‹ Expédition anglaise au Pôle Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 19 sur 37 · EE · texte numérisé non relu

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supposions être le cap Collinson, le second au nord de la grande baie qui sur la carte à l'intention de représenter la baie de Scoresby. Mais comme le Cap Frazer est placé 8 milles {op au nord et la baie 20 milles trop dans le même sens, que le reste des terres de l’ouest est très-mal représenté sur les cartes, il est difficile de dire au juste où nous arrivâmes, le suis donc dans la nécessité de relater les progrès de l'expédition en m'en apportant aux cartes publiées jusqu'à ce jour, et je continuerai à agir de même en ne guidant cependant quelquefois sur nos latitudes ('Orrigées.

Entre le cap Collinson et le cap Mac Clintock, point le plus nord de la baie de Scoresby, il y a dans la tôle une petite échancrure de un demi à trois quarts le mille de profondeur, mais qui n'offre aucun abri. Au nord du cap Collinson la terre court légèrement } l’ouest, et, à 3 milles environ au nord du Cap, tourne brusquement à l’ouest pour former la baie de Richardson, qui est bien plus profonde que ne l’indique la carte, Elle à probablement 4 milles de large et 6 de profondeur.

Les navires arrêtés au large du Cap Collinson.

Un volumineux iceberg, qui n'avait probablement pas du tout dérivé pendant la présente saison et qui était échoué complétement à 2 milles de terre dans la baie peu profonde au nord du cap Collinson, empêchait une glace flottante très-compacte de s’écarter du rivage, Ce même iceberg retenait toute la glace que le courant chavirait le long de la côte ouest en contournant la baie de Richardson et en Ia forçant de dériver au S, E., au loin du cap Collinson, au large

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Les deux navires s’amarrèrent dans ce bassin, conslamment en éveil pour saisir l’occasion de faire du nord, et employant toute l'énergie des hommes pen- ‘dant ce délai forcé à nous frayer une route à travers la glace qui soudait l'iceberg à la terre et lui permettre de dériver au sud, Nous employämes la poudre pour faire sauter la glace et la chasser au nord ; mais, heureusement peut-être pour nous, nous ne pümes y réussir : car en agissant ainsi, dans le cas où la glace du large ne se füt pas ouverte en même temps, nous eussions pu perdre notre principal abri, l'iceberg seul étant trop petit pour former un bassin sous le vent duquel les deux navires, et peut-être même un seul, eût été en sécurité, Nous déposâmes sur la terre du cap Collinson des provisions pour nos voyageurs futurs, qui devaient s’avancer dans le sud en suivant la côté.

Courant dans le chenal de Kennedy.

Le courant observé court avec plus de force au sud que dans la partie la plus large du canal de Smith. Pendant chaque marée de flot 3 milles de glace environ passèrent près de nous : pendant 4 heures de jusant ce mouvement s’arrêtait et 40 milles de glace environ dérivaient ainsi chaque jour au sud, s'ajoutant à celle accumulée déjà dans le bassin du canal de Smith, à moins que, ce qui est probable, elle ne fût enlevée à mesure dans la baie de Baffin par l'entrée sud. La partie nord de cette côte était de chaque bord encombrée de glace qui s'était empilée, semblable à un mur de 6 à 9 mètres de hauteur; mais en tout

autre endroit l'accumulation était loin d’être aussi forte.

Essai pour traverser la banquise. — Progrès dans le chenal de Kennedy.

