‹ Expédition de Laghouat, dirigée aux mois de mai et juin 1844Chapitre 3 sur 10 · ORGANISATION · texte numérisé non relu

ORGANISATION

WIM

Le kalifa a été reconnu à Aouéta devant une réunion des officiers de la colonne et des chefs indigènes. Lecture a été faite de son brevet en français et en arabe et un coup de canon a été tiré. Yaya ben Salem, frère du kalifa est son agba à Laghouat, Diedid était et reste l'agha des Larbas.

Tous les ksars sont de temps immémorial administrés par une Géma composée d'autant de membres qu'il y a de partis différents. Nous n'avons rien changé à cela, si ce n'est pour les deux ksars les plus importants, Ksir el Àïrane et] Tejmout, à chacun desquels il a été nommé un hakem.

Les Larbas sont divisés en trois fractions , nommées Ouled-Salah , Marnera, Hadjadj. Chacune d'elles se divise en deux, dites : Cheragas et Gharabas (de l'Est et de l'Ouest), à

cause de la position du terrain où elles campent dans les environs de Laghouat. Les trois fractions de Cheragas et les trois de Gharabas se réunissent et forment deux groupes qui sont ennemis et se font très-souvent la guerre. En 1843 , les Cheragas seuls étaient venus dans le Tell du Tittery. Trois kaïds avaient été nommés ; ceux-ci s'étaient représentés à nous cette année, lors de l'expédition chez les Ouled-Naïls, et avaient été investis de nouveau. Ils voulaient administrer chacun , non-seulement sa fraction des Cheragas , mais encore celle des Gharabas. Les trois chefs de ceux-ci réclamaient vivement pour qu'on ne les plaçât pas sous les ordres de leurs ennemis. Sur l'avis du kalifa , nous avons consacré les faits accomplis et laissé à chacun le commandement qu'il avait en réalité , de sorte que les Larbas eurent six kaïds. Les Ouled-Attala , Arazlias et Seïd-Atba reçurent aussi leurs kaïds.

Les Beni-Mzab devaient envoyer des députés à Laghouat pour traiter de leurs affaires ; mais cela n'eut pas lieu. Le kalifa , à qui cette tribu est enlevée provisoirement demanda que sa contribution, qui devait être de 40,000 boudjoux fût réduite à 37,000 , ce que je trouvai juste.

Je crois que les Beni-Mzab forment une population difficile qui ne se soumettra que par la force. Les propositions faites à Alger par leur amin , et tendant à faire régir ce pays par une réunion de délégués résidant à Alger me paraissent complètement inadmissibles. Comment cette géma forceraitelle à obéir des populations indépendantes les unes des autres et toujours en guerre entre elles ? Le kalifa peut agir sur leur commerce ; il a déjà un parti dans le pays ; il est problable qu'il réussirait à faire composer les Beni-Mzab.

Le kalifa demande aussi le Ksar Tegerouna , qui est à sept lieues Est d'Aouéta ; il croit encore qu'il agirait sur les tribus El Médébié, El Mekhralif, Chahambas , qui se rattachent aux Béni Mzab et même sur les Ouled Sahihé,

qui sont du côté de Tougourt ; il reconnaît qu'il ne peut rien sur les Troudes.

Le kalifa a fait la répartition des 37,000 boudjoux entre les Ksars et les tribus. Les douars des Larbas étaient très éloignés, cependant en huit jours tout fut payé. L'argent étant très rare, suivant l'usage local, l'administration reçut des habillements, de l'argenterie, des bestiaux , des chameaux, des dattes, etc., le tout tarifé très haut par les Arabes, représenta 33,581 boudjoux, mais fut estimé 37,302 fr. par nous. Je ne crus pas devoir me montrer trop exigant, parce que j'avais peu de temps disponible, parce que toute cette population venant dans le Tell l'été, on était à même de lui imposer alors un heussa plus ou moins fort, selon ce qu'elle aurait déjà payé, parce que l'essentiel me parut être moins un paiement qu'une preuve de la soumission du pays ; enfin parce que l'attitude hostile du Maroc qui réagissait fortement sur ce pays, rendait plus méritoire la soumission et plus difficile la perception.

