DEUXIÈME GROUPE
Phthisies pulmonaires accidentelles.
Il y a des personnes qui , sans être originellement de constitution phthisique , le deviennent cependant à la suite d’excès , ou d’une autre maladie.
(1) Finke, De febribut biliosis anomalie.
Ces sortes de phthisies différant par leur cause leur marche, leur caractère , leur méthode curative , forment un autre groupe naturel ; nous en distinguerons trois espèces.
Phthisie pulmonaire purulente.
Cette espèce de phthisie peut être confondue avec la seconde période des phthisies constitutionnelles. Mais nous voulons parler plus particulièrement ici de la phthisie qui survient , soit à la suite des pleurésies, des péripneumonies quand elles ont été mal jugées, soit à la suite de toute autre maladie aiguë ou chronique. On voit alors des personnes robustes chez lesquelles rien au monde n’aurait fait soupçonner la moindre tendance à la phthisie, s’épuiser chaque jour au milieu d’une expectoration de pus interminable , soit que des abcès profonds se soient formés , soit qu’il y ait un état chronique sans foyer purulent.
Broussais a rapporté une foule d’exemples de ces sortes de phthisies. Laënnec, en 1823, a vu beaucoup de ces abcès, après des pneumonies partielles. Il y en a beaucoup dans le Nord de l’Europe , d’après le docteur Chrichlon , médecin de l’empereur de Russie , et d’après le professeur Hemly de Gœttingue.
Ce n’est pas que celte expectoration de pus provienne toujours d’un abcès ; c’est quelquefois seulement la membrane muqueuse des bronches qui s’ulcère; les crachats restent purulents, et la fièvre hectique consume le malade.
Quelques phthisies venues à la suite d’une lésion traumatique doivent être rangées dans cette catégorie.
Nous rapporterons à la même espèce de phthisie les faits signalés par de Haen et par Henri Chavet , d’après lesquels , sans qu'il reste dans le poumon aucune trace appréciable de tubercules ni de cavernes ni de foyer purulent , le malade a été consumé par la fièvre lente avec une expectoration de pus continuelle. Cette phthisie peut être encore le résultat d’une métastase purulente qui s’est portée sur la poitrine , dans quelques cas de variole par exemple.
Selon Stoll , la pleurésie vraie , souvent héréditaire , prend le caractère chronique et se termine par la phthisie. Selon Laënnec, elle coïncide quelquefois avec les tubercules ou les développe.
11 y a des pêripneumonies chroniques où le poumon est carnifiê sans ulcération ; le malade n’avait pas cessé de cracher du pus.
Enfin , il faut n’avoir pas ouvert de cadavres de phthisiques, pour ne pas savoir que le plus souvent , en même temps que des tubercules, on trouve d’auircs sortes de lésions, adhérences des doumons, qu’on ne peut arracher des côtes, épan-
chements puriformes entre les poumons et les parois de la poitrine , tassement et endurcissement du tissu pulmonaire ou ramollissement pulrilagineux et ulcérations sans cavernes , de sorte qu’on ne peut dire laquelle de ces lésions a précédé , laquelle a suivi , ni quelle est la cause , ni quel est l’effet , ni si elles ont été produites à la fois ou sucessivement.
Plusieurs signes font reconnaître cette espèce de phthisie pulmonaire. Ce sont d'abord les circonstances antérieures. Quand le malade a été atteint en premier lieu d’une fluxion de poitrine, si les symptômes persistent, si le pouls reste dur, si la douleur de poitrine continue sans expectoration de matières puriformes à la période convenable , la fièvre change alors de caractères ; elle revêt ceux de la fièvre rémittente de suppuration, avec des redoublements plus ou moins réguliers. Il faut bien se garder de la prendre pour une fièvre intermittente ; la persistance de la toux ; la douleur gravative dans la poitrine, les sueurs abondantes qui couvrent le malade , aussitôt qu’il se livre au sommeil ; quelquefois la fétidité de son haleine , et, souvent même, une sorte d’odeur purulente qui s’exhale de tout son corps, annoncent la nature de son affection. A ces signes , il faut joindre , dans certains cas , l'œdème des pieds, des mains, des paupières, l'attitude particulière au lit, et enfin les signes qui sont fournis
par la percussion et l’auscultation , signes qui pourtant font quelquefois défaut.
