‹ Expédition anglaise au Pôle Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 25 sur 37 · ÊTRE · texte numérisé non relu

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Stephenson, pour le mettre à même d'employer toutes les forces dont il pouvait disposer à l'exploration de la côte voisine et de la côte nord du Groënland, au lieu d'envoyer une expédition pour communiquer avee le canal de Smith. Je pensais, en effet, que pendant celte saison une partie de nos hommes expédiée avec des traîneaux, dans le but d'atteindre ce dernier

résultat, serait une perte bien inutile de nos moyens

d'action. Cette expédition n'avait d’ailleurs d'autre but que de visiter l’île Littleton, où nous pouvions laisser quelque indice de notre passage, indice qui serait ceïtainement recueilli par tout navire envoyé par les lords de l’Amirauté pour prendre de nos nouvelles. Dès lors que rien n’indiquait que nous eussions visité cette île, il était clair que l'expédition était en bonne position, bien au loin dans le nord, et que tout marchait bien.

Départ des traîneaux à chiens pour communiquer

avec le bâtiment de Sa Majesté Britannique

« la Discovery. »

Le départ des traineaux à chiens avait été fixé au 4 mars. Nous devions ainsi ouvrir une communication avec la Discovery, si le temps avait été favorable ; mais le froid intense que nous éprouvâmes à cette époque vint arrêter nos projets. La température se maintint exceptionnellement basse jusqu’au 12 mars, époque à laquelle elle se releva jusqu'à — 27, le temps au beau fixe. Je fis alors partir l'enseigne de vaisseau Le Clerc Egerton, chargé des traîneaux à chiens. Il emmenait avec lui l'interprète Christian Petersen et le lieutenant de vaisseau Wyatt Rawson de la Discovery. Ce dernier devait s'entendre avec le capitaine Stephenson au sujet de l'exploration de la côte du Groënland,

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Ce voyage devant tre fait dans de dures conditions, je ne jugeai pas que l'Esquimau Frédérick, chargé de conduire les chiens, fût d’une santé assez forte pour résister aux fatigues que nos voyageurs devaient éprouver. Aussi je le gardai à bord, à son grand regret. Le pauvre homme était tout triste de ne pouvoir partir avec ses chiens, qu’il avait soignés tout l'hiver avec une grande sollicitude.

Le jour du départ arrivé, l'expédition partit, aux joyeux aboiements des chiens, qui ne se sentaient pas de joie d’être enfin mis en liberté et surtout de revoir le soleil, dont la longue absence les avait plus attristés que nous. Ils jetaient sur Frédérick de longs regards pleins d'intelligence, et paraissaient avoir autant de regret de partir sans lui que lui de rester sans eux.

Quatre jours après le départ de Le Clerc Egerton, le temps s'était considérablement radouci, sous l’influence d'une forte brise du sud. J'étais donc plein d'espoir dans le succès de nos voyageurs, quand nous entendimes, à quelque distance du bord, les aboiements de nos chiens, aboiements que l'oreille de Frédérick perçut bien avant nous. |

Notre petite troupe revenait à bord, arrêtée dès le début de son voyage par l'état de Petersen, atteint d’une maladie dont les symptômes étaient des plus graves. Le second jour de marche, notre malheureux interprète avait été pris de crampes d'estomac, sans qüe rien püt parvenir à le réchauffer.

La tente qui servait d’abri ne pouvait en rien ie Sarantir du froid ; aussi les deux officiers se décidèrentils à creuser un trou dans la neige, trou dont ils firent une hutte dans laquelle ils réussirent à faire monter la

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pas moinsdans une position alarmante, et ce n'est qu'en se dépouillant de leurs propres vêtements eten s'exposant eux-mêmes à toutes les rigueurs du froid qu'ils réussirent, après bien des efforts, à rétablir imparfaitement la circulation aux extrémités du patient. Ils passèrent ainsi un jour et une nuit dans de cruelles angoisses, exposés eux-mêmes à la congélation et continuellement penchés sur la couche de Petersen, dont l’état ne s'améliorait pas d’une façon sensible. C’est alors qu'ils prirent la sage résolution de le ramener immédiatement à bord.

