‹ Expédition anglaise au Pôle Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 24 sur 37 · RENE · texte numérisé non relu

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notre arrivée en cet endroit, entre la glace échouée et la banquise, un étroit chenal s'étendant à un mille et demi au delà du cap Sheridan, mais qui de à gagnait le large.

Le 414, ce mme vent continuant, le chenal s’élargit jusqu’à avoir un mille de lsrge en s'étendant à 6 milies dans la direction de l’ouest et fi:.issant à 2 milles de terre. J'en profitai pour envoyer par mer Îe commandant Markham, fortement accompagné, disposer un abondant dépôt de provisions de voyage et de canots. Il nous fallut d’abord faire traverser aux canots, l'épaisse barrière de glace en dedans de laquelle le navire semblait gelé pour le reste de la saison.

Pas de terre au nord.

Le ciel étant parfaitement clair, nous pümes, pour la première fois, nous prononcer en connaissance de cause, st l'existence de la terre du nord aperçue par le Polaris.

Après un examen des plus consciencieux et une étude minutieuse des mouvements des taches sombres qu’on pouvait apercevoir au loin, je fus, quoique à mon grand regret, forcé de conclure qu’il n’existait aucune terre au nord, et cela jusqu'à une distance très-considérable. À travers une légère brume, la sombre réflexion du ciel dans les quelques étangs semés çà et là, dans la couche de glace, contraste vigoureusement avec la lumière réfléchie par cette dernière, semblable en cela à la lueur brillante que réfléchit une large plage de sable. Ces taches sombres, s’il y a du mirage, prennent l'apparence de terres éloignées, au point de tromper des yeux aussi avides et aussi anxieux que les nôtres l’étaient de découvrir un nouveau continent. Nous

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ne ne nous étonnâmes donc plus de l'erreur accidentelle des hommes de vigie du Polaris ; mais ceux, qui à bord de ce navire, possédaient une plus grande expérience a’auraient pas dû se laisser tromper aussi promptement.

Pendant la journée du 43, le vent augmenta graduellement et, le 44, 11 soufflait un furieux coup de vent, tempête dans les grains. Ce coup de vent s’étendait évidemment sur tout le chenal de Kennedy, car la houle soulevée sur la partie de mer qu’il avait dégagée le long de la côte d'où soufflait le vent, contournant le Cap Rawson, vint jusqu’à nous briser toute la glace légère de la saison et l’entraîner au large.

Les grosses îles de glace qui étaient échouées résistèrent seules, laissant entre elles des passages dégagés par lesquels nous aurions pu facilement passer s’il l'avait fallu; mais la banquise principale de l’ouest restait encore attachée à la terre à environ 6 milles du navire, malgré que le chenal conduisant au large et dont nous avons précédemment parlé, s’étendit à 10 ou 12 milles de nous.

Retour du commandant Markham.

Le navire avait l'arrière amarré à terre à l’aide d’un câble, l’un de ses flancs accolé à une île de glace contre laquelie la houle le faisait se heurter légèrement. Pendant qu’il ventait si furieusement et que la neige m'aveuglait, je réfléchissais aux misères de mes voyageurs n'ayant que leurs tentes pour abri par une tempête pareille, lorsque tout à coup je vis le commandant Markham arriver par le travers du bâtiment Quoique nous ne fussions pas à plus de 420 mètres de terre, ce n'est qu'en mettant deux hommes à chaque aviron du grand canot que je pus, dans une accalmie, faire établir

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un va-êt-vienñt ({) entre le navire et la terre, et communiquer ainsi avec lui. Un dé sès hommes étant tombé d’épuisement, il s'était décidé à rallier le bord pour y chercher du secours. Avec l’aide des hommes frais qui armaieñt le grand canot, le commandant Markham et moi nous pümes, à notre grande satisfaction, faire revenir à bord tous ceux qui accompagnaient les trafneaux. À minuit tout le monde était en sûreté et l'homme gelé hors de danger; mais l'équipage des W'aineaux, qui avait si vaillamment supporté la tempête, était épuisé de fatigrc et resta plusieurs jours sans faire de service.

