CHAPITRE V
ANDRIBA,
Comment on fait la route, ^- Pénibles corvées^ '^ ]^ ^^^^ nommé lîeutenant-coloneL — Départ du camp dç Beritzoka, — Recrudescence de maladie». — Une visite du général en chef, — Camp de Marakoloy. — Camp de la Cascade. — Devant Andriba* — Combat d'artillerie. — Les Hovas évacuent leurs positions, — ■ Le 2QûV — Toujours ks terrassements. — La colonne légère.
iSJuiliei^ — Nous partons à six heures pour aller camper à environ quatorze kilomètres derrière le Berîtzoka ; nous arrivons à notre nouveau camp vers dix heures un quart. Mes hommes, aussitôt après avoir formé les faisceaux et mis sac à terre, construisent des gourbis pour s^abriter. Nous sommes à l'extrême avintgarde j mais malheureusement pas pour longtemps : deux ou trois jours au plus, c'est-à-dire le temps de construire un bout de route. Nous serons ensuite remplacés par les chasseurs et la légion, qui continueront le travail jusqu'à Ampasîry,
gS CARNET DE CAMPAGNE
Avant de partir, le bataillon a laissé à Eehanana et à Tsarasaotra quelques hommes fatigués j il compte cependant encore 668 combattants; la légion n'en a plus que 500, et le 40' bataillon de chasseurs 400.
De six heures du matin à huit heure s j surveillant la bonne installation des troupes, je n^ai pas pris un instant de repos*
16 juillet, — Ce matin, à six heures et demie^ j'ai distribué à chaque compagnie son travail. Tout, d'après les instructions reçues, doit être terminé le 18*
Un ordre général arrive. Il nous fait connaître les récompenses accordées au régiment d*Algérie à Toccasion du 14 juillet : un capitaine nommé chef de bataillon, deux lieutenants nommés capitaines, ainsi que le lieutenant Corhumel, des chasseurs d'Afrique, qui combattait avec nous à Tsarasaotra* C'est peu î
J'avais demandé cependant beaucoup plus pour mes braves officiers et soldats. Pas une croix! pas une médaille! Attendons, patientons! Je crois qu'on m*a promis plus de beurre que de pain. Ce n'est pas la première fois.
// juillet. — Rien de saillant à noter. Toujours mêmes promenades jusqu'à la route , même surveillance. Les travaux sont poussés activement, mais bien lents quand même.
Sur les plateaux où noijs campons, le vent souffle
très violemment et le temps se rafraîchit beaucoup, surtout la nuit* Le thermomètre marquait 17 degrés dans la soirée. Le moment est venu ^ de Tavîs des médecins, de porter de la flanelle.
lâ juillet, — Le travail de la route était terminé dans le délai voulu j mais les troupes en arrière n'étant pas prêtes, nous restons en place jusqu'à nouvel ordre. Nos soldats ont accompli une besogne extrêmement dure. Nous sommes en effet sur le plus haut plateau du Beritzokaj et ils ont taillé dans le roc à flanc de coteau pour descendre dans la vallée.
i^ juillet. — On continue la route plus avant. Les hommes travaillent avec une rare énergie. Je leur laisse la soirée libre. Il n'en faut pas davantage pour réjouir ces grands enfants.
Ce soir donc, vers cinq heures ^ les corvées rentrées, j'étais occupé à ma correspondance, quand un cavalier du I" chasseurs d'Afrique s*est arrêté devant ma tente, est descendu de cheval et m'a remis une petite enveloppe*
J- ouvre et je ne peux en croire mes yeux* Je lis : je suis nommé lieutenant -colonel. Lieutenant -colonel ! Que de chemin parcouru depuis ma promotion au grade de caporal, en 1S59 !
Ce que c*est que Thommel U y a deux jours, j'étais chagrin, voyant tout en noir. Aujourd'hui, je jubile.
5 g^&lc4gA
Majoîe est d'autant plus grande que, depuis cinq jours, je n^avais plus aucun espoir. Quel bonheur pour les raiens> pour ma famille! Comme ils vont être fiers de moi 1
J*en tremble, quand j'y pense... d'émotion, bien entendu I
Tous mes officiers viennent me féliciter et me témoignent le plaisir sincère que leur cause ma nomination. Il fait bon de se voir aimé. Je ne regrette qu'une chose, c^est que tous ceuic qui ont mérité de l'être ne soient pas récompensés en même temps que moi. Espérons que ces récompenses ne se feront pas attendre trop longtemps.
