HENRI, GUSTAVE
Gusr.—Salut, Henri. Le vieux gentilhomme est-il à la maison ? Hex.—C'est de notre père que tu parles, Gustave ?
Gusr.—Sans doute.
HEx.—Non, il est sorti pour affaires.
HEN.—Oui, Gustave, toujours pauvre, mais toujours aussi fidèles
Eat
A! à Dieu et au devoir.
\ Gusr.—Allons, Henri, ne me garde donc pas rancune pour ce à changement de religion. Après tout, nous continuons à prier le 4 même Dieu, que ce soit dans une église ou dans un temple, qu’im- N porte ?
HEx.— Comment, Gustave, qu'importe d'être protestant on catho-
4 lique ; de croire à la parole de Dieu ou de la rejeter; de voir dans
le Pape le chef de l'Eglise, ou le plus grand des imposteurs ; d'ho-
r. Au contraire je l'ai norer la Ste, Vierge comme mère de Dieu, ou de ne voir en elle en souvent les larmes @ qu'une lemme ordinaire ; d'affirmer ou de nier PEucharistie, la
Pénitence, le Purgatoire ? Qu'importe d'admettre ces vérités ou de les rejeter ? Non, non, mon frère, sois en sûr, il n’y a qu’une religion et qu'une Eglise, comme il n'y a qu'une vérité, qu'un baptème, qu'un Dieu.
Gusr.—Alh ! bah! Pourvu qu'on soit honnête homme et que l’on
HEN.-—Si on ne peut pas s'éclairer et s'instruire, soit! Mais toi,
tu n'as pas cette excuse là, Tu connais la vérité: tu as été élevé
En apostasiant, tu le sais bien, tu as menti à ta cons-
| cience, Ce n'est pas pour être plus parfait que tu as changé de religinn,
GusT.—Au moins, maintenant, je ne suis plus ennuyé par la
on prêtres, la confession, le jeûne et autres pratiques de
ome
Hen.—Ces devoirs cessent-ils d'exister ps que tu les rejettes ? Depuis que tu esen Amérique n'as-tu plus d'âme à sauver ni de Dieu à servir ?
Gusr.—[Laisse-moi donc tranquille avec tes sermons. Voilà ce
an DD ce
qui m’empêéche de te faire visite. Tu ne me parles jamais d'autr chose.
HEx.—C'est que vois-tu, mon frère, c'est là le plus rude cou qui nous ait frappé ici. C'est ce qui a brisé le cœur de notr pauvre mère et causé sa mort. (Lui prenant les mains). Gustave. | en conjure par tout l’amour d'un frère, par le salut de ton âme, par ce crucifix devant lequel tu priais jadis, et qui a reçu le dernier soupir de notre mère, reviens à la religion, redeviens catholiqie. Rappelle-toi les enseignements de ton enfance, les promesses de ton baptème, le jour de ta première communion. Réconcilie-toi avec ton Dieu. Gustave, songe à ton âme et à ton éternité! Redeviens catholique !
Gusr. (ému).—Je ne puis pas, Henri.
HEN.—Dieu l’aidera, fais le premier pas.
GusrT.- C'est impossible !
HEx.—]Impossible ! Pourquoi donc ?
GusrT.—Parce que je perdrai de suite mon emploi, mes espérances, ma fortune.
HEN.—Comment cela, je ne comprends pas.
Gusr.—Un mot te l'expliquera : j'ai une place avantageuse, et bientôt j'en aurai une meilleure encore, parce qu'après avoir renié ma religion, je suis entré dans les sociétés serrètes. Si je redevenais Catholique, je perdrais tout et je me verrais en face de la misère,
HEN.—Eh bien ! Gustave, accepte. Sois énergique, accepte. Mieux vaut la pauvreté avec la paix du cœur, que la richesse avec
pau | ur, le remords. Je t’en prie, redeviens catholique, accepte.
Gusr.—Je n'en ai pas le courage.
Hex.—Demande-le à Dieu,
Gusr.—Je n'ose pas. Plus tard, plus tard... tiens prends cet argent,
Hex.—Non, non, garde-le, C'est le prix de ton âme, mal-
) » B P Ù heureux !..,
(Gustave sort avec précipitation.)