‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 70 sur 147 · POUR OBTENIR L'AMOUR DIVIN · texte numérisé non relu

POUR OBTENIR L'AMOUR DIVIN

Commençons par reconnaître deux vérités : la première, que l'on doit faire consister l'amour dans les oeuvres bien plus que dans les paroles (1); la seconde, que l'amour réside dans la communication mutuelle des biens (2). D'un côté,

pures et exerce'es, il passe à ce qu'il y a de plus relevé et de plus parfait dans la louange, le respect et le service que nous devons rendre à la divine Majesté.

[Le Directoire (c. xxxvi, n. 2) indique deux manières de faire cette contemplation : la première est de la commencer des le second jour de la quatrième semaine, et d'y employer chaque jour une heure ou deux en continuant la contemplation des mystères de la Résurrection, à peu près comme il a été dit dans la seconde semaine en parlant de l'Election (voy. note i, page 179); la seconde est de consacrer à ce sujet un jour entier ou deux après avoir terminé les mystères glorieux.]

(1) Plus que dans les paroles. — Ou dans des affection! $ténles et inefficaces; car les affections sont des paroles intérieures.

(2) Dant la communication mutuelle des biens. — Ce pas-

la personne qui aime donne et communique à celle qui est aimée ce qu'elle a, ou de ce qu'elle a, ou ce qu'elle peut donner et communiquer ; de l'aulre, la personne qui est aimée agit de même à l'égard de celle qui l'aime. Si l'une a de la science, elle la communique à celle qui n'en a pas ; j'en dis autant des honneurs et des richesses, et réciproquement.

L'oraison préparatoire ordinaire.

Le premier prélude est la composition de lieu. Dans la contemplation présente, je me considérerai en la présence de Dieu, notre Seigneur, sous les yeux des Anges et des Saints qui intercèdent pour moi.

Le second est la demande de la grâce que l'on veut obtenir. Ici, je demanderai la connaissance intime (1) de tant de bienfaits que j'ai reçus de

sage mérite une attention toute spéciale. Telles sont les expressions de l'auteur des Exercices, qu'elles peuvent respectivement s'appliquer, avec la plus grande justesse, à l'amour de Dieu pour l'homme, et à l'amour de l'homme envers Dieu. Que l'aimant (textuellement) communique à l'aimé, et de son côté l'aimé à l'aimant, ce qu'il a, ou de ce qu'il a, ou ce qu'il peut. Ces paroles conviennent à Dieu qui aime : infini par sa nature, et ne pouvant communiquer à sa créature essentiellement limitée tout ce qu'il a, il lui communique de ce qu'il a, ce qu'il peut, selon la capacité de celui qui est aimé.

[Elles conviennent à l'homme qui est aimé : il est juste que la créature donne à son Créateur, l'homme à son Dieu, ce qu'il a, tout ce qu'il a. Qu'avez-vous que vous n'ayez reçu? Tout est à vous, Seigneur, je vous le rends Et s'il n'a que son néant, il donne ce qu'il peut: expression naïve de boa vouloir et d'humilité.]

il) La connaissance intime. — Ce sont encore les deux

Dieu, afin que, dans un vif sentiment de gratitude, je me consacre sans réserve au service et à l'amour de sa divine Majesté.

Dans le premier point (1), je rappellerai à ma

grâces que saint Ignace nous recommande partout de demander : premièrement, grâce d'entendement ou de lumière; secondement, grâce d'affection ou de volonté , tendant à l'exécution du point spécial çmi nous est manifesté par la lumière divine.

(1) La considération des quatre points suivants laisse quelquefois dans l'esprit de celui qui les médite une certaine confusion. Ils ne paraissent pas à tous assez distincts; le second et le troisième semblent à quelques-uns rentrer l'un dans l'autre. Pour remédier à cet inconvénient, voici comment, d'après le texte même de saint Ignace, on doit diviser cette contemplation :

Daus le premier point, nous contemplons les bienfaits de Dieu en général : ceux que nous avons déjà reçus et que nous recevons encore, en tant que ces inappréciables bienfaits nous sont venus, nous viennent tous les jours et nous viendront éternellement de son amour infini pour nous, ainsi qie nous en avons la ferme espérance.

