A UN TRAPPISTE
Quoi ! toujours se bercer de la même pensée ! Toujours jeter un voile à son ame oppressée,
Comme pour étouffer tout vivans ses soupirs !
JV’avoir plus d'autre voix qu’un chant lent, monotone.
\ l'K TRAPPISTE.
Qu’un long regard éteint, comme un rayon d’automne Qui pâlit sur les fleurs où dorment les Zéphirs. Passer comme un fantôme au milieu du silence ! Porter tout seul son coeur, sans une autre espérance Que celle qui renaît au delà du tombeau;
Pleurer, pleurer souvent, et n’avoir pour amie
Qu’une cellule au monde Oh ! dis-moi si ta vie
A trouvé là pourtant où jeter son fardeau.
Dis-moi quel nouveau soulfle a séché dans ton ame ('.e cratère fumant d’amour et de désirs;
Quel encens d’ici-bas purifia la flamme ;
Quel soudain talisman a changé les plaisirs?
Ah ! dans tes longues nuits sans sommeil et sans rêves, (domine l’oiseau des mers qui plaint au bord des grèves. Souvent, loin de la foule, égarant ta douleur.
Tu jetais vers le ciel un regard solitaire;
Tu souffrais... Mais, dis-moi, n’avais-tu sur la terre Nul ami dont la main eût essuyé tes pleurs ?
N’avais-tu pas senti sur ton front pâle et sombre Ces palmes dont tout homme ici-ha.s e.st jaloux? N’avais-tu pas goûté loin des hommes, dans l’ombre, De ces rares aveux qu’on écoule à genoux ?
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El le soir, quand la sœur, à la joie innocente,
Pressail les noirs cheveux de sa main caressante. Quand sa douce voix d’ange, ignorant la douleur, Modulait un accord pour apaiser ton cœur;
Dis-moi si quelque larme efiacée en silence Ne vint pas en ton sein ranimer l’espérance? » Dis-moi si ton regard moins sombre et moins rêveur Ne crut pas aspirer un rayon de bonheur ?
Non! ce ne fut pour toi qu’une lueur rapide, ■
Qu’un éclair passager dans la nué homicide,
Qu’une fleur qui se penche au souffle de l’antour. Mais que ce souffle brûle et flétrit en un jour.
Il te fallait, à toi, comme au fleuve indomptable,
Un océan de flots et des déserts de sable; • • • j
Il fallait, dévorant les jours avec ardeur.
Un monde à ta pensée, un abîme à ton cœur.
Un abîme sans fond, d’espérance et de vie,
Oii l’ame enfin repose apaisée, assouvie.
Où tout passe à ses yeux comme un brouillard lointain Qui ternit l’horizon et disparaît soudain ;
Où tout désir de cœur s’épure avant de naître.
Où l’on n’aspire plus qu’à voir bientôt paraître
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160 A UN TKAPPIIVTE.
Cette aurore qu’annonce un soir mystérieux.
Eh bien ! écoute encor, noble exilé des cieux ! Écoute en ton désert une parole amie,
Un cri peut-être aussi connu dans la patrie, Un soupir, un élan que l’homme n’entend pas, Mais qu’un ange du ciel recueille sur tes pas.
Et quand mon h'ont, lassé des labeurs de la terre. S’inclinera le soir aux heures de prière ;
Je te verrai souvent, au bord moins agité.
Prêter ton aile blanche à mon cœur abrité ; Mêler aux pleurs amers un céleste sourire.
Et verser en torrens des hymnes à ma lyre.