Pendant ce voyage de 16 milles, M. Le Clerc Égertonet le lieutenant Rawson se conduisirent de la façon la plus héroïque. Quoique soutfrants cruellement eux-mêmes de congélation partielle, ils réussirent à conserver la vie de leur malade jusqu'à leur retour à bord. Le pauvre Petersen avait les deux pieds complétement gelés, et force fut de l'amputer à l'hôpital du bord. En dépit des soins incessants et de l’habileté professionnelle du docteur Colan, il ne put jamais se rétablir de l'effroyable secousse que reçut tout son organisme et, trois mois après, nous eûmes la douleur de voir ce vaillant garçon périr d’anémie.

La mort de Petersen nous éprouva cruellement; nous perdions en lui un excellent interprète et un pratique consommé de la côte du Groënland. Les services qu'il avait rendus dans l'expédition de Mac-Clintock avaient été récompensés par la croix du Dannebrog, dont son souverain l'avait jugé digne. J'ai la ferme espérance que le gouvernement de S. M. Britannique saura, par une pension, subvenir aux besoins de la femme et de la petite famille qu’il a laissées derrière lui à Copenhague.

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Les tramneaux se mirent en route. (Page 117.)

ju” Deuxième départ des traîneaux à chiens pour communiquer avec « la Discovery ».

Le 20 mars, M. Le Clere Egcrton ct le lieutenant Rawson étaient à peu près remis des fatigues excessives qu'ils avaient éprouvées en prodiguant leurs soins à Petersen. Je les fis donc repartir et, cette fois, en compagnie de deux matelots, avec la mission de communiquer avec la Discovery s'ils le pouvaient. Ils nous quittèrent par un beau temps et une température de — 34, Six jours après, ils atteignaient le but de leur voyage, pendant lequel ils avaient, au prix de mille peines, escaladé la glace raboteuse du chenal de Robeson et les pentes abruptes que la neige amoncelée avait formées au pied des falaises escarpées. A l'exception de la crevasse que les marées avaient ouverte le long de la côte, ils n’aperçurent aucune trace de mer libre. La température pendant leur voyage se maintint entre — 41° et — 34e.

Préparatifs pour les voyages du printemps.

Pendant la dernière quinzaine de mars, les hommes destinés à armer les traîneaux furent employés à préparer leurs provisions et l'équipement nécessaire aux voyages de printemps. Je les fis entraîner peu à peu par de longues marches et par des exercices soutenus. Avant le départ définitif, je fis aussi établir un dépôc de provisions à quelques milles au sud, destiné à la division chargée d’explorer la côte du Groënland.

Le 3 avril, les sept traîneaux et leur armement, se composant de cinquante-trois officiers et matelots, vinrent se ranger sur la glace près L'Alert. Notre cha-

pelain récita la prière, que jamais troupe de marins n'écouta avec plus de recueillement et d'émotion ; après quoi tous partirent en saluant de trois hurrahs le pavillon britannique, Ce n'est pas sans orgueil que je passai en revue ces hommes d'élite, formant une troupe dont la mâle vigueur n'avait Jamais été sur. passée par l'armement des traîneaux des expéditions précédentes. Il était impossible de voir de plus beaux hommes que ceux qui composaient les trois petites Compagnies chargées des explorations lointaines. Chacun d'eux respirait la santé la plus florissante et tous, quoiqu'ils connussent parfaitement les cruelles épreuves et les fatigues excessives qu'ils allaient avoir à souffrir, partirent pleins d’entrain et décidés à accomplir leur devoir jusqu'au bout. Je remis au commandant Albert Markham les couleurs d'Angleterre, avec mission de lrayer sa route le plus au nord possible, en marchant sur la glace. Cet officier supérieur était accompagné du lieutenant de vaisseau Parr, qui avait à sa disposition deux canots équipés pour une absence de 10 jours. Ces deux canots étaient placés sur les traineaux qui devaient partir des terres du Cap Henry pour piquer droit au nord.