1) ms le seco?id point, nous contemplons les mêmes bienfaits comme des dons de Dieu réellement présent, et dans les objets qui sont les preuves de sa libéralité envers nous, et dans nous-mêmes qui recevons ces bienfaits. En sorte que c'est, pour parler ainsi, Dieu en personne qui nous communique ses dons : ce qui en rehausse infiniment le prix et fait bien mieux ressortir son amour.

Dans le troisième point, ce n'est plus seulement Dieu présent, c'est Dieu agissant et travaillant eu quelque sorte pour nous faire du bien, aidant les créatures à verser sur nous ses bienfaits, et nous aidant à les recevoir : marque de bonté toute spéciale dans quelque bienfaiteur qu'on la considère, mais qui en Dieu surtout passe toute conception et montre un amour véritablement iniini. L'auteur de la nature donne, il est vrai, aux causes secondes des propriétés réelles; mais il n'en est pas moins vrai que, par un concours actuel et efficace,

mémoire les bienfaits que j'ai reçus : ceux qui me sont communs avec (ous les hommes, la créa-

il opère lui-même dans ces causes secondes pour nous prodiguer ses bienfaits.

J'ajoute que rien ne paraît nous empêcher d'appliquer ces deux derniers points à Dieu considéré spécialement comme Rédempteur.

Dans le second point, par exemple, nous penserions à la pré" sence deNotre-Seigneur Jésus -Christ, soit visible eu noire chair mortelle, lorsqu'il parut sur la terre et qu'il conversa avec les hommes : Post hœc in terris visus est, et cum hominibus con— versatus est (Baruch. m, 38), soit invisible au Saint-Sacrement de l'autel.

Dans le troisième, nous méditerions sur les travaux sans nombre, sur les longues souffrances que le Fils de Dieu, Dieu lui-même, et Sauveur des hommes, a daigné supporter pour nous, puisque c'est pour notre amour qu'il n'a point balancé à se livrer entre les mains de ses ennemis et à subir le supulice de la croix: Non dubitavit manibus tradi nocentium, et crucis subire tormentum. (Liturg.)

Enfin, comme nous considérons dans le premier point tous les bienfaits de Dieu, passés, présents et à venir, temporels et éternels, nous pouvons de même rapporter ces deux derniers points, le second et le troisième, à la contemplation du bonheur du Ciel et des biens de la véritable et éternelle patrie» Car l'auteur des Exercices se contente ordinairement d'indiquer les pensées, et il nous laissa le soin d'en tirer les conséquences. Or, de combien d'idées riches et fécondes peut être la source la magnifique pensée de Dieu présent et travailla* à notre bonheur, si nous l'appliquons aux joies solides et durables de l'éternité?

Quant au quatrième }joint, il ne préser.te aucune difficulté» On voit assez, au premier coup d'œil, combien il diffère des précédents. 11 renferme le motif de l'amour pur et parfait, de l'amour de Dieu pour lui seul, et pour ses perfections infinies. Ce n'est pas sans raison que saint Ignace a renvoyé cet amour si relevé au dernier point. Le second et le troisième nous y disposent: ils aplanissent la voie en nous montrant Dieu présent ef ayissant dans les créatures; mais ils ne sépa-

tion, la rédemption, et ceux qui me sont particuliers ; considérant très-affectueusement tout ce que Dieu notre Seigneur a fait pour moi (1), tout ce qu'il m'a donné de ce qu'il a, et combien il désire se donner lui-même à moi, autant qu'il le peut,

rent pas encore de l'idée de Dieu le bonheur de l'homme. Ainsi, on lit dans le second point ces paroles : donnant, me donnant : et dans le troisième : pour moi. 11 était réserve au quatrième de faire abstraction de notre bien propre, pour ne nous présenter que le motif infiniment pur de la perfection absolue de Dieu, à la contemplnlion de laquelle nous sommes comme introduits par la considération des perfections Unies que nous rencontrons dans les créatures, et qui ne sont, quelque dignes Je notre admiration qu'elles puissent nous paraître, que des rayons ou des ruisseaux de cette perfection infinie.