Chenal à l'ouest. — Impossibilité de remettre i’hélice en place.

Le matin du 48, le vent mollit considérablement et le reste de la petite troupe du commandant Markham, aux ordres du lieutenant Parr, revint à bord ayant essuyé sous la tente la tempête de la veille et passé un fort vilain moment.

En faisant l'ascension de la colline qui me servait d’observatoire, je remarquai qué là glace de l’ouest, entre la terre et lé canal dans la banquise, avait dérivé du côté du large, nous laissant ainsi une route libre pour gagner un meilleur abri. Je fis immédiatement un signal convenu au navire, qui fut bientôt sous pression et remonta son gouvernail ; mais en amenant l'hélice pour la remettre en place, nous ne pûmes réusstr à l'engager sur l'arbre. Pendant que nous la remontions pour dégager la glace qui en obstruait le moyeu, une épaisse tempête de neige accompagnée d’une brume

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aveuglante vint nous enlever la vue de tout ce qui nous entourail et, par conséquent, nous empêcher d’appareiller. J1 n’était pas encore minuit, que la tempête SOufait déjà aussi furieuse que la veille,

Enfermés dans la glace pour tout l'hiver.

Le matin du 16, la tempête maintenant encore la grande banquise au large de la côte, et le temps S’éclaircissant, nous fimes un nouvel effort pour remettre notre hélice en place, effort qui resla sans succès par suite de Ja grande quantité de glace accumulée sur notre propulseur, Pendant que nous travaillions à le dégager, le vent sauta au N. O. et nous eûmes Ja mortification de voir la banquise se rapprocher de terre, À 2 heures d'après-midi elle avait rejoint la glace du rivage et du même COUP nous emprisonnait pour tout l'hiver.

la terre au N. O0. de notre position, malgré qu'un large espace de mer libre restât à l’est, entre nous et le chenal de Robeson, et cela pendant tout le temps que le vent se maintint de l’ouest.

Je puis maintenant ajouter que l'examen que je fis plus tard de la côte ouest, et pendant l’utomne et pendant le printemps suivant, me donna la ferme conviction que notre emprisonnement forcé pendant °elte dernière tempête était des plus providentiels.

I n’y avait pas, sur la côte, de baie assez ouverte pour y loger le ñäire; at: à l'entité de toutes, la glace était bien trop ‘épaisse pour éséayer ‘d'y ‘frayer notre route par f'fofce, ‘avant que. la grande ‘banquise nous

Depuis ce moment, la banquise ne quitta Jamais

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Une berge d'îles de glace est la meilleure protection sur la côte.

Au large de la côte ouverte où nous fûmes obligés de passer notre hiver, l'épaisseur de la glace constituait notre sécurité; échouant par des fonds de 21 mètres, il était impossible qu’elle fit aucune avarie au navire. Dans les premiers temps, je conçus quelque inquiétude et craignis de voir la glace légère entrer de force et faire courir au navire le danger d'être jeté à la côte; mais, comme toute la glace que nous voyions successivement apparaître avait le même caractère d'épaisseur que celle qui nous protégeait, je finis par me réconcilicr avec notre position.

Le temps finit par me prouver que nous ocecupions le meilleur abri qu’on pût trouver sur la côte, avec cet avantage que nous aurions très-certainement la faculté d'en pouvoir sortir facilement.

En tout autre endroit, tantôt la plage trop accore et trop abrupte permettait à la glace épaisse de se rapprocher tout près du rivage, tantôt le manque d’eau laissait libre un espace considérable, inoccupé par les grosses glaces, et dans lequel de plus petits et de plus dangereux glaçons pouvaient venir en dérive avant de s’échouer, par la même profondeur que celle. que demandait le navire pour être à flot.

