‹ Expédition anglaise au Pôle Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 28 sur 37 · DEP TE · texte numérisé non relu

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ils préférèrent se soumettre à une fatigue et à une souffrance telles qu'ils ne purent arriver jusqu’à bord sans être aidés. Les huit hommes restant luttèrent tant qu'ils purent; mais, vaincus par le mal, ils durent se résigner à se laisser porter par les traîneaux.

En résumé, il n’y eut que les deux officiers qui échappèrent au scorbut. Après quelques jours de repos et de soins, le charpentier Radnore put reprendre son service et trois autres hommes furent assez bien portants pour être à même de soigner leurs camarades; quant à Thomas Joiliffe, qui, pendant le temps employé activement, avait résisté au mal de la façon la plus énergique, il fut un de ceux qui guérirent le plus difficilement, le repos de l'hôpital du bord ayant déterminé chez lui des crampes des membres inférieurs, aussi tenaces que douloureuses.

Nature de la glace traversée par la division du Nord.

Quand, après avoir abandonné la côte, on fait route au nord, on ne rencontre que rarement de la glace unie. Ce que l’on peut appeler les glaçons flottants de niveau ou champs de glace, quoique placés en moyenne à plus de 2 mètres au-dessus de la glace environnante, étaient petits et n'offraient pas plus d’un mille de chemin pour les traverser. Leur surface était parsemée de petits monticules aux sommets bleuâtres et arrondis, rangés quelquefois en ligne cet dépassant le niveau général de 3 à 6 mètres; mais le plus souvent séparés entre eux par de petites dépressions de 30 à 60 mètres de large, remplies par d’épaisses trainées de neige amoncelée par le vent, ce qui donnait au tout l’apparence d'une mer agitée qui se serait congelée subite-

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banquise que l'été précédent avait mise en pièces, séparait ces glaçons flottants comme l’eussent fait de larges haies, composées d’une infinité de petits glaçons que la gelée de l'hiver actuel avait réunis en une Masse Compacte, Leur assemblage présentait un aspect étrange et donnait assez l'idée du chaos qui avait jeté les uns sur les autres ces blocs de glace aux formes angulaires, d’une hauteur de 19 à 15 mètres, et ne laissant que peu ou point le choix d’une route pour les franchir ou les tourner. Du sommet de ces barrières de glace pressée descendait une série continue de pentes neigeuses, allant rejoindre le niveau général à environ 30 mètres de distance.

Pendant l'hiver qui venait de s'écouler, le vent dominant ayant presque constamment soufflé de l’ouest et la route des traîneaux étant le nord vrai, la direction générale de ces accumulations de glace devait la rencontrer à angle droit et la gèner beaucoup, au lieu de la rendre plus facile, ainsi qu'il arrive souvent pour les voyages le long d’une côte, alors qu’on peut profiter des longues arêtes unies que présentent ces accumulations et circuler facilement sur leurs crêtes. Tout cela composaitle chemin le plus difficile qu'on püt imaginer, et nous n'avions malheureusement pas le plus léger espoir qu'il pût s'améliorer.

Le voyage ne fut donc qu’une lutte continuelle contre des obstacles sans cesse renaissants, chaque succès obtenu au prix de tant de peine stimulant d’ailleurs le courage de nos marins et leur donnant de nouvelles forces pour soutenir de nouvelles luttes. /

Il fallait à chaque fois se servir de la pioche pour ouvrir un passage et abattre une pariie de ia glace pressée, dont les débris formaient un plan incliné sur

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lequel les traîneaux pouvaient s’avancer un à un, Au lieu de gagner du terrain d’une façon continue et suivie, toute la petite troupe dépensait plus de la moitié de son temps à s’atteler au traîneau et à le faire chaque fois avancer de quelques pieds. Dans de semblables circonstances, la distance parcourue, si courte qu’elle puisse paraître à quelques personnes, était vraiment surprenante,

L’excellente conduite des équipages, aussi bien que l’ardeur qu’ils déployèrent en présence de la rude lâche qu'ils avaient à remplir, montre d’une façon lrappante le sentiment de confiance qu'ils avaient dans leurs chefs, et aussi quels soins vigilants ces derniers prenaient des hommes placés sous leurs ordres et combien ils se précccupaient de mener à bien l'œuvre dont ils étaient chargés.

Je ne crois pas qu'il existe deux officiers capables d'accomplir avec plus d’habileté et de courage que le commandant Markham et son habile second le lieutenant de vaisseau Parr un voyage aussi pénible, et j'ai l'espoir que Leurs Seigneuries sauront trouver pour leurs services quelques marques d'approbation.

Les services de Thomas Rawlings et d'Edward Lawrence, sous-officiers de 1" classe, qui remplissaient les importantes fonctions de capitaines de traîneaux, sont au-dessus de tout éloge, Leur entrain et leur bonne humeur étaient inépuisables, et c’est à leur adresse et à leurs précautions intelligentes qu’il faut attribuer le retour heureux des traineaux chargés d'assurer les moyens d'existence de la division du Nord. J'ajouterxi qu'ils ramenèrent leurs traineaux en aussi bon état qu'au moment de leur départ du navire, et cela mal-

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toutes les occasions précédentes, non-seulement fit reculer tous les voyageurs qui l’affrontèrent, mais encore les vit se retirer en remportant leur matériel brisé.

