‹ Expédition anglaise au Pôle Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 33 sur 37 · TRE · texte numérisé non relu

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la direction du détroit, soit dans le sens du nord, soit dans celui du sud, ne peuvent dégager à la fois les deux côtés du cap.

Ce n’est qu'avec la plus extrême prudence que nous réussimes à doubler le cap Louis-Napoléon, et ce ne fut certainement pas la partie la plus facile de notre uavigation. Il nous fallut lutter avec une sage lenteur, ne gagnant qu'un mille par jour et n’avançant qu’en passant de l'abri d’un iceberg échoué à celui de son voisin, autant que pouvait le permettre le peu de mouvement de la glace, par le temps calme qu'il faisait. De temps à autre nous étions obligés d’entrer dans la banquise, tout en nous maintenant prudemment près de terr:. C’est ainsi que, le 29, nous finimes par atteindre lite du Prince Impérial dans la baie de Dobbin, chacun éprouvant un vif sentiment de saiisfaction d’être délivré de la banquise et de voir, une fois de plus, nos navires amarrés à la glace fixe, hors de la route des icebergs en dérive.

La semaine précédente, le temps était resté très-brumeux pendant que la neige tombait :bondamment.

…L’épaisse.et blanche couche dont elle couvrit alors la

terre rendit aux montagnes l’éblouissant manteau d'hiver dont elles ne s'étaient débarrassées que quelques semaines avant et qu'elles ne. perdirent plus que très-lentement, à mesure que la neige fondait dans les vallées basses qui s'étendent à leurs pieds.

Le vent du nord s'établit alors, mais pas avec assez de force pour mettre la glace en mouvement. Le temps devint très-clair, la température s’abaissa considérablement au-dessous du point de congélation, et, à partir de ce moment, une couche de glace nouvelle se

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Quand la brume fut entièrement dissipée, nous pümes contempler le splendide panorama que présentaient à nOS Yeux les hautes Montagnes recouvertes de neige et dont les flancs étaient, de place en place, coupés par d'immenses glaciers remplissant les vallées et miroitant de mille feux sous les rayons du soleil. L'un de ces glaciers descend jusqu'au rivage et décharge dans la baie de Dobbin ses nombreuv icebergs, qui s’en vont ensuite flotter au gré des vents et des courants.

Glacier de l'Impératrice Eugénie.

Le glacier le plus important de la côte ouest du Canal de Smith a reçu le nom de l’Impératrice Eugénie Les explorateurs anglais ont ainsi voulu manifeste; leur reconnaissance pour l'intérêt personnel qu'elle prit à l’expédition, en lui Offrant gracieusement une foule d'objets destinés à rendre le séjour du bord plus conlortable, et dont Ja nature, nous rappelant le foyer domestique si cher aux Anglais, contribuait à augmentt le bien-être et le plaisir de tous.

Traversée de là baie de Dobbin.

Le 1% septembre, nous réussimes à traverser la baie de Dobbin et à fixer nos bâtiments à un iceberg échoué, qui ne se trouvait qu'à un quart de mille du dépôt de provisions que nous avions établi au printemps précédent, à quelques milles au nord du cap Hawkes ; mais l'épaisseur de la couche de glace nouvellement formée était telle, qu'on ne pouvait guère songer à s’y rendre en canot. Cependant, en profitant des fissures que le Courant de jusant produisit, nous pümes embarquer quelques-unes des provisions; mais il reste encore à un canot el une grande quantité de biscuit,

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Les mêmes raisons nous empêchèrent de débarquer à l'île de Washington Irving et de visiter notre cairn. Ce ne fu” que le troisième jour, après que l1 grande inarée eut ouvert un passage dans la glace, qu’il nous fut possible de nous y rendre, Nous retrouvâmes inlacte la notice que nous y avions laissée l’année précédente

Cairns de l’île Washington Irving.

Nous fimes une nouvelle visite aux deux cairns trèsunciens élevés par les soins d’un voyageur parcourant avant nous ces régions désolées ; les lichens qui recouvrent les pierres, en grimpant de l’une à l'autre, prouvent que ces constructions sont de date trèsancienne.

Elles ont probablement été placées à pour marquer le point le plus nord, atteint par l’un de nos braves elentreprenants prédécesseurs, mort sans revoir la pa- Wie et confier à personne l’existenc: de ces traces de son passage.

Le 8 septembre, un chenal s'étant ouvert le long de la côte ouest du cap Hawkes, nous fimes tous nos efforts pour l’atteindre;. mais, la glace nouvelle ayant cimenté ensemble ün grand nombre des glaçons épars, débris de la glace plus ancienne, nous nous trouvâmes en face d’une barrière qui nous en séparait et à travers laquelle nous fümes obligés de nous [rayer une route à Coup d’éperon, ce qui nous fit dépenser une grande quantité de charbon.

