A UNE ROSE
Belle rose, à toi mon hommage, Je te salue avec amour.
Je veux que mon luth, à son tour, Jette un puri'um à ton feuillage.
t V!«E ROSE.
Je veux m’asseoir auprès de loi, Tout embaumé de ton haleine ;
Te demander, l’ame incertaine,
Si ton éclat n’est pas pour moi?
Si ce n’est pas sur ma tristesse Que tu semblés verser des pleurs?
Si tu ne sens pas mes douleurs Quand un souffle inquiet te blesse?
Si, dorée aux feux du soleil,
Ta chaste et brillante corolle N’annonce point cette auréole Qui doit me ceindre à mon réveil?
Si la beauté, si fugitive Qu’elle brille à peine un matin.
N’est pas du plus riant destin L’image fidèle et plaintive ?
Si ton jeune Iront pâlissant.
Qui se penche au zéphyr qui l’aime.
N’est pas encor le triste emblème Du flot qui ronge en caressant?
A lAE ROSE.
Mais mon luth n’a-t-il autre chose Qu’un sombre et monotone accord?
Est-ce une image de la mort Qui sommeille au sein d’une rose?
Partout Eh ! c’est donc mon destin !
Je dois sentir ce souffle aride,
Et broyer, sous mon pied rapide.
Toutes les fleurs de mon chemin.
Eh bien ! va donc, triste pensée.
T’asseoir en paix sur les tombeaux ; Cherehe quelques accords nouveaux Pour bercer mon ame affaissée !
Va, sombre amante des douleurs, Rouvrir encor quelque blessure, Puisqu’ici-bas ta nourriture Est un pain tout trempé de pleurs !
Puisque, rêveur et solitaire.
Ton regard, montant vers les deux,
A peine, froid, silencieux.
S’arrête un matin sur la terre ;
* l'NR ROSS.
Puisque lu portes dans ta main Cette balance où tout se pèse ,
Et que le plus suave rêve A toujours son prompt lendemain.
Non , non ! à l’heure où tout repose,
Quand s’endort le zéphir de nuit ,
Quand sur ton sein l’aurore luit,
Venir près de toi, fraîche rose,
Epier si ton encensoir
Où brûle un parfum sans mélange
N’est pas balancé par un ange
Qui ne vjeut pas se laisser voir.
Venir aux heures de mystère Rêver sous tes feuilles long-tems ; M’enivrer des dons du printems Comme d’une douce prière...
Et là, craintif aux souvenirs Qui pourraient s’éveiller encore.
Demander ses pleurs à l’aurore,
El leurs ailes d'or aux zéphirs.
i ROSR.
Me perdre en vapeur diaphane Le long des coteaux et des bois;
Me suspendre aux vagues pai’fois Comme un phare tremblant et pâle :
Mêler à l’onde des ruisseaux Un flot à la nappe azurée.
Et ma voix limpide, éthérée.
Au gazouillement des oiseaux.
Me fondre sans laisser de trace Comme la rosée au soleil.
Qui, messagère du réveil.
Remplit sa mission et passe ;
Comme un grain d’encens du saint lieu...
Comme sur la harpe divine Un son pur que l’ame devine.
Qui remonte aussitôt à Dieu.