L’expectoration est un des symptômes les plus constants de la phthisie purulente. Nous avons déjà dit que la matière qui est expectorée diffère selon les périodes. D’abord, muqueuse, filante et incolore ; elle s’épaissit ensuite , devient jaune , verdâtre ou d’un blanc opaque. C’est ordinairement à la seconde période quelle contracte le caractère puriforme , avec mélange de matière tuberculeuse. On a donné , comme un des caractères qui distinguent cette dernière d’avec la matière sébacée , provenant des amygdales, cette circonstance , que la matière tuberculeuse ne graisse pas le papier (1).
Tout le monde connaît les recherches qui ont été faites pour distinguer l’expectoration qui provient d'un catarrhe bronchique , d'avec le pus qui provient de la destruction du poumon. La première est visqueuse et surnage à l’eau salée ; la seconde descend au fond du vase. Mais dans bien des cas, leurs caractères se confondent, d’au-
(1) Maygrier , Diction, des Sciences Médicales , t. XL11, p. 119.
tant que ces deux espèces d'excrétions vont souvent ensemble.
On a cherché aussi à s’appuyer sur les recherches microscopiques pour distinguer les globules du pus d’avec ceux du mucus. Mais si l’on s’en rapporte à une note de M. Andral , communiquée en 1847 à l’Académie des sciences , les globules du pus , non-seulement ne diffèrent pas des globules du pus a sécrété par des membranes malades ; mais elles ne se distinguent même pas des globules du mucus rendu par des personnes en pleine santé (1).
Nous savons , d’ailleurs , qu’il n’y a pas toujours des rapports constants entre les désordres des poumons et la nature des matières expectorées. La fièvre hectique et l’émaciation s’emparent de certains phthisiques , avant qu'ils aient craché de matières jaunes ou puriformes ; d’autres sont morts avec les poumons gorgés de pus, qu’ils n’avaient point encore commencé d’expectorer. Chez d’autres, les crachats puriformes se sont arrêtés longtemps avant la mort. Chez quelques-uns , le foyer se trouve enkysté , ou bien situé autre part que dans le poumon.
Ainsi , les caractères de l’expectoration sont
(1) Compte rendu de l'Académie de science!, séance da 9 août 18i7 , p. 229.
loin d'indiquer toujours la même espèce de phthisie, ni ses degrés ni ses dangers.
C’est par l’expectoration que s’opère une partie de la perte des sucs qui conduisent le malade à l’émaciation. Or, le moyen d’arrêter ces pertes , ne consiste pas à empêcher cette expectoration ; mais à la tarir, s’il est possible, dans sa source, en corrigeant la dégénération spéciale qui l’entretient.
Mais , une fois formées et accumulées dans les bronches, ces matières doivent être évacuées, et il faut favoriser l'expectoration.
Dans ce double but on emploie souvent avec succès la scille, les eaux sulfureuses, le polygala, lichen d’Islande. Le bouillon d’escargots, celui de tortues, tempèrent l’irritation.
Si la matière des crachats, au lieu d’être purulente , est seulement catarrhale et pituiteuse , si elle dépend d’un état de faiblesse des poumons, on a recours à un autre ordre de médication , dont nous parlerons bientôt.
On peut aussi déplacer le centre d’irritation , et dériver ailleurs la matière au moyen des sétons, des cautères, que l’on applique plus ou moins près des parties du poumon qu’on suppose affectées. On a récemment trop abusé de ce moyen , on en a couvert la poitrine des malades. Souvent , en multipliant trop ces exutoires , on hâte la consomption et on précipite la perle des phthi-
siques. Cependant ces moyens sont utiles , surtout quand il n’y a pas de fièvre avec exacerbation le soir ; nous en dirons autant des vésicatoires , des frictions avec la pommade slibiée. Des tubercules qui suppurent de temps en temps ne font-ils eux-mèmes l’office de cautères, d’après Grimaud ?
