MYSTÈRE
Non, vous n’enlendrez plus ces mois mystérieux , Ces aveux tant cachés qui semaient dans vos yeux De douces, de rêveuses larmes ;
Cette plainte du cœur qui s’épanche eh Soupirs ;
MTftTÉKE.
Cette voix éthérée aux limpides désirs;
>ion ! je brise aujourd’hui ses charmes.
Non, non! je n’irai plus, aux approches du soir. Cherchant quelque gazon, tout près de vous m’asseoir Sur le penchant de la vallée ;
Et comme un souffle errant, à cette heure du jour.
Je ne laisserai plus votre regard d’amour Flotter sur mon ame exilée.
Non! je ne dirai plus ce qui souffre en mon cœur! Et mon ame, du moins, portera sa douleur Silencieuse et solitaire ;
Et quand dans votre main vous presserez ma main. Que vous voudrez savoir. . . je vous dirai ; Demain ; Et demain je saurai me taire.
Et toujours, oui, toujours je veux rester muet; Toujours, et ce n’est pas, dans mon cœur indiscret.
Ml’STÈKE.
Caprice léger, l'anlaisie;
Cie n’est point un remords, une crainte, un ennui ;
Le souvenir amer d’un songe, hélas ! enfui :
C’est mystère de poésie !
(^est quelque chose encor de prière et de foi î C’est un voile sacré que nul autre que moi Ne soulèvera sur ma tête ;
C’est un mélange pur de parfums et de chants ;
Ce sont aussi des cris et des accords touchans Comme des pleurs dans une fête !
Qu’importe ?.. C’est peut-être une ombre dans le ciel! C’est dans la coupe d’or une goutte de fiel -,
C’est un moribond au front blême !
C’est le vent de la nuit qui hurle dans les flots;
(7est la mer haletant qui jette ses sanglots Au rocher gris toujours le même !
Mon front tombe chargé de son nuage noir;
Et vous, aimante, et douce et rieuse d’espoir,
MYSTÉKE.
V ous ignorerez ma tristesse :
Et peut-être bientôt chacun de mes accords Brûlant comme la fièvre et lourd comme un remords, Sera léger dans votre ivresse.
Non ! je ne dhai plus mes douloureux accens !
Non ! je veux désormais exhaler cet encens A la lampe du sanctuaire;
Et, fixant pour toujours ma barque dans le port.
Je veux laisser mon cœur, comme s’il était mort,
Se coucher sous le blanc suaire.
Je veux le erépe noir, les funèbres flambeaux ;
Je veux aller entendre, à l’entour des tombeaux, D’Israël les sombres cantiques;
Je veux éteindre là ma dernière lueur.
Et rafraîchir mon front tout baigné de sueur Sur les dalles des basiliques.
Et ce n’est point pourtant rêve aiide et fatal !
Je n’ai point renié, d’un désespoir brutal.
MYSriiKE.
Des voluptés l’instinct sublime !
Je n’ai point à mon ame, éprise du trépas,
Jeté, comme un fer chaudi ce cri seul : k Tu mourras ! « Et souri de joie à l’abîme.
Oh non ! mourir, pour moi ce n’est pas seulement Le cadavre en linceul, le deuil, l’enterrement,
La châsse râlant dans la terre...
Ce n’est point quelques pleurs qu’on donne au trépassé ! Ce n’est point quelques J ours, sur un marbre glacé Une épitaphe solitaire!
Mourir ! mourir pour moi!., leur diras-tu, mon cœur, Ce que ce noir penser enfante de splendeur Dans les omhres de ta vallée?
Laisserai-je pour eux briller un peu de jour?
Leur dirai-je mon ame enivrante d’amour.
Et qui se berce inconsolée?
Non, non! toujours, toujours jé veux rester muet; Toujours!... Et ce n’est pas, dans mon cœur indiscret,
MTSTÈBE.
(Caprice léger, fantaisie;
Ce n’est point un remords, une crainte, un ennui, Le souvenir amer d’un songe, hélas! enfui :
C’est mystère de poésie.