SOI.ITI DE
Brisani sur le sable ma rame,
Jetant ses débris h la lame ,
Seul et debout sur les rochers,
Je contemple souvent encore Cette immensité qui dévore La voile errante des nochers.
Où vont-ils?.,, où vont-ils?... Qu’importe?
Ils ont vu blanchir à l’écueil Le flot qui noie et qui rapporte Les cadavres sans leur linceuil.
Ils cherchent sur leurs fronts humides A sécher les taches livides Que la nue a laissé pleuvoir ;
Et joyeux, détournant leurs tètes Du phare obscurci de tempêtes,
Ils entonnent le chant du soir.
Chantez, chantez — Mais quel silence !
Quoi! sitôt ont cessé les voix!
Le jour renaît..., la mer immense Bat sa rive comme autrefois.
SOI.m'DE.
Et moi, m’enfuyant du rivage,
J’irai sous un épais feuillage Demander du calme à mon tour ; Oubliant mes tristes pensées Comme des heures effacées Sur un cadran privé du jour.
J’irai près d’une eau qui m’est chère Poser mon oreille un instant.
Recueillir un peu du myslèrc Que son onde épanche en flottant ; J’irai m’asseoir sous le vieux hêtre Au tronc qui renferme peut-être Un écho vierge de soupirs.
Dont la voix céleste, incertaine, Comme une harpe éolienne N’a jamais parlé qu’aux zéphirs.
J’irai vous demander encore,
Etoile pui’e de la nuit.
De prolonger jusqu’h l’aurore Ce rayon qui brille et qui fuit ;
SOI.ITIBE.
J’irai de la roche déserte,
Fouler, discret, la mousse verte Qui pend en Testons sur les eaux.
Laissant, de silence amoureuse, S’assoupir mon aine oublieuse Aux bruissemens des roseaux.
Mais qu’importe aux gazons d’automne La rose qui rit à l’été?
Quand un arbre se découronne,
Que nous Tait ce qu’il a porté?...
Que seront ces rives fleuries,
Ces ruisseaux, ces vertes prairies.
Ces perles brillant au matin,
Ces rêves que la muse écoute.
Semés, scintillans sur sa route Comme un manteau de pèlerin ?
Non! non! plus de voix, plus de lyre!
Adieu, ma muse! adieu, mes vers !
Plus d’ange au gracieux sourire, '
Qui semble éccmter mes concerts.
SOMTl'Ur..
ai
Le temps fuit, et déjà sa traee, Comme une mer où tout s’efface, INc garde pas un souvenir.
Qu’importent ces vaines pensées Qu’il jette mortes, dispersées Sur les marches de l’avenir?
Encor si, passant comme une onde Sur des pierres et des débris,
Leur douceur arrachait, féconde.
Une larme à des coeurs flétris !
Si, las de sa course impi-udente.
L’homme inclinait sa lèvre ardente Pour la rafraîchir à leurs flots ;
Et qu’enivré de ce breuvage.
Il sentît son cœur plein d’orage Se décharger par des sanglots !...
Oh ! j’aurais encore un délire !
Encore un accent à ma voix!
Encore une corde à ma lyre !
Encore un accord sous mes doigts!
SOLITiDE.
Mais, liélas! bien vainc espérance.' Mon anie n’a point d’éloquence,
Je ne lui connais pas d'appuis ; C’est l’oiseau simple et sans étude Qui chante dans la solitude.
Pour charmer ses propres ennuis.