‹ Expédition antarctique française (1903-1905) commandéeChapitre 21 sur 67 · LES SHETLANDS DU SUD · texte numérisé non relu

LES SHETLANDS DU SUD

Les Shetlands du Sud forment un groupe d'îles alignées du nord-est au sud-ouest, parrallèlement à la Terre Louis-Philippe, entre 61 et 63° de latitude sud. Quoique fréquemment visitées par les baleiniers et bien qu’elles soient le point d'atterrissage de toutes les expéditions qui opèrent dans le secteur antarctique américain, elles sont encore fort mal connues.

Elles furent pourtant la première découverte antarctique ; c’est en 1820 que W. Smith débarqua sur la partie nord-est de l’île du Roi Georges.

Leur parrallélisme remarquable avec la côte dela Terre Louis-Philippe et l’aspect identique des deux chaînes de montagnes qui parcourent les deux rives permettent de rapporter ces deux terres à la même formation, mais ce n'est là qu'une impression qui mériterait d’être contrôlée.

Ces îles sont, en allant du sud au nord : l’île Smith, dont nous avons côtoyé la rive occidentale surmontée d’une haute muraille rocheuse qui se perdait dans les nuages ; selon Kendal, lieutenant du Chanticleer, les pics qui couronnent cette île sont des aiguilles de syénite (1); la petite ile Snow, toute couverte de neige; l’ile Livingston, allongée, extrêmement découpée ; sur ces deux dernières îles, M. G. Andersson, en 1902, avait recueilli des roches éruptives de couleur sombre, qui ont été malheu- reusement perdues dans le naufrage de |’ « Antarctic » ; les petites îles Greenwich et Roberts; l’île Nelson, où M. O. Nordenskjüld débarqua en 1902 ; il recueillit à Harmony Cove une porphyrite verte présentant une grande ressemblance avec celles qu'il avait étudiées dans les îles de la Terre de Feu ; cette roche forme des escarpements déchiquetés dont les pentes abritent une végétation de mousses et de lichens, superbes pour le pays; la grande île du Roi Georges termine ce groupe d'îles, qui ne sont que les tronçons d'une même chaîne continue ; c’est à la pointe nord-est de cette île que Smith recueillit parmi les galets un schiste gris bleuté qui fut la première roche rapportée des terres australes.

À quelque distance et dans le même alignement, gisent deux autres îles, l’île Éléphant et l’île Clarence.

Un peu au sud de cette ligne, il faut signaler trois îles, les îles Low, Déception et Bridgman. La première est basse el couverte de neige ; Les deux autres présentent un intérêt spécial, car ce sont d’anciens cratères.

L'île Déception, située sur la côte sud de l’île Livingston, par 63° de latitude, a été fort bien décrite par Kendal (2) :

« L'île Déception présente une apparence différente des autres îles de ce groupe. La chaleur du sol et la noirceur des cendres font qu’elle ressemble plus que les autres îles à une terre ferme, et que ses roches sont presque entièrement dépouillées de leur manteau de neige.

Cette île forme une espèce d’anneau de terre, dont l’intérieur est occupé par la mer qui y pénètre au sud-est par une entrée de 600 pieds de largeur ; cette petite Méditerranée a une étendue de 5 milles ; l’île entière a 8 milles d’étendue dans son plus grand diamètre.

(1) Kenpai, Journal of the geographical Society, London, 1830. (2) KennaL, Id.

La principale partie de l’île est composée de couches alternatives de cendres et de glace, comme si la glace de chaque hiver, pendant une série d’années,avaitété conservée par une couche de cendres vomies par quelque point encore en activité. On rencontre dans les différentes parties de l’île environ 150 trous qui laissent exhaler des gaz avec un bruit sourd ou des sifflements, et qui étaient visibles du haut des montagnes près desquelles le navire était mouillé.

« Le fond du lac a 97 pieds avec un fond de cendres ; les bords, composés de la même manière, abondent en sources d’eaux chaudes, ce qui présente le singulier spectacle d'eau à une température de 140° F. sortant près d’une surface couverte de neige, et coulant vers une mer qui est rarement au-dessus du point de congélation ; les bords du lac sous le vent étaient recouverts d’une immense quantité de ponces ; les montagnes nombreuses que l’on rencontre dans l’île, et dont plusieurs ont 1 800 pieds de haut, étaient principalement formées de scories et d’une substance rouge semblable à la brique pilée ; mais, dans quelques points, il y avait de la lave compacte et de l’obsidienne. Les roches du côté nord de l'entrée s'élèvent perpendiculairement à une hauteur de 800 pieds et paraissent être d’une formation plus ancienne que le reste de l’île. »

Cette description rappelle en tous points celle d’une autre île australe, l’île Saint-Paul, qui a été étudiée par M. Ch. Vélain (1).

M. Andersson, qui a visité l’île Déception en 1802, n’y a découvert aucune trace récente de manifestations volcaniques.

M. Valette, naturaliste argentin qui y débarque le 5 Janvier 1905, y a recueilli des eaux thermales chlorurées sodiques, très chaudes, sortant presque au niveau de la mer, au contact d’une roche granitique et d’une lave (2). L'analyse de cette eau est la suivante :

MAP ESS ERSCSDE MOTO. EUROS SUR En 3,41 ELLE ER CELA LT 6 ANSE Rae ORAN AN EEE Re NS RR ER ER 20,98 PSN CNED EL SON NAN AR SIERRA ER Se RO RER MEGAN EN AA SP A 20,24 ACC LE PERS RENTE SERRE ME DR RE RER AU Eee Re 19,70

Alcalinité en S0‘H?

