‹ Existe-t-il plusieurs espèces de phthisies pulmonaires?Chapitre 3 sur 6 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

PRÉCISER LA NATURE ET LE TRAITEMENT DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE PHTHISIES PULMONAIRES.

La distinction exacte des différentes espèces de phthisie , dit Dumas , est assurément la plus sûre, la plus féconde et la pins négligée des sources précieuses , dans lesquelles le médecin doit puiser la connaissance des véritables indications curatives -, sans elle , l’art Hotte incertain entre les méthodes diverses que l'on propose dans les livres, et, avec elle , il s’élève bientôt à savoir presque tout ce qu’il est possible de connaître sur ce point. Mais une telle science n’est pas proportionnée au génie étroit d’un grand nombre d’hommes; elle est demeurée longtemps dans l’oubli , et il s’en faut bien que tous les gens de l’art puissent la comprendre dans toute son étendue. Les plus habiles , qui l’ont renouvelée de nos jours , ne l’ont point encore poussée assez loin : ils ont manqué d’y introduire l’ordre et la netteté dont elle serait susceptible, et la médecine demande encore que

Ton distingue la phthisie en espèces bien tranchantes et bien prononcées , au moyen desquelles on sache accommoder et assortir les méthodes applicables à chaque cas (1).

Si Dumas se plaignait, en des termes presque amers , que des .médecins renommés ne vissent dans toutes les phthisies qu'une affection organique des poumons, toujours semblable , toujours la même , qu’ils traitaient conséquemment à cette erreur , sans aucun égard à la diversité des causes , ces reproches sont tout aussi fondés aujour- 4 d’hui.

Consultez les ouvrages des médecins les plus distingués de l’école anatomo-pathologique.

Laënnec admet bien plusieurs espèces de phthisie ; mais ce ne sont que des variétés de la tuberculeuse. Ce sont : 1* la phthisie régulière ; 2° la phthisie irrégulière , quand les tubercules débutent par le mésentère , par exemple ; 3° la phthisie latente, quand les tubercules ne se démasquent qu’à la fin ; 4° la phthisie aiguë , quand l’éruption tuberculeuse se ramollit ou se réitère en peu de jours ; 5° la phthisie chronique , quand les tubercules mettent un long temps à se ramollir.

On le voit , tout est là subordonné au dévelop-

(i) Dumas, Notes ajoutées à la traduction française de Y Essai sur la nature et le traitement de la phthisie pulmonaire, par Thomas Reid. 1792 , p. 347.

peinent de la lésion anatomique. Aussi le traitement qu'il indique, est-il d’une pauvreté insigne. 11 consiste à remplir trois indications principales : 1°prévenir les éruptions seeondairesdes tubercules; 2° en favoriser le ramollissement, l'absorption ou l’évacuation ; 3° pallier les symptômes. Or, il pense que tous les moyens échouent contre les deux premières indications, et que le traitement palliatif a seul quelques succès.

Bayle avait déjà reconnu six espèces de phthisie ; 1° la phthisie scrofuleuse-, 2° la phthisie granuleuse ; 3° la phthisie avec mélanose ; 4° la phthisie ulcéreuse ; 5° la phthisie calculeuse-, 6° la phthisie cancéreuse.

Mais ces espèces, également fondées sur l'anatomie pathologique, ne jettent presque aucun jour sur le traitement ; le plus souvent elles se confondent entre elles chez le même sujet, et ne sont guère reconnues qu'après la mort.

Si quelques modernes ont trop restreint les espèces de phlhisies pulmonaires, les Anciens les ont multipliées outre mesure.

Ils ont distingué des phthisies qui peuvent être produites : par l’hémoptysie ; par une fluxion catarrhale ; par la péripneumonie et la pleurésie ; par une vomique ; par des plaies pénétrantes de

