‹ Exil et patrieChapitre 38 sur 78 · SILENCE DEVANT DIEU · texte numérisé non relu

SILENCE DEVANT DIEU

Flots, balancez-vous au rivage, Déployez vos nappes d’azur ; Aujourd’hui c’est un soleil pur Qui va refléter son image.

SII.Enr.F DEVAIT DIKI .

Vieux hêtres, inclinez vos fronts, Saluez du sommet des monts Le Dieu qui donne la verdure;

Que la brise dans vos rameaux Vous arrache des chants nouveaux.

Bardes sacrés de la nature !

Oh 1 pourquoi n’a-t-on qu’une voix Quand le cœur, gonflé d’espérance.

Bondit seul avec violence domine le torrent dans les bois Qui renverse dans son écume Chêne brisé, cèdre qui fume.

Déchirant le lit qu’il parcourt ; Toujours solitaire, invincible, Jusqu’à ce que son flot terrible S’abîme dans un gouffre sourd.

Pourquoi, Seigneur, à ton aurore, Lorsque s’éveillent les zéphyrs, îN’as-tu prêté que des soupirs A l’ame chaste qui t’implore?

SII.ENCR IKEVAKT DIRt.

Poiii'(|uoi, lorsque ton astre a lui, iN’a-t-elle toujours devant lui Qu’un silence rempli de charme?

Pourquoi donc, pour mêler aux chants Des oiseaux, des flots et des vents, N’a-t-elle souvent qu’une larme ?

Quand, recueillie à ces accords Comme un beau lis à la rosée,

L’ame enlr’ouvre un peu sa pensée Pour s’embaumer de ses trésors ; Quand, comme une urne de prière Qui verse la paix, le mystère,

Elle se tarit vers le soir.

Je voudrais qu’une flamme ardente S’échappât toujours renaissante Du foyer de son encensoir.

Mais non, de débris agrandie,

L’ame qui rompt tout sous ses pas.

Qui court et dévore ici-bas Comme un redoutable incendie,

SII.BNCB DE VAUT DIRli.

S’arrête devant toi, Seigneur,

Soumise, apaisant sa fureur.

Comme l’Océan sur ses rives Qui, roulant encore en son sein Des bruits qu’on entend au lointain.

Vient mourir en vagues plaintives.

Tout se tait, et la nuit descend :

Nuit plus belle dans son silence ,

Plus suave en sa transparence Que le plus riche firmament.

Tout se tait. Seigneur! à l’étoile Qui d’un reflet blanchit la voile.

Palpitante au doux sein des mers;

Comme ces échos des fontaines

Qui, quand les sources sont trop pleines.

Etouffent soudain leurs concerts.

Votre front est bien pâle et votre œil est humide. Madame; oh! vous avez soulFerl!

Un vent de mort, un souffle impétueux, aride,

A passé sur ce rameau vert.

Et je ne verrai pas sur ce visage d’ange Les roses s’étaler, fleurir ;

(,)uelque chose d’aincr, de dévorant, d’étrange,

A pour jamais dû les flétrir.

Eh bien ! pardonnez tout h mon cœur de poète,

S’il ose s’épancher pour vous;

Mais malgré moi mon luth s’émeut et s’inquiète Quand il voit quelqu’ame à genoux.

Quand, balloté du sort comme une algue des vagues. Un cœur se débat dans ses flots.

Quand il entend surgir dans des murmures vagues. Comme des bruits sourds de sanglots.

Quand il sait que souvent on dévore des larmes Que les hommes ne plaignent pas ;

Qu’on rêve solitaire, en jetant à ses charmes Comme un sourire du trépas.

Il cherche, il cherche alors, .si, dans elle, cette aine A des mystères comme lui....

Et, plein de rêverie, il déroule la trame De son inénarrable ennui.

Il repasse en silence, et ses jeunes années Et ses innombrables désirs,

Et las de remuer tant de feuilles fanées,

Il laisse exhaler ses soupirs.

Et sa plainte a besoin de rencontrer un frère Qui lui raconte des douleurs,

Qui SC voile de deuil — Car mon luth solitaire Ne s’est jamais paré de fleurs.

Oh non ! ces jours rians, qui flottent sur la vie En longs rayons de pourpre et d’or ;

Ces rêves azurés, qu’ici-bas l’on envie,

N’ont point éveillé son accord.

Ce n’est pas quand la foule épiait le soui’ire Sur votre lèvre de corail ;

Ce n’est pas dans le bal, quand un léger Zépbyre S’échappait de votre éventail.

A ll“* ». D.

Quand tout était pour vous rêve limpide et tendre, Que le cœur riait au hasard,

Qu’ils allaient tous rivaux, ne pouvant vous entendre. Heureux de votre seul regard.

Non, ce n’est point alors que ma lyre sévère A vibré d’un accord soudain ;

Que j’ai senti pour vous un son'pur et sincère S’échapper brûlant de mon sein.

II fallait que ce front, de candide espérance.

Ruisselât de froides sueurs ;

Que cet œil, tout voilé d’amour et d’innocence. Dardât dévorantes lueurs ;

Que ce parfum si doux que le zéphyr apprête.

Rosée aux trésors du printems.

En grêlons lourds et froids tombât sur votre tète Terne et brisée avant le tems.

Il fallait.... Mais silence ! et peut-être ma lyre A déjà plus d’un son fatal.

Peut-être sa blessure et s’ouvre et se déchire ;

Ma voix trop rude lui fait mal.

Et je voulais pourtant oh ! pardonnez, Madame ,

Je voulais pleurer avec vous ;

Je voulais, simple et pur, épancher de mon ame.

De tous ses accords le plus doux.

Cette corde éveillée au nom de poésie.

Qui trouve un écho dans le coeur,

Qui verse en souriant tout un flot d’amhroisie Dans le calice du malheur.

Cet ange aux ailes d’or, qui plaint et qui console. Doux, pur comme un rayon de miel.

Qui s’assied au chevet, brillant d’une auréole.

Et qui du doigt montre le ciel.

Cette source, où ma lèvre ardente et jeune encore S’est étanchée avec amour-,

Où je viens tant de fois, quand la soif me dévore. Insulter aux ardeurs du jour.

Où je puise avec joie, el lorce, et. plénitude,

Où je sens iininortei transport ;

Ou je laisse mon coeur, brisé de solitude.

Sourire d’espoir à la mort.

La Mort ! n’avez-vous point senti sa froide haleine Passer à quelqu’heure la nuit ?

Et vous parler tout bas, palpitante, incertaine. Alors que tout songe s’enfuit ?

Souvent, n’a-t-elle pas évoqué dans votre amc Des souvenirs doux et pieux.

Quand le cœur, étonné de sa première flamme, Pleurait en regardant les deux?

Quand fatigué du jour, votre regard de mère S’incline encor vers un berceau.

Et que vous croyez voir l’aile de la prière Bercer des anges le plus beau ;

Dites, n’avez-vous pas, seule et dans le silence,

Pi ■ès de votre fille à genoux.

Invoqué quelquefois ce reflet d’espérance, Peut-être, hélas! éteint pour vous?

Oh! votre Iront encore est fleur de poésie — Non ! votre couronne est ailleurs —

Et votre ame. Madame, est la plante choisie Qui doit s’élever sous les pleurs !

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