‹ Existe-t-il plusieurs espèces de phthisies pulmonaires?Chapitre 4 sur 6 · XY · texte numérisé non relu

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Phthisie pulmonaire scrofuleuse.

Tous les praticiens tant anciens, que modernes, s’accordent à regarder le vice scrofuleux comme la cause la plus fréquente des phthisies pulmonaires. Les symptômes extérieurs de cette affection, qui dans l’enfance avaient porté sur les glandes du cou, des aines , des aisselles, ou dans celles du mésentère , se détournent vers les poumons à l’âge de la puberté ,ely déterminent fréquemment ces éruptions de tubercules , qui sont non pas la diathèse scrofuleuse elle-même-, mais une de ses manifestations.

Vers l’âge de la puberté , le développement que prennent les fonctions respiratoires , prédispose aux maladies de poitrine. Le vice scrofuleux qui, chez les enfants, fait souvent éruption au dehors, disparait avec l’adolescence. Mais le principe n’est pas éteint, et, si quelque circonstance le tire de son sommeil, il affecte les poumons de préférence à tout autre organe.

Les signes de celte espèce de phthisie se com-

posent de ceux de la constitution scrofuleuse en général , joints à ceux de la phthisie. Bordeu prétend que chez les scrofuleux le foie est empâté comme celui de certains animaux que l’on engraisse ; que la vésicule du fiel est remplie d’une bile claire et épaisse, que leurs sucs lymphatiques sont glaireux et acessents. Il admet des écrouelles idiopathiques ou essentielles, et des écrouelles vénériennes , galeuses , cancéreuses , scorbutiques , hémorrhoïdales, sans parler de celles qui peuvent résulter de l’assemblage de plusieurs virus et être l’effet des maladies aiguës. Dans tous ces cas, il faut traiter les maladies dont elles dépendent et qui les défigurent ou les masquent (1); ce qui montre combien de complications peut présenter la même maladie.

Quant aux signes extérieurs de la constitution scrofuleuse, nous rappellerons qu’ils sont : la lèvre supérieure épaisse , les joues larges, les glandes du cou saillantes , le ventre volumineux , les extrémités amaigries , et qu’il y a souvent des fluxions aux yeux , au nez , aux oreilles. Si à ces caractères de la constitution générale se joignent les signes physiques qui indiquent la présence de tubercules dans les poumons , si de plus il y a toux, dyspnée, légère hémoptysie, la phthisie pulmonaire devient de plus en plus imminente.

(1) Bordeu , Dissertation sur les écrouelles.

Mais les signes stéthoscopiques de la phthisie peuvent être simulés par un abcès du poumon, par des abcès métastatiques réunis, par des congestions provenant des caries des vertèbres cervicales. (Voir l’ouvrage deM. Sestier , sur la Pneumonie , d’après les leçons de M. Chomel.)

Il y a des personnes qui confondent les tubercules avec la scrofule. Il est certain que le tubercule est un produit uni à la diathèse scrofuleuse plus souvent qu’à tout autre, et qu’il y a entre eux un rapport direct. Cependant il faut distinguer le sens de ces deux termes.

Le tubercule est un mode de dégénérescence r qui est très-fréquent dans l'affection scrofuleuse ; mais qui peut aussi se produire en dehors d’elle.

L’état scrofuleux n'est pas une maladie organique localisée dans les glandes et les vaisseaux lymphatiques Le tubercule, qui est un des produits de cet état, peut se trouver partout, même là où on n’a pas rencontré de glandes. Ce n’est pas non plus une débilité , mais un état spécial et inconnu de l’organisme. L’inflammation peut compliquer la diathèse scrofuleuse , elle accompagne constamment le ramollissement des tubercules et la cicatrisation des excavations tuberculeuses (1).

Mais , il y a loin de la phthisie scrofnleuse à la

(1) Fr. Bérard , Application de l’analyse à la médecine pratique. Art. 5.

phlhisie inflammatoire, dont nous avons parlé. Sa marche chez les scrofuleux est beaucoup plus lente -, tout se ressent du peu d'activité de la vie nutritive, et malheur au malade que l’on traiterait selon les moyens qui ont été indiqués pour la phthisie avec tendance à l’état inflammatoire.