Pendant la semaine qui suivit nous préparâmes les traîineaux pour les voyages d'automne; chaque homme se mit en .outre à compléter, son costume de voyage et à préparer .son: équipement. «4,4

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fut suffisamment consolidée par la gelée, le commandant Markham, accompagné des lieutenants Parr et May, placés sous ses ordres, partit le 25 septembre avec trois traîineaux pour établir un dépôt de provisions aussi loin que possible dans le nord-ouest. Le lieutenant de vaisseau P. Aldrich, avec deux traïneaux légers, ‘était parti deux jours avant pour reconnaître la route contournant le cap Henry, route par laquelle je comptais acheminer une troupe plus nombreuse. Il revint à bord le à octobre après une absence de 13 jours. Cet officier, en Compagnie du sous-officier de seconde classe Adam Ayles, fit l'ascension d’une montagne élevée de 600 mètres et située par 8248’ de latitude nord, point un peu plus nord que celui que notre vaillant prédécesseur sir Edward Parry atteignit dans son célèbre voyage en can. vers le pôle nord. De là, le lieutenant Aldrich aperçut une terre s'étendant à 60 milles dans le N. O., jusque par 837 de latitude nord ; l'intérieur de cette terre du côté du sud était couvert de montagnes élevées. Dans la direction du nord, ils n’aperçurent aucune apparence de terre.

Retour des voyageurs,

Le 44 octobre, deux jours après que le soleil nous eût quitiés pour bien longtemps, le commandant Mark. ham et sa troupe revinrent après une absence de 19 jours. Au prix des efforts les plus ardus, ils avaient réussi à placer an dépôt de provisions par 82 44 nord et à déterminer le contour de la côte 9 milles plus

nord, atteignant ainsi la latitude exacte où sir Edward Pany s'était arrêté,

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Impossibilité de communiquer avec la « Discovery ».

J'étais très-désireux d'informer le capitaine Stephenson de notre position, et en même temps de Jui faire connaître le côté favorabl> sous lequel se présentaient les excursions que ses voyageurs devaient faire le printemps prochain sur la côte du Groënland. Dans cet ordre d’idées, je fis partir le lieutenant Rawson pour essayer encore d'ouvrir une communication entre les deux bâtiments, quoique cependant je doutasse fort du succès. Cet officier resta absent du 9 au 42 octobre et revint sans avoir pu mettre mon projet à exécution. Le dernier jour, il fut arrêté à 9 milles du navire, par de la glace trop faible pour supporter les traîneaux. Les masses. brisées de la glace comprimée adossées aux falaises, à une hauteur qui excédait quelquefois 10 mètres, et la neige accumulée en masses profondes dans les vallées, rendaient le voyage extrêmement lent et pénible.

Voyages en traîneaux pendant l'automne.

Ces voyages d'automne, accomplis par une tempéraiure variant entre — 9°,5 et — 30°, furent on ne peut plus pénibles. Le travail incessant des hommes, les souffrances et les misères inséparables des expéditions arctiques dépassèrent la mesure habituelle. Les traineaux cireulaient avec peine sur une neige molle et humide, et dans d’autres endroits il fallait leur faire franchir les collines pour éviter une couche de glace trop faible où d'immenses flaques d'eau; le tout rendu plus diffcie par des vents aussi violents que constants et par un brouillard épais. "

Aussi, sur vingt et un hommes et trois officicrs dont se composait la pelite troupe opérant au nord, il ne

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nous revint pas mains de sept hommes et un officier gravement atteints de congélation des membres. Trois d'entre eux durent subir une amputation et les autres rester confinés dans leur lit pendant la plus grande partie de l'hiver.