Il n’est pas rare qu'une vomique s’ouvre dans les bronches , qu’après son évacuation successive , la fièvre tombe , et que le malade marche à la guérison. Quelquefois il est suffoqué par l’épanchement du pus dans les voies aériennes ; dans d'autres cas, il devient empyématique.
En général , le traitement de cette espèce de phthisie est celui qui convient à la diathèse purulente : l'usage des végétaux , le lait pour aliment, particulièrement celui d'anesse, les gruaux d’avoine , d'orge , de riz , diverses fécules , voilà pour le régime-, le quinquina, l'eau seconde de chaux, voilà pour combattre la tendance générale à la colliquation purulente. En même temps on doit favoriser l’expectoration, au moyen du lierre terrestre , du polygala , du miel , de l’oxymel scillitique. On peut modérer l’éréthisme fébrile au moyen de la digitale , du cyanure de potassium. Quelquefois une petite diarrhée qui survient, guérit le malade. On peut donner aussi quelques légers purgatifs. Le pus peut se frayer une voie vers le dehors par des ahcès qu’il est bon d’ouvrir avec la pierre à cautère. Dans un cas, il a suffi de
changer l’altitude du malade pour favoriser l’évacuation d'une vomique , tant il est vrai qu’il ne faut rien négliger en médecine , et que , de circonstances insignifiantes en apparence , dépend quelquefois la vie ou la mort.
Phthisie catarrhale ou pituiteuse.
Il n'est pas rare que , sous l'action d’influences diverses , le poumon devienne le foyer d’excrétions muqueuses plus ou moins abondantes , qui , à la longue , finissent par déterminer la phthisie pulmonaire.
C’est ordinairement à un dérangement dans les fonctions de la peau qu’est due l’origine de ces catarrhes. Tout le monde connaît l’expérience par laquelle on a démontré que la peau est un émonctoire des plus importants. Si la poitrine est délicate et que la transpiration se dérange , la matière perspirable séreuse ou catarrhale se porte sur le poumon , irrite cet organe et détermine une toux , qui résiste même à l’été et s’aggrave sous les variations atmosphériques.
Des frissons vagues , irréguliers , une grande impressionnabilité à l’air , la toux , un sentiment d'ardeur, de sécheresse, de gêne et de douleur dans la poitrine, une expectoration muqueuse
abondante, la perle de l’appétit, le retour de la lièvre vers le soir , telles sont les caractères habituels de cet état morbide dans son début.
Plusieuis auteurs ont pensé que sous l’action de causes inconnues , il s’est opéré au commencement du XVe siècle une révolution profonde dans le caractère des maladies, que l’élément bilieux si commun chez les Anciens avait cédé le pas aux maladies de nature catarrhale , et que depuis cette époque les maladies qui ont le plus d’affinité avec cet élément , comme les phthisies , avaient notablement augmenté. C’est alors aussi que la syphilis, qui a également tant d'affinité avec l’état catarrhal , éclatait avec violence (Grimaud, Dumas.)
Quoi qu’il en soit, on ne peut pas nier qu’il n’y ait beaucoup de rapport entre les fièvres dites catarrhales et les phthisies pulmonaires. La toux leur est commune , l’abondance de l'expectoration aussi, la fièvre hectique n’est pas sans analogie avec la fièvre catarrhale-, dans l’un et l’autre cas , les poumons sont l’aboutissant principal des fluxions qui se forment. Peu à peu ces organes perdent leur ton, s’affaiblissent, à mesure que ces fluxions se répètent , des engorgements s’y établissent à la longue , des éruptions tuberculeuses se forment , et telle phthisie qui avait resté longtemps à l’état de catarrhe chronique ; finit par des ulcérations et des cavernes.
Cette espèce de phthisie est cependant une de celles où les moyens thérapeutiques employée produisent les meilleurs résultats. Elle présente à remplir deux indications principales : 1° rétablir les excrétions par la peau , et 2° modifier la constitution par l’usage assidu des fortifiants.