(1) Cu. VÉLAIN, Recherches géologiques faites à Aden, à la Réunion, aux îles Saint-Paul et Amsterdam (1876)

(2) L.-H. Varerre, Viaje a las islas Orcadas australes (An. Minist. Agric., vol. IE, n° 2, Buenos- Ayres, 1906).

AGide-subirique RS 0 D LE AN A One ur 0,96 Acide chlorhydrique en chlore........ ui RS EE ECO Acide carbonique (CO)... aus ei A D AU te AA A 0,04 SEE SION. Ne ARR NO LR PNR AG En ATEN RARE AIR ER À 0,13 Chaude CaD se. sf nn Us AAA A nt AS PAPA AR 0,86 Nabhésie EM). ui us Re ir or 0,28 For étatibine (Fe D APOPI UN A NtERNnN Us At ne 11004 For (RetPr.u. A tn Ale A AN A SE traces.

DES Bilieate d'alumipe A (SIG the nn eu b 0,0774 +). Sun Neon in tes PM RSS RUE 0,1846 Garbônate do chaux OHOO PES LUN 0,0988 Chlorure de cha AC een tra ss a en 0,5419 Sulute de chado taste tnt ar TE ARS 1,6279 Chlorure de magnésium (Mel) a Rs 0,6693 Chorure de sodme PNA SNS ANS sa ne de 16,7041 PO UM Rte ea ns __ 19,9040

Température : 70° C.

Couleur ; légèrement blanchâtre.

L'île Bridgman est tout à fait isolée à l’est de l’île du Roi Georges. Signalée en 1821 par Powel puis par Weddell, à cause de la fumée qui s’en échappait, elle attira l'attention de Dumont d'Urville « par d’épaisses colonnes de fumée qui s’élevaient de son sein »; mais il ne parvint pas à y débarquer.

Voici la description qu’en donne M. Grange (1).

« L'île Bridgman a la forme d’un pic arrondi ; sa hauteur est d'environ 160 mètres, sa largeur, dans son plus grand diamètre, du nord au sud, a un peu plus d’un mille; sa couleur rougeâtre a la plus grande ressemblance avec celle de la brique brûlée ; sur ses scories rougeâtres, on distinguait de petites masses noirâtres qui nous paraissaient être des débris de lave ; c'est plutôt un immense monceau de cendres, de lapilli, de débris volcaniques, qu’un véritable volean ; il n’a pas de cratère et présente partout une forme arrondie ; on distingue facilement quelques coulées de lave qui se montrent en relief à travers les débris et plongent dans la mer. Les fumerolles existent seulement sur la face ouest de l’île, et là la roche avait la couleur rougeâtre de laves attaquées par des vapeurs sulfureuses ; ces vapeurs, que nous sentimes lorsque nous passämes sous

(4) Dumowr »'Urviice, Voyage au Pôle Sud, Paris, 1848, Géologie, par J. GRANGE, p. 34.

56 GÉCGRAPHIE PHYSIQUE.

le vent, avaient une odeur piquante insupportable ; la partie sud-est du volcan présentait des éboulements considérables.

L’escarpement formé par ces éboulements avait presque 100 mètres de hauteur ; on y distinguait, au milieu d’amas de tuïs rougeâtres, plusieurs lits noirâtres formés par des coulées delave. Ces couléesn’avaient pastoutes la même inclinaison ; les plus inférieures semblaient former deux couches inclinées en sens inverse, comme si elles se fussent échappées d’une fente au milieu du volcan, ou, mieux encore, comme si elles eussent été brisées au milieu, et que les deux moitiés se fussent inclinées vers la mer ; on distinguait sur le toit formé par ces deux couches plusieurs couches de laves brunes, qui avaient conservé leur horizontalité ; 1l serait très difficile de connaître de quel côté était situé le cratère qui avait vomi tous ces débris; à voir les courants de lave s’incliner du nord-ouest au sud-est, nous avons lieu de croire que le cratère se trouvait au sud, et qu’après avoir vomi en grande quantité des laves et des cendres il a été englouti ; l’éboulement immense qui a eu lieu vers le sud et le caractère meuble que paraissent avoir les diverses couches du volcan autorisent cette explication.

La disposition irrégulière des couches de lave indique qu'il y a eu de fréquentes perturbations dans les ouvertures volcaniques. »

M. Balch, qui a visité l’île en 1880, a de nouveau signalé l’activité de son volcan (1). |

Au pied de l’île Bridgman, l’ « Antarctic » a sondé 1 511 mètres, ce qui prouve combien son socle est abrupt.

Les Shetlands sont séparées du continent par un large bras de mer, le détroit de Bransfield. Il forme une cuvette très profonde qui paraît isolée par des crêtes du reste de l’océan ; un sondage effectué en son centre a révélé l’existence d’une fosse océanique profonde de 1 450 mètres. Cette cavité possède dans sa partie inférieure les eaux les plus froides qui aient été observées au fond d’un océan (— 1°,65).

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