Les traîneaux et leur charge passèrent quatre fois au travers de la glace qui se hrisait sous eux, accident qui arrivait souvent aux hommes ; en ayant soin de les faire changer leurs vêtements complétement trempés on évitait ainsi les Conséquences funestes d'un pareil bain,

Les congélations des membres doivent être entièrement attribuées à l’état boueux et humide de certaines parties de glace qu'il faut traverser. Une neige épaisse tombée pendant douze jours consécutifs avait formé un matelas légèrement comprimé, d'environ deux peids d'épaisseur et dans quelques endroits de plus du double là où le vent l'avait amoncelée en traînées sinueuses.

La glace légère, trop faible pour supporter ce poids additionnel, finissait par s’affaisser et laissait filtrer l’eau; cette dernière protégée par cette couverture de neige se maintenait liquide quoique la température it de plus de 5 au-dessous de zéro. Aussi nos VOyageurs très-Inmexpérimentés à cette époque, furent-ils rudement éprouvés par les congélations des membres inférieurs. Toutes les fois qu'ils avaient à faire passer leurs traîneaux sur de pareilles routes, leurs pieds se mouillaient et ensuite gelaient bien longtemps avant qu'ils en eussent conscience. Ce n’est que le soir, quand ils dressaient leurs tentes, qu’ils s’apercevaient du mal, mais ses progrès avaient 646 si rapides qu'il était tout à fait impossible de rétablir la cireulation

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La tente d'équipement elle-même se satura tellement d'humidité congelée qu’en arrivant à bord, elle pesait plus du double que dans l’état de sécheresse au moment du départ; tous devinrent si désireux d'éviter une nuit sans sommeil passée dans les sacs-couvertures durcis par la gelée, que le dernier jour , «la troupe du Nord accomplit à travers la neige une marche forcée pour rejoindre le navire, marche pendant laquelle ses souffrances furent portées au paroxysme.

Nos voyageurs revinrent pleins de courage et d’ardeur. Rien n'avait pu abattre la patiente persévérance qu'ils avaient dû déployer pour vaincre tout obstacle s’opposant à leur marche en avant et la bonne humeur avec laquelle ils avaient supporté légèrement les mille souffrances du voyage.

L'usage nous démontra que les traîneaux étaient trop rigides : l'assemblage tournant des flèches nécessitait de fréquentes réparations, mais en enlevant les boulons métalliques et les remplaçant tout simplement par des lanières de cuir, les traineaux supportèrent admirablement le surcroît de travail que nous leur imposâmes.

Pas un seul jour de son long voyage, la division du Nord ne rencontra la neige assez consistante pour y creuser une hutte capable de l’abriter pendant la nuit. Le lieutenant Rawson eut une seule fois la chance de rencontrer au sud une neige plus dure amoncelée dans une ravine, ce qui lui permit de construire une hutte.

Les résultats heureux de nos voyages d’automne, sais parler des dépôts de provisions pour l'avenir, furent d’abord : un gain considérable au point de vue de l'expérience des parcours en traineaux, et ensuite la

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chance de ravir à sir Edward Parry et à ses compagnons l'honneur si vaillamment acquis par eux, d'avoir fait flotter le pavillon britannique par la latitude la plus élevée qu’on eût jamais atteinte, chance que nous dûmes à la bonne fortune de rencontrer une terre continue sur laquelle et près de laquelle il noûs était possible de nous avancer en traîneaux. J'ai, sur la carte que je publie, et par la latitude qu'ils atteignirent en 1827, groupé les noms de sir Edward Parry et de ceux qui le suivaient,

Préparations pour l'hivernage.

Dès que nos compagnies de voyageurs furent de retour, le soleil nous ayant fait ses derniers adieux, nous fimes nos préparatifs pour passer l'hiver; le navire fut recouvert d’une tente épaisse de bout en bout, toutes les provisions, qui pouvaient, sans souffrir, endurer les intempéries de la saison et pour lesquelles nous ne pümes pas trouver de place sous le premier pont furent déposées à terre en même temps que l'entrepont était dégagé le plus possible.

