses Apôtres. Voyons comment il mange, comment il boit, comment il regarde, comment il parle ; et efforçons -nous de l'imiter. Que cette considération soit la principale occupation de notre entendement, de sorte que l'attention à la réfection corporelle ne soit que secondaire. Ainsi nous sera-t-il facile de mettre plus d'ordre et de modération (1) dans la manière de nous conduire et de nous gouverner pendant nos repas.
Cette générosité, etc. — Textuellement: en s' aidant, et en se disposant ainsi. L'auteur des Exercices veut toujours que l'homme d'aide.
(1) Plus d'ordre et de modération. — Textuellement : un plus grand concert et ordre. Remarquez aussi : dans la manière de nous conduire et de nous gouverner. La proposition prend ici plus d'étendue; elle ne se borne plus à la seule manière de régler matériellement le repas. C'est qu'en effet
RÈGLES TE LA TEMPÉRANCE. 23o
Sixième règle. D'autres fois, on pourra faire quelques réflexions sur la vie des Saints, s'occuper d'une pieuse pensée, ou d'une affaire spirituelle que l'on a en vue. L'esprit attaché à ces différents objets s'arrêtera moins au plaisir sensuel que peut causer la nourriture par le sens du goût.
Septième règle. Mais il faut par-dessus tout (1) se garder que l'esprit ne soit tout entier à Faction matérielle du repas, modérer la précipitation à laquelle nous porterait l'appétit, être maître de soi-même, relativement à la quantité de la nourriture et à la manière de la prendre.
Huitième règle (2). Afin de prévenir tout dé-
cette cinquième règle ne nous avertit pas seulement de considérer comment Jésus-Christ mange, comment il boit; mais comment il regarde, comment il parle ; parce que la langue et les autres sens n'ont pas moins besoin que le goût d'être gardés et préservés de tout dérèglement, tandis que nous sommes à table.
(1) Par-dessus tout. — Locution emphatique, mais employée à propos. Ce qu'il faut se proposer par-dessus tout, c'est que l'âme ne se répande pas; qu'elle ne soit jamais hors d'elle-même ; que toujours elle re ste maîtresse de soi. Cette remarque est capitale par rapport à toutes nos affections, et c'est là le point où tout homme vertueux doit s'efforcer de parvenir par une vigilance assidue et par de glorieuses victoires.
(2) Le conseil suivant est d'une admirable sagesse, et, pour régler une affection désordonnée quelconque, d'une rare efûcacité : 1° prévoir, dans le temps de calme, l'occasion, la cause d'où peut naître plus facilement le dérèglement ; 2° déterminer d'avance ce que Von doit faire au moment de la tentation, afin de n'y pas succomber, c'est-à-dire se proposer d'employer tel et tel moyen qui lui est contraire; 3° si au moment
'i34 TROISIÈME SEMAINE.
règlement, il est très-utile, après le dîner ou après le souper, ou dans tout autre moment danslequel l'appétit ne se fait pas sentir, de déterminer la quantité que l'on doit prendre au dînei ou au souper suivant. Que celte pratique s'observe tous les jours ; et, quelles que soient les attaques de la sensualité et de la tentation, que l'on se garde de passer la quantité prescrite. Je dis plus : si l'on veut vaincre entièrement tout appétit déréglé et toute tentation, et n'avoir rien à craindre des efforts de l'ennemi, que l'on prenne moins, lorsqu'on est tenté de prendre davantage.
même de la tentation on se sent plus vivement attaqué, agir contre elle plus fortement qu'on ne se l'était d'abord proposé. Se conduiredelasorte,ce n'est pa3 seulement résister à l'ennemi, c'est, pour me servir de l'expression énergique de saint Ignace, le terrasser. (Annot, 13, page H.) C'est, dit-il encore dans la contemplation du Règne de Jésus-Christ, agir contre la sensualité, ce qui est plus que lui résister. (Voyea page 153, note 2.)
PREMIER JOUR
PREMIERE CONTEMPLATION
Comment Jésus-Christ, notre Seigneur, apparut a Notre-Dame
(Voir les Mystères.)
L'oraison préparatoire ordinaire.