Le kalifa Ahmet Ben Salem présente de grandes garanties pour nous. Tous ses Ksars sont à la discrétion de nos colonnes ; les populations qu'il régit viennent toutes les années dans le Tell : il est positivement ennemi d'Abd-el- Kader, dont il a tué un kalifa et chassé l'autre ; il a tenu malgré les événements de l'Ouest , les engagements pris quand rien ne faisait croire à la guerre avec le Maroc; on ne peut que se louer de lui ; il y aurait lieu de fortifier sa position et je croirais bon de lui accorer. LTn traitement de 18,000 fr. pour lui ;

Idem de 2,500 pour chacun de ses deux agas ; L'inscription de 20 cavaliers et de 200 fantassins.

Sileskalifas placés auprès de nos lignes ont eu des avantages analogues, on peut admettre que ces propositions ne sont pas exagérées à l'égard d'un fonctionnaire, qui doit se suffire à lui-même, qui peut jouer un rôle important et

qui deviendra le point de mire de tous nos ennemis de L'Ouest.

On pourrait tirer parti du kalifa de trois façons :

1° Pour soumettre tous les pays qui, au Sud ou à l'Ouest, sont indépendants ou hostiles;

2° Pour attirer vers Alger le commerce de l'intérieur qui se dirige en grande partie vers Tunis et le Maroc ;

3° Pour intimider les populations sur lesquelles s'appuie Abd-el-Kader et même pour combattre celui-ci.

Je crois que Ben-Salem est le plus puissant des chefs à opposer à l'Émir, et que, fortement organisé par nous, il l'attaquerait avec avantage, surtout avec l'appui de Tedjini, qui est très bien avec lui, hait l'Émir et favoriserait cette guerre de son influence religieuse. La force militaire actuelle de notre kalifa est de 12 à 1,500 fantassins, de 500 cavaliers et d'une pièce de canon.

Quant au commerce de l'intérieur de l'Afrique, voici ce que nous en avons appris : 1° Laghouat et les Ksars voisins sont les entrepôts du commerce fait par les Larbas avec Tougourt, les Beni-Mzab et le Tell ; les Ouled-Naïl ont des Ksars dans le même but. Personne dans ces tribus ou Ksars ne commerce avec Tombouctou; 2° Les relations de ces environs avec Tombouctousont liées parles Ouled-Sidi-Chikh à l'Ouest, par les Chahambas à l'Est. Les premiers vendent ce qu'ils apportent au Maroc dans le Tell d'Oranet à Laghouat; les derniers vendent aux Beni-Mzab, dont ils font presque partie ; 3° on ramène de Tombouctou des esclaves, de la poudre d'or, de l'ivoire, des plumes d'autruche, du henné, etc. ; 4° les Beni- Mzab dirigent en grande partie ces marchandises sur Tunis, parce que leurs communications avec ce pays sont à peu près sûres ; 5° Laghouat sert de point de communication entre le Maroc et Tunis pour les caravanes des marchands et pèlerins comme étant à la limite du grand désert ; 6° les Chahambas s'organisent de plus chaque hiver en troupes montées sur des

méharis pour aller faire, de concert avec les tribus intermédiaires, des razias dans le sud et en ramener des esclaves noirs; 7° on peut estimer de 15,000 à 20,000 le nombre des chameaux sur lesquels les tribus du sud, qui viennent l'été vers le Tell, apportent les denrées du sud et emportent celles du Tell; 8° les prix des marchandises dans le Tell, à Tougourt et chez les Beni-Mzab varient ordinairement dans le rapport de un à deux, de sorte que le même capital se quadruple dans Tannée par les deux ventes qui se font à l'est et à l'ouest. Le marché ordinaire des Beni-Mzab avec les Larbas est celui-ci : Le Beni- Mzab fournit les marchandises, le Larba les transporte sur ses chameaux et prend la moitié des bénéfices.

YoicipourlSkS et 1844 les prix courants desdifférens marchés.

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