‹ Exil et patrieChapitre 26 sur 78 · CALME · texte numérisé non relu

CALME

Un peu d’huile, de baume à laver sa blessure,

C’est là ce qu’il faut désormais.

Oublier, oublier qu’à ces paisibles heures,

La folie, éclatant aux plus riches demeures,

S’enivre et triomphe à grands bruits ;

Que, tandis que des pleurs mouillent plus d’une couche , Des danses de plaisirs, des rires sur la bouche.

Souillent la majesté des nuits.

Que leur font les autans et les feuilles fanées ?

N’ont-ils donc pas les fleurs de leurs vertes années.

Qui pendent sur leurs cheveux bruns ? Qu’importent les tombeaux, la châsse, le suaire ? IN’ont-ils pas su laver la trace funéraire,

Et voiler la mort de parfums?

Us sont heureux ! pourquoi n’ai-je plus leur délire ? Leurslèvres, leur maintien, leurs regards semblent dii'e Bonheur, volupté! volupté!

Ils sont heureux, heureux!., cependant sur leurs tètes

KH

r%l.MK.

Lin doigt silencieux trace, au mur de leurs fêtes, Ce dernier mot : Éternité !

Oublier, oublier ce qui n’est qu’un mensonge.

Un soupir dans le cœur, une espérance, un songe Qui vint flotter à mon matin ;

Zéphyr tiède, inquiet, aux ailes incertaines,

Qui dérobe au printems ses plus fraîches haleines, Et les perd le long du chemin.

Ce n’est pas vainement, ô nuit! que ta grande ombre Enveloppe le cœur d’un manteau froid et sombre,

Et le console d’un rayon ;

Ce n’est pas vainement que le flot se soulève,

Qu’il roule avec son onde une plainte à la grève.

Et fuit soudain à l’horizon.

Non, ce n’est pas en vain que la bise froidie Revient de l’océan plus haute et plus hardie, Et courbe en sifflant les rameaux ; Qu’elle apporte une voix à la plante épuisée.

CAI.MK.

Qu’elle mêle un paifum aux gouttes de rosée,

Et berce le lit des oiseaux.

Non, non ! partout, partout où s’éveille un murmure. Où respire une fleur, où s’épanche une eau pure. Quelque doux secret se trahit ;

C’est un reflet perdu qui retounie à l’aurore ;

C’est un écho nouveau, dont l’accent moins sonore. Ou pleure, ou console, ou bénit.

Partout c’est le Seigneur qui, d’une urne féconde. Jette son voile aux deux et ses clartés à l’onde. Et dit à la nuit : Me voilà !...

C’est son esprit qui passe et fait germer la terre. C’est l’encens qui s’élève aux autels de prière. C’est l’ame qui crie : Hosanna !

C’est toi que j’ai revue... et mon œil attentif (^Iherchait à deviner de son regard pensif Si ton front trahissait des larmes;

Et sentant dans mon cœur je ne sais quel ennui,

Je craignais clans le lien ce mot subit : « Cl’esl lui » El nos mutuelles alarmes.

Je craignais, j’avais tort... le temps, tleuve jaloux. Emporte dans ses flots ces souvenirs si doux De l’aurore de nos années ;

Et ces désirs de l’aine, et ces rêves d'amour.

Et ces rameaux rians aux premiers leux du jour. Ce n’est plus que feuilles fanées.

J’avais tort, car je sais que lu n’ignorais pas Ces durs pensers d’oubli que semait sm- tes pas Mon ame insatiable cl sombre ;

Et (jue mon reil, quand toi tu mourais pour moi seul, A peine aurait jeté sur ton pâle linceul Un regard plus froid que ton ombre.

Oh! pardonne, pardonne... et ce n’est point ici Un aveu de remords, un tardif démenti A ce cœur ardent et sincère;

Oh ! ce n’est point ici pâle reflet d’amour ;

Mon regard est éteint; mon ame est sans retour Voilée à sa douce lumière.

Non, ce n’est point ici ranimer en ton sein Ces soupirs inquiets, ce battement soudain Qui laisse trace douloureuse :

Ce ne sont plus pour moi tes chants harmonieux ;

Ce ne sont pas des pleurs que je veux dans tes yeux : Oh ! non , non ! sois toujours heureuse !

Heureuse!., mais sais-tu le bonheur ici-bas?

J’ai cherché vainement sur ton beau front, hélas!

Cet éclair fugitif et tendre ;

J’ai vu quelques transports éclater dans ta voix ; J’ai surpris sur ta lèvre un sourire parfois.

Le bonheur... je n’ai pu l’apprendre.

Est-ce lui qui folâtre aux caprices du bal?

Qui jette, avec dédain, son parfum virginal Parmi les guirlandes de roses?

Où serait-ce cet ange aux ailes de saphir

Qui, le cœur plein d’amour et forcé de haïr, Pleure tandis que tu reposes?

Le bonheur !.. oh ! sais-tu ce qu’il m’en a coûté. Quand sur les passions par un souffle emporté. Je buvais de leur onde amère?

Quand lassé de lutter sous l’écume des flots,

.Te criai dans mon cœur suffoqué de sanglots :

« Mon père, ayez pitié, mon père! «

Et voilà que souillé de sable et de limon.

Jeté par la tempête, un nouvel horizon Sur mon jeune front; se déploie ;

Je sens entre mes doigts un luth harmonieux.

Et ravi de saisir le spectaelte des deux J’entonne mon hymne à la joie.

Et toi... ton luth aussi n’est-il plus dans ttt main'? Comme un enfant méchant, as'-tu brisé soudain Sa corde rêveuse et plaintive?

M’as-tu pas quelque chant qui berce la douleur?

Dans le désert, dis-moi, n’as-tu pas quelque fleur Pour parfumer encor ta rive ?

Oh! ta voix était douce... et bien doux ton espoir! C’était le lis si pur qui sous la main du soir Ferme sa corolle et se penche.

C’était la perle d’or aux cristallins ruisseaux ;

Au réveil du matin, sur un lit de rameaux C’était la colombe si blanche.

C’était rêve limpide, et prière et désir ;

C’était voile léger au flottant avenir;

Souffle qui pleure et qui console.

C’était flocon de neige à des vagues d’azur; C’était, riant d’espoir sur un monde plus pur,

Un front paré d’une auréole.

Et j’ignore aujourd’hui ce qui parle en ton cœur; .l’ignore... mais la paix qui tient lieu du honheur, Cette fraîche et suave image ;

Cet esquif embaumé que caressent les flots ;

('.elle ancre tant promise aux vœux des maleluls, L’as-tu jetée à ton rivage ?

Qu’importe?. . c’est assez, ô ma lyre; tais-toi ! ('.’est assez, si son cœur conserve quelque foi Aux accords échappés de l’ame :

Si son front est plus pâle à cet éclair qui fuit ;

Si son regard errant aux lueurs de la nuit Darde encor l’immortelle flamme!

NON!

Non ! je ne chasse pas ces images funèbres,

Ces visions de morts, noirs enfans des ténèbres, Fantômes, sur mon front agitant un linceul... Non ! je ne ferme pas une oreille craintive

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