CÔTE OCCIDENTALE DE LA TERRE LOUIS-PHILIPPE
À partir du cap V. Sterneck, la direction de la côte s'incline davantage vers l’est. Cette portion du continent qui forme l'extrémité nord de l’Antarctique américaine est une langue étroite et montagneuse, longue de plus de 200 kilomètres et large d’à peine 30 kilomètres en certains endroits. Découverte en 1838 par Dumont d’Urville, qui lui donna le nom de Terre Louis-Philippe, elle fut hydrographiée sur 50 lieues
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. 39 d’étendue par l'ingénieur Vincendon-Dumoulin, qui rapporta la première carte précise de ces régions.
« Des pitons énormes s'élèvent sur ces terres ; l'atmosphère brumeuse au milieu de laquelle on les voit surgir fait exagérer leur grandeur; à l'estime, on leur donnerait 2 000 mètres; des mesures exactes ont donné fréquemment 600 et 800 mètres ; le mont d’Urville, le plus élevé de tous, a 900 mètres (1). »
En 1903, l’ « Antarctic » visita par deux fois ces parages et précisa le tracé de la Terre de la Trinité et du canal d'Orléans. Il constata que la Terre Louis-Philippe se rattache à celle de Danco et que le canal d'Orléans est un chenal longitudinal, dont le détroit de Gerlache est simplement le prolongement (2), et reconnut l'insularité de la Terre de la Trinité.
La côte est constituée, dit M. O. Nordenskjôld, par une haute chaîne de pics alpins, présentant très fréquemment des formes pyramidales, lesquelles s'élèvent, comme des nunataks, au-dessus d’une nappe de glace qui est presque toujours d’un même tenant. Elle est bordée d’une « poussière d’îles et de cailloux ».
« Cette région a subi un affaissement évident, en relation avec la glaciation, qui atteint ici son paroxysme (3). » |
Les collections minéralogiques, faites par M. J.-G. Andersson, sur cette côte, ont malheureusement disparu dans le naufrage de |’ « Antarctic ». Mais, d’après ses notes, M. Andersson a pu donner les indications suivantes (4) :
« En deux endroits seulement, j'ai noté des roches sédimentaires.
« L'un est un groupe de petites îles au sud-sud-ouest du cap Roquemaurel ; elles sont formées d’une sorte de quartzite foliacée plongeant à 30° nord-ouest. Le cap même est fait de matériaux éruptifs probablement de la série andine diorite-gabbro. |
« L'autre localité est le cap Kjellman, à mi-chemin entre le cap
(4) Dumont D'Urviie, Voyage au Pôle Sud, Paris, 1848. — Géographie physique, par M. J. GRANGE, p. 37.
(2) O. Norpexsxôcp, Résultats scientifiques de l’Expédition Antarctique Suédoise (Bull. Soc. géogr., Paris, 15 déc. 1904).
(3) O. NorpexskJôLn, Au Pôle Antarctique, p. 37. (4) 4.-G. Anpersson, On the geology of Graham Land (Bull. Geol. Instit. of Upsala, 1906, p. 29). |
Roquemaurel et le cap Gunnar. Les lits alternativement de couleurs foncées et claires tombent verticalement du sud-ouest au nord-est, c’est-à-dire parallèlement à la côte.
« Ces roches ne contiennent aucune trace de fossiles.
« En trois localités, le cap Neumayer sur l’île de la Trinité, l’île Challenger sur la côte est du cap Murray, et le cap Neyt sur l'île Liége (nous l’avons rattachée à l'archipel de Palmer), j'ai trouvé une roche que j'ai inscrite comme « granite gris » et « diorite claire », et qui est probablement le terme acide de la série andine diorite-gabbro.
« Sur le flanc nord du mont Bransfield, j'ai noté quelques diorites quartzifères et une sorte de quartzite stratifiée, très voisines l’une de l’autre, comme constituant le sol. |
« Enfin je mentionnerai brièvement un point de la côte entre le cap Karl Andreas et le cap Gunnar. Un petit nunatak y montre un conglomérat grossier avec blocs de 2 mètres de diamètre. La masse n’est pas stratifiée et rappelle une moraine de fond ; mais la roche est évidemment ancienne et semble avoir pris part au plissement de la montagne. En un seul point, où le conglomérat est moins grossier, 1l y a traces de stratification. La composition des cailloux est très variée, et, parmi eux, il y a de nombreux et beaux porphyres. »