On remplit la première en faisant passer le malade dans un climat chaud.
J'ai dit déjà que le changement d’air est trèsutile dans la pulmonie. Les sujets pris de la maladie dans des pays froids ou humides, se trouvent bien d’un pays sec et chaud, et à l’inverse. Si les Anglais envoient aux Indes leurs phthisiques, c’est au contraire dans une atmosphère épaisse qu’il faut faire aller ceux des contrées chaudes et sèches ; ainsi , les phthisiques des montagnes doivent descendre dans les plaines, ceux des plaines se trouveront bien de l’air des montagnes. Les contrées modérées sont préférables , en ce que la peau s’y prête mieux à l’excrétion de la matière perspirable que les intempéries font refouler vers les poumons (1).
Il y a des personnes qui se figurent qu’en se tenant délicatement enfermées, en évitant toutes les injures de l’air , en n’usant que de boissons
(1) Pujol , des lustres, ouvrage cité, 3®» partie» chap. III.
chaudes , de tisanes béchiques , elles détourneront le malheur qui les menace. Elles ne font que s’énerver et s’affaiblir , leurs digestions , manquant des stimulants naturels, se troublent et se vicient, leur constitution se délabre et dépérit.
Il faut sans doute détendre , mais jamais au point de nuire aux sécrétions. Barthez a fait remarquer le danger qu’il y a d'abuser des expectorants et des échauffants au début d’un catarrhe qui doit être chronique. Sydenham , Hoffmann , Tissot ont signalé la débilitation, où l’on jette alors les organes , et qui les empêche d’expulser au dehors les sérosités qui les accablent.
L’ipécacuanha donné fracta dosi , quelquefois même selon les vues de Morton, des vomitifs doux, rompent les oscillations spasmodiques qui menacent le poumon, décomposent l’appareil fluxionnaire qui se prépare , favorisent les excrétions cutanées, dissipent les engorgements toujours prêts à se former dans l’organe faible.
On a trop de prévention contre la saignée dans les rhumes épidémiques. Elle est souvent le meilleur diaphorétique , surtout quand la constitution atmosphérique est sèche et boréale ; elle peut alors empêcher le catarrhe de dégénérer en phthisie pulmonaire. Mais, d’autre part, si la con-
stilulion de l’air est strictement catarrhale , en prodiguant la saignée , on rendrait la phthisie inévitable.
Pringle dit qu’un rhume ancien et négligé peut être regardé comme le commencement d’une consomption. 11 recommande dans les phthisies, dans les rhumes invétérés , de petites saignées réitérées de quatre jusqu’à sept fois en huit ou dix jours, il ôtait environ huit onces de sang dans cet intervalle. Le plus grand nombre des malades en étaient soulagés. 11 met pourtant quelques restrictions à celte pratique. 11 prescrit en même temps le lait, les cautères, les sétons, l'exercice à cheval, l'air de la campagne, etc. (1).
Dans les cas d’engorgement lent par suite de catarrhes mal jugés , engorgements ou catarrhes invétérés, qui conduisent si souvent à la phthisie, Lepecq de la Clôture employait avec succès les sucs dépurés des plantes savonneuses et nitreuses, aidés par un hydrogala, la décoction blanche de Sydenham , les gelées de Salep , le bouillon de gruau d’avoine, l'infusion de fleurs de sureau avec l’oxymel scillitique , le lait d’ânesse ou de chèvre dans la convalescence, etc. C’est ainsi qu’il pré-
(1) Pringle, Maladies des armées, t. 1 , 3m* partiô , chap III.
venait cette phthisie pulmonaire inhérente au catarrhe négligé , invétéré, mal jugé (1).
C’est surtout dans le cas de phthisie pituiteuse qu’ont été recommandés les balsamiques, heaume de Tolu , baume du Pérou.
Il y a longtemps que les Anglais employaient le naphthe médicinal dans le traitement de la phthisie.