En couvrant avec soin les panneaux de la machine au moyen d'une épaisse couche de neige, le froid, pendant l'hiver, ne put pénétrer dans les parties basses du navire. La température des cales et de la chambre des machines se maintint au-dessus de — 2,5 sans pour cela qu'il fût besoin de faire du feu; cette température était du reste celle de l’eau environnante, Les pompes à incendie, dont les prises étaient à 4",80 au-dessous de la flottaison, restèrent toujours prêtes à servir.

Hiver arctique.

Le long hiver arctique, avec ses. rigueurs sans égales et son obscurité prolongée produite par 142

jours d'absenre du soleil, se passa pour chaque persopne du bord au milieu de la gaieté et de Ja satisfaction. Grâce à la routine de chaque jour, qui, quand On considère l'ayenir, semble se su stituer à Ja longue

Nos hommes avaient tout leur temps bien rempli par les occupations si multiples de la vie du bord, et en plus trouvaient un exercice continuel dans l’entretien constant de la digue de neige dont nous nous étions entourés, et qui, reposant sur une glace échouée, se trouvait renversée À chaque grande marée. Cinq soirs par semaine, les matelots assistaient en grand nombre à l’école qui se faisait dans le faux pont sous la direction du commandant en second Markham et de plusieurs des officiers. Chaque jeudi était réservé à des conférences, à des chants en chœur, à des lectures et quelquefois à des représentations théâtrales ; le tout si bien combiné par le commandant Markham que la satiété ou la fatigue ne se firent jamais sentir pendant toute la durée de l'hiver.

Ze docteur Thomas Colan et moi-même veillions avec le soin le plus scrupuleux à l’aérage du rayire, et grâce au grand espace qu’on avait laissé libre au milieu, cette question d'hygiène ne laissait rien ou peu de chose à désirer, A une seule exgeption près, la

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santé de l'état-major et de l'équipage était excellente ; la partie habitable du bâtiment était dussi sèche quon pouvait le désirer dans e»s régions, et céld sains une dépense éxagérée de combustible.

Préparatifs pour les voyages de Printemps.

En même temps que la nouvelle année nous arrivait, nous commencions nos préparatifs pour les voyages de printemps ; dès qu'il y eut assez de jour, l'enseigne de vaisseau Le Clere Égéttoh se mit à exercer les chièns quotidiennement.

Mouvement de la glace.

La banquise du large se maintint agitée jusques pendant la première semaine de novembre, époque à laquelle elle prit graduellement la position qu’elle devait occuper tout l'hiver, Le dernier espace de mer libre que nous pûmes constater fut aperçu le 16 novembre au large du cap Rawson à l'entrée du chenal de Robeson. |

La glace resta parfaitement immobile pendant tout l'hiver, à l'exception d’une fissure que produisit la marée dans celle qui n’était pas échouée et qui s’ou= vrit de 0,60 à 0,90 pendant les marées de syzygies.

Vents ét Temps.

Quoique nous eussions des indices certains de vents violents soufflant dans le chenal de Robéson, le temps resta remarquablément calme à l'endroit dé nos quartiers V’hiver; on pouvait, en vérité, dire que nous hivermons sur la côte d’un océan Pacifique. Le vent dominant soufflait dé l’ouest, et constamment dé térre; jamais nous ne resséntimes dé vents d'est. S'ils n’avaient été variés par des calmes, les vents PérSistants

de l'ouest que nous éprouvions eussent pu être pris pour des vents alizés.

Notre exercice quotidien en dehors du navire, ne fut supprimé que pendant deux jours, par le vent et les tourbillons de neige qu’il poussait devant lui.

Le calme complet de l'atmosphère nous fit éprouver le froid le plus intense, qui ait été constaté dans les régions arctiques.

Température.

Au commencement de mars pendant un froid continu : —

L'Alert constata un minimum de 58°,7 au-dessous de zéro.

La Discovery à la même époque enregistrait — 56°,9.

