SOLITUDE
Et qui moins riche qu'une rose iN’a pas même un riant matin!
Et mon souffle , Seigneur, rcmùrait cette cendre Que les vents chassent dans les airs ?
.] 'irais pour plaire ici , ravaler et détendre Ma harpe aux sublimes concerts !
Non, jamais!... oh! plutôt que ma langue glacée, Refusant de prêter la forme à ma pensée ,
Se colle à mon palais ;
Que mes doigts , si jamais ils profanaient ma lyre Par un sacrilège délire.
Se dessèchent après!
Non, jamais! ... Que ma voix soit un écho fidèle Qui reste quand tout est détruit!
Que toujours mon œil étincelle Comme un météore , la nuit !
Que mon ame roule en silence Sans cesse une pensée immense ,
SOLITl’DB.
Sublime comme l’Océan...
.lusqu’à ce que, coursier à la blanche crinière, Le Seigneur, brisanl la barrière.
Lui dise enfin : « Va-t’en ! »
J JNDRÉ CHÉNIER.
Chénier, j’aime ta lyre et si jeune et si belle !
Celte ardeur et ce feu dont la vive étincelle Brille comme l’éclair dans l’ombre de les jours. J’aime tout dans tes vers : les plaisirs, les amours
li AlURÉ CIIIÏNIBR.
Tes rêves de huiiiieur, Ion espoir de ia vie,
Hélas ! eoniine une fleur au jour si tôl ravie î Plein d’éclat, de ûerlé, lu bi'avais les autans ;
Tu pensais que ton front eût j^lacé les tyrans.
Oh ! quel lustre annonçait ta sève de jeunesse !
Tes nobles passions, tes écarts, ton ivresse.
Ta joie et ses transports, tes tourinens, tes douleurs. Ta coupe de festins, ton calice de pleurs.
Tous ees pensers brùlans dans ton anie inquiète. Vague et sublime instinct au cœur de tout poète !
Et pourtant, quelquefois, en tenant dans la main Ton livre, je m’arrête... et le ferme soudain.
Je sens comme le froid d’une pensée amère ;
Malgré moi je m’irrite à ta feuille légère.
Je souffre quand je vois ton aigle grandissant Se jouer avec toi comme avec un enfant ;
Se percher, s’endormir aux bosquets de charmille, Soupfrer mille fois au doux nom de Camille,
Et vaincu mollement par l’aile d’un zéphir.
N’avoir plus d’autre voix que le cri du plaisir. J’ignore ce qu’ici l’on appelle génie ;
Mais les pleurs que ré{>and la plaintive élégie
4 4NI>RÉ r.n^.MKR.
Sont Jjien peu pour un cœur où bouillonne un torrent : Il faut qu’il brise, éclate, et que son flot grondant, Creusant les champs jonchés de débris et d’écume. Tombe retentissant dans l’abîme qui fume;
Il faut un lit profond, inaccessible aux yeux.
Et pour dignes témoins les déserts et les deux.
Tel l’Alcion, laissant effrayés de l’orage Les oiseaux s’abriter aux rochers du rivage.
S’élance impétueux sur la vague des mers,
Et jette à l’Océan ses sublimes concerts.
Mais toi, tout près encorde l’aire inatemelle,
Dans ton premier printems essayant ta jeune aile. Avant que dans la nue elle n’eût pris l’essor Tu l’admirais brillante aux flots de pourpre et d’or; Tu planais radieux au soleil de la vie.
Tu contemplais la terre émaillée et fleurie.
Et séduit à l’éclat de ce riant séjour.
Tu charmais ses échos d’un premier chant d’amour. Hélas ! autel de bois qui pourrit et qui tombe.
Qui prête à peine un jour un laurier sur la tombe ; Citerne qui se rompt et laisse aller les eaux ;
Herbe d’été qui sèche au sommet des coteaux;
A A^Ditt r.nlïMeR.
Prisiiiearideellrcrtnpeui’jOÙ tout passe, où tout change; Lac azuré qui dort sur un marais de fange !
('omment ton ame ardente a-t-elle si long-temps A ces débiles dieux prodigué son encens ?
Comment ce front brûlant, qui de fleurs s’environne. N’a-t-il pas fait soudain éclater sa couronne?
Et dévorant, d’un trait, les vains jours d’ici-bas. Cherché d’autres destins par delà le trépas?
.le voudrais, au flambeau dont la clarté t’inonde, Parcourir avec toi les ténèbres du monde ; Descendre loin de l’homme en des sentiers déserts, Et chanter dans la mort comme Orphée aux enfers !