‹ Exil et patrieChapitre 19 sur 78 · AU TOMBEAU D'UNE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

AU TOMBEAU D'UNE JEUNE FILLE

Elle est morte ! et déjà sur sa tombe déserte La croix blanche s’incline. . . et l’herbe, en toufl'e verte, Pend le long du marbre Jauni...

Son nom, son non» si doux, si pur, hélas! à peine

Ai; TOMIIBAI' o’iAE JRi:AB PIM.E.

Dérobe, arniche encor quelque lettre incerlaine A la lourde main de l’oubli !

Passez, passez, jeunes eompagnes.

Vos yeux ne gardent pas les pleurs ;

Vos pieds, errant dans les campagnes, N’aiment à fouler que des fleurs.

Votre vie a tant d’espérance !...

Votre couronne d’innocence Se balance en festons si doux 1 . . .

Vos jours sont un rire candide,

Un rayon d’or, une eau limpide ,

Mais Elle aussi fut comme vous !...

Mais Elle aussi fut jeune et belle.

Belle, aimable et bien douce à voii‘ ; Souvent une vive étincelle Dans son œil anima l’espoir ;

Son front épanouit ses roses Qui pâlirent, à peine écloses, r,omnie une plante sans soleil ;

Et son cœur, voilé de mystère,

AU TOMBEAU d'uBE JEUSE riI.I.E.

(chercha bienlôl loin de la icire Les rêves d’un autre sommeil.

O toi qui parus en ce monde Sous des traits de grâce et d’amour, Est-il une voix qui réponde Du haut du céleste séjour?

Dis s’il est un éeho sonore?...

Dis h mon cœur qui les implore Quelques paroles du tombeau...

Révèle-moi, dans la prière,

Quel ange a fermé ta paupière.

Et t’a guidée à son flambeau !

Dis-moi quelle vague inconnue Se soulève à ton souffle pur ;

Quelle lumineuse avenue S’entr’ouvre à tes ailes d’azur?

Dis-moi, vierge aux saintes pensées.

Combien tes vertus sont pesées, ('ombien sont payés les soupirs?

El si, comme un rayon d’aurore.

<iO Al TOMRK\l n'iiAE JEIAK rillK.

Ton (Tpil VOI S nous s’incline encore, Emporte avec toi nos désirs.

Emporte à ton lointain rivage Tous nos vains rêves de bonheur:

Eclairs passagers de l’orage,

Tristes illusions du eœui'.

Ah! tu rêvas aussi, sans doute.

Quand, voilée au bord de la route, Tu t’asseyais à ton matin,

Et que ton long regard de femme, Explorant les déserts de l’ame.

Se ferma, lassé du chemin.

Tu vis peut-êti e, en la vallée Où nous portons le poids du joui-, Une source pure, isolée,

Et quelques palmiers à l’entour?...

Peut-être une harpe vermeille Vint-elle, effleurant ton oreille.

Dire des mots mystérieux...

Et, t'éveillant avec l’aurore.

At TOMBEAU Ü i;KB 4KCINE FII.I.R.

Tu croyais l’ccouler encore Quand lu t’entendais dans les cieux.

O beau lis ! honneur de la plaine, (ialice éclatant de blancheur Qui parfumais de ton haleine ,

Où donc est aujourd’hui ta fleur ?

Voici du gazon, une pierre.

Un nom qu’une douleur amère.

Que le temps eftaee à moitié...

O jeune fille au teint de rose !

De toi n’est-il plus autre chose Qu’un seul souvenir de pitié ?

iN’es-tu plus qu’une ombre livide Au cœur qui t’aime et qui gémit i* Qu’une poussière froide, aride Que recouvre l’allreux : Ci-gît i*...

Jeune fille à tant d’espérance,

A tant d’amour et d’innocence,

A tant d’élans d’ame vers Dieu !

Faut-il donc, d’une voix farouche.

t>'2 \l lOMBKAl l>’lAK JKIME F'I.I.E.

En passant, glacé sur ta couche,

Te dire pour dernier adieu :

Elle est morte... et déjà sur sa tombe déserte La croix blanche s’incline, et l’herbe, en touffe verte, Pend le long du marbre jauni ;

Son nom, son nom si doux, si pur, hélas ! à peine Dérobe, arrache encor quelque lettre incertaine A la lourde main de l’oubli !

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