Trois autres équipages de traînceaux partirent sous le commandement du docteur Moss, qui voulut bien, outre ses devoirs de médecin, assumer encore ceux de commandant d'expédition. Il avait pour compagnon M. George White, mécanicien, qui partit aussi comme volontaire. Ces trois traineaux devaient accompagner ceux du commandant Markham, aussi loin que leurs provisions le permettraient. Le lieutenant Pelham Aldrich, secondé par un équipage de traîneau sous les ordres du lieutenant Giffard, devait explorer la

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côte de la terre de Grant au nord et à l'ouest, dans la partie qu'il avait découverte l'automne précédent,

Difficultés probables dans la routé du nord,

En me reportant à la première des explorations que nous venions d'entreprendre, c'est-à-dire celle qui devait se diriger au nord en cheminant sur la glace, mon devoir envers celui qui la commandait et ceux qui le suivaient m'oblige à déclarer que j'avais bien peu d'espoir qu'ils pussent atteindre une latitude élevée. Je savais, en effet, qu'ils auraient à voyager sur une route tellement raboteuse que leurs progrès quotidiens devaient être bien faibles, quel que füt d'ailleurs le poids des traineaux qu'ils auraient à conduire,

de pensai cependant qu'il valait encore mieux faire l'expérience, pour établir si l'on pouvait, oui ou non, atteindre le pôle en passant directement sur la glace, sans avoir une terre continue sur laquelle on püt s'avancer.

Avec des chefs aussi déterminés et énergiques que l'étaient le commandant Markham et le lieutenant Parr, secondés eux-mêmes par l'élite des matelots du bord, je n'avais pas à hésiter. Aussi, est-ce plein de confiance que je les fis partir, assuré que J'étais qu’ils ne reculcraiént devant aucun obstacle à la hauteur des forces humaines. En organisant cette expédition, je ne savais d’ailleurs rien au sujet des glaces qui avoisinent le pôle, et je craignais même qu'au large elles ne fussent en mouvement.

Dans cette hypothèse, je résolus de faire accompagner les traîneaux par des canots suffisamment grands pour supporter une traversée en mer, au lieu de canot

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légers, destinés seulement à franchir les canaux étroits provenant de la fissure des glaces.

Le petit corps expéditionnaire devait ainsi emporter une lourde charge de provisions: car de notre vigie élevée, par un temps clair, nous avions acquis la certitude qu'il n'existait pas de terre à 50 milles de distance du cap Henry,

Une troupe chargée de traîner des canots portés sur des traîneaux, lors même que ces canots ne contiennent que quelques jours de vivres et cheminent sur une glace unie, doit faire chaque jour le double du chemin: un premier voyage pour porter les canots et un second pour les provisions. C’est de celle manière que sir John Parry dut voyager en 1827. Je fus done obligé de m'en tenir à l'extrême limite de ce qui pouvait être transporté en deux voyages sur une glace de niveau, et mes voyageurs se trouvèrent ainsi approvisionnés pour 63 jours. Le mode d'exploation qui consiste à réduire autant que possible la charge de la troupe avancée, en ja faisant suivre d'une chaîne de traïîneaux de SUPport, ne saurait être employé, alors que chacun de ces traineaux d'aide doit lui-méme porter un canot capable de recevoir tout son équipage, en cas de rupture des glaces.

R£tour du traîneau à chiens expédié à’la recherche de «la Discovery ».

Le jour qui suivit le départ des Compagnies d’exploration dont je viens de parler, M. Egerton et Je lieutenant Rawson revinrent de /a Discoveru, après un voyage fatigant, pendant lequel la température varia de — 42 à — 96, Malgré cela, tout le monde revint de bonne humeur et dans d'excellentes dispositions,

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À part quelques nez ou quelques doigts gelés que Île séjour à bord devait bientôt guérir, chacun se trouva bien de cette excursion.