Après avoir doublé le cap, nous nous trouvämes en résence d'une partie de mer libre que a banquise, n se délachant du rivage, avait mise à découvert :

mais ce passage était encombré d’une foule de petits

glaçons détachés qui nous obligèrent à faire une route tortueuse, et à ne passer parfois qu'à 20 mètres de la glace qui bordait la côte. Heureusement pour nous, l’eau se maintint constamment profonde sur notre passage.

La banquise du large, fosmée d’une glace très-épaisse, était fortement agrégée par la gelée de l’année; nous v.vimes moins d’icebergs que l’année précédente.

Nous réussimes à atteimdre la baie Allman, à moitié route entre le cap Hawkes et la baie de Lady Franklin ; mais, arrivés là, nous nous trouvâmes de nouveau arrêtés par de la glace nouvelle, si épaisse, que je pensai qu'il était plus sage d'attendre une nouvelle ouverture, que de nous ouvrir un chemin par la force, en marchant à toute vapeur.

Le jour suivant n’amena aucun changement dans notre position et rien n’indiquait que la glace dût s’ouvrir, Nous ne pouvions rester là sans danger et j'étais très-désireux de gagner un endroit plus abrité; dans cet ordre d'idées, j'ordonnai à {a Discovery, plus faite que l'Alert pour ce genre de besogne, de marcher en avant à toute vapeur et de nous ouvrir un chenal sur son passage. Le capitaine Stephenson se lança donc à travers une couche de glace épaisse de 9 centimètres et réussit à y frayer sa route. Son navire fut plusieurs fois complétement arrêté et, pour le dégager, il était obligé de rassembler tout son équipage sur le pont et de le faire courir alternativement d’un bord à l'autre, de manière à occasionner des roulis, qui écrasaient la gl?ce pressée contre les flancs de La Discovery.

A l'entrée de la baie Ailman, nous trouvâmes une grande vallée venant des montagnes élevées de l’inté rieur, et complétement remplie par un gigantesque

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glacier s'étendant à l'est, presque jusqu’à la baie de Dobbin. Je lui donnai le nom de M. Evans, le président de la Société géologique,

De l'eau qui existe sous les glaciers quand la température de l'air est au-dessous du point de congélation.

Dans l’intérieur de la baie, la température de l'eau à la surface était de Qv, tandis que depuis que la gelée élait survenue, nous n'avions pas constaté de température supérieure à — 4°,41 pour l’eau de mer. En la goûtant nous trouvâmes qu'elle était presque douce, ce qui expliquait suffisamment l'épaisseur inusitée de la glace nouvellement formée.

Ce même phénomène se reproduisit chaque fois que notre route nous fit passer dans le voisinage d’un torrent descendant d’un glacier, ce qui prouve qu’en pareil cas l’eau, se trouvant à l'abri de l’abaissement de la température, échappe à la congélation et continue à couler, quoique le thermomètre soit bien au-dessous de 0°,

Nous restâmes immobilisés par la glace jusqu’au 6 septembre, et ce ne fut que le 7 que nous pümes atteindre l’île de Norman Lockyer. La glace ne nous lit faire qu'une seule halte, pour lui laisser le temps de s'ouvrir, et bientôt des chenaux de mer libre, serpentant au milieu des glaçons, nous permirent de traverser le tiers de la baie de la Princesse Marie. Nous ctions à une époque si avancée de la saison qu’une fausse manœuvre nous eût probablement forcés de Passer un autre hiver dans ces régions, sans aucun résultat capable de compenser un pareil sacrifice ; c’est Pourquoi, avant de chercher à traverser le reste de la

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baie, je montai en compagnie du capitaine Stephenson, sur le sommet de l'ile, d'où nous eûmes la joie d'apercevoir, à 20 milles environ de nous, un vaste espace de mer libre que nous savions s'étendre jusqu'à l'entrée du canal de Smith. Nous n’apercevions que quelques glaçons intempestifs, qui s’opposaient à notre marche vers le but désiré.

Après avoir signalé aux deux navires d’être prêts à appareiller, nous nous empressâmes de retourner à bord et, à l'exception d'une petite barrière de glacé qui nous retint pendant une heure, quoique les deux équipages fussent occupés à la briser et que la Discovery la frappât à coups redoublés et sous toute vapeur, nous pümes sans encombre parcourir les deux tiers de la baie; mais, arrivés là, notre marche en avant fut arrêtée par trois énormes glaçons paléocristiques qui, étranglés entre le cap Victoria et quelques icebergs échoués, empêchaient complétement la glace de dériver en dehors de la baie de la Princesse Marie,

Du haut des mâts, nous pouvions maintenant découvrir la mer libre; mais notre provision de charbon diminuait tellement que, si nous ne pouvions réussir à dégager nos bâtiments, ce qui nous en restait eût été insuffisant pour passer un second hiver.

Le 9, au changement de marée, il se produisit dans

la glace un mouvement qui nous permit d'avancer d’un

mille,

Le matin du 10, remarquant que la glace épaisse dont j'ai parlé plus haut semblait vouloir se dégager des icebergs qui l'emprisonnaient, je fis tenir la machine prête à marcher, et cinq minutes après, le chenal étant ouvert, nous le franchissions pour doubler le cap Victoria.