Cette contemplation ainsi divisée, on trouvera facilement pour chaque point une source distincte de sentiments et d'affections, laquelle permettra de varier le colloqne du premier point, comme l'insinue saint Ignace.

Au resta, l'auteur des Exercices a renfermé dans des points très-succincls une matière immense, pour ne pas dire infinie; et celui qui entreprendrait de la méditer avec un cœur pur et bien disposé, y consacrât-il cette vie mortelle tout entière, ne l'épuiserait jamais. C'est une veine que l'on nous indique: c'est la source d'eau vive gui jaillit jusqu'à la vie éternelle.

(1) Tout ce que Dieu notre Seigneur a fait pour moi. — La version Vulgate et l'abbé Clément ajoutent : clsouffert. Ce mot ne se trouve ni dans l'autogiaphe espagnol, ni dans l'ancienne version ms. Du reste, comme la considération du bienfait de la rédemption ne doit pas être exclue de ce premier point, le sens des paroles de saint Ignace : a fait pour moi, est naturellement : en agissant et en souffrant piour moi. 11 faut cependant reconnaître que ce premier point nous rappelle les bienfaits de Dieu simplement et en général, en tant nu'ils sont notre bien, abstraction faite de la manière dont Dieu nous les a donnés, nous les donne et nous les donnera ensuite, comme il est dit dans la note précédente.

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selon la disposition de sa divine Providence (1). Puis, faisant un retour sur moi-même, je me demanderai ce que la raison et la justice m'obligent de mon côlé à offrir et à donner à sa divine Majesté, c'est-à-dire toutes les choses qui sont à moi, et moi-même avec elles; et, comme une personne qui veut faire agréer un don, je dirai du fond de l'âme : Prenez, Seigneur, et recevez (2) toute

(i) Autant quil le p>eut, selon... — Ce qui doit surtout s'entendre de cet ordre de la Providenee selon lequel Dieu exige la coopération libre de sa créature pour se communiquer à elle autant quil le peut.

(2) Prenez, Seigneur, et recevez... — [Quelle différence, pour le dire en passant, entre cette formule commune qui se trouve dans tous les livres de prières : 0 Seigneur, daignez recevoir... (traduction de la Yulgate par l'abbé Clément), et cet élan de l'âme: Prenez, Seigneur, et recevez!...] Arrêtons-nous spécialement, dans la considération de cette offrande, aux trois points suivants : Prenez, Seigneur, et recevez . — Tout est à vous, — disposez-en selon toute votre volonté.

Prenez, Seigneur, et recevez. — Cette oblation ne renferme pas seulement, comme on pourrait le croire d'après la Vulgate, la résolution de ne se servir des dons de Dieu, surtout des puissances de l'âme, la mémoire, l'entendement et la volonté, que selon son bon plaisir. Cette intention est louable, cette disposition est sain'.e; mais elle n'exprime pas tout le sens, pas même le sens propre, le sens principal de l'auteur des Exercices. Les paroles du texte supposent ce que nous venons de dire, et signifient quelque chose de plus, un don réel, une offrande dans toute la rigueur des termes; et comme offrande, comme don, elles répondent à la pensée dominante de ce premier point, dans lequel nous considérons, d'un côté, Dieu qui aime, donnant de ce qu'il a à la créature qui est aimée de lui; et de l'autre côlé, la créature qui est aimée de Dieu, s'effoi çant de donner et d'offrir à son tour ce qu'elle a au Dieu qui l'aime.

Or les deu* verbes prendre et recevoir, employés par saint

ma liberté, ma mémoire, mon entendement et toute ma volonté ; tout ce que j'ai et tout ce que je

Ignace, bien que le premier ail été supprimé par le P. Frusius et par ses traducteurs, paraissent , disons-nous , indiquer quelque chose de plus que le simple propos, quelque ferme qu'il soit, de faire un saint usage des dons que nous tenons de Dieu. En effet :