Le premier prélude est l'histoire de la contemplation (1). Ici, je me rappellerai comment, Jésus ayant rendu le dernier soupir sur la Croix, son corps resta séparé de son âme, sans cesser d'être uni à la Divinité ; comment son âme bienheureuse (2)., unie aussi à la Divinité, descendit aux
(t) Si l'on se borne pour ce premier Exercice à ce qui en est rapporté dans la série des mystères, le sujet pourra paraître stérile; mais, si l'on considère attentivement ce prélude, on y découvrira une matière abondante à la contemplation, dans la considération des personnes, de leurs paroles intérieures et extérieures, de leurs actions.
(2) Son âme bienheureuse. — Epithète parfaitement juste à *ause de la circonstance. Ce ne fut quau moment où l'âme de Jésus-Christ se trouva séparée de son corps qu'elle commença à jouir de la béatitude pleine et intérieure qui lui était due : car quoique la béatitude, en vertu de l'union hypostatique, fût véritablement due, comme un bien propre, au corps ■et à l'âme du Sauveur, cependant son corps mortel fut dans un sens très-véritable, surlout pendant la Passion, la prison de •ton âme. (lTe Scm., 1er Excrc. 1er prél.) Elle en sort, et la
Enfers, délivra les âmes des Justes (1) et revînt au sépulcre ; comment enfin le Sauveur, étant ressusci té, apparut en corps et en âme à sa Mère bénie.
Le second est la composition de lieu. Dans la contemplation présente, je me représenterai la disposition du Saint-Sépulcre, et la maison où se trouve Notre-Dame; considérant en particulier les appartements qui la composent, et spécialement la chambre et l'oratoire de la Mère du Sauveur.
Le troisième est la demande de ce que l'on veut obtenir. Dans cet Exercice, je demanderai la grâce de ressentir une vive allégresse et une joie intense (2) de la gloire et de la joie immense de Jésus-Christ, notre Seigneur.
mort est suivie immédiatement pour elle de la possession pleine et parfaite de la gloire. Ces signes dans le ciel, ces trem. blements de terre qui suivirent le dernier soupir du Fils de Dieu, ne furent donc pas moins des trophées de son triomphe,que l'expression du deuil des créatures pleurant la mort du Rédempteur.
(1) Les âmes des Justes. — En ce moment, le Sauveur du monde les fait participer toutes et chacune en particulier' à son triomphe et à sa gloire, autant qu'elles ont participé pendant leur vie à ses travaux. {Règne de Jésus-Christ.) Que d'actions héroïques, que d'exemples de patience et de courage,qui méritèrent aux Patriarches et aux Prophètes le titre glorieux de figures du Messie, reçoivent aujourd'hui de Jésus triomphateur leur récompense! Mais que dire delà Vierge Mère? Plus que tout autre, elle participa aux travaux et aux douleurs de son divin Fils. Pour Marie donc, et pour les âme de tous les justes, quelle source abondante de consolation et de bonheur! (Voyez le cinquième point.)
(2) De ressentir une vive allégresse. — Textuellement : lo grâce d'être dans l'allégresse, et de me réjouir d'une manière intense de tant de gloire et de joie de Jésus-Christ, notre Seigneur. — Remarquons la grâce que nous devons demander dans ce
DE LA RÉSURRECTION DE N. S. J. C. i37
Le premier, le second et le troisième point seront les mêmes que dans la contemplation de la Cène. (Pag. 221 .)