poitrine; par des concrétions accidentellement formées dans les bronches par suite de l'inspiration d’un air chargé d’une substance pulvérulente; par l’inspiration de vapeurs âcres , irritantes , délétères; par des tubercules développés dans le poumon ; par des granulations miliaires ; par la mélanose du tissu pulmonaire-, par des calculs semblables à de petites pierres , à de la craie , à de petites ossifications ; par un cancer du poumon ; par un ulcère ; par des exanthèmes cutanés ; par la goutte et le rhumatisme ; par les fièvres intermittentes de longue durée ; par la maladie scrofuleuse ; par le scorbut ; par la syphilis ; par la rétention des menstrues avec ou sans chlorose , ou par leur suppression ou leur dérivation ; par une métastase purulente , par une maladie du foie avee^ou sans ictère ; par un flux excessif habituel, ou réprimé, ou supprimé (dyssenterie , diarrhée, flueurs blanches, dochies, blennorhée, sueurs) ; par la plique ; par les effets de la mélancolie, de l’hypocondrie, de l'hystérie, de diverses affections convulsives ; par un état particulier du cerveau; par des hydalides développées dans le poumon; par une disposition particulière du corps qui est ou constitutionnelle, ou héréditaire, engendrant ou l’irritation , ou la pléthore , ou les fluxions vers la poitrine.

Enfin, on a distingué une phthisie des vieillards, une autre des enfants , une autre des adultes ,

une phthisie sèche , une autre humide , une autre occulte , une autre puerpérale , une autre par l’abus du mercure , une autre asthénique , une autre convulsive, sans parler de la phthisie à caractère nerveux, bilieux, putride, etc. (1).

Nous avons fait à dessein cette longue énumération pour montrer que si nous avions à parler de chacune de ces espèces, ou à discuter leur légitimité, notre travail n’aurait pas de terme.

Ce serait encore plus long s’il fallait parler de leurs complications entr’elles. Mais il est évident qu’admettre ce grand nombre d’espèces de phthisies , ce serait oublier que la cause provocatrice d’un état morbide s’efface, après qu’elle a produit son effet , et qu’il faut surtout étudier chaque espèce dans sa cause essentielle, dans l'affection qui la fait actuellement être ce quelle est.

Nous admettrons donc les espèces suivantes , que nous diviserons en trois groupes :

1er Groupe. Phthisies pulmonaires essentielles , ou héréditaires et constitutionnelles.

Phthisie inflammatoire ,

Phthisie scrofuleuse.

(1) Voir l’art. Phthisie, Diction, des Sciences médicales , îom. xlii.

2me Groupe. PhTHISIES PULMONAIRES ACCIDEN- TELLES, ou survenues occasionnellement dans l’individu.

Phthisie purulente,

Phthisie pituiteuse, etc.

3me Groupe. Phthisies pulmonaires symptomatiques , ou résultant d’un vice spécifique.

Phthisie vénérienne ,

Phthisie goutteuse ,

Phthisie herpétique, etc.

Avant d'entrer dans l’examen de ces différentes espèces de phthisies, je dois faire deux remarques.

La première, c’est que je n'entends pas en fixer le nombre aux espèces indiquées ci-dessus. Je n’ai voulu que donner un exemple de la méthode qui doit présider à leur classification. Chacun peut d’ailleurs en étendre ou en resserrer le cadre, selon que les faits bien observés et eomparés entre eux le lui permettront. Ainsi, je ne prétends pas que cette classification soit la meilleure -, mais il m’en fallait une pour exposer mes vues , et celle-ci me parait assez ample et naturelle.

La seconde remarque qu’il est essentiel de faire , c’est que la différence entre les espèces de phthisies pulmonaires est d’autant moins marquée qu’elles se rapprochent davantage de la dernière

période. Vers la fin , elles tendent à se perdre et a se confondre toutes dans les symptômes généraux de la col liquation consomptive.

PREMIER «R©lTff»E.

Phthisies pulmonaires, essentielles, ou héréditaires ET CONSTITUTIONNELLES.

Ce groupe me paraît aussi naturel qu'important à considérer au point de vue pratique. 11 y a , en effet , une grande différence entre les dangers d'une phthisie qui survient par accident, et ceux d'une phthisie à laquelle on est originairement prédisposé. On voit, dit Hufeland , des sujels chez lesquels la prédisposition est si forte , que la vie tout entière n’est qu’une tendance continuelle à la production de la phthisie , que tout conspire à faire naître chez eux cette maladie, et qu'ils ne peuvent en échapper.