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Assaut de la dernière barrière de glace Après tout cela, nous n tacle sérieux s'opposant obstacle résultant du «

‘avions plus qu'un seul obsà notre marche en avant, alme qui régnait. La glace nouvelle était maintenant si bien prise que nous devions (oujour- marcher à toute vapeur, principalement là où uous devions ouvrir netre route par la force, à travers ne glace où des morceaux épars des anciens glaçons avaient été resoudés ensemble par la nouvelle gelée, À la dernière barrière de cette l'Alert l'eut billardée plusieurs fois, avec toute la vitesse possible, sans avoir Chtenu aucun résultat, je fis ranger /q Discovery le long de mon bord, avec la précaution de consérver entre nous un étroit glaçon qui empêchait les deux navires de s’aborder mutuellement, et, en nous élançant tous deux À loute vapeur, nous chargeñmes ensemble la malencontreuse barrière, que nous fimes bientôt voler en

éclats, ce qui nous permit de gagner la mer libre au large,

espèce, après que à toute vapeur et

La mer libre, À partir de cet endroit, le chen de gagner sans encombre le cap Sabine, où la glace s'ouvrit graduellement devant nous, jusqu’à ce qu'’enfin il n'y en eut plus en vue: de la mâture, En passant à l'entrée du détro aperçümes une quantité considérabl que distance dans l’intérieur.

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Navigation dans les chenaux de Kennedy __ et dé Robeson.

En comparant le voyage du Polaris

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et de la Discovery, je pense que tout bâtiment aurait pu franchir le chenal avec le même bonheur que le premier de ces navires, s'il avait essuyé une bou rasque de sud-ouest semblable à celle que nous eûmes à sup porter le 15 septembre 1875, et qui eut pour effet de chasser la glace devant elle,

La grosse mer que ce vent souleva dans le chenai de Robeson indiquait la présence d’une grande étendue de mer libre dans le sud. La difficulté eût consisté dans le choix d'un point de départ à une époque aussi avancée de la saison et après la venue des gelées. Un navigateur prudent, quoique. toujours prêt à profiter de toute occasion favorable, aurait à cette date tenu son navire amarré dans quelque endroit suffisamment abrité pour ÿ établir ses quartiers d'hiver, et, selon toute probabilité, se serait alors trouvé dans l'impos- Sibilité d'atteindre le chenal de mer libre au moment de sa formation. Sans cette prévoyante mesure, son navire aurait couru les mêmes dangers que s’il avait été enfermé au milieu de la banquise. Les meilleurs points de départ sont le Port Foulke et le port Payer à l'entrée du canal de Smith. Le Polaris ne dut sa prompte traversée dans le nord qu'à son départ de l'entrée du canal de Smith à une époque avancée de la saison ; si ce départ avait eu lieu à toute autre époque, il aurait éprouvé les mêmes difficultés à s’avancer au nord, en 1871, que celles qu'il rencontra pour s'en retourner au sud l’année suivante. [1 y avait autant de glace dans le chenal en 1871 qu'en 1872, 1875, 1876.

Lorsqu'on est arrivé à la latitude de la baie Polaris ou de celle de la baie Discovery, si le navire ne fait pas d’avaries, on peut, dans la plupart des cas et avec beaucoup de persévérance, tenter le passage en

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partant au commencement de la saison ; mais ce sera toujours une traversée des plus dangereuses,

Les difficultés augmentent considérablement quand on arrive au chenal de Robeson, et l'on peut dire que tout dépend autant d'un concours de circonstances heureuses que de l’habileté du navigateur, Notre expédition mit 25 jours pour aller du cap Sabine À la baie Discovery; le voyage de retour dura le même temps, et cependant la distance entre ces deux points n’est que de 250 milles, Il nous fallut 7 jours pour aller de la baie Discovery à la mer Arctique et 12 pour faire le chemin inverse; ces deux points ne sont séparés l'un de l’autre que par une. distance de 16 milles.

Pendant notre voyage au nord, nous ne mimes à la voile qu'une seule fois et le chemin parcouru ne fut que de 20 milles. A notre retour dans le sud, nos voiles restèrent constamment serrées. Il ne saurait donc être question d'un navire à voiles pour faire un semblable voyage; toutefois, comme nous n'eûmes besoin de toute notre vapeur qu'en deux occasions, il n'est pas nécessaire d’avoir une puissante machine.

Tant que la glace reste obstinément fermée, il n'y à pas jusqu'à présent de puissance connue qui puisse vaincre sa résistance, et quand elle s'ouvre, une marche modérée permet au navire de s’avancer tranquillement avec la même vitesse que la glace qui se retire devant lui; il est bien rare qu'on ait à fournir une course rapide en avant,

Saisons tempérées de la baie de Raïfin.

Toutes les observations concourent à prouver que, depuis quelques années, les froids rigoureux et habituels n’ont pas régné à la côte ouest du Groënland,

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