Les nouvelles de /a Discovery étaient excellentes, Une seule chose venait altérer la satisfaction que Chacun éprouvait à bord de ce dernier bâtiment : un des hommes de l'équipage était gravement atteint par le scorbut, quoique les chasseurs eussent tué 30 bœufs à muse, qui fournirent une ample provision de viande fraîche,

À cela près, les matelots de {4 Discovery avaient passé très-confortablement leur hiver. Le Capitaine Stephenson, au rapport duquel j'ai l'honneur de vous renvoyer pour plus amples détails, maintint l'armement de son bâtiment dans une activité Constante, par toutes les occupations que pouvait comporter la vie du bord. La santé générale se trouva bien des fréquentes distributions de viande fraîche, en même temps que le moral et la bonne humeur se soutinrent vivaces, par un emploi judicieux des aptitudes de chacun dans la tâche générale de distraire le bord. Au moment où nos * voyageurs quiltèrent le capitaine Stephenson, son équipage préparait activement tout ce qui était nécessaire à l'exploration de la baie de Lady Franklin et de la côte du Groënland,

Retour du premier traîneau auxiliaire.

Le 8 avril, le premier traîneau auxiliaire revint nous apporter des nouvelles du commandant Markham et du lieutenant de vaisseau Aldrich.

Comme toujours, pendant ce premier voyage, plusieurs des hommes eurent à souffrir cruellement de l'excès de fatigue que des nuits passées sans sommeil

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venaient aggraver encore. Il leur fallut quelque temps avant de s’accoutumer au froid intense dont le séjour à bord les avait en partie garantis pendant l'hiver.

Le traîneau auxiliaire nous ramena un des hommes de Markham. Ce marin, souffrant déjà pendant tout le mois qui avait précédé son départ, ne pouvait sup porter les fatigues d’un voyage d'exploration. En outré, un des matelots composant l’armemnent du traineau précité nous revint atteint de congélation des membres, le seul cas sérieux de toute la saison, quoique pendant 2 jours, sur les G qu'ils passèrent dehors, nos voyageurs eussent enregistré une température de — 43,8.

Le 10 avril, le lieutenant de vaisseau Wyatt Rawson et l'enseigne de vaisseau Le Clere Egerton étaient à peu près remis des fatigues atroces qu'ils avaient éprouvées pendant leur voyage à bord de la Discovery. Je les fis donc repartir avec de légers traïneaux, pour s'assurer de la nature de la glace du chenal de Robeson, et indiquer la route que pourraient suivre les lourds lraîneaux qui devaient nous arriver du nord, sous le commandement du lieutenant de vaisseau Lewis Beaumont de la Discovery.

Le 14 avril, le second traineau de soutien de la division Markham revint à bord, nous annonçant qu'il avait quitté le gros de l’expédition en bonne voie et tranquillement à l’œuvre. À l'exception d'un soldat de marine, souffrant d'une faiblesse générale, et qu’ils nous ramenèrent à bord, tous nos hommes allaient bien et étaient de la meilleure humeur possible, La température s'était heureusement élevée à — 33°; mais aux débuts le froia intense avait sévèrement eprouvé la petite troupe et déterminé plusieurs cas de congélation, qui, sans les

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soins éclairés du docteur Moss, seraient devenus trèsgraves. L'aspect de la glace à 6 milles de terre n'était rien moins qu’encourageant pour la division destinée à s’avancer au nord ; mais le commandant Markham espérait que plus loin les glaçons seraient plus étendus et présenteraient une surface moins cahotante, à mesure qu'il marcherait en avant.

Les hommes préfèrent le thé à l’eau-de-vie.,

Chaque traîneau emportait une double ration de thé, pour remplacer la distribution réglementaire d’eaude-vie qui leur était faite à midi. Les hommes et les officiers approuvèrent unanimement ce changement et prirent volontiers leur parti de rester immobiles, les pieds gelés, pendant les longues haltes nécesaires pour faire bouillir de Peau. Ils trouvaient une ample compensation dans le bien-être qu’ils ressentaient après avoir pris leur thé,et tous convenaient qu'ils travaillaient avec plus d’ardeur après leur lunch (1) au thé que pendant la matinée (2).