Elle est donc la plus dangereuse de toutes. Hereditaria omnium pcssimci (Boërhaave). Elle attaque des familles entières (1). Hippocrate donnait l’âge de dix-huit à trente-cinq ans, comme celui où elle se déclare le plus communément; mais la prédispo-

(tj Qui tabida stirpe nali sunt... neccssario tabe marcescunt , Itocque rnalum sæpe vidi , in omnes ejusdem fomiliœ grassari (Fernel).

sition s'annonce dès l’enfance. Le îeint délicat, la peau fine , les pommettes saillantes , les joues d’un rouge incarnat , mêlé destries blanches, l'haleine un peu courte , la voix creuse ou aiguë, la poitrine étroite, les omoplates en saillie, les muscles peu développés à la poitrine et aux membres supérieurs , une croissance rapide -, chez les femmes, la maigreur du sein et l’arrêt ou l’irrégularité de la menstruation : tels sont les signes les plus communs. On ajoute que ces sujets ont ordinairement la physionomie heureuse, l’œil vif et tendre, de la grâce et de la gentillesse d’esprit; qu’ils ont souvent des épistaxis, plus lard, des hémoptysies, qu’ils éprouvent des bouffées de chaleur fugaces, et s’enrhument facilement. Ardents , inquiets , comme s’ils avaient hâte de vivre , ils sont enclins à l’onanisme, aux plaisirs de l’amour. Henri Chavet donne , comme un signe de prédisposition à la phthisie, la ressemblance des ongles, des cheveux et des dents , avec celui des parents qui était atteint de cette maladie (1).

Les gens prédisposés à la phthisie doivent éviter tout ce qui porte dans les poumons un ébranlement dangereux. Ils doivent fuir avec soin les vents froids et humides du Nord, qui impressionnent vivement la poitrine, et les vents étouffants du

(1) Henri Chavet, De phlhisi pulmonali hereditaria.

Midi , qui la dessèchent et poussent aux hémorrhagies. Regiones autem frigidœ atque humidæ hujusce afj'ectus germanæ simt. (Arélée, chap. VIII.) On peut citer, comme exemple de ce principe établi par Arrêtée , l’Angleterre et les Pays-Bas. Sous un froid humide, la peau se res-serre, et la matière perspirable est dirigée vers l’organe pulmonaire.

On a préconisé le changement de climat comme un moyen efficace d’empêcher le développement de la phthisie héréditaire. On vante surtout l’Italie, les climats chauds. Que faut-il en penser? quelles sont les localités les plus favorables ?

Fodéré assure que la phthisie pulmonaire s'observe à Nice et sur toute la côte maritime , où la scrofule est commune. Il s’étonne qu’on envoie les phthisiques sur ces plages, tandis que les observations faites sur les lieux prouvent que l'air de la Méditerranée est contraire à ces malades. A Marseille, où l’air est sec et vif, il en périt un grand nombre-, l’air plus chaud et plus humide de Nice ne leur convient pas mieux. Tous les malades atteints de phthisie tuberculeuse héréditaire , y périssent dès leur tendre jeunesse, et le plus souvent de phthisie aiguë. Les Anglais en font tous les ans la triste expérience. Mais la phthisie héréditaire devient plus rare dans les lieux qu’une montagne met à l’abri du vent humide du Sud-Est, qui vient de la mer, vent favo-

rable aux engorgements glanduleux et à la formation des tubercules (1).

D’autres auteurs ont fait la remarque que les tubercules pulmonaires sont très-rares dans les latitudes extrêmes , au Pôle , à l’Équateur, et trèscommuns dans les pays froids et humides , où régnent des variations atmosphériques très-irrégulières; cette irrégularité paraissant être la cause la plus énergique de cette dégénérescence.

Hunt , chirurgien anglais , fait encore l'observation, qu’on a vanté à tort Marseille, Nice, comme favorables aux phthisiques , ainsi que les côtes de la mer et la navigation. Il préfère l'intérieur des terres et surtout les lieux abrités où la température est plus constante. Dans l’Inde, où la température a ses oscillations, mais régulières et prévues , la phthisie est presque inconnue chez les indigènes.

Au Bengale , où la température varie de 27 degrés à 7 degrés cent. , la phthisie pulmonaire , précédée de tubercules , est commune et fatale parmi les Indo-Bretons à constitution faible et frêle , à poitrine étroite. Quand les affections chroniques de la poitrine ne sont pas encore continuées, et qu’il n’y a ni toux, ni suppuration, ni

(1) Fodéré , Voyage aux A' pes maritimes . ou histoire naturelle , agraire, civile et médicale du comté de Nice et pays limitrophes , t. Il , sect. IV, chap. II.

expectoration, les malades trouvent de l'avantage dans le séjour au Bengale; les autres y meurent plus rapidement (1),

Des observations de Courier établissent que chez les habitants de l’ile Bourbon , la phthisie pulmonaire parcourt toutes ses périodes avec toute la vivacité des maladies aigues (2). Levacher , aux Antilles, a fait la meme observation.