prélude : celle d'être dans f allégresse, et de nous réjouir extrêmement. De quel bonheur? De la gloire et de la joie de Notre-Seigneur RESSUSCITÉ. Contemplons Jésus-Christ, notre Chef, notre Roi, notre Bienfaiteur, notre Père couronné de gloire et inondé d'une joie ineffable. La véritable cause de notre joie doit être notre amour pour lui; amour pur, amour saint, qui est le fruit spécial de cette dernière semaine des Exercices. En effet, la contemplation de noire Roi, victorieux de ses ennemis, et se montrant à nous dans ce mystère, tel qu'il esi, la gloire du genre humain, n'est-elle pas un puissant motif pour faire naître et augmenter dans notre esprit son estime, pour allumer de plus en plus dans nos cœurs son amour, et, avec l'estime et l'amour de Jésus, l'estime et l'amour de sa Croix, cause de son triomphe et de sa gloire! Cet amour de Jésus-Christ, que nous venons de signaler comme le fruit spécial de cette semaine, n'est donc pas un sentiment stérile; rien, au contraire, de plus efficace pour nous confirmer dans la résolution que nous avons prise de le suivre et de l'imiter ; pour nous exciter surtout à la joie dans les travaux et les souffrances de cette vie mortelle, à l'exemple et pour l'amour de Celui qui a souffert et qui est mort pour nous. Ces mystères glorieux peuvent donc et doivent sans doute fortifier notre faiblesse, en nous donnant l'espérance de voir un jour se vérifier dans ses membres ce qui s'accomplit aujourd'hui dans notre Chef; mais ils nous commandent surtout de nous réjouir de la gloire de Jésus-Christ, pour Jésus-Christ lui-même, nous oubliant en quelque sorte un instant nous-mêmes et notre propre bonheur. Si nous nous conformons à cette doctrine, les travaux et les peines par lesquels Dieu veut as^ez souvent que nous soyons éprouvés, lors môme que nous sommes tout entiers aux Exercices de cette quatrième semaiae (ce qui arrive quelquefois même aux âmes les plus saintes dans les fêtes de l'année les plus touchantes et les plus solennelles), ne pourront nuire en aucune sorte au fiuit solide de ces contemplations. La gloire et la joie de Jésus-Christ sont au-dessus des vicissitudes de ce monde, et la joie que uous
Dans le quatrième, je considérerai comment la Divinité, qui semblait se cacher dans la Passion, paraît et se manifeste dans la Résurrection par des Bffets de puissance et de sainteté qui n'appartiennent qu'à elle.
Dans le cinquième, je considérerai comment Notre-Seigneur Jésus-Christ exerce auprès des siens l'office de consolateur, le comparant à un ami çmi console ses amis (1).
retirons de cette gloire et de cette joie participe à sa cause : elle est inaccessible au trouble, elle est inaltérable. C'est alors que nous pouvons penser et dire : « Le temps de me réjouir de mon propre bonheur n'est pas encore venu ; mais il me suffit que mon Chef et mon Roi soit en possession de sa jo>e et de sa gloire. » Ce sentiment d'une âme désintéressée, l'Eglise l'exprime dans le cantique des Anges, où elle dit en termes sublimes : Nous vous rendons grâces a cause de votre gra.nde gloire : Gratins ngimus tibi propter mag.vm cloriam tlam. Ce qui est véritablement et proprement se réjouir daks le Seigneur, gnudere m Dowwo. — Telle, nous devons le croire, fut la joie de Marie dans la Résurrection de son divin Fils. Et, après l'Ascension du Sauveur, la seule pensée de la gloire et de \x joie dont il jouissait au Ciel répandait dans l'âme de cette sainte Mère des consolations abondantes, et l'ai. lait à supporter avec courage les privations longues et pénibles de son exil.
(i) L'office de consolateur. — Jésus ressuscité console tous les siens, et par sa propre gloire dont ils se réjouissent plus que de leur bonheur, et par la félicité dont il leur donne ou a possession, comme aux Justes et aux Patriarches dans les limbes, ou l'espérance, comme à sa très-sainte Mère, à ses disciples, et, en leur personne, à chacun de nous. Il nous esl donc permis de nous réjouir dans notre exil : pour Jésus-Christ, parce qu'il est dans la gli/'.e; pour nous-mêmes, parce que nos cœurs nourrissent l'espérance de la partager un jour. fr'jouiisez-vous dans le Seigheur, nous dit l'Apôtre, et que le
Je terminerai par un ou plusieurs colloques conformes au sujet de la contemplation, et je réciterai l'Oraison dominicale (1),
Première remarque. Dans les contemplation* suivantes on parcourra tous les mystères glorieux, depuis la Résurrection jusqu'à l'Ascension inclusivement, dans l'ordre marqué à la série des mystères, en gardant la même méthode que dans la semaine de la Passion. Cette première contemplation servira de modèle pour les autres ; les préludes seront en rapport avec le sujet de la contemplation ; les cinq points seront toujours les mêmes, ainsi que les additions, telles qu'elles se trouvent dans la quatrième de ces remarques. Quant aux répétitions, aux applications des sens, à la manière d'abréger ou de prolonger le temps que l'on veut consacrer à la contemplation des mystères de cette semaine, on peut faire tout ce qui a été dit dans la semaine de la Passion.
motif de votre joie soit votre espérance, Gaudete m Domino... spe gaudentes. (Vojez, pour les deux derniers points de cette contemplation, la note de la page 222.)