La division des traîneaux du Groënland arrive venant du navire de S. M. B. « Discovery ».

Le 16, nous fûmes agréablement surpris.en voyant arriver le lieutenant de vaisseau Lewis et le docteur Coppinger. Ils avaient quitté La Discovery dix jours avant et venaient de parcourir 76 milles avec de légers traineaux. La glace du chenal de Robeson était si rabo-

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(1) Lunch, repas de midi.

(2) A bord des navires baleiniers qui font la pêche dans les mers polaires, les hommes qui arment les embarcations destinées à piquer ia baleine ne peuvent être soutenus qu'à force de thé, dont on leur fait d'amples distributions.

teuse et si heurtée qu'ils avaient été considérablement retardés dans leur marche.

J'appris, avec grande satisfaction, qu’ils avaient trouvé la glace du bassin de Hall favorable à la marche et offrant toute espèce de facilité pour traverser. Le dépôt de provisions de la baie Polaris était dans de bonnes conditions et tout prêt en cas de besoin. Tous ces renseignements m’engagèrent à renvoyer le lieutenant

Beaumont sur la côte du Groënland. Je lui donnai.

l'ordre de partir avec des traineaux légèrement chargés et de s’avancer le plus possible dans l’est. Une fois son voyage achevé, il devait se rabattre sur le dépôt de la baie Polaris, et cela avant le 15 juin, époque à laquelle deux canots de la Discovery devaient être transportés à travers le détroit, pour assurer sa retraite dans le cas de rupture de la glace.

Le 18, le lieutenant Rawson et M. Le Clerc Egerton revinrent, après avoir réussi à traverser le chenal de Robeson, sans avoir rencontré d’autres difficultés que celles que leur opposaient les nombreux monticules de glace, difficultés auxquelles ils étaient maintenant habitués. [ls avaient abordé la côte du Groënland, au nord de la position assignée au havre de la Repulse, Ce havre ‘n’est qu’une légère anfractuosité de la côte, en dedans de laquelle existe un lac d’eau douce, lequel, vu de terre, peut facilement être confondu avec une rade.

Le 20, j'expédiai le lieutenant Beaumont en compagnie du lieutenant Rawson et du docteur Coppinger. Ainsi que nous en étions convenus, ces messieurs

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étaient partis de la Discovery sans aucune expérience des voyages en traîneau dans les régions arctiques ; ce dernier bâtiment n’ayant pas fait d’excursions d’automne, à cause de la glace qui était restée en mouvement jusqu'à une époque très-avancée de la saison.

Le 23 avril, le capitaine Stephenson et M. Thomas Mitchell, aide-commissaire de la Discovery, arrivèrent à bord. Leur arrivée me precura l'avantage de pouvoir causer longuement avec le premier de ces messieurs et de le consulter sur l'avenir de nos nombreux voyageurs dispersés sur toutes les côtes d'alentour, les navires n'étant plus gardés que par des officiers et quelques malades. Nous primes ensemble les dispositions nécessaires pour explorer le fiord de Petermann, et, dans le cas où là saison se serait montrée favorable, nous convinmes d'examiner le cap de glace situé au sud de la baie de Bessel.

Le 30 avril, je me séparai du capitaine Stephenson qui repartit pour {a Discovery.

Jusqu'à la fin de mai, les traineaux firent un continuel va-et-vient, emmenant à chaque fois des provisions pour établir des dépôts destinés aux expéditions lointaines, pendant leur voyage de retour. Le docteur Moss continua à commander l’un des traîncaux auxiliaires, et le brave médecin profitait de toutes ces excursions pour enrichir ses collections scientifiques.