On a cherché à établir un antagonisme entre les phlhisies pulmonaires et les lièvres intermittentes. Peut-être faudrait-il tenir compte de cette circonstance, que les lieux bas, sujets aux miasmes marécageux; mais moins exposés aux brusques variations de l’atmosphère , sont favorables aux phthisiques, tandis que, dans les localités à brusques variations atmosphériques, les effluves paludéens ne sont nullement une cause d'immunité.

()ue conclure de ces faits?

C’est , premièrement, qu’il faut s’y prendre de bonne heure , quand on veut détourner , par le changement de climat , la tendance à la phthisie , et qu’il ne faut pas attendre que le germe ait éclaté.

En second lieu , que les localités où se succèdent de brusques intempéries , ne conviennent à

(1) Williams Tvrining , Observât, cliniques sur les plus importantes maladies du Bengale . t. I.

(2 j Journal de Vandermonde , 1757.

aucune espèce de phthisiques et qu’en général un climat constant leur est plus favorable.

Enfin, l’air vif et sec des montagnes, qui est propice aux constitutions froides, lymphatiques , scrofuleuses, est nuisible aux constitutions sèches, irritables, disposées aux inflammations. Ainsi, le même climat ne saurait convenir à tous les phthisiques.

Tous les genres d’excès peuvent leur être funestes. Une alimentation trop forte vicie les digestions , ou dispose à la pléthore sanguine ; il en est de même du sommeil trop prolongé. Les passions trop vives excitent les hémorrhagies , de même que les efforts et l’exercice immodéré. Le trop peu d’aliments , les longues veilles , les passions tristes , appauvrissent le sang , troublent les sécrétions, engendrent des cachexies.

Il est dangereux de supprimer la transpiration des pieds-, des mains, des aisselles , surtout chez les personnes grasses. Ces espèces demonctoires naturels une fois taris , les sucs excrémentiels refoulés se détournent vers l'organe pulmonaire qui est faible, et y déterminent ces lésions matérielles qu’on prend ensuite à tort pour la cause de la maladie. Par la même raison , on doit garder les cautères établis depuis longtemps et dont la nature a contracté l’habitude.

Voilà ce qu’on peut faire pour conjurer la maladie, pour en empêcher le développement. Mais ,

quand la phthisie essentielle s’est manifestée , quand elle est décidément déclarée , il devient bien difficile d’instituer un plan de traitement qui aille à la cure radicale de la maladie. Tout le corps est devenu phthisique (1), et lors même que par la pensée vous supposeriez qu’on enlevât tous les tubercules , on n’aurait pas guéri le malade, tant que la diathèse générale qui les fomente ou la cachexie qui les entretient , n’est pas détruite.

Passons aux deux espèces de phthisies essentielles que nous avons distinguées.

Phthisie pulmonaire inflammatoire.

Dans la phthisie inflammatoire (floride de Pufeland), il y a congestion sanguine chronique et état inflammatoire des poumons. Tantôt la congestion est générale , tantôt elle est bornée à la membrane muqueuse des bronches. Ses signes sont : une toux sèche, fréquente, des élancements passagers ou des douleurs brûlantes , qui reparaissent souvent dans la poitrine; un pouls toujours irrité, auquel le moindre mouvement communique une grande accélération. La toux et les élancements augmentent chaque fois que le malade s'échauffe , se fati-

(1) Tolum corpus est tabidum.

gue , pleure , rit , éprouve des émotions morales , ou prend des liqueurs spiritueuses. Il suffît de causes légères pour produire le crachement de sang (1).

L’hémorrhagie pulmonaire est donc un des principaux symptômes de la phthisie floride. Qui ne sait que l’hémoptysie est très-souvent le précurseur de la phthisie? qui ne connaît ce célèbre aphorisme : Post sanguinis sputum , puris sputum ? En général elle coïncide assez avec la rougeur des pommettes comme signe de phthisie constitutionnelle.

