‹ Expédition antarctique française (1903-1905) commandéeChapitre 41 sur 67 · MOUVEMENT, VITESSE DES GLACIERS · texte numérisé non relu

MOUVEMENT, VITESSE DES GLACIERS

L'étude de la vitesse de progression d’un glacier est l’un des chapitres les plus intéressants de son histoire.

Pour les glaciers polaires, en particulier, dont la longueur est à peu près fixe, puisqu'ils s'arrêtent à la mer, elle traduit son régime, c’est-à-dire la relation entre l'alimentation et l’ablation.

Les observations ont montré que cette vitesse ne dépend que dans une faible mesure de la température; elle est donc, pour un glacier, presque uniquement fonction de la pression qu'exercentles massesélevées sur les parties inférieures. Une vitesse plus grande indiquera par conséquent l'augmentation des précipitations neigeuses dans le bassin de réception. D'autre part, l’ablation par voie de fusion étant assez faible pour être regardée comme constante, la vitesse sera en relation directe avec le débit du glacier sous forme de glaces flottantes.

Mais la vitesse du glacier varie en ses différents points ; elle est plus rapide au centre que sur les bords, à la surface qu’au fond ; elle augmente sur une rive concave, diminue sur une rive convexe ; elle est plus grande dans les gorges, plus lente si le glacier s'étale. Il suffit de jeter les yeux

sur ces quelques mesures faites par Tyndall sur la mer de Glace pour s’en rendre compte :

à se) VARIE OMR ER ANA A SEE EAU ENT R 02,50 par 24 heures. SRE LL) à à DNA SP A AS RP MT ET OMS 7 — Au-dessus de Montanvert........... 02,65 — HA PES ER UE D E à PRIS OS TION DIN SANS PEER 0,85 — Au-dessous de Montanvert.......... 02,90 —

Ce ne sont donc que des mesures nombreuses qui pourront donner une

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idée exacte du régime des glaciers, et l’on conçoit que pour les glaciers polaires l’on ne possède que des données restreintes à cet égard. Je n'ai eu, pour ma part, aucune occasion de faire des mesures sérieuses. Les glaciers de la baie des Flandres étaient inabordables ou du moins auraient exigé une assez longue expédition pour être visités. Sur la Terre de Graham, nous n'avons fait qu’un court débarquement au cap Tuxen. Port-Lockroy, comme Port-Charcot, n’offraient dans le voisinage de nos stations que des névés de peu d'importance et par suite sans intérêt. La petite vallée de l’île Wandel, où était établie notre maison démontable, avait trop peu d’étendue pour constituer un champ d’études. J’y avais cependant planté et repéré deux piquets ; 1ls ne se déplacèrent que de quelques centimètres au cours des neuf mois qu’a duré l’hivernage.

Les autres expéditions antarctiques n’ont rapporté que peu d’observations de cet ordre sur les régions qu'elles ont parcourues. M. Ferrar, dans son étude des glaciers de la Terre Victoria, s'exprime ainsi : « En raison de la grande distance qui séparait nos quartiers d'hiver des glaciers, nos observations sur le mouvement de la glace ont été peu nombreuses. La vitesse avec laquelle la glace du South Arm arrive dans l’East Fork du glacier Ferrar est probablement inférieure à 6 pieds par mois. D’autres observations faites à son extrémité montrent que la vitesse est extrêmement petite. Le Blue Glacier ne progresse pas de 4 pieds par an (1). »

Il semble donc que les émissaires de la grande calotte glaciaire qui couvre la Terre Victoria n’aient actuellement qu’un faible débit. On a pensé attribuer ce fait à un mouvement de regression dans la glaciation ; il pourrait tenir aussi bien à ce que le vrai déversoir de cette région ne soit pas sur la côte orientale, la seule connue.

L'écoulement des glaces se fait peut-être plus au sud dans le bras de mer occupé par la Grande Barrière de Ross. Cette Barrière est, elle, au contraire, animée d’un mouvement relativement assez rapide ; la découverte de ce mouvement est due au hasard. Le lieutenant Barne, ayant visité en 1903 le dépôt À installé en 1902 sur la Grande Barrière, à 100 kilomètres du front, reconnut qu'il s’était déplacé et qu’en treize

(1) H.-T. Ferrar, National Antarctic Expedition, Natural History, vol. I, p. 82. Expédition Charcot. — Gourpon. — Glaciologie. 143

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mois et demi il avait parcouru une distance de 556 mètres, ce qui donne une vitesse de 1,35 par jour (1).

M. von Drygalski a constaté sur la Terre de l'Empereur Guillaume IT, à quelque distance du Gaussberg, que la bordure extérieure du glacier s'était déplacée de 50 mètres en cinq mois, soit 0°,30 par jour. Plus au sud, le mouvement était plus lent : à 2 kilomètres du front, la vitesse n’était que de 0",04 par jour. Quant à la grande terrasse de glace qu'il a appelée West-Eis, elle ne semblait avoir aucun mouvement. |

M. O. Nordenskjüld, dans la région qu'il a parcourue, a remarqué la lenteur de progression des glaciers ; quant à la terrasse glaciaire de la Terre du Roi Oscar, l’on ne sait si elle est en mouvement.

Aïnsi, des quelques renseignements que l’on possède sur leur mouvement, les glaciers antarctiques semblent être caractérisés par leurlenteur, mais il serait téméraire de tirer de ces chiffres une conclusion définitive. Il est intéressant cependant de leur comparerles vitesses des glaciers des autres régions ; sur la Mer de Glace, dans les Alpes, la moyenne est de 0",30 en vingt-quatre heures, et le maximum observé enJuillet est de 1°,58.

D’après Forbes, les glaciers scandinaves sont plus rapides en été que les glaciers alpins ; sur le glacier de Boium, en juillet 1863, il a mesuré 0°,90 par jour. C’est dans les régions arctiques que les vitesses les plus grandes ont été observées : 18 mètres par Jour sur le front du glacier de Karajak (Groenland) ; d’après M. Helland, 19 mètres au milieu sur le slacier de Jakobshavn (Groenland) ; 31 mètres au nord d’Upernivik (Groenland) ; de même en Alaska, d’après M. Wright, 21 mètres au milieu sur le glacier de Muir. :

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