({) L'Oraison dominicale. — Saint Ignace, il est vrai, ne prescrit ici que l'Oraison dominicale : serait-il nécessaire de faire observer que l'on peut adresser à la très-sainte Vierge^ dont on a contrmplé le bonheur dans ce mystère, la prière de l'Eglise *. lïe<ji»a cœli? d'autant plus que l'auteur de^ Exercices permet de terminer cette contemplation par un ou plusieurs colloques,
Deuxième remarque. Communément parlant, c'est dans cette quatrième semaine, plutôt que dans les trois précédentes, que l'on peut se contenter de faire quatre Exercices au lieu de cinq: le premier, immédiatement après le lever; le second, à l'heure de la messe ou avant le dîner, au lieu de la première répétition ; le troisième à l'heure de vêpres, au lieu de la seconde répétition; le quatrième, qui sera une application des sens sur les trois Exercices du jour, avant le souper. On remarquera toujours les endroits les plus importants, qui auront excité en nous de plus vives motions intérieures, qui nous auront fait éprouver plus de goût spirituel, et l'on s'y arrêtera davantage (1).
(1) Le plus vives motions intérieures et plus de goût spirituel. — Lorsque saint Ignace parle dans les semnines précédentes de répétitions, il renvoie toujours au troisième Exercice de la première semaine, où il en trace la méthode. Ici, il se contente de dire qu'il faut s'arrêter aux endroits où l'on aura ressenti de plus grands mouvements intérieurs, et plus de goût spirituel, sans parler des endroits où l'on aurait éprouvé des peines intérieures, de la désolation. Pourquoi cette différence? Peut-' tre a-t-il jugé que le travail pénible de chercher ce que nous désirons, comme en creusant la terre, atin de trouver une source d'eau vive, convenait moins à celte semaine dans laquelle il nous invite à jouir suavement ou à profiler des consolations qui se présenteront d'elles-mêmes, ou plutôt à nous livrer à ce goût spirituel, qui n'est pas toujours sensible» de 1 âme recueillie en la présence de son Créateur. Peut-être encore regarde-t-il comme bien difficile qu'au milieu de ces my>tères de gloire, la désolation puisse entier daps une âme qui vient les contempler avec la disposition convenable après Unis, semaines entières consacrées aux Exercices qui les précèdent.
Troisième remarque. Quoique dans toutes les contemplations on ait déterminé le nombre des points, par exemple : trois, cinq, etc., celui qui fait les Exercices (1) n'en a pas moins la liberté de les augmenter ou de les diminuer, selon qu'il le trouvera plus avantageux. Pour cela, il lui sera très-utile, avant de commencer une contemplation, de prévoir et de fixer en nombre certain (2) les points qui doivent la partager.
Quatrième remarque. Dans cette semaine, on modifiera de la manière suivante la deuxième, la sixième, la septième, et la dernière des dix additions.
Deuxième addition. Aussitôt que je me réveillerai, je me mettrai devant les yeux le sujet de la contemplation que je vais faire, avec le désir de me réjouir et de me pénétrer de la joie immense et de la vive allégresse que ressent Notre-Seigneur Jésus-Christ ressuscité.
Sixième addition. Je rappellerai à ma mémoire des pensées capables de faire naître dans mon
(1) Celui qui fait les Exercices, ou textuellement la personne qui contemple; peut-être parce que cette remarque est également utile à ceux qui s'adonnent à la contemplation^ soit dans le temps des Exercices, soit hors de ce temps. La même remarque peut s'appliquer aux myslères de la seconde et de la troisième semaine, comme à ceux de la quatrième.
(2) En nombre certain. — 11 faut prévoir et fixer le nombre des points de la contemplation, déterminer, autant que possible, le fruit spécial que l'on doit en retirer. C'est dans ce travail que consiste l'Exercice du soir, appelé préparation de la méditation.
cœur le contentement, la joie et l'allégresse spiri* tuelle, comme serait la gloire du Ciel.
