AU TOMBEAU D'UNE JEUNE FILLE
Elle est morte ! et déjà sur sa tombe déserte La croix blanche s’incline. . . et l’herbe, en toufl'e verte, Pend le long du marbre Jauni...
Son nom, son non» si doux, si pur, hélas! à peine
Ai; TOMIIBAI' o’iAE JRi:AB PIM.E.
Dérobe, arniche encor quelque lettre incerlaine A la lourde main de l’oubli !
Passez, passez, jeunes eompagnes.
Vos yeux ne gardent pas les pleurs ;
Vos pieds, errant dans les campagnes, N’aiment à fouler que des fleurs.
Votre vie a tant d’espérance !...
Votre couronne d’innocence Se balance en festons si doux 1 . . .
Vos jours sont un rire candide,
Un rayon d’or, une eau limpide ,
Mais Elle aussi fut comme vous !...
Mais Elle aussi fut jeune et belle.
Belle, aimable et bien douce à voii‘ ; Souvent une vive étincelle Dans son œil anima l’espoir ;
Son front épanouit ses roses Qui pâlirent, à peine écloses, r,omnie une plante sans soleil ;
Et son cœur, voilé de mystère,
AU TOMBEAU d'uBE JEUSE riI.I.E.
(chercha bienlôl loin de la icire Les rêves d’un autre sommeil.
O toi qui parus en ce monde Sous des traits de grâce et d’amour, Est-il une voix qui réponde Du haut du céleste séjour?
Dis s’il est un éeho sonore?...
Dis h mon cœur qui les implore Quelques paroles du tombeau...
Révèle-moi, dans la prière,
Quel ange a fermé ta paupière.
Et t’a guidée à son flambeau !
Dis-moi quelle vague inconnue Se soulève à ton souffle pur ;
Quelle lumineuse avenue S’entr’ouvre à tes ailes d’azur?
Dis-moi, vierge aux saintes pensées.
Combien tes vertus sont pesées, ('ombien sont payés les soupirs?
El si, comme un rayon d’aurore.
<iO Al TOMRK\l n'iiAE JEIAK rillK.
Ton (Tpil VOI S nous s’incline encore, Emporte avec toi nos désirs.
Emporte à ton lointain rivage Tous nos vains rêves de bonheur:
Eclairs passagers de l’orage,
Tristes illusions du eœui'.
Ah! tu rêvas aussi, sans doute.
Quand, voilée au bord de la route, Tu t’asseyais à ton matin,
Et que ton long regard de femme, Explorant les déserts de l’ame.
Se ferma, lassé du chemin.
Tu vis peut-êti e, en la vallée Où nous portons le poids du joui-, Une source pure, isolée,
Et quelques palmiers à l’entour?...
Peut-être une harpe vermeille Vint-elle, effleurant ton oreille.
Dire des mots mystérieux...
Et, t'éveillant avec l’aurore.
At TOMBEAU Ü i;KB 4KCINE FII.I.R.
Tu croyais l’ccouler encore Quand lu t’entendais dans les cieux.
O beau lis ! honneur de la plaine, (ialice éclatant de blancheur Qui parfumais de ton haleine ,
Où donc est aujourd’hui ta fleur ?
Voici du gazon, une pierre.
Un nom qu’une douleur amère.
Que le temps eftaee à moitié...
O jeune fille au teint de rose !
De toi n’est-il plus autre chose Qu’un seul souvenir de pitié ?
iN’es-tu plus qu’une ombre livide Au cœur qui t’aime et qui gémit i* Qu’une poussière froide, aride Que recouvre l’allreux : Ci-gît i*...
Jeune fille à tant d’espérance,
A tant d’amour et d’innocence,
A tant d’élans d’ame vers Dieu !
Faut-il donc, d’une voix farouche.
t>'2 \l lOMBKAl l>’lAK JKIME F'I.I.E.
En passant, glacé sur ta couche,
Te dire pour dernier adieu :
Elle est morte... et déjà sur sa tombe déserte La croix blanche s’incline, et l’herbe, en touffe verte, Pend le long du marbre jauni ;
Son nom, son nom si doux, si pur, hélas ! à peine Dérobe, arrache encor quelque lettre incertaine A la lourde main de l’oubli !