‹ Exil et patrieChapitre 60 sur 78 · INE JEM1E PARALYTIQUE · texte numérisé non relu

INE JEM1E PARALYTIQUE

Si le soir, quand la joie éveille en vos compagnes L’amour de la danse et des jeux.

Il n’est point pour vous seule, errant sur vos montagnes. Quelque rayon tombé des deux ;

Quelque reflet divin d’amour et d’espérance.

Qui flotte au front voilé de pleurs.

Quelque nectar caché que verse l’innocence Dans le calice des douleurs.

Oh! j’ai vu quelques pleurs. . . et j’ai pleuré dans l’ame; Car je sais aussi compâtir,

Car toute voix du cœur, ardente et pure flamme. Trouve un écho pour mieux gémir...

Et j’ai rêvé long-tems à vos tristes pensées.

Aux pâles lueurs de vos jours...

A ces ailes d’azur qui tombent affaissées Dans un lac qui croupit toujours;

A ces désirs trompés qui meurent dans la vie,

Comme des germes sans soleil;

A cette soif du cœur qui, sans être assouvie.

Doit s’éteindre au dernier sommeil.

Et j’ai senti soudain se changer ma tristesse En un cantique harmonieux.

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Et voire long regard, (jue la joie ici blesse,

S’esl baissé moins mystérieux.

J’ai compris qu’il était loin des sentiers du monde. Loin de ce qu’on cherche ici-bas,

Un ombrage écarté qui de fi'ais vous inonde ;

Une voix qui parle tout bas;

Quelque chose du ciel qui caresse et console.

Qui dit : « Courage, encore un jour.

Et votre front, privé de sa blanche auréole.

Aura ses roses à son tour! »

Eh ! quelle autre espérance est-il sur cette terre ?

Qu’ont-ils ici les plus heureux ?

J’ai cherché vainement, dans les flots de poussière. Que le néant roule avec eux Quelque fleur de printems qui ne fut pas fanée ;

Quelque i“ayon pur d’un matin.

Quelque flot moins amer qui, sur leur destinée,

Jette un réseau moins incertain.

Partout c’est la douleur, les larmes et la plainte.

Ou l’éphémère oubli des maux ;

Jusqu’à ce que, glaçant leur cœur de son étreinte, La mort les balaie aux tombeaux.

23? \ IINB JBINE l’ARAI.YTIQVE.

Oh! ne regrettez pas, étrangère en la vie,

De n’avoir point iranchi le seuil.

De n’avoir point goûté ce trésor qu’on envie,

Fleur qui croit au bord d’un cercueil.

Laissez votre ame au soir se bercer de silence, S’embaumer des parfums de l’air,

Et sa voix qui suffit à la reconnaissance,

Exhaler à Dieu son concert.

Laissez-la se mêler aux brises du feuillage.

Parler au souffle qui s’enfuit ;

Se suspendre tremblante aux vagues du rivage. Comme la lampe de la nuit ;

Se couronner de thym, de lis, de chèvre-feuille. Savourer l’encens le plus doux ;

S’étaler dans la /leur, frissonner dans la feuille. Car la nature est toute à vous.

C’est pour vous qu’aux rameaux la goutte de rosée Tombe en perle de pourpre et d’or.

Que des oiseaux du ciel la note cadencée Résonne plus limpide encor.

Que le ruisseau, perdu sous un pont de verdure. Jolie un soupir vague et plaintif.

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