Il est bien difficile de trouver une récompense qui puisse, en quoi que ce soit, compenser le labeur continuel et les privations extrêmes que ces hommes, aussi bien que les équipages des traineaux en général, supportèrent avec le plus grand stoïcisme et la plus mâle énergie.

Résultats du voyage au nord sur là glace polaire.

Pendant ce mémorable voyage pour pénétrer au nord en cheminant sur l’épaisse glace de l'océan Polaire, sans le secours d'aucune terre le long de laquelle il fût possible de voyager, les marins anglais déployèrent au plus haut degré le courage et l'audace qui peuvent seuls permettre de vaincre d'aussi grandes difficultés. Leur patience et leur ardeur croissaient avec l'opposition qu'ils rencontraient, et ce n’est qu'au prix des plus énergiques efforts que le commandant Markham, le. lieut&ant Parr et leurs braves compagnons réussirent à faire flotter le pavillon national par 83° 20° 26” N., ne laissant plus qu’une distance de 400 milles à parcourir pour atteindre le pôle nord. |

Il faut remarquer cependant que, pour arriver à cet endroit, la distance directe parcourue, en prenant le navire comme point de départ, ne fut que de 73 milles, tandis que le chemin total qu’il fallut faire est de 216 milles pour aller et de 245 milles pour revenir.

Le travail pénible et les souffrances que nos hommes eurent à supporter, rapprochés des résultats du voyage de Parry en 1827, prouvent qu’un voyage de longue haleine, accompli sur les glaces de la mer polaire par

un traineau forcé de transporter avec lui un canot capable de supporter la mer pendant une longue traversée, est impraticable à n'importe quel moment de l’année, par suite des difficultés que présente la route que les voyageurs ont à suivre, En outre, comme chacun des traineaux ne peut avancer qu'un à un, nous pouvons estimer exactement le chemin que chacun d'eux peut faire par jour, quand même on considérerait comme plus avantageux de s’avancer à l’aide de traîneaux légers, sans moyens additionnels d'assurer le retour à un moment avancé de la saison, dans le cas où la glace viendrait à se rompre sur les derrières de l'expédition. Le maximum du terrain que "on peut gagner par jour peut être fixé à 2 milkes 3/4, la moyenne à À mille 4/4.

Il peut être utile de constater que la déplorable ap. parition du scorbut, qui certainement réduisit le chemin parcouru d'environ 10 ou 20 milles, n’infirme en rien nos conclusions. La perte du travail des deux premiers hommes attaqués et se plaignant de douleurs dans les jambes, mal si fréquent chez tous ceux qui voyagent dans tous les pays, et surtout chez ceux qui sont employés à tirer des traîneaux dans les régions arctiques, fut amplement compensée par l'abandon d’un des deux canots, qui fut laissé en route; la distance parcourue pendant les 95 premiers jours du voyage d'aller ne fut donc pas sensiblement diminuée, et ce ne fut que pendant les 14 derniers jours que la moyenne du chemin fait en avant diminua considérablement, par suite de la maladie de trois autres matelots. Cependant, on gagnait au nord si lentement que la petite troupe continua vaillamment sa marche Jusqu'à

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aide de ses officiers qui, dès le commencement, avaient pris la place de leurs hommes sur les cordes servant a tirer les traîneaux et maniaient la pioche avec autant d'ardeur qu’ils en mettaient eux-mêmes, elle pourrait promptement regagner la terre, par la route qu'elle avait frayée et en quelque sorte nivelée au prix de tant de labeur, pendant son voyage d'aller.

Inquiétudes au sujet de la division de l'Ouest.

Sur ces entrefaites, le scorbut ayant, à l'exception de quelques hommes, attaqué tout l'équipage du bàtiment, je conçus quelques inquiétudes sur la santé des hommes qui accompagnaient le lieutenant Aldrich, que je supposais en train de revenir de son voyage dans l'ouest. Mes inquiétudes augmentèrent encore, quand je découvris que le cairn élevé sur son dépôt de provisions à 30 milles au nord-ouest n'avait pas été touché le jour que j'avais fixé pour son arrivée en ce dernier endroit. Je me décidai alors À envoyer à sa rencontre le lieutenant May, avec le traîneau à chiens et trois hommes, aussi forts que bien portants.

Le 20 juin, les deux troupes se rencontrèrent auprès du cairn du dépôt et signalèrent leur arrivée an navire, Le lieutenant Aldrich avait traversé la terre juste à temps; car le jour suivant une tempête de sud commença à souffler, amenant avec elle un temps plus chaud, de sorte que le dégel s'établit avec tant de rapidité qu’à terre les vallées pleines de neige restèrent infranchiesables pour le reste de la saison.

Le lieutenant May rencontra l'expédition d’Aldrich, au moment même où les hommes qui la composaient étaient à bout de forces. Après un voyage des plus pénibles, supporté avec un. courage héroïque, cette

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