Le matin du 21 août, les chenaux qui découpaient la g'ace au milieu du détroit ayant la plus tentante apparence, NOUS partimes au moment de la pleine mer. La glace nous entraîna bientôt si loin de la terre, que je m’empressai de retourner à l’abri de notre iceberg et de nos glaçons protecteurs, pour y attendre la prochaine inarée, essayant d'abord d'élargir la petite ouverture qui existait entre les deux, en billardant avec le navire; mais comme je m’aperçus que cela me eoùterait trop de charbon et donnerait (op de s:cousses au bâtiment, qu’en outre je dépenserais trop de: poudre Pour me frayer une route praticable en faisant sauter la glace, je renonçai à mon entreprise,

Après m'être consulté avec le Capitaine Stephenson, el avoir remarqué que l'ouverture Constante des chenaux du large indiquait qu'au Join la mer était plus libre, les deux navires appareillèrent de nouveau à 9 heures du soir, juste avant la marée basse, et, après une roule ennuyeuse à travers 3 milles de lourds glaçons très-rapprochés les uns des autres, nous arrivâmes dans des coupées plus ouvertes s'étendant au N. E, dans le détroit.

Un vent de nord piquant, accompagné de brume et de neige, et fraîchissant en même temps, emporta la glace avec rapidité dans la direction du sud et nous força de louvoyer (1) à la machine sous toutes voiles

(1) Louvoyer, se dit d'un navire qui, ayant le vent contraire, savance en 118288 vers le but, en naviguant aussi près qu'il le peut de la érection du veat.

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du temps, viraut de bord lréquemment pour éviter les plus gros paquets de glace. Après cette tempête de neige, la terre resta couverte d’un blanc linceul pour le reste de la saison,

À midi, le 22, après avoir lutté sans cesse contre ce gros vent debout, nous réussimes à passer au vent de la pointe nord de la baie la plus remarquable de Ja côte ouest, désignée sur les dernières cartes sous le nom de baie de Carl Ritter, mais s’accordant en latitude et en position relative avec la partie nord de la baie de Richardson. Dans cette partie du chenal, il y avait bien peu de glace, mais, 3 ou 4 milles plus au nord, il y en avait une notable quantité, barrant le chenal dans la direction de l’île Crozier, et me forçant à faire route sur cette fle,

Dans la soirée, le vent ayant molli, je fis ramasser toutes les voiles et fis route au nord en passant par des coupées plus ouvertes, en doublant l'ile Franklin dans l'ouest. À minuit, nous étions par le travers de l’île Hans avec la mer parfaitement libre entre nous et la terre de l’est; mais le charroi des glaces nous empêchait d'approcher la cète ouest. Il n'y à aucune anse profonde répondant à la baie de Carl Ritter, marquée sur les cartes par cette latitude.

Arrêtés par la glace au cap Morton.

En faisant à la vapeur route au nord, je tâchai de serrer la côte ouest au sud du Cap Cracroft; mais Ja glace m'empêcha de réussir et m'obligea à porter à l'est sur le cap Bryant. En le doublant, je trouvai la banquise s'étendant du cap Morton et de l'ile Joe jusqu'au cap Licber, pendant qu'un vent soufilant constamment de l'ouest renforçait encore cette barrière, en

faisant dériver d'autre glace au nord par le chenal de Kennedy. La Discovery établit alors un dépôt de 240 rations au cap Morton pour servir à ioute expédition devant explorer le fiord de Petermann. Après cela, les navires s’en retournèrent en louvoyant, à la baie Bessel, à l'entrée de laquelle nous trouvâmes un mouillage bien abrité, au nord de l'ile Hannah.

Coup d'œil sur le chenal de Robeson.

Le 24, le vent d'ouest continuant à souflier, ce qui, je le savais, devait faire ouvrir la glace sur la côte ouest du ‘assin de Hall, je fis l'ascension du cap Morton. A une altitude de 600 mètres, il faisait un calme absolu et le ciel était clair. Les caps élevés du chenal étaient parfaitement visibles, le cap Union à 70 milles, le cap Summer à 50 milles, l’un mordant sur l’autre d'environ cinq degrés. Toute la côte ouest du chenal de Kennedy jusqu’au cap Lieber et la baie de Lady Franklin étaient dégagées; il y avait quelques coupées navigables, au milieu des glaces qui encombraient le milieu du chenal au loin dans le nord.