En 1816 et 1817, le docteur Chrichton, de Russie , publia une brochure sur l’emploi des vapeurs de goudron , dans cette maladie. D’après les observations de Hufeland, consignées dans son journal peu de temps avant sa mort, un cinquième des phthisiques aurait éprouvé une amélioration notable par l’emploi des fumigations balsamiques de goudron et par celui du naphthe médicinal; un dixième aurait été guéri : proportion qui , d’après lui , surpasse ce qu’on avait réalisé de mieux jusqu’à ce jour (2).
Est-ce à la phthisie catarrhale qu’il faut rapporter la méthode de traitement de O’ Reilly ? Il ne se propose rien moins que d'arrêter la marche de la phthisie pulmonaire et de la guérir radicale-
(1) Lepecq de la Clôture, Observations sur Ut maladies épidémiques , p. Ci.
(2) La phthisie et les autres maladies de poitrine traitées par les fumigations de goudron et le naphthe médicinal , par le docteur Salles-Girons, 1 847.
ment. Dans ce but, il parait avoir cherché à attaquer à la fois tous les principaux symptômes de la phthisie, fièvre hectique, toux, expectoration, état local des poumons, émaciation. Il prescrit à la fois le sulfate de quinine , des pilules calmantes , du naphlhe (progressivement de 6 jusqu’à 60 gouttes), un vésicatoire sur la partie affectée, et un régime approprié. Il assure que, dans les cas favorables, l’amélioration tarde peu à se manifester ; dans l’intervalle d’environ six mois, le malade entre en convalescence ou en approche (1).
Phthisie pulmonaire nerveuse.
Nous ne parlerons que pour mémoire de la phthisie nerveuse , caractérisée par une toux sèche, fréquente, parfois spasmodique et convulsive, par des douleurs passagères dans la poilriue , ordinairement sans crachement de sang , et sans rien qui annonce ni tendance à l’inflammation , ni fièvre. Un marasme nerveux qui gagne les poumons, finit par développer la consomption et diverses dégénérescences. (Hufeland.)
Contre cette espèce de phthisie , Hufeland conseille la diète laitée , le séjour à la campagne, les
(1) Gaz. mid. de Paris, 2 septembre 1848.
bains, l'équitation, le lait d’ànesse-, des infusions de kina pour rétablir le ton des nerfs -, les gélatineux , les restaurants quand l’amaigrissement est considérable; la jusquiame, l’eau de laurier-cerise, et même parfois de petites doses d’opium pour calmer la toux.
Cette toux en est un des symptômes les plus pénibles. Sentinelle aussi incommode qu’opiniâtre, elle avertit sans cesse le malade du mal profond qui le travaille ; elle lui cause de longues insomnies, dans lesquelles il aperçoit l'horreur de sa situation , sans goûter de repos. La toux ne l’abandonne que dans les derniers jours , quand les forces sont à peu près éteintes.
Il importe de calmer ce symptôme et de procurer au poumon un peu de soulagement et de repos. Il faut endormir cette infatigable compagne de la phlhisie, en émoussant la sensibilité de la partie , au moyen des préparations opiacées , des pilules de eynoglosse , des pilules de Morton , du laudanum de Sydenham, du sirop de pavots, etc. ; et encore au moyen de l’eau de laurier cerise , de l’acide prussique médicinal , du cyanure de potassium , qui sont en même temps sédatifs de la vie du sang , et remplissent ainsi un double but.
Il ne faut pas craindre d’avoir contre ce symptôme un formulaire trop étendu ; car tel est le caractère de la maladie que tous les moyens que l'on peut employer , après avoir été quelque
lemps utiles , perdent leur efficacité , et qu'il faut en changer , varier les formules et les doses , ne serait-ce que pour satisfaire aux désirs inconstants , et aux espérances trop souvent déçues des malades.
Du reste , le but n’est pas d’empêcher absolument la toux-, elle est parfois nécessaire pour dégager les poumons par l’expectoration des matières qui de tout le corps accourent sur cette partie , et s’y accumulent comme dans un égout , selon l’expression de Rivière.
Si la toux dépend d’un vice des digestions , d'un état gastrique , de la présence des vers dans les intestins, on la combattra en attaquant le genre de cause qui la détermine. Ce qui est d’autant plus important , qu’on a vu des toux qui n'étaient d’abord que symptomatiques devenir essentielles, et le vice des digestions amener la phlhisie.