En 1850, le North Star, à Wolseholme Sound, par 716°30’ de latitude nord, éprouva — 56°,4.

Pendant 24 heures l’Alert éprouva une température de — 56°,84.

La Discovery pendant le même espace de temps inscrivit — dD°.

Le docteur Kane à la baie de Rensselaer, par une latitude de 78237’ nord en 1854 constata — 50°.

Avant tout cela, la plus grande durée d’un froid continu fut enregistrée par sir Edward Belcher dans le détroit de Northumberland en l’année 1853 ei par une latitude de 76°52’ nor. Vendant 40 jours consécutits, ja température se maintint à — 44°,94.

La Discovery pendant 7 jours de suite vit son thermomètre à — 50°,09.

Pendant 13 jours, l'Alert constata 50°,5 et pendant 5 jours et 9 heures le thermomètre descendit à — 04,6.

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Le mercure resta gelé pendant quinze jours conséeutifs du mois de février: un coup de vent du sudouest ramena un temps plus chaud qui dura 4 jours; mais dès que le vent tomba, le froid revint et le mercure resta gelé pendant une nouvelle période de 18 jours.

Chute d neige.

Après la chute considérable de neige qui avait eu lieu pendant l'automne dont nous avons parlé précédemment, il n’en tomba plus qu'une faible quantité : aussi éprouvâmes-nous beaucoup de peine à en avoir assez pour endiguer le navire, et il nous fallut en amener du rivage. Le peu qu’il en tomba et que j'estime à une couche de 0,15 à 0w,20 fut balayé par le vent sur le sommet des Montagnes de la côte, de sorte que ces sommets restèrent dégagés jusqu’au mois de mai et même jusqu’au commencement de juin, époque à laquelle la neige recommença à tomber, couvrant la terre d’une couche d'environ 0,30 d'épaisseur.

Dans les vallées et sur les plages ouvertes à l'est, la neige tombée restait très-légère et, à moins qu'on n'eût une chaussure appropriée à cet usage, il était très-pénible d'y marcher, Au contraire, dans les vallées ouvertes au vent d'ouest et sur les plages sans abri, elle était assez compacte pour permettre de voyager. facilement, semblable en cela à celle des latitudes sud, où la plus légère variation dans la direction du vent durcit surtout la couche neigeuse,

Aurore boréale.

Nous aperçûmes quelques lueurs d'aurore boréale dans diverses directions, mais presque toujours au

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zénith. Aucune d'elles ne fut assez brillante pour être digne de remarque. Le phénomène était extrêmement insignifiant, et, autant que nous pümes le constater, totalement étranger à toute espèce de trouble magnétique ou électrique.

e Observations magnétiques.

Pendant l'hiver, le commandant Markham et le lieutenant de vaisseau Giffard firent, avec autant de zèle que de persévérance, leurs travaux sur le magnétisme, dans l'observatoire que nous avions établi à terre, et qui se composait d’une série de larges et spacieuses huttes de neige, reliées ensemble par une galerie couverte, bâtie aussi avec de la neige.

L’inclinaison était chaque semaine déterminée à l'aide du cercle de Barrow et l'intensité relative totale à l’aide des aiguilles de Lloyd. Ces observations furent quelquefois répétées deux fois par jour.

L’intensité horizontale absolue était observée une fois toutes les trois semaines, et des séries de la variation horaire de la déclinaison furent obtenues au moyen du magnétomètre portatif de déclinaison, et cela pendant plusieurs jours consécutifs de décembre, janvier et février.

En différents endroits, entre Disco et les quarticrs d'hiver de l’Alert, toutes les fois que l’occasion s’en présenta, nous fimes des observations d'inclinaison et de force totale à l’aide de l'instrument de M. Fox ; la déclinaison absolue fut aussi déterminée quand on le put.