Septième addition. Je profiterai de la clarté du jour ou des agréments de la saison, comme de la fraîcheur en été (1), et en hiver de la chaleur du
(1) En été. — Le mot espagnol verano signifie à la fois l'été et le printemps, et embrasse tout le temps qui s'écoute depuis le mois d'avril jusqu'au mois d'octobre. De la fraîcheur — du soir et du matin; de l'aspect riant des prairies, du parfum des fleurs. L'ancienne version ms. traduit : des objets beaux et agréables. Mais remarquons les paroles qui suivent : en tant que l'âme pense que cela peut l'aider... Souvenons- nous que ces objets ne sont que des moyens, et que les moyens doivent nous conduire à notre fin, que nous ne devons les employer qu'autant qu'ils doivent nous servir à obtenir notre fin, et pas davantage : il faut que la règle prescrite par la méditation fondamentale soit paitout et toujours en viguenr. — Considérons au^si la fin que nous devons nous propeser dans cette semaine : pour nous réjouir en notre créateur et rédempteur. Loin de nous, surtout en ce moment, tout autre motif de joie. Nous touchons à la fin des Exercices ; n'aspirons pas au repos, comme si nous touchions à la fin d'un long et pénible voyage. On ne saurait exprimer combien ce sentiment trop naturel et trop humain a été funeste à l'imprudence de plusieurs. Dans ces derniers jours où ils auraient dû redoubler de ferveur, ils se sont laissés aller au relâchement et à la tiédeur; ils ont commeneé à perdre de vue ces pensées, ces mouvements salutaires qu'ils avaient conçus avec le secours de la grâce, non sans travail, dans les Exercices précédents. Mal funeste, mal destructif de toute perfection chrétienne et religieuse, et qu'il est si difficile de réparer!
Nota. Ce qui suit, c'est-à-dire la contemplation pour obtenir l'amour divin, et les trois manières de prier, doit être regardé, d'après l'autographe, comme en dehors des quatre semaines des Exercices. Car, après les vingt annotations, on lit constamment dans l'autographe au haut de chaque page : première semaine, — seconde semaine, — troisième semaine, —
REMAIiQUES. 243
soleil ou de celle du feu, autant que par ce moyen mon âme pourra s'aider à se réjouir en son Créateur et en son Rédempteur.
quatrième remaine; — ce que nous avons suivi dans cette traduction. Mais, à la contemplation de l'amour divin, le titre île quatrième semaine disparaît, et n'est plus répété dans la suit»*.
Cependant ce n'est pas à tort que l'on a coutume de donuvp cette contemplation à la fin de la quatrième semaine, comme la conclusion et le couronnement des Exercices. On peut même assurer que nulle part elle ne trouvait plus convrnablement sa place, et que dans aucun temps peut-être elle ne pourrait se faire avec plus d'avantage et plus de fruit. Uamour de Dieu, tel qu'il est enseigné dans cette contemplation, est le point le plus élevé et le terme le plus avancé de la perfection de cette vie. Elle devait donc .être précédée de la méditation de la vie, de la mort et de la résurrection de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Jésus, et Jésus seul, est la voie qui nous conduit à Dieu et à son amour. Personne ne vient à mon Père, si ce n'est par moi : Nemo venit ad Patron, nisi per me. Je suis la porte; je suis lu voie : Ego sum ostium; ego sumvia. Et comme nous ne pouvons arriver à Jésus que no» péchés, avant tout, ne soient effacés, que nos passions ne soient soumises et réglées, cette réforme a dû être nécessairement le premier de nos soins, et l'œuvre de la première semaine des Exercices. Car ce serait en vain que l'on aspirerait à l'amour, si l'on n'avait commencé par s'exercer courageusement à l'abnégation de soi-même. La voie que l'on » suivie est donc la voie droite, la voie véritable, pour parvenir enfin au terme si désirable de l'amour divin.
La doctrine de cette contemplation correspond parfaitement à celle de la méditation fondamentale, qui est la première de* Exercices; avec cette différence que la méditation fondamentale étant censée donnée à ceux qui commencent" saint Ignace n'y parle pas même de cette perfection de l'amour de Dieu. Il se contente d'exposer que l'homme e.-t créé pour louer, honorer et servir son Créateur ; et de disposer l'esprit de celui qui entreprend les Exercices à éloigner les obstacles qui pourraient s'opposer à celte fin. Mais dans cette contemplation de l'amour de Dieu, qui est pour les âmes
Dixième addition. Au lieu de m' adonner à la pénitence, je viserai à garder la tempérance et à tenir le milieu en toutes choses, à moins qu'il ne se rencontre des jeûnes de précepte, des abstinences commandées par l'Église ; car ceux-ci doivent toujours s'observer, lorsqu'il n'y a point d'empêchement légitime.