La très-grande majorité des phthisies , selon Mead, Morton et Pujol de Castres lui-même, sont de nature scrophuleuse -, elles sont liées à la dégénéralion inflammatoire des tubercules crus. Il arrive , parfois que cette inflammation accidentelle prend la marche rapide des maladies aiguës ; mais c’est très-rare , et le plus souvent c’est à la sourdine que la phlogose s'empare de ces tumeurs froides (1).

Il faut donc recourir ici à un tout autre ordre de moyens.

Ainsi, les fondants, extrait de ciguë, mercure , à moins qu’il n’y ail quelque disposition à la dégénérescence scorbutique ; les toniques, le vin , le quinquina , les eaux minérales ferrugineuses , une nourriture fortifiante , un air plus vif et plus pur : tels sont les principaux moyens à employer.

On emploie aussi avec quelques succès les préparations d iode, l’huile dépurée de foie de morue ; on prétend s’être bien trouvé du chlorure de

(1) Ouvrage cité , 1M partie , chap. III.

sodium. La vogue ou l’abandon de ces divers moyens , tour à tour vantés comme héroïques , ou rejetés comme inutiles et même dangereux , tient à ce qu'on ne distingue point avec soin les espèces de phlhisies auxquelles ils conviennent.

Le Dr Natalis Guillot a communiqué à l’Académie des Sciences la singulière observation que du charbon en nature se produit dans les poumons parles progrès de l'âge, et que ce charbon, qui oblitère les vaisseaux et les canaux autour desquels il est disséminé , empêche aussi l’accroissement des tubercules , en arrête même le ramollissement , les dessèche , et guérit ainsi la phthisie tuberculeuse (1).

On peut rapprocher ce fait de cette autre observation que les ouvriers qui travaillent aux mines de charbon sont très-rarement atteints de phthisie pulmonaire.

XVJI.

La fièvre hectique , compagne habituelle de toutes les phthisies , l’est très-particulièrement de la consomption scrofuleuse.

C’est à elle qu’est dû le marasme. C’est pour donner aliment à ce feu intérieur que se consument les sucs nourriciers du phthisique -, cette fièvre enlre-

(1) Compte-rendu de ï Académie des Sciences , de juillet à décembre 1844, p. 1291.

tient et la soif inextinguible et les foyers purulents- C’est elle aussi qui, exaltant d'une manière factice le peu de forces qui restent aux phthisiques , soutient leur courage et leur fait nourrir de longs projets , aux portes de la mort. En la considérant dans sa nature, on peut dire , avec Galien , quelle est sans accroissement ni déclin, puisqu’étant ordinairement symptomatique, elle relève de l'affection principale à laquelle elle est liée. Elle a, selon la remarque de Cullen , deux redoublements par jour , l’un vers midi , l'autre le soir ; sa rémission se fait vers les deux heures du matin. Un des caractères de celle fièvre des phthisiques , c’est que le frisson ne s’accompagne pas d’un sentiment de constriclion et que la sueur vient vite. Le pouls y reste vif, lors même que la diarrhée semblerait devoir l’abattre. Ce caractère peut même servir à distinguer , à première vue , le marasme provenant de la phthisie pulmonaire , d'avec l’émaciation par une diarrhée chronique, où le pouls est ordinairement plus lent. Dans la fièvre hectique , l’appétit diminue moins que dans toute autre lièvre, et la langue reste humide et nette, si ce n’est vers la fin.

La fièvre hectique, d’ailleurs, peut changer totalement de caractère , selon la constitution médicale régnante , et devenir bilieuse , nerveuse , phlogfetique ou catarrhale. Et , tout en conservant sa liaison avec l’affection des poumons , elle peut

réclamer des modifications dans le traitement

Les fièvres régnantes en effet ne sont pas sans avoir de grands rapports avec la phthisie.

Finke remarque, dans la description générale de l'épidémie bilieuse de Teklembourg (de 1776 à 1 7 80), que , lorsque la fièvre n’était pas combattue par un traitement convenable , elle se terminait quelquefois par des engorgements du bas-ventre , par la phthisie , par l'hydropisie (1).

La fièvre de suppuration peut être tempérée par le quinquina. Non pas qu’on puisse espérer d’arrêter cette fièvre par cet agent héroïque , comme si c’était une fièvre rémittente des marais ou essentielle -, c’est ici une fièvre rémittente de suppuration. Le pus résorbé infecte la masse du sang, il constitue une sorte de diathèse purulente, une tendance à la dissolution générale, dont le quinquina combat ou modère admirablement les effets.

Nous en parlerons ci-après.

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