^o juillet. — Encore une journée de félicitations. Je ne le cache pas, je savoure mon bonheur. Je ne pensais guère, en 1870, lorsque je fus promu sous-lieutenant, âgé de vingt-neuf ans, parvenir jamais au grade de colonel. Je ne dois cependant mon avancement ni aux protections ni aux courbettes*
21 juillet. — Reçu encore aujourd'hui de nombreuses félicitations verbales ou par écrit* On me demande déjà pourquoi je n'ai pas de galons. Je réponds qu'il s'agit bien de cela. Mes galons n'importent guère.
Pas de nouvelles de l'ennemi. On assure maintenant qu'il s'est retiré fort loin du côté d'Andriba, et que nous ne le rencontrerons pas de sitôt ■ ♦
DU LIEUTENANT-COLONEL LENTONNET lOt
22 juillet. — Le docteur, qui a conduit à T hôpital de Suberbievîlle le pauvre capitaine Giraud, revient et a eu la bonne idée d^apporter du Champagne» Nous arrosons ma nomination. Cette petite fête intime a été très cordiale*
j?j juillet ^ — Le nouveau capitaine Vigaro^y est envoyé à Suberbieville, avec mission de rapporter ici des effets pour les hommes, la plupart déguenillés lamentablement*
On attend Tordre de départ.
24 juillet. — Rien de particulier. Le colonel Oudri quitte le camp pour aller camper en avant ; il emmène avec lui le i*' bataillon et le lieutenant-colonel Pognard. Je reste seul ici avec mon bataillon.
Il est question de faire passer en tête désormais la 2' brigade j celle du général Voyron, qui a dû rejoindre le général Duchesne à Suberbievîlle.
2^ juillet. — J'apprends que le général Metzinger est au Beritzoka. J^ai enfin mes galons, je vais les inaugurer et les présenter à mon chef. Je dois avouer qu'ils me font un peu loucher. Je ne puis m 'empêcher de les regarder.
Le général m'a bien reçu ; il m'a fait connaître que nous partirions dimanche 28.
26 juillet. — J'accompagne le général Metzingerqui passe l'inspection des travaux de route* Tout sera ter-
miné ce soir. Demain samedi repos, et en route dimanche comme des mécréants que nous sommes.
Je reçois d^ Algérie une lettre de M, T.,., notaire à Milianah, m^ en voyant une somme de cinquante francs pour mes hommes. Touchante attention. J'écris aussitôt de chauds remerciements.
2^ juillet, — Journée employée aux travaux de couture et de propreté. Les mulets vont se ravitailler au grand camp du Beritzoka, j'évacue vingt et un liommes malades, dont onze de la 8' compagnie. Cette unité, la seule de mon bataillon qui ait stationné quelque temps à Majunga^ a déjà laissé cent hommes en arrière. Quinze sont morts. Les soldats encore valides de la compagnie sont démoralisés, Tun d^eux s'est suicidé hier (i). Le malheureux n'est pas mort sur le coup, il succombe le lendemain. Mes officiers et moi, nous feignons de croire qu'il est victime d'un accident, afin qu'il n^y ait pas contagion et aussi pour rendre les honneurs au défunt.
Les suicides sont très rares dans le régiment de tirailleurs algériens \ ils sont au contraire des plus fréquents dans la légion. En trois jours, on n'a pas compté moins de six légionnaires qui se sont donné la mort. Hier, un s'est pendu jUn autre s'est fait sauter la cervelle.
(i) Les suîcîdeii furent nombreux en jaillet, août et septembre dans le corps expéditionnaire de Madagascar.
GooQle
28 juillet. — Nous quittons le camp, après y être resté neuf jours et avoir construit huit bons kilomètres de route. On se bat maintenant contre des pierres, la pelle et la pioche en main. Le froid est parfois très vif sur les hauteurs. Nous nous arrêtons au camp de la Falaise. Nous avons rencontré le 3' bataillon du régiment, celui du commandant De brou, et le i" bataillon, celui de la légion. Tous deux font des terrassements, ^
Nous resterons ici, assure-t-on, cinq Jours, puis nous irons en avant pour recommencer plus loin la même besogne» sans apercevoir Tombre d'un Ho va, sans tirer un coup de fusil.