À partir de l’île Joe, au nord et à l'est de la bai” Polaris, la glace était ramassée, très-serrée, mais plus | ouverte entre le cap Lupton et le cap Beechey. |

Après cette inspection, je me précipitai vers mon canot et fis signaler aux bâtiments d'appareiller. Nous fimes alors promptement route à la voile, nous dirigeant vers le nord à travers le chenal de Kennedy.

Cinq milles au nord du cap Lieber, la banquise me

fit entrer dans le sund de Lady Franklin, sur la côte es, nord duquel je trouvai une anse me promettant un fl abri.

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rade spacieuse et bien abritée en dedans d’une île située à l’ouest du cap Bellot, contre lequel la banquise du chenal venait s'arrêter. Le matin du 95 août, les navires s'y amarrèrent à toucher le rivage.

Arrivée au havre de la « Discovery ». — Bœuf musqué. En entrant dans la baie, nous eùmes la satisfaction d'apercevoir un troupeau de neuf bœufs musqués, qui tous fuvent tués. La joie que nous causa la bonne chance de nos chasseurs s’augmenta considérablement quand nous eûmes appris que la végétation était infniment plus riche que celle de n’importe quelle partie de la côte visitée par nous depuis Port Foulke, l'Élysée des régions arctiques. Cette rade étant à tous les points de vue commode pour un hivernage, et l’abondance, dans ses environs, de ce qui reste de la végétation arctique nous promettant une ample provision de gibier, je me décidai à y laisser la Discovery et à pousser en avant avec l’Alert seule, Basse température.

Quoique le soleil fût encore sur l'horizon, à minuit notre position était si nord, que sa hauteur à midi était trop faible pour influencer beaucoup la température. Après le 20 août, elle se maintint constamment au-dessous du point de congélation, et la glace nouvelle se formait av milieu du jour, bien plus tôt que cela ua lieu dans des latitudes plus basses, Néanmoins, la navigation arctique dépend tellement de la direction du vent, que je considérai (1 la saison des traversées arctiques, saison dont la durée est de vingt jours, était encore à son apogée. La glace dans le chenal de Robeson était suffisamment rompue, montant et descendant le détroit, suivant les changements de

+, marée, et x'altendant que le vent pour ouvrir un pas-

sage le long du rivage, L’ « Alert » et la « Discovery » se séparent.

Mon équipage ayant été renforcé du lieutenant Wyatt Rawson et de sept hommes de La Discovery, destinés à former l'armement d'un traîneau, les deux navires, dont les états-majors avaient lutté pour la même cause avec autant d'harmonie que de succès, se séparèrent le matin du % août

L'équipage de l'un, si les cartes et les documents publiés par nos prédécesseurs £taient corrects, partait avec l'espoir consoiant d accomplir avec succès, selon toute probabilité humaine, la tâche qui nous était assinée; mais l'équipage de l'autre, quoique plein d’un légitime orgueil en pensant à l’avenir de ses camarades, et partageant le sentiment généreux qui les soutenait, ne pouvait, qu'avec peine, vaincre le sentiment douloureux d'être laissé en arrière pour remplir un rôle qu'il ne pouvait considérer que comme secondaire dans le programme général.

En arriwant à l'entrée de Ja rade, nous nous apercüûmes que la banquise principale s'était rapprochée de lerre et qu'elle remplissait complétement la baie de Lady Franklin ; @ selques glaçons flottants s’en allaient rapidement emportés par le courant dans la baie de la Discovery. En essayant de nous dégager de ces derniers, le navire s’échoua au milieu de la pleine mer et resta dans cette position pendant une demi-heure, jusqu'à ce que par bonheur, en amenant les Ccanots et l'allégeant un peu, nous réussimes à le faire flotter de nouveau sans avarie,

Pendant l'après-midi, la banquise sur laquelle le vent

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