Toutefois, on est heureux de pouvoir proclamer que les hémorrhagies de la poitrine, ne sont pas toutes suivies de phthisie ; même lorsque ces hémoptysies sont vermeilles, rutilantes, écumeuses, et qu’on ne peut pas douter que le sang ne provienne directement du poumon. Baillou a même fait la remarque que les grandes hémorrhagies pulmonaires sont moins dangereuses que les petites, par rapport à leurs conséquences pour la phthisie ( magnas excretiones sanguinis ex pulmone minus esse periculosas quam parvas ). Un professeur de cette École, que je dois m’abstenir de nommer, a été sujet dans sa jeunesse à des hémoptysies considérables , qui donnèrent les plus

(1) Hufeland , Manuel de médecine pratique , p. 312.

vives inquiétudes sur l’état de sa poitrine-, personne assurément ne se douterait aujourd'hui qu’il ait pu inspirer de semblables craintes. Le célèbre musicien Grétry fut durant toute sa vie sujet au crachement de sang, et poussa cependant assez loin sa carrière (1). Zacatus Lusitanus. Pinel et M. Bricheteau citent des observations toutes pareilles.

Mais d'autre part, il n’est que trop vrai que l’hémoptysie n’est souvent que le symptôme d’une phthisie imminente ; surtout quand une petite fièvre se déclare en même temps quelle , et persiste ensuite. Plus ces petites hémoptysies se répètent, plus la phthisie parcourra rapidement ses périodes.

Quand même ce crachement de sang ne viendra que de loin en loin , il doit inspirer de sérieuses inquiétudes. C’est le moment d’être attentif au mal qui se prépare , et de conjurer l’orage. Malheureusement ces longues intermissions font que les malades n’y voient qu’un accident sans conséquence. Mais pourquoi se bercer dans cette fausse sécurité ? Beaucoup de sujets s’éteignent en proie à une phthisie consommée, sans qu’ils aient jamais craché de sang. D'autres, dont le poumon est farci de granulations tuberculeuses , succombent subitement à une première hémoptysie tout à fait

(1) Mémoires ou Essai sur la musique.

imprévue. Quelques-uns ne crachent de sang que quand ils sont arrivés au second ou au troisième degré de la consomption.

Enfin , plusieurs périssent d’hémorrhagie pulmonaire, sans que l’œil ni le scalpel les plus exercés puissent découvrir dans l’organe aucune trace de tubercules.

Il suit de là que l'hémoptysie n’a point de rapports constants et absolus avec la tuberculisation. On n’en doit pas moins la surveiller. Elle peu indiquer un état de pléthore générale ou partielle ou un vice particulier du sang , dont il faut tenir grand compte.

On sait que la suppression des saignements du nez , celle du flux menstruel ou du flux hémorrhcïdal (1) ont, dans bien des cas, déterminé la phthisie. Les Slahliens ont démontré ce principe parles observations les plus concluantes (2).

(1) Chez la femme, dit Bordeu, le jeu de l’organe destiné à l’évacuation des règles, retarde les progrès delà phthisie ; de là chez les personnes enceintes, la suspension de la douleur, de la suppuration et des progrès de la phthisie- Ces femmes phthisiques sont très-portées à l’amour, soit, dit cet auteur, parce que les nerfs, privés de mucus, sont à nu et dans un état de tension, soit parce que la nature les porte à l’effet de ces plaisirs , qui peut soulager leurs maux. (Bordeu, analysé par Robert, tom. ii, pag. 197 et 198.

(2) Une des plus belles illustrations françaises, le ma.

Contre les hémoptysies symptomatiques de cette espèce de phthisie , il faut avoir recours à de petites saignées répétées pour combattre la pléthore sanguine, générale ou locale, jusqu’à ce que la chaleur diminue , que le pouls redevienne plus calme, et que l’hémoptysie cesse.

D’un autre côté, on ne doit pas oublier qu’en appauvrissant trop le sang , on expose aux hydropisies. D’ailleurs, à mesure que la phthisie avance dans la seconde période , les émissions sanguines deviennent de plus en plus inopportunes. Thomas Bartholin, Lieutaud les proscrivaient entièrement, disant que les phthisiques n’ont que trop peu de sang , et quelles hâtent leur perte. Cela doit s’entendre d’après les espèces et les périodes. On prescrira des boissons adoucissantes , mucilagineuses.

Si l’hémoptysie est amenée par un étald'éréthisme nerveux, avec irritation pulmonaire, insomnie, malaise , on donnera des sirops calmants de nymphéa , de lis, de laitue , de pourpier.

réchal Davoust , est mort phthisique , à la suite de la brusque suppression d’un flui hémorrhoïdal , très-abondant, auquel il était sujet depuis qu’il avait cessé la vie des camps.

il importe que le ventre reste libre ; car l’état de spasme et de tension des entrailles peut porter le sang vers la poitrine ; on aura recours dans ce cas à des lavements émollients, à de légers purgatifs.