L’auscultation peut ici rendre de grands services, en nous permettant de constater , au moins dans certains cas, l’absence de toute lésion organique et la nécessité de rechercher ailleurs les éléments du diagnostic.
Nous devons aussi dire un mot de la phthisie aiguë ou galopante.
Elle doit son nom à la rapidité effrayante de sa marche. Elle reçoit ordinairement ce caractère
de quelque affection intercurrente qui survient. Ses débuts sont brusques , elle offre tous les signes d’un catarrhe aigu , et quelquefois ceux d'une lièvre ataxique La toux est peu fréquente , l’expectoration nulle -, la dyspnée extrême. Ses caractères anatomiques sont ordinairement des poumons hépatisés, farcis de tubercules milliaires-, quelquefois la perforation d’un foyer tuberculeux dans la cavité pleurale. Citons quelques exemples.
Dans la première constitution du Premier livre des épidémies , Hippocrate décrit une phthisie populaire aiguë. La constitution était chaude et sèche ; cette phthisie commença avec l’été , persista toute la saison et se continua l’hiver.
Dans la quatrième constitution ( constitution pestilentielle, chaude et humide ) , la phthisie fut la maladie la plus funeste. Plusieurs des malades qui s’alitèrent l’hiver , moururent au commencement du printemps ; les autres furent tourmentés par la toux, qui se calma un peu l’été; vers l’automne, ils s’alitèrent de nouveau et moururent en grand nombre. L’aversion pour les aliments et les boissons était le plus mauvais signe. La phthisie attaquait surtout les personnes glabres , blanches , lymphatiques , aux yeux bleux.
En 1768 et 1769, on vit régner à Piouen une effrayante intempérie qui rangea la phthisie pulmonaire parmi les maladies aiguës les plus funestes. Elle porta ses ravages sur les sujets des deux
sexes , sur les adolescents et sur les adultes audelà de quarante-cinq à cinquante ans. Elle prenait une marche insidieuse , et enlevait en six semaines, en soixante jours, des personnes qui avaient à peine quelquefois été soupçonnées d’une délicatesse de poitrine antérieure. Il y avait rarement hémoptysie, ou crachats sanglants, ou diarrhée colliquative ; mais dégoût extrême , point de soif , resserrement convulsif de la gorge , odeur cadavéreuse , haleine fétide, œdème des pieds et quelquefois de la main ou de la paupière inférieure du côté de la poitrine, qui était affecté. Un air humide et chaud parut avoir été la première cause de la funeste célérité de ces phthisies. Cette constitution était éminemment catarrhale.
On excluait le lait -, on donnait un vomitif, selon le conseil d'Hippocrate , ensuite le suc exprimé des plantes incisives , anti-scorbutiques , quelques cuillerées de suc de cresson , de cochléaria , d’hyssope (1).
En 1807, dit Hildenbrand , le mois de mars fut funeste aux phthisiques. 11 attribue l’exacerbation constituante qu’éprouvent les malades aux époques des équinoxes , à une combinaison des fièvres quotidiennes du printemps, qui ont toujours queU que chose d'inflammatoire, avec la fièvre hectique.
(1) Lepecq de la Ciôiure , ouvrage cité,
qui en est exaspérée , ainsi que la diathèse inflammatoire qui les accompagne. C’est alors une espèce de fièvre qui survient sur une autre fièvre. 11 est difficile dans ce cas de remplir les indications curatives ; les remèdes qui conviennent à la fièvre intermittente , exaspèrent la phthisie , et réciproquement. Et, avant qu'aucune des deux fièvres soit adoucie , il survient promptement une péripneumonie suffocante, ou le degré collliquatif de la phthisie (1).
La marche plus ou moins aiguë d’une maladie ne changeant pas sa nature , les indications pour le traitement de la phthisie aiguë se déduisent des considérations émises plus haut , jointes aux circonstances particulières qui accélèrent les progrès de cette phthisie.