Aucune émotion salutaire ne vient réagir contre Pennui croissant^ contre un véritable spleen qui s'empare de beaucoup.
Le camp où nous sommes installés est pittoresque, situé près d'un ravin couvert de bambous, au fond duquel coule un beau ruisseau limpide. Les herbes qui nous entourent s'élèvent jusqu'à trois mètres au-dessus du sol. La végétation est luxuriante, débordante de vie. Des gourbis ont donc été facilement construits. Nous avions tous les matériaux sous la main.
2g juillet. — Ce matin, à six heures, je para avec mes capitaines, pour jalonner la route à faire. Le temps était beau, mais froid, la campagne balayée par un
to4 CARNET DE CAMPAGNE
vent de tous les diables. Nous avions endossé le paletot blanc sous le cachou.
Le soir, j'ai visité les avant-postes. Tout est bien. Nous sommes suffisamment gardés et à Tabri de toute surprise. Mes tirailleurs veillent sans relâche nuit et jour. Nous pouvons dormir tranquilles.
30 juillet. — La route avance petit à petit- Je vais aujourd'hui au camp de la légion, où je rencontre le colonel Oudrij comme toujours très affable, mais pas beaucoup plus renseigné que moî sur les projets des grands chefs.
Le temps redevient très chaud, lourd et orageux*
^i juillet, — Nos hommes se lèvent avant le jour et partent aussitôt au travail > Ils sont là soumis à dure épreuve.
Tous — et nous-mêmes donc, nous les officiers ! — maudissent cette route et surtout les voitures Lefebvre qui la rendent nécessaire.
Il faudra dresser un jour la liste des hommes morts d'anémie et d*accès de fièvre que cette route plus meurtrière que cent combats a coûté et coûtera. Dans certains corps j le 200' et les chasseurs, les effectifs sont littéralement fondus. On ne peut plus compter sur eux.
/*^ août. — ' L'infanterie de marine va décidément passer en avant et enlever Andriba vers le 15 août, si cela est possible.
La durée des corvées de route est actuelle ment de quatre heures pour les hommes.
2 août, — Visite du général de Torcj, chef d^ étatmajor du corps expéditionnaire , Il parait satisfait des travaux et de la tenue de mon bataillon et me félicite ; il me complimente également avec beaucoup de bonne grâce sur ma nomination. Si j*en juge diaprés quelques paroles qu'il a prononcées, au cours de notre conversation, il n*est guère plus que nous enthousiaste des voitures Lefebvre ; il serait d'avis de marcher en avant et toujours jusqu'à Tananarive, sans laisser le temps à Tennemi de se retrancher,
Nous perdrions certainement moins de monde, en prenant une vigoureuse offensive.
En raison de la difficulté des approvisionnements, les rations sont diminuées. Les officiers supérieurs n*ont plus que deux rations au lieu de trois; les officiers subalternes j une et demie au lieu de deux. Ni paiiij ni vin pour personne; mais un vrai soldat doit savoir tout supporter.
Le général Metzinger est venu encore à notre camp ; il a félicité lui aussi mes soldats. Encore un qui n'est pas partisan de la route ni des fameuses voitures !
j août, — Nous avons reçu aujourd'hui le général en chef; il a parcouru le camp et s'est montré enchanté; il Ta trouvé propre et bien installé.
— Je TOUS fais tous mes compliments, colon el, me dit-il. Et il a ajouté qull était très heureux de ma nomination. Je le remercie* y
— En vous proposant, répond le général, je n'aï fait que mon devoir.
Le commandant en chef ^ après encore de bonnes paroles , dont je suis très fier j car il n*en est pas prodigue j s'est dirigé vers le camp du 3* bataillon.
Mon ordonnance Bauchut ne se tient plus debout. Il est maigre à faire peur. L'anémie le ronge. Je l'envoie à V hôpital. J^espère qu'il y entre encore à temps et qu'il re verra la France,
4 août. — Le 3' bataillon travaille à la route en avant de nous et campe près du Randriantana, Je suis allé aujourd'hui jusqu'à la rivière; elle est assez poissonneuse. Promenade agréable dans un beau pays. En rentrant, je me livre cependant à de tristes réflexions sur Teffort qu'il va falloir demander aux troupes pour [aire la route à flanc de coteau et gravir les hautes montagnes qui nous barrent le chemin.
