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la mer et ne présentent aucune lisière sur laquelle la glace puisse s'appuyer, le rivage est, à quelques pas de distance, bordé par un mur de glace au sommet déchiré, dont l'épaisseur varie entre 6 mètres et 13 mètres de hauteur. Il n’est interrompu qu'en face des ravines les plus larges, endroits où les torrents de l'été ont entraîné le sol et exhaussé le fond de la mer assez pour retenir la glace flottant à la dérive. Il se forme alors une ligne de petits mouticules isolés du mur principal et qui en détruisent ainsi la continuité, :
Iles de glace.
Au sortir du chenal de Robeson, dès que la côte s'infléchit à l’ouest, elle perd son caractère abrupt et escarpé. La glace s'étend alors à 100 ou 200 mètres du rivage qu’elle borde d’une frange formée de masses détachées, de 6 à 20 mètres d’élévation au-dessus de l’eau, et échouécs par des fonds de 45 à 20 mètres, tout près de la plage, excepté dans les endroits où la côte est peu accore (1).
La glace flottante a une épaisseur moyenne de 24 mètres ; cile provient toujours de la rupture de la couche d’eau salée congelée, couche dont elle faisait originairement partie, à l’état de morceaux de dir ensions horizontales un peu plus considérables.
Dès l'instant que * rencontrais la glace collée au Cap Sheridan, après n’avoir gagné que 25 milles au nord franc depuis mon départ de la baie de Lincoln, le matin même, il ne me restait plus d'autre aller-
(1) Accore se dit d'une côte au pied de laquelle la mer est encore profonde et près de laquelle un navire peut passer sans s échouer,
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native que d’amarrer le navire en dedans de cette baie protectrice, ce que je fis pendant l'après-midi.
Je fis établir à terre un dépôt de 2,000 rations destinées à nos compagnies de voyageurs.
Le temps resta bouché et brumeux jusqu’au soir. À ce moment, je pus, d’une hauteur de 90 mètres audessus du niveau de la mer, obtenir un aperçu assez complet de la côte. Elle continuait à s'étendre au N. O. pendant 30 milles environ, formant ainsi une grande baie limitée par la chaîne de montagnes des États-Unis. Les monts Marie et Julia, ainsi que le cap Henry, dénominations qu'ils ont reçues de feu le capitaine Hall, sont si remarquables, qu’il ne pouvait y avoir aucun doute sur leur identité, quoique leur gisement différât de plus de 30° de celui qu'indique la carte. Aucune terre en vue dans le nord, et cependant rous avions un tel désir d’en apercevoir une que nous espérions encore que les gros nuages amoncelés dans cette direction la dérobaient à nos yeux. Mais, en réfléchissant au caractère et au mouvement de la glace, je fus, bien malgré moi, forcé de les admettre comme une preuve convaincante qu'il n'existait aucune terre à une distance raisonnable et que nous étions arrivés au bord de l'océan Arctique, qui se trouvait être précisément l'opposé d'une « Mer polaire ouverte »!
Banquise au large du cap Sheridan.
La banquise se trouvait accolée au cap Sheridan et à la côte s'étendant à l'ouest de ce promontoire. Sous le vent de chaque pointe s’avançant dans la baie, nous remarquâmes cependant un bassin de mer libre que nous ne pouvions penser atteindre, à cause de Ja barrière de glace qui nous en empêchait. A l’est, le
chenal par lequel nous nous étions avancés s'était complétement bouché, et le navire, quoiqu’en sûreté, était complétement emprisonné dans la banquise.
La dernière neige tombée avait recc'vert la terre d'un blanc linceul de 15 à 30 centimètres d'épaisseur, et les pentes des collines peu élevées n'offraient à la vue qu'un paysage peu réjouissant.
Pendant la nuit, le vent souffla de nouveau avec violence äu S. O.,et dans un grain les haussières qui nous amarraient se rompirent sous l’effort de la brise. Je fus obligé de mouiller une ancre de bossoir, qui, twnbant sur un fond de gravier, ne put s’y accrocher. Le navire ne fut maintenu qu'après avoir dérivé à 100 mètrés en dehors de la barrière de glace flottante, dont la banquise s’éloignait lentement dans la direction du N. E.
La tempête dura toute la nuit entraînant à 2 milles de terre la banquise qui, dans son mouvement constant
. vers l'est, finit par se coller contre la pointe Sheridan, nous enlevant ainsi toute chance de nous avancer dans le nord ou dans l’ouest.