Outre la tendance aux hémorrhagies et aux congestions sanguines pulmonaires , nous avons signalé une disposition à la phlogose.

Pujol , de Castres , insiste sur le caractère inflammatoire que revêt ordinairement cette espèce de phthisie. Déjà Cullen avait fait remarquer combien il importe aux phthisiques de se préserver de toute inflammation. De toutes les ulcérations internes , celles des poumons sont les plus sujettes à s’enflammer outre mesure , et à retenir avec plus d’opiniâtreté le mouvement inflammatoire , une fois conçu. On s’en rend compte , si l’on considère que le poumon est continuellement agité , qu'il est en contact perpétuel avec l’air extérieur , qu’une grande quantité de sang y circule sans cesse avec rapidité. La fièvre qui accompagne la pulmonie n’indique-t-elle pas une tendance aux inflammations ? Les incisifs , les toniques , les balsamiques, sont contre-indiqués dans ces cas. Il faut recourir aux saignées , au bon air , aux cautères , aux mucilagineux , aux laiteux.

Fr. Hoffmann avait dans les saignées la plus grande confiance , même au dernier degré de

maigreur ; mais il n’ôtail alors qu'une once ou même une demi-once de sang.

Dower, Mead, Pringle, Cullen , Vogel , Stoll, adoptèrent aussi la méthode antiphlogistique. Pujol assure , qu'employée avec ménagements , elle lui réussissait comme un véritable spécifique , et que , dans presque tous les cas , elle calmait au moins les accidents , et retardait le dernier terme. Selon lui , les émissions sanguines doivent être et plus fréquentes et plus copieuses , quand on se propose d’employer les spécifiques stimulants contre quelque âcre (ou principe) virulent existant : traitement mixte dont la direction demande la plus profonde sagacité (1).

Ce médecin ne donne aux phthisiques aucune nourriture , au moins un peu solide , depuis l'après-midi jusqu'au lendemain matin à six heures, encore recommande-t-il d’en donner peu à la fois. Mais il prescrit beaucoup de repos. 11 préfère les aliments végétaux , le lait et les acidulés, et exclut les aromatiques, les crucifères.

Après la découverte de l’oxygène, on voulut tirer parti de cet admirable agent ; on crut trouver en lui un excellent anti-phthisique. Mais, loin de diminuer l’état phlogislique du poumon , l’inspiration de l’oxygène pur tend au contraire à

(1) Pujol , de Castres , Essai sur les inflammations chroniques des viscères , édit, de 1801 , 3e partie, chap. 111.

l’augmenter (1) ; il vaut mieux, selon Pujol de Castres , n’en respirer que juste la dose nécessaire pour entretenir la vie. C’est un but que l’on obtient en remplissant la chambre du malade de fumigations, tantôt sèches, tantôt humides, ou en le faisant résider dans une étable , selon le conseil que donne aussi Barthez.

C’est dans celte espèce de phthisie que convient la digitale.

Fuchs (dans la première moitié du XVIe siècle) est un des premiers qui aient nettement indiqué l’emploi de cette plante contre les affections de poitrine.

Drake, Fowler et surtout Beddoès, au commencement de ce siècle , l’ont recommandée dans la phthisie pulmonaire ; d’après Bayle , on peut graduellement augmenter la dose jusqu’à 40 grains par jour. M. Bayle (neveu) mentionne 83 cas de guérison sur 151 cas de phthisie , traités par la teinture de digitale ; proportion qui serait énorme, si les observations sont exactes (2).

Enfin, l’équitation, l’exercice en voiture, ontété recommandés à ces phthisiques. Ce genre d’exercice, sans accélérer la respiration, répartit dans

(1) Dumas a fait à ce sujet des expériences fort ingénieuses , dont on peut voir les détails dans les Notes qu’il a ajoutées à la fin de l’ouvrage de Thomas Reid.

(2) Bibliothèque de thérapeutique, t. III , p. 362.

tout le corps les forces vitales et décentralise les mouvements fluxionnaires qui tendent vers les poumons. Cependant , quand il y a fièvre marquée, ce moyen peut être nuisible en surexcitant l'activité fébrile.

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