‹ Exil et patrieChapitre 27 sur 78 · NO · texte numérisé non relu

NO

A ces lugubres l)ruils, qui, le long de ma l ive, Passent souvent quand je suis seul !

Non ! je ne cherche pas sur la mousse fleurie, Toujours ouhli, repos et molle rêverie,

Comme un saule d’été qui penche au bord des eaux ; Ma poésie, à moi, dans son étrange fête,

Chante et sourit d’espoir en se parant la tête D’un peu de l’herbe des tombeaux.

Elle aime à s’arrêter le soir sous le portique.

Loin de l’homme, épiant le glas mélancolique Qui semble à chaque coup lui dire : vanité.

Elle aime au temple saint la lampe et la prière. Comme pour aspirer, dans sa fuite éphémère.

Des parfums de l’Éternité.

Elle est jeune pourtant, et riche est sa jeunesse. Et la main du plaisir mollement la caresse Comme pour éveiller un sourire en son cœur ; Et quelques douces voix à la suave haleine.

NON !

En mois harmonieux qui s’entendent à peine, Peut-être lui diraient : vainqueur.

Peut-être sur ce front que le deuil environne, Ce qu’on appelle gloire eût placé sa couronne ; Peut-être le destin en eût été jaloux; Peut-être... car qui peut arrêter la pensée?... O ma muse, à ta voix la fortune empressée T’aurait servie à deux genoux !

Et Je ne chasse pas ces images funèbres,

Ces visions de morts, noirs enfans des ténèbres. Fantômes sur mon front agitant un linceul :

Non, je ne ferme pas une oreille craintive A ces lugubres bruits qui, le long de ma rive, Passent souvent qnand je suis seul !

Oh ! c’est que j’ai brûlé dè bonne heure en la vie De la soif qui d’amour n’est jamais assouvie : .leune convive aussi j’ai voulu du festin ;

Mais sentant à ma joue une rougetir soudaine,

too

Tout honteux j’ai saisi ma coupe encore pleine, El l’ai brisée avant la fin.

Et j’ai dit cet adieu profond, ii-révocable...

J’ai vu derrière moi ma trace sur le sable,

Et le flot qui s’avance et qui va l’effacer. . .

J’ai senti plus d’un cri s’étouffer dans mon ame, Et dans mes rêves d’or, j’ai vu plus d’une flamme Briller un moment et passer.

Et mon front s’est voilé de pleurs et de mystère, Et j’ai pris mon bâton qui gisait sur la terre. Pour marcher pèlerin sous un autre soleil ;

Et lassé de toujours explorer le .silence.

J’ai pu trouver enfin, dans le désert immense.

Près d’une source, le sommeil 1

Là J’ai vu .se flétrir, mes désirs, mes années. Comme un chêne à l’été voit ses feuilles fanées Tomber autour de lui de ses jeunes rameaux; J’ai plié tout entier au vent de la tempête.

NON !

J’ai frémi comme lui... maisj’aUends que ma lèle Reverdisse à des cieux nouveaux.

Non! je ne chasse pas ces images funèbres,

Ces visions de morts, noirs enf'ans des ténèbres, Fantômes sur mon front agitant un linceul.

Non! je ne terme pas une oreille craintive A ces lugubres bruits qui, le long de ma rive. Passent souvent quand je suis seul.

Page 1