Je reçois ce qu'un autre m'offre de son plein gré, je prend* ou j'emporte ce qui me plaît, sans que personne me !e présente. Ces deux significations admises : « Prenez, Seigneur, « dit l'auteur des Exercices, enlevez, emportez selon votre « gré. Vous êtes le Maître : tout est à vous. Reprenant ce « vous m'avez donné, vous n'emportez pas ce qui m'appar- « tient, mais ce qui est toujours à vous, ce qui est toujours « demeuré vôtre. Vous êtes digne d'amour et de louange, et « lorsque vous donnez, et lorsque vous ôtez : Le Seigneur « me l'a donné, le Seigneur me l'a ôlé; que le nom du Seia gneur soit béni. Je ne veux avoir que ce que vous voulez « que j'aie, et autant que vous le voulez. Prenez, Seigneur; « mais aussi recevez : car je vous offre de tout mon cœur « tout ce que je possède. «Ainsi, lorsque saint Ignace dit ces paroles : Prenez, Seigneur, et recevez, il ne se propose pas seulement de ne se servir des dons de Dieu que selon son bon plaisir; mais, de son propre mouvement, il fait au même Seigneur, autant qu'il le peut, cession de tous les biens qu'il a reçusde sa libéralité; il les lui résigne, alin qu'il en dispose, en partie ou en totalité, uniquement selon son bon plaisir.

De même, un peu plus bas, il ne se contente pas de remettre ces biens à la volonté divine, afin qu'elle les gouverne, "omme porte la Vulgate ; mais il dit : Tout est vôtre, et à double titre : parce que vous me les avez donnés et parce que, sans y être forcé, je vous les rends ; disposez-en donc selon toute voire volonté. Assurément ces paroles disent plus que les suivantes: Je vous les remets, afin que vous les gouverniez : car elles renferment une soumission pleine à cette volonté adorable, à laquelle il plaira peut-être un jour de nous diminuer ses dons, ju même de nous les oler entièrement.

Or cette offrande, cette cession volontaire de tous les biens que nous avons reçus, de ceux mêmes qui nous constituent

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possède. Vous me l'avez donné, Seigneur, je vous le rends; tout est à vous, disposez-en selon votre

intrinsèquement, des puissances de notre âme, est assurément héroïque. Car, quoique les dons divins de la mémoire, de l'entendement, du libre arbitre, nous soient absolument nécessaires pour servir le Maître puissant et libéral de qui nous les tenons; et que, par conséquent, nous ne puissions y renoncer sans renoncer, ce semble, au premier et au plus important de nos devoirs; néanmoins, comme il arrive assez souvent que l'homme, et même les plus grands serviteurs de Dieu, se trouvent réduits, par les infirmités ou la vieillesse, à passer des années entières privés de ces nobles facultés; qui pourra douter que l'on puisse faire cette offrande, bien qu'elle soit un acte de la résignation la plus héroïque et de l'amour le plus ardent, quand, librement et par amour, on se dévoue à l'humiliation profonde d'une nullité morale, pour le bon laisir de son Dieu et de son Créateur, content de son amour et de sa grâce?

Tel est le véritable sens de ce passage des Exercices ; telle est l'universalité de l'offrande qu'il exprime, la plus grande, la plus entière qu'il soit possible d'imaginer. Ce n'est qu'en entendant les paroles de saint Ignace dans le sens que nous venons de les expliquer, qu'elles correspondent entièrement à cette donation universelle, que toute cette contemplation, par un raisonnement légitime, nous porte à faire à la Bonté divine de ses propres dons et de ses propres bienfaits. Au reste, cette offrande de soi-même, une fois failo avec délibération et sans réserve, serait peut-être capable elle seule de réparer le malbeur, autrement irréparable, de tomber dans lé*at si digne de compa^sion dont nous parlions tout à l'heure, danger auquel notre condition humaine nous laissera toujours sujets.

11 faut enfin se rappeler que ce colloque, Prenez, et recevez, n'exprime pas une demande par laquelle nous prions Dieu de nous priver de ses biens en nous les retirant, mais une offrande ou un acte d'abandon parfait : ce sont les paroles d'un homme qui offre ses biens, qui s'offre lui-même, nous dit expressément saint Ignace.

Outre le sens du verbe prendre, que nous venons d'exposer au long dans l'explication de ce colloque, il ne semble Das

bon plaisir. Donnez-moi votre amour ; donnez-moi votre grâce : elle me suffit.