Le 3 mai, le lieutenant de vaisseau Giffard vint nous apporter des nouvelles d’Aldrich, qu'il avait quitté le 25 avril, le vingt-deuxième jour de son absence du bord. Il m'annonça que tous les hommes qui accompagnaient cet officier étaient en bonne santé et pleins d'ardeur, malgré la lenteur de leur marche et les rudes labeurs que leur imposait une couche de neige molle,

L'expédition s'annonce sous de favorables auspices,

Jusque-là tout marchait bien, Les deux navires s'étaient avancés au nord autant qu'il était possible, et se trouvaient admirablement placés pour explorer et fournir un asile aux petites troupes expéditionnaires. Les équipages des fraineaux, composés d'hommes pleins de force et de santé, avaient commencé leurs voyages dans des circonstances aussi favorables que possible.

Le scorbut éclate.

Le 3 mai, le docteur Colan vint m'annoncer que cinq hommes présentaient des Symptômes de scorbut. Cependant, comme chacun de ces malades avait quelque infirmité prédisposante, je nem'alarmais pas trop, lorsque le 8 mai, trois quartiers-maîtres glaciers et deux gabiers, à leur retour du service des aincaux, furent atteints de cette terrible maladie. Le 8 juin, quatorze hommes de l'équipage de l’Alert et trois hommes de la Discovery qui se trouvaient avec nous, Composant en fait la majorité des marins présents à bord, furent obligés de se confier aux soins du docteur, alteints qu'ils étaient par ce redoutable fléau. Pour comble de désolation, je recevais en même temps une lettre du Capitaine Stephenson, m'annonçant que quatre hommes de son équipage venaient aussi d'être attaqués par le mal,

Quoique beaucoup des équipages de traineaux employés dans les expéditions arctiques précédentes eussent été victimes du scorbut, quelques-uns cependant Y avaient complétement échappé. Rien n'avait été épargné dans l'armement et dans l'approvisionnement de nos navires pour nous mettre à l'abri de ce sinistre visiteur; je fus donc vivement frappé par son apparition aussi inexplicable qu'inattendue.

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Cependant, en relisant les rapports des expéditions précédentes, j’ytrouvaide bonnes raisons pour reprendre espoir. Au dire de mes devanciers, toutes les attaques de scorbut avaient été habitueliement passagères, les malades s'étaient promptement remis sous la bienfaisante influence de l'été et d'un régime plus fortifiant,

Nouvèlles de la division du Groënland.

Le 9 mai, je reçus des nouvelles de l'expédition aux ordres du lieutenant Beaumont, qui se trouvait à 2 milles du cap Stanton. Ces nouvelles, dont la date était le 4 mai, me furent apportées par le lieutenant May et M. Egerton à leur retour du Groënland où ils avaient été porter des vivres et des rechanges. Ces deux offciers avaient réussi à découvrir une route praticable par terre, à l'est du cap Brevort et très-convenable pour le retour des traineaux, dans le cas où la glace viendrait à se rompre.

À partir de l’endroit où Egerton et May traversèrent le détroit, ils avaient, presque jusqu'au cap Stanton, rencontré une côte composée soit de falaises escarpées, soit de pentes neigeuses très-rapides, dont la base reçoit de plein fouet le choc de la banquise du nord, qui, en dérivant du nord-ouest, vient frapper cette partie de la côte presque À angle droit. Des îles de glace, de taille gigantesque, étaient accumulées l'une sur l’autre contre le rivage abrupt; le chaos au large élait quelque chose d'indescriptible et le voyage le* long d’une pareille côte était tout ce que l’on peut imagmer de plus pénible, 1 fallut 7 jours pour avancer de 20 milles!

Personne ne pouvait assurer qu’une semblable route,

ne deviendrait pas impraticable par suite de la rupture de la glace survenant en mai, ainsi que cela eut lieu en 1872, aussi le lieutenant Beaumont prit-il la sage résolution de laisser un dépôt de provisions suffisant pour snbvenir ax besoins d’un retour effectué par la voie re; mais, par suite, son voyage se trouva consiu: :plement écourté.

Presque tous les vents de sud-ouest que nous ressentions à Floeberg Beach (1) tournaient au nord-ouest avant de cesser de souffler; aussi la côte du Groënland, au nord du cap Brevort, est-elle aussi imhospitalières au point de vue de la pression qu'elle reçoit des glaces poussées par ces vents, que dangereuse pour les navigateurs.