5 août. — Ce matin, passe le i" bataillon* Il se rend à huit kilomètres. Je dois le rejoindre dans deux jours. Le lieutenant-colonel Oudri se tient en arrière avec le convoi formé de voitures Lefebvre. Elles circulent, car la route est maintenant terminée jusqu'à mon camp. Elle ira demain jusqu*au 3* bataillon.
Les voitures ne sont pas plus chargées que les mulets, Ceu£K:i auraient donc suffi et seraient bien moins encombrants.
Un second cheval m'est attribué, en ma qualité de lieutenant-colonel ; mais je resterai fidèle à mon « Sakalave » . Le nouveau venu servira de monture à l'ordonnance.
On vient de m'avertir qu^une voiture Lefebvre a roulé au fond d^un ravin. On demande vingt hommes de corvée pour la tirer de là et la hisser sur la route.
6 aoâi, — A six heures et demie du matin passe le général en chef qui se rend à Tavant, afin de presser les opérations. Conversation sans importance de cinq minutes avec lui. Peu après survient le général Metzînger. Demain, nous nous mettrons en route à notre tour.
Mon bataillon est prêt au départ.
Dans l'après-midi, j'offre à mes hommes une distraction inattendue : chasse aux bœufs qui rôdent dans les environs. Trois sont abattus à coups de fusil, puis dépecés. J'envoie un de ces animaux au bataillon de la légion ; les deux autres sont distribués à mes compagnies. Les tirailleurs s'empressent de les faire rôtir j ils sont assurés d'un bon repas pour le lendemain.
^ aoûé. — Journée pénible. Étape très rude par une route à flanc de coteau difficile à gravir. Nous sommes furieux contre le génie et son tracé.
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Îô8 CARNET DE CAMPAGNE
J'arrive à Andjidjié. La légion, qui occupe déjà le camp, se garde bien de le débroussailler» A peine mon bataillon a-t-il mis sac à terre que les 7' et 8' compagnies reçoivent Tordre de faire demi-tour et d*aller camper entre le 3' bataillon du régiment et le î"j pour les aider à accomplir plus rapidement le travail de terrassement dont ils sont chargés .
' Je tiens à accompagner moi-même ces deux compagnies harassées de fatigue et à présider à leur installation.
Je ne rentre qu'à la nuit à Andjidjié avec le colonel.
S août. — ^ A peine fait-il jour que mes hommes doivent partir au travaiL Ordre de commencer tout de suite. Je fais observer que le tracé n'est pas indiqué,
— Commencez quand même !
Nous commençons j mais bientôt on s'aperçoit qu'il y a erreur; nous travaillons à droitej et la route doit passer à gauche. Donc beaucoup de peine inutile.
ç août — ' Travaux de la route. Mécontentement général. Aggravation de l'état sanitaire. Les voitures Lefebvre n^avancent pas. Retard partout» Le colonel est très nerveux et trouve tout mah
10 août. - Le bataillon de la légion n*apas fini le travail qui devait être terminé ce matin. Les voitures Lefebvre, ne pouvant rouler que sur route, sont encore immobilisées.
DU LTEUTENANT'COLONEL LENTONNET TOQ
11 août, — La 7' et la 8* compagnie rejoignent le bataillon ; ellci^ campent au Cira-Cira, et^ le jour même, sans se reposer, doivent reprendre la pioche.
12 mûi, — Le capitaine Vigarosy revient aujourd'hui de Majunga; il apporte des objets de luxe tels que savons et bougies, enfin du tabac; mais dans la répartition la légion est, dit-on, favorisée à notre détri7 ment. Elle reçoit aussi des conserves. Nous, rien ou presque rien !
/j aoûê. — Enfin ! le i" bataillon livre la portion de route qu^il avait à construire. Nous allons peut-être avancer» Les 7* et 8* compagnies lèvent le camp.
14 août, — Je pars avec les 5' et 6' compagnies. A quelques kilomètres d'Andjidjié, nous rencontrons les deux autres compagnies du bataillon qui sont employées à la construction d'un pont sur le Cira- Cira. Mes tirailleurs , transformés en pionniers , ne paraissent pas très contents de leur nouvelle profession*
Nous arrivons au camp de Marakaloy, où nous occupons les gourbis construits par l'infanterie de marine. Je suis avisée à six fieures du soir, que le général en chef doit arriver le lendemain matin. Ordre de réparer la route, très endommagée aux tournants, et de faire construire un pont sur un ravin.
