‹ Exil et patrieChapitre 10 sur 78 · AU CHATEAU DE L · texte numérisé non relu

AU CHATEAU DE L

Voici le vieux ehàleau, la iranquillc demeure Où je vis s’écouler des joui's, heure par heure,

Purs, sereins, comme une onde au transparent miroir; Voici le grand salon et ses portraits antiques.

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Seuls et muets témoins des plaisirs domestiques Que ma sœur rassemblait pour distraire, le soir,

Mon front souvent chargé d’inquiètes pensées : Voyageur étranger, dans ses courses pressées. Foulant bien des chemins, tentant bien des détours. Mais, à la fin, lassé de s’égarer toujours.

De ses pieds tout meurtris secouant la poussière. S’asseyant à la borne et mangeant sur la pierre,

Ainsi qu’un mendiant, ce qui reste de pain,

Jusqu’à ce qu’un passant, ange de Dieu, sans doute. Guide invisible et sûr qu’il place sur la route.

Au but tant désiré l’eût conduit par la main.

Et c’est là, c’est en vous, paisible solitude,

Qu’il trouva ce trésor que ni l’or ni l’étude

Ne peuvent acheter ces heures de sommeil

Qui présagent toujours un sourire au réveil ;

Ce Léthé calme et pur, qui, riche de silence.

Roule des flots d’oubli sur un lit d’espérance.

C’est ici que, jetant un adieu sans retour Aux làctices plaisirs, aux vains songes d’amour,

A ces désirs trompeurs, tels qu’une sourde flamme,

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Qui rongent sans l’user le noble instinct de l’aine,

Je vins seul, un hiver, sous la neige et le vent, Demander à ma sœur un abri seulement.

Un peu de place au feu sur l’âtre séculaire.

Un réduit bien étroit au donjon solitaire D’où l’on domine encor ces prés, ces bois chéris. Verts aujourd’hui, rians, alors tristes, flétris. Dépouillés de leurs fleurs, dépouillés de leurs ombres. Laissant flotter, le soir, quelques fantômes sombres Sur le linceul de neige où la lune s’endort ;

Ou bien, dans leurs rameaux, éveillant un accord Plaintif comme une brise autour d’un mausolée.

De la nature en deuil, hélas! voix désolée!...

Que j’aimais ces tableaux, tristes comme mon cœur! Cet horizon glacé, sans onde, sans verdure,

Ces pins rares semés dans les champs sans parure. Comme de noirs jalons pour l’errant voyageur.

Ainsi, disais-je en moi, les jours, leur jouissance, Tombent décolorés sous la nuit qui s’avance.

Où sont-elles, ces fleurs que mon avide main.

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Dans un Jardin riant, cueillait chaque matin ?

Mon bouquet est fané!... Sur mon front c’est à peine Si quelque rose encore, échappée à l’haleine D’un vent humide et froid.... jalouse de jouir,

Au soleil pâlissant ose s’épanouir !...

A quoi bon tant rever, au désert où nous sommes,

Ce gazon toujours frais, ce ruisseau dont les hommes Cherchent en vain ici les bords mystérieux ?

En baissant sur la terre un œil silencieux,

Je pensais que bientôt, sans laisser une trace.

Ma barque allait sombrer au lac où tout s’efface !

Que tous mes pensers vrais, altérés d’avenir, Mourraient seuls, ignorés, sans deuil, sans souvenir ! . . . Et mon cœur souriait comme une fiancée.

De mystère et de joie à l’autel caressée.

J’écoutais une voix sans paroles, sans bruit.

Voix plus douce, peut-être, aux ombres de ma nuit. Que la lueur du phare à la voile incertaine Qui s’égare et gémit sur la vague lointaine ;

Voix qui n’a pas de nom au terrestre séjour,

Que les uns nomment foi, les autres espérance ,

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Mais qui, telle qu’un fleuve ignorant sa naissance, Verse des flots de paix que l’ame appelle amour.

Et bientôt, essuyant quelques traces de larmes.

Je descendais joyeux, chantant, exempt d’alarmos (J’étais si jeune encor, je n’avais pas vingt ans! )

Je m’asseyais au cercle où ma sœur, ses enfans.

Mon frère, hélas ! pourquoi, mémoire trop affreuse ! N’es-tu plus à nos cœurs qu’une ombre douloureuse? Non ! sous ce même toit, dans ce même salon Où si souvent ton cœur souriait à mon nom,

Je ne passerai pas, ami sincère et tendre,

Sans jeter, en pleurant, un regret à ta cendre.

Je ne puis oublier ton bienveillant regard,

Quand, au milieu de vous, prolongeant le retard Du repos qui se donne à nos heures lassées.

Je laissais libre cours à mes jeunes pensées :

Je racontais mes jours inquiets, agités,

Obscurs, mais remuant de brûlantes clartés.

Arides sur les bords d’une source féconde.

Ne demandant plus rien qu’à s’abriter du monde. Hélas ! un souvenir, une larme est bien peu !

Que dis-je ? ô noble ami ! lu savais que ee feu Qui, dans ces jours mauvais, couve sous la poussière, Doit au souffle éternel agiter sa lumière -,

Ton œil mourant cherchait un horizon meilleur. Heureux , heureux le mort qui meurt dans le Seigneur !

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