Pendant ce violent coup de vent, je fus vivement frdppé de la ténacité avec laquelle la banquise se maintint dans $a position, et ne pus m'empêcher de craindre qu’il ne nous restât que bien peu de chances de trouver une ouverture nous permettant de nous avancer beaucou , pendant la présente année. Mais sachant combien le mouvement de la glace est parfois aussi inexplicable qu'incertain, je me repris à espérer de meilleures occasions.
Le matin du 2 septembre, le vent sauta tout d’un coup du S.'0. au N,. O. et ramena rapidement la banquise du côté de terre; le navire tomba alors en travers,
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sur le côté du large de l'épaisse glace attenant au rivage. Heureusement pour nous, le baromètre indiquant un changement de temps, j'avais fait garder la machine prête à marcher, ce qui nous permit de lever notre ancre, non sans avoir manœuvré pendant longtemps. Notre bassin abrité était si petit, son entrée si étroite et si encombrée par la glace, que ce ne fut qu'avec la plus extrême difficulté et le travail le plus ardu que nous réussimes à y faire entrer le navire l'arrière le premier, non sans avoir sacrifié bon nombre d’haussières. Le vent et la marée nous poussant en travers, c'était une question assez épineuse que de Savoir qui, du navire ou de la glace, arriverait le premier au point désiré, Mon inquiétude fut bien allégée quand je vis le navire éviter (1) en sûreté, au moment Où toute la banquise du nord vint rencontrer le côté extérieur de notre glace amie, et, au lieu de nous faire quelque avarie, renforcer sensiblement le mur qui nous protégeait à l'extérieur en poussant encore à terre de nouveaux mofceaux de glace. Par contre, nous ne pûmes nous empêcher de prévoir que nos chances d'avancer au nord, ainsi que nous le désirions, dimi-
nuaient en proportion de l'abri que la banquise venait de nous offrir,
Formation d'une île de glace.
Le danger auquel nous venions d'échapper de si près nous apparut dans toute son étendue quand nous vimes passer la banquise auprès de nous, se dirigeant à l'est avec une vitesse de un mille à l'heure, Animée d'une force irrésistible, elle balayait tout sur son
° (1) Éviter, tourner autour de son ancre ou de tout autre point fixe auquel le navire est amarré,
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passage, accumulant sans cesse de nouvelles masses de glace, en dehors de notre mur de protection.
Un gros glaçon flottant commence par échouer sa partie saillante sur les fonds de 48 à 20 mètres, tandis que celle qui reste à flot, incapable d’arrêter sa course, se sépare d'elle-même de la première. La pression con tinuant cependant à agir sur cette masse détachée, celle-ci s'élève lentement sur les pentes abruptes du rivage et émerge parfois de 3 à 4 mètres au-dessus de la ligne de flottaison, en se maintenant presque toujours droite sur sa base.
Le mouvement de ces glaces diffère entièrement de celui de deux glaçons flottants se choquant au milieu du courant. Ces derniers dont l'épaisseur varie de 1%,20 à 2 mètres se soulèvent mutuellement, cherchent à s'écraser et retombent enfin l’un sur l’autre au milieu de bruyants craquements. Dans le premier Cas, au contraire, ce sont d'énormes masses, atteignant quelquefois un poids de 30,000 tonnes, qui se pressent l'une contre l'autre, La plus forte finit par soulever l’autre et la monte sur le terrain dans un mouvement silencieux et plein d’une majestueuse grandeur,
Qu'arrive-t-il quand deux glaçons de 24 mètres d’épaisseur viennent se rencontrer? Nous ne pouvons le dire. Mais ce que nous pouvons assurer, c’est que tout navire qui serait pris entre deux masses pareilles (masses qui émergent plus que lui au-dessus de l’eau), serait dans la position d’un bâtiment qui. échoué dans un bassin de carénage (1), verrait les deux murs se refermer sur lui.
(1) On appelle bassin de carénage d'immenses trous eommuniquant avec la mer et dont les parois sont maçonnés. On y fait entrer le navire en les remplissant d'eau, puis on en pompe le con: tenu, ce qui laisse le bâtiment à sec et permet de travailler à sa carène,
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Glace au large. — Mer polaire,
Pendant les trois jours qui suivirent, de légers vents d'ouest souftlèrent constamment ; la glace se maintint collée à terre ayant un léger mouvement dans la direction du S. E. et quelquefois s’arrêtant et se resserrant au N. O. pendant la durée du jusant. Le flot produisait quelques étangs de mer libre, d’un demimille de longueur sur un quart de mille de largeur. Ces étangs se formaient presque toujours à la partie S. E. des plus gros glaçons, mais restaient toujours séparés les uns des autres par plusieurs milles de glace très-épaisse.