Dans le second point, je considérerai Dieu présent dans toutes les créatures. Il est dans les éléments, leur donnant l'être; dans les plantes, leur donnant la végétation ; dans les animaux, leur donnant le sentiment ; dans les hommes, leur donnant l'intelligence ; il est en moi-même de ces différentes manières, me donnant tout à la fois l'être, la vie, le sentiment et l'intelligence.

hors de propos d'en indiquer un second, qui nous paraît trèsnaturel, et qui est une conséquence de la considération des bienfaits divins. Après avoir médité ces bienfaits et ces dons, je fais un retour aur moi-même; je me demande ce que je puis donner à Dieu en retour, et je m'écrie : Prenez, Seigneur, tout ce que j'ai : tout est à vous. Comme si, à la vue d'une si grande bonté, je m'écriais dans un transport d'adrai- Tation : Que puis-je vous offrir qui déjà ne vous appartienne ? Prenez, 6 mon Dieu; et puisque votre infinie bonté veut qu'il me toit permis de vous offrir quelque chose, recevez... Ce sens nousparaît exactement celui du texte espagnol, et il est parfaitement en rapport avec ce que dit saint Ignace, que cette offrande doit 6e faire à l'imitation d'une personne qui offre quelque chose à une autre avec beaucoup d'affection.

Enlin le mot prenez peut avoir un troisième sens. Je considère la perversité de mon cœur et sa ténacité; et m'indignant d'avoir été jusqu'ici, et de me sentir maintenant encore si avare envers Dieu, je lui dis : Prenez, Seigneur, prenez vousmême tout ce que j'ai; prenez ma propre personne, et rentrez dans vos droits, etc.

Ma liberté. — Non le libre arbitre que nous offrirons plus bas par ces mots, toute ma volonté; mais cette liberté, état de l'homme qui est maître de lui-même, et que nul obstacle extérieur n'empêche d'agir comme il lui plaît. — Nous peusons que l'on peut comprendre sous le nom de liberté la santé, l'honneur et la vie.

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Il a fait plus : il a fait de moi son temple ; et, dans cette vue, il m'a créé à la ressemblance et à l'image de sa divine Majesté. Ici encore je ferai un retour sur moi-même, comme il a été dit dans le premier point, ou de toute autre manière qui me paraîtrait plus convenable (1) : ce qui doit s'observer dans les points suivants.

(1) Ou de toute autre manière qui, etc. — Saint Ignace donne assez à entendre que l'on peut trouver un sentiment différent de celui qu'il indique dans le premier point, et que ce second sentiment peut être meilleur que le premier, c'està-dire, plus en rapport avec le sujet du second point, qui est la considération de Dieu présent, de Dieu habitant dans toutes les créatures et dans moi-même. Ce sentiment répondra à ce nouveau bienfait, s'il m'excite à me teirir moi-même sous les yeux de Dieu, et à me rappeler sans cesse sa présence : Providebam Dominum in conspectu meo semper (Ps. xv, 8) ; — à chercher avec une foi vive, avec un saint empressement et de généreux efforts, Dieu en toutes choses : Et in omnibus quœrant Deum (Sum. Reg. xvu); — à considérer comme visible le Dieu invisible : lnvisibilem enim tanquam videns sustinuit (Hebr. xi, 27) ; — à marcher et à me conserver avec soin, avec sollicitude devant lui : Sollicitum ambulare cum Deo (Mich. vi, 8); — à régler avec toute la perfection possible mes pensées, mes paroles et mes œuvres, n'oubliant pas qu'elles ont Dieu présent pour examinateur et pour témoin ; — à me souvenir pratiquement de cette idée, grande et magnifique, que je suis le temple de Dieu; et que, par conséquent, je dois le glorifier et le porter dans mon corps, comme saint Paul le recommandait aux fidèles de Corinthe : Glorificale, et portate Deum in corpore vestro (1 Cor. vi, 20). Tels peuvent être les sentiments qu'il conviendra, dans ce second point, de s'efforcer de concevoir et d'offrir à Dieu avec beaucoup d'affection, pour répéter les termes de l'auteur des Exercices.