Un navire qui se laisserait prendre par la banquise au large de cette côte, s'il n’était pas immédiatement écrasé d’un seul coup, couvrait les plus grands risques d’être entraîné à l’est, le long de la côte nor, ainsi que l’a fait remarquer l'amiral sir George Back.

Pendant la première semaine de mai, la température s'étant élévée jusqu’à — 17, il me fut possible de faire enlever la neige qui recouvrait les claires-voies et les hublots (2) et de laisser ainsi pénétrer le jour

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(1) Floe berg beach, littéralement la plage de l'ile de glace, Nares désigne ainsi l'endroit où l'Alert était amarré, endroit auquel il était bien diflicile de donner un autre nom, puisque son bâtiment était en plein chenal, n'ayant d'autre abri que celui que lui procuraient les îles de glace échouées et reliées entre elles par la glace plus légère de la saison.

(2) Hublots, trous percés dans la earène ou dans les ponts et destinés à éclairer et aérer l'intérieur du navire. Ces orilices sont fermés par un verre lenticulaire, assez épais pour supporter un choc violent sans être brisés.

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entre les ponts; cependant le faux pont (1), n'ayant pas de claire-voie, resta encore dans l’obscurité, Je ferai remarquer, à ce sujet, de quelle importance il serait, si cela est possible, que les navires destinés aux explorations arctiques fussent pourvus d’un large panneau vitré au-dessus du faux pont, dans lequel l'équipage passe presque tout son temps.

Le 24 ma, j'eus la satisfaction de recevoir à bord le lieutenant Giffard, revenant d'établir le dernier dépôt de vivres destinés au lieutenant Pelham Aldrich. Cette importante mission avait été remplie avec autant de promptitude que d’habileté par le chef et par les hommes qui servaient sous ses ordres; malheureusement deux d’entre eux, malades du scorbut, furent obligés de réclamer les soins du docteur Colan.

C'est pendant le voyage du lieutenant Giffard que ces matelots contractèrent leur mal; mais il ne pouvait être question de les ramener à bord immédiatement, étant donnée l'importance d'arriver à temps pour établir le dépôt destiné à Aldrich. Force fut donc de les laisser pendant cinq jours dans une hutte de neige, ces malheureux se soignant mutuellement du mieux qu'ils pouvaient, jusqu’à ce que la troupe dont ils faisaient partie pût venir les reprendre.

En cette occasion, je dois approuver complétement la conduite du lieutenant Giflard, qui, dans cette occasion, se montra plein de jugement, de décision et de tact. Les deux malades guérirent du reste avant que le navire ne quittât ses quartiers d'hiver. Le 1% juin,

\d) Le faux pont est immédiatement au-dessous du pont de la batterie de combat. À bord des navires anglais, les matelots s'y tienuent presque toujours, quand ils ne sont pas employés au service du bord. :

M. Crawford Conybeare vint nous apporter des nouvelles de la Discovery, jusqu'à la date du 22 mai, Le lieutenant" Archer avait complété son examen de la coupure existant dans les terres situées à l'ouest de la baie de Lady Franklin, coupure qui n’est qu’un fiord profond, se terminant au milieu de terres montagneuses, dont les vallées de l’intérieur sont encombrées de glaciers. | ;

Le lieutenant Fulford, accompagné des hommes que le lieutenant Archer avait ramenés, avait transporté à travers le bassin de Hall deux canots, destinés à faciliter le retour du lieutenant Beaumont, qui ne devait revenir qu’à une époque très-ayancée de la saison, Le capitaine Stephenson et M. Henry Hart, naturaliste, accompagnèrent cette expédition Jusqu'à la baie Polaris, où elle arriva le 12 mai. Le lendemain, le pavillon américain fut hissé à un mât planté dans le sol, et une. tablette de bronze que nous avions apportée d'Angleterre, scellée au pied de la tombe du capitaine Hall. Cette cérémonie s'accomplit avec tout le recueillement et la solennité qu’elle comportait.

Voici l’inscription gravée sur la plaque de bronze :

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