Malgré que quelques gros glaçons fussent encore en vue au large, la banquise, à une distance de 8 milles de terre, se composait de glaçons de moins d’un mille de diamètre et d’une grande quantité de débris rugueux, provenant évidemment de la rupture des grosses glaces flottantes, alors qu’elles se frayaient un passage. au delà des points de la terre qui nous restait dans le N. O.; le tout formait pour nos traineaux une route aussi cahoteuse que possible,
Envoi d'un traîneau pour explorer la côte du N. O.
À cette période de mon voyage, quoique toute navigation régulière fût évidemment arrivée à son terme, je n'en étais pas moins très-désireux de retirer, avant l'établissement de l'hiver, le navire de la position dangereuse qu’il occupait. Cependant, la saison qui s'avançait à grands pas me mit en garde contre tout mouvement prématuré n'ayant pas pour résultat probable l'acquisition d’une position bien abritée. En conséquence, le capitaine de frégate Albert Hastings
Markham et le lieutenant Pelham Aldrich, partirent le 5 septembre pour aller reconnaître une baie que nous avions aperçue de notre colline d'observation et distante d'environ 9 milles à l’ouest. Ils me rendirent compte que c'était une baie bien abritée, entièrement | recouverte d'une couche de glace de la saison, mais que 11 les Îles de glace échouces formaient à son entrée un mur continu qui en défendait l'entrée,
La température se maintenait Constante entre — 70
et — 12%, pendant que la barrière de glace qui nous protégeait, tout en nous emprisonnant, s’'augmentait de 200 inètres environ du côté de la mer. Chaque gros morceau de glace se cimentait avec son voisin à l’aide 1l de petits débris qu'apportait le courant de marée et | que la gelée saisissait dans cette position. !L Tout cela, joint au rapport de mes officiers, me fit A prendre la décision de débarquer à terre toutes les | provisions et rechanges qui encombraient les ponts du navtre, et dont nous n’aurions aucun besoin pendant l'hiver, si, par un hasard heureux, nous réussissions à gagner un endroit plus sûr,
Pendant les journées des 6, 7 et 8 septembre, la neige qui tomba en abondance fit fléchir sous son poids la glace encore jeune, et détermina des infiltrations d’eau à la surface, rendant ainsi les voyages en traineaux très-difficiles.
Cependant, comme je n’attendais aucun mouvement Jécisif dans la position des glaces au moment de Ja morte-eau (1), le navire étant bien amarré sur une ancre de bossoir et un câble à terre, les provisions débar-
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(1) La morte-eau désigne l'époque à laquelle les marées sont les plus faibles.
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Rs quées en quantité suflisante, pour, en cas d'accident au navire, ce qui n'était pas improbable, soutenir toute troupe envoyée en exploration ; je fis partir le lieutenant Aldrich accompagné du Capitaine Feilden de l'artillerie royale et du docteur Edward L. Moss, Ces trois messieurs devaient s'avancer en éclaireurs dans la direction du nord, tandis que le lieutenant Wyatt Rawson se dirigerait dans le sud. Ce dernier revint au bout de deux jours, n'ayant pu, à 3 milles du navire, franchir le cap qui forme l'entrée du chenal de Robeson, Les falaises à pic avaient arrêté sa marche par terre, en même temps que le mouvement continuel de la banquise, rompue en divers cudroits, l'empéchait de passer par mer, même en canot.
La petite troupe aux ordres du lieutenant Aldrich revint au bout de quatre jours. Elle avait réussi à établir un dépôt de provisions et à explorer la côte sur un parcours de 20 milles dans la direction du N. O0. La glace très-rugueuse, aussi bien qu'une épaisse couche de neige reposant sur un terrain boueux et collant, avaient rendu le voyage très-pénible ; au point que les trois traîneaux se rompirent, quoique n'étant qu'à moitié chargés.
La jeune glace qui recouvrait quelques rares fissures était trop perfide pour permettre aux lourds traineaux de la traverser sans danger; l’un d'eux passa au iravers eb ne put être sauvé qu’au prix de longs efforts.
Chenal praticable autour du Cap Sheridan.
Le 10 septembre, un vent violent soufftant de l’ouest el portant au large de la côte, combiné avec le courant du jusant, ouvrit pour la première fois depuis
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