Le lieutenant de vaisseau Pelham Aldrich dirigeait

le service météoroiogique et les observations faites à l'aide du polariscope de Wheatstone ; malgré la rigueur

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de la saison, le lieutenant de vaisseau Parr obtint une bonne série d'observations astronsmiques et aussi quelques observations au Spectroscope et à l’électromètre portatif de sir William Thomson.

Je n'ai pas encore parlé des services du Capitaine Fielden de l'artillerie royale, naturaliste de l'expédition : je préfère que son rapport sur les faits Scientifiques nombreux qui ont appelé son attention émane complétement de lui : je me contente ici de constater que Pas un instant n’a été perdu par ce collectionneur infatigable, Il a de plus, par son caractère enjoué et dévoué en toute occasion, sü gagner l'affection de tous, et j’ai la confiance que Leurs Seigneuries apprécieront hautement ses services. de ne fais que lui rendre justice en constatant qu'il a été pour l'expédition ce que fut Sabine pour celle que commandait sir Edward Parry. Le docteur Edward Moss, observateur plein de talent et d'habileté » Outre qu’il se consacrait à ses devoirs de médecin, s’adonnait avec activité à diverses études scientifiques : la formation des iles du glace et des glaces flottantes, l'évaluation de la quantité de chlore, la mesure du poids spécifique par la méthode de Buchanon, et enfin l'étude au microscope des couches de poussière furent l’objet de ses minulieuses investigations.

De plus, son examen s'étendit à la mesure de l’acide carbonique et des vapeurs d’eau répandus dans l'air, à l'évaluation de la densité spécifique de l'eau de mer et de la quantité de chlore qu’elle contient, Il fit encore quelques expériences sur la fragilité du fer par de basses températures,

Gibier que nous pûmes nous procurer.

Le voisinage de nos quartiers d'hiver n’était guère aimé du gibier. A notre arrivée, nous aperçûmes quelques canards, dont cinq furent tués par nos chasseurs; pendant l'hiver et le printemps, trois lièvres vinrent s'ajouter à ce maigre gibier. Ce fut tout jusqu’à la fin de mai.

En mars, un loup fit une apparition inattendue ; et le même jour nous vimes les traces de trois bœuts musqués ou rennes à 2 milles de distance du navire; mais ils ne nous avaient évidemment fait qu'une visite en courant.

En juillet, trois rennes, les seuls que nous rencon trâmes dans le voisinage, furent encore tués par les chasseurs.

Nos troupes de voyageurs ne furent guère plus heureuses en fait de gibier. En juin, quelques coqs de bruyère, en sus de quelques oies et canards, furent tués et donnés aux malades. En juillet et août, ces derniers reçurent chaque jour une ration de viande fraîche.

En mars et au commencement d'avril, environ deux douzaines de coqs de bruyère passèrent près du navire en se dirigeant par couples au nord-ouest; comme toute la végétation du voisinage était couverte de neige, ils prirent leur vol vers des endroits plus fertites, et finirent par être tous tués par ceux de nos hommes qui étaient dans le voisinage du cap Henry. Au milieu de mai,les canuts (1) et les bruants (2) firent leur apparition.

oo (1) Cunut, oiseau du genre vannean, (2) Bruant, oiseau vert qui tient du pierrot,

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Quelques-uns de ces derniers furent tués en juillet, mais nous ne trouvâmes ni œufs ni nids.

Au commencement de juin, des canards et des oies, en petites bandes d’environ une douzaine, passèrent près de nous en se dirigeant au nord-ouest ; mais la neige qui, pendant 8 jours, tomba à gros flocons et couvrit la terre d’une couche plus épaisse que toutes celles que nous avions vues jusqu'alors, en fit retourner plus de la moitié au sud, un séjour aussi nord ne leur plaisant pas.

Pendant l’automne et l'été, nous réusstmes à pêcher deux douzaines de petites truites, qui ne purent s’échapper des lacs pour gagner la mer.

En résumé, voici la liste complète du gibier que l'Alert réussit à tuer dans le voisinage de ses quartiers d'hiver.

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