‹ Expédition antarctique française (1903-1905) commandéeChapitre 16 sur 67 · LE DÉTROIT DE GERLACHE ET LA TERRE DE DANCO · texte numérisé non relu

LE DÉTROIT DE GERLACHE ET LA TERRE DE DANCO

Le détroit de Cerlache, découvert en 1898 par la « Belgica », est un large bras de mer situé entre le continent etles grandesîles de l’archipel de Palmer. Compris entre 64 et 65° de latitude, il s'étend sur une longeur d'environ 400 kilomètres, avec une largeur qui en certains points n’atteint pas 40 kilomètres. Un sondage effectué par la « Belgica » entre le cap d’Ursel et le cap Reclus a donné 625 mètres. Cette grande profondeur, la ligne extrêmement découpée de ses côtes et les hautes chaînes qui le bordent, lui donnent une grande ressemblance avec les canaux de la Terre de Feu. Son axe est dirigé du nord-est au sud-ouest ; il se recourbe vers l’est dans le nord pour se continuer avec le canal d'Orléans.

La côte orientale, qui a pris le nom de Terre de Danco, est profondément entaillée par des baies nombreuses : au nord, la baie de Brialmont entre les caps Van Sterneck et Murray, la baie Wilhelmine entre le cap Reclus et le cap Anna, la baie d'Andvord, enfin tout au sud la grande baie des Flandres entre le cap P. Willems et le cap Renard. Une multitude d’îles, lambeaux du continent, séparées par des chenaux étroits, encombrent les abords de la côte. Elle est dominée par de hautes montagnes aux arêtes fraîches, aux sommets aigus, dont il est difficile de déterminer les

directions sous les puissants glaciers qui les empâtent, maïs qui forment une ligne de hauteurs presque interrompue depuis le cap Van Sterneck jusqu’à la baie des Flandres. La baie Wilhelmine seule présente une côte assez basse. Certaines des îles elles-mêmes sont très élevées, ainsi les iles de Rongé « couvertes de hautes montagnes », et l’île Cavelier de Cuverville, « qui présente une muraille rocheuse presque verticale, haute de plusieurs centaines de mètres (1) ».

De cette côte, que Je n’ai aperçue en général que de fort loin, des sommets de l’île Wiencke, il est une région que nous avons cependant visitée, c’est la baie des Flandres, dontil a été question plus haut.

Quant à la côte occidentale, elle est formée par la haute bordure des îles Brabant et Anvers et par leurs chaînes côtières, décrites plus haut. Enfin j'ai parléen détail de l’île Wiencke, située à l'extrémité sud du détroit.

L'Expédition Belge a effectué dans le détroit vingt débarquements tous malheureusement extrêmement courts, souvent réduits à quelques minutes. M. Arctowski a cependant pu recueillir une intéressante collection de roches dont M. Teall, à l’étude de qui elles ont été soumises, a écrit qu’elles forment « une bonne série de roches plutoniques, rangées au point de vue de leur composition, depuis les péridotites (représentées par la serpentine), jusqu'aux plus acides aplites, et comprenant des gabbros, des diorites et des granites (2) ».

Selon M. Arctowski, la plus grande partie de la Terre de Danco, au sud de la baie Wilhelmine et à l’est de la baie des Flandres, serait granitique. Il a trouvé le granite en trois endroits : aux îles Moureaux, dans la baie des Flandres, où nous-mêmes avons débarqué, sur les roches Sophie dans la baie Wilhelmine, ainsi que sur une petite île voisine du cap P. Willems, l’île Banck. Toute la partie extérieure au contraire, c’est-à-dire l'archipel de Palmer, les îles de la baie de Hugues et l’extrémité nord de la Terre de Graham, où un débarquement a été fait non loin du cap Renard, est formée principalement de diorite « présentant des compositions variées, de sorte qu’en certains endroits ce sont des diorites quartziques ».

(4) A. DE GERLACHE, Quinze mois dans l'Antarctique, p. 128. (2) H. Arcrowsxr, Géographie physique de la région antarctique visitée par l’Expédition de la « Belgica » (Bull. Soc. belge de géogr., 1900, p. 41).

Nous avons vu que l’île Wiencke est formée de diorites quartzifères, traversées de filons andésitiques et labradoriques, et nous avons signalé des diorites sur l’île Liège et un nunatak de gabbro sur l’île Brabant.

Le promontoire qui se termine par le cap Anna est formé de serpentine, tandis que, dans le chenal de Errera, M. Racovitza a découvert de la porphyrite en place.

« En un seul endroit, ajoute M. Arctowski, nous avons eu le plaisir de découvrir la présense du terrain sédimentaire. Une partie des roches Sophie est formée par des schistes. Malheureusement, les conditions que présentait ce débarquement étant très difficiles, nous n'avons pu suivre les traces de ce terrain. En outre, nous n'avons pas eu la bonne fortune d'y découvrir des fossiles. » Lis

En dehors de ces roches rencontrées en place, M. Arctowski a recueilli un grand nombre « de roches erratiques, entre autres des gneiss, des porphyres et quelques roches volcaniques modernes ».

Un fait important à signaler est la présence de moraines anciennes sur plusieurs îles du détroit. Nous en avons rencontré dans l’île Wiencke et l’île Doumer; M. Arctowski en avait observé déjà dans le chenal de Roosen, puis sur l’îlot Bob, près de la côte est de l’île Wiencke, sur Pile Banck ; M. G. Andersson a signalé également des traces d’une action glaciaire ancienne et des matériaux morainiques, jusqu'à 200 mètres d'altitude sur l’île Moose, dans la baie de Brialmont, au nord du détroit. Tout semble indiquer qu’à une époque antérieure le détroit était occupé par un immense glacier.

Page 1