Si l'on désire encore faire entrer dans ce second point la présence réelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel, et dans nous-mêmes après la sainte commu-

Dans le troisième point, je considérerai Dieu agissant et travaillant pour moi dans tous les objets créés, puisqu'il est effectivement dans les deux, dans les éléments, dans les plantes, dans les fruits, dans les animaux, etc., comme un agent, leur donnant et leur conservant l'être, la "végétation, le sentiment, etc. Puis je ferai, comme dans les points précédents, un retour sur moimême (1).

nion, on trouvera, dans la contemplation de ce mystère d'amour, une source nouvelle et abondante des sentiments les plus vifs et les plus affectueux.

(1) Un retour surmoi-mSme. — Et, selon l'avertissement de saint Ignace dans le second point, le faire de la manière qu'il est dit dans le premier point, ou d'une autre qui me paraîtrait meilleure. Le sentiment que doit nous suggérer la pensée de ce troisième point, je veux dire la contemplation de Dieu agissant et comme travaillant pour nous dans tous les objets créés, sera une résolution invariable de travailler et d'agir nous-mêmes pour Dieu ; afin que notre amour ne consiste pas dans une aflVction stérile, qui ajouterait peu à de simples paroles. 11 est vrai que Dieu, agissant et travaillant en quelque sorte clans les créatures, le fait sans éprouver cette fatigue à laquelle nous sommes sujets, et qui ne peut l'atteindre comme être infini; mais si nous considérons Notre-Seigneur Jésus- Christ agissant et travaillant pour nous pendant sa vie mortelle, la vue de ses travaux inouïs et de ses incomparables douleurs enflammera sans doute nos coeurs d'un désir eflicace de travailler et de souffrir pour lui.

La contemplation de Dieu agissant dans toutes les créatures produira encore en nous l'effet suivant : elle nous apprendra à recevoir avec une foi vive, comme de la main de Dieu, tout ce qui peut nous arriver de contraire ou de favorable de la part des créatures, et à regarder tout ce que Dieu veut ou permet comme autant de dons et des bienfaits procédant de son amour infini pour nous : ce qui est d'ailleurs une vérité incontestable. Arrivera-t-il dans la cité, dit le prophète Amos,

Dans le quatrième point, je contemplerai que tous les biens et tous les dons descendent d'en haut : ma puissance limitée dérive de la puissance souveraine et infinie qui est au-dessus de moi ; de même la justice, la bonté, la compassion, la miséricorde, etc. ; comme les rayons émanent du soleil, comme les eaux découlent de leur source (1), etc. Ensuite, je réfléchirai sur moimême (2), comme il a été dit, et je terminerai par un colloque suivi de l'Oraison dominicale

un mal qui ne vienne du Seigneur? Si ent malum in civitate quod Dominus non fecerit (m, 6)? Mais nous savons, reprend l'Apôtre, que tout tourne à bien à ceux qui l'aiment : Scimus autem quoniam diligentibus Deum nmnia cooperantur in bonum (Rom. vin, 28). C'est donc un devoir pour nous de lui adresser des actions de grâces, en tout temps, eu tout lieu et dans toutes les circonstances de la vie, et de témoigner ainsi notre reconnaissance au maure généreux, au tendre père duquel nous ne recevons que des bienfaits.

(1) Comme les rayons... les eaux..., etc. — Ces comparaisons sont remarquables par leur justesse; elles nous apprennent que tous les biens viennent d'en haut et descendent du Père, sans cesser de dépendre de lui. Que. Dieu ferme sa main bienfaisante, et aussitôt le cours de ses dons est suspendu. C'est ainsi que les rayons dépendent du soleil et les eaux de leur source, non-seulement quant à leur origine, mais encore quant à leur durée.

(2) Je réfléchirai sur moi-même. — 11 est évident que le sentiment qui correspond à ce quatrième point est celui de l'amour pur, ou de l'amour de Dieu pour lui-même et pour ses perfections infinies. Nous devons nous servir des perfections finies des créatures, comme d'autant de degrés, pour parvenir à la connaissance et à l'amour des perfections infinies du Créateur; puis nous dépouillant, autant que possible, de l'amour de toutes les choses créées, diriger toutes nos affections vers le Créateur, l'aimant dans toutes les créatures, ci toutes le créatures en lui, selon sa très-sainte et divine volonté.

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