‹ Exil et patrieChapitre 62 sur 78 · QUAND PASSE FOILÉ D’UNE LARME · texte numérisé non relu

QUAND PASSE FOILÉ D’UNE LARME

Quand passe, voilé d'une larme,

Un désii’ vague dans mes yeux ;

Quand, soudain, mon regard s’alarme , Et s’élève inquiet aux cieux ;

QUAND PASSE VOII.É d'l'NE LARME.

Quand la main sombre du silence Froisse mon front et le balance Comme un .saule chargé de pleurs...

Oh ! que ton cœur plein de mystère Dorme, abrité de sa prière,

Sur son lit de mousse et de tleurs.

Ne me demande plus encore Si mon cœur s’est glacé pour toi ;

Ne demande plus à l’Aurore S’il est quelque rayon pour moi :

Ne viens plus, de ta main si blanche.

Caresser mon front qui se penche Et darde un éclair fugitif. . .

Ignore toujours ma tristesse , Laisse-moi seul dans ma détresse Disputer aux vents mon esquif.

Ohl ta vie est l’onde azurée!

C’est la perle d’or au matin...

Faut-il que mon ame ulcérée Tache l’herbe de ton chemin?

QIIAHD PASSE VOII.É d’vNE EARME.

Oh ! ton regard est si limpide , Faut-il que ma lèvre livide Lui jette une noire vapeur?...

Ton cœur aimant sourit et chante.

Faut-il donc qu’à sa voix touchante Réponde un écho de malheur?

Oh non! qu’elle soit consolée Ta douce saison d’avenir!

Toi que mon ame désolée Comme une fleur craint de flétrir!

Passe en ta rieuse ignorance Tous tes jours tissus d’innocence, Comme des flots sous un gazon :

Que mon souffle , chargé d’orage , S’exhale loin de ton rivage.

Et laisse pur ton horizon !

Ne cherche plus à me comprendre , Ne pleure plus auprès de moi ,

Si mon œil distrait et moins tendre A tous ses rêves n’a plus foi ;

‘i38 QU&HD PAMK voiré d’une laime.

Si , quelque parole incertaine Trahit quelque douleur soudaine, Et se repent sitôt après...

Si ma nuit plus froide, plus vide , Dévorant cet éclair rapide ,

Rend le silence plus épais ;

En vain voudrais-tu dans mon ame Plonger ton timide regard:

C’est le foyer vide de flamme Où la cendre flotte au hasard ; C’est l’urne fêlée , inutile ,

C’est la plante sèche, stérile,

Qui ne veut plus rien du soleil :

C’est l’os tout souillé de poussière Qui gît là dans le cimetière , Attendant le jour du réveil.

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