La route est si étroite^ si peu sûre, que les voitures
Lefebvre ne passent qu'à grand'peine. An moindre écart, elles roulent dans le précipice.
/^ ûoûL — De grand matin, je me rends moi-même au travail- Il n'est pas terminé, lorsque paraît le général Duchesne — terriblement en colère! Au camp, vers dix heures, autre tuile. Aucun gourbi n'a été préparé pour le commandant en chef, qui ne paraît décidément pas commode.
Enfin, nous nous expliquons. Le général se calme, et nous finissons par nous entendre parfaitement,
— Quel est votre effectif?
— 687 hommes, mon général.
— Cest très bien, très bien.., J*aî écrit, du reste, au ministre de la guerre, et je ne lui ai pas dissimulé que les Français ne résistaient pas au climat de Madagascar,
i6 aoûi. — Courte étape de huit kilomètre s ^ mais par la plus affreuse des routes. Cinq kilomètres à gravir presque à pic*
Les voitures n'avancent plus ; elles roulent en arrière, quelques-unes dans le ravin. Mes hommes doivent s'atteler, pousser aux roues. Je calcule qu'aujourd'hui le service de chacun de ces odieux véhicules réclame soixante hommes ! Enfin , après des efforts inouïs, le convoi parvient au sommet*
Dans la journée, pour la première fois depuis le début de la campagne, le régiment d'Algérie est complè-
tement réuni. Le colonel, d*une humeur excellente,
adresse à tous des éloges* 11 faut avouer que nos soldats ne les ont pas volés*
Tempête dans la soirée, plusieurs tentes et gourbis sont emportés. Le vent fait rage.
77 août. — Travaux de route, La part de mon bataillon, le plus nombreux, est fixée à S50 mètres* Les deux autres bataillons réunis n'en construiront que 400, Durée fixée pour ce travail par le général : trois jours.
Le commandant en chef visite les chantiers, et, devant moij il reconnaît qucj sur ces pentes, les voitures Lefebvre ne pourront pas circuler*
— Les mulets j ajoute-t-il, monteront tes vivres. D'ailleurs, après Andriba, nous renoncerons à la route, plus de voitures Lefebvre, et en avant 1
Ces paroleSj bien vite répétées, ont causé une joie générale, surtout parmi les hommes.
J'écris à Tun de mes anciens soldats, M. G..., qui m^a envoyé une lettre de félicitations au sujet du combat de Tsarasaotra :
m Camp de Marakolay, le 17 août 1895.
Mon cher G,.., a Votre aimable lettre du 4 juillet est venue me surprendre agréablement au camp de Andjudjié où, avec mon bataillon, j'étais occupé à faire la route.
Merci de votre bon souvenir; des lettres comme les vôtres font toujours plaisir, et les sentiments français que vous exprimez font bien à entendre. Du camp où nous sommes on aperçoit Andriba, ville hova située sur un pic très élevé et entourée de retranchements en terre, tranchées et fortins- On parle d'une attaque d'ici peu de jours par la 2" brigade (infanterie de marine); il est probable que la i** brigade sera aussi de la fête, et que le 3' bataillon du régiment d'Algérie sera appelé à faire sa partie dans le concert j ce dont je serai enchanté. Mon bataillon, dont j'ai conservé le commandement sur ma demande ^ malgré mon grade de lieutenantcolonel, appartient : deux compagnies au i*' tirailleurs (province d'Alger) et deux au 2* tirailleurs (province d'Oran).
u Tout ici irait à souhait si on ne se trouvait dans la nécessité de faire une route au milieu de toutes les difficultés de terrain; aussi nous sommes, dans ce moment, à 750 mètres d'altitude. Jugez ce qu'il a fallu de coups de pioche pour s'élever ainsi; on croit en France que c'est le génie qui fait la route, mais, le malheureux, il lui faudrait dix ans ^ et encore il n'y arriverait pas! Nous sommes, à la date de ce jour, neuf bataillons échelonnés les uns derrière les autres et à des distances variant de quatre à cinq kilomètres* Je suis enchanté de ma santé, je n'ai pas eu un moment de ma-
nw*
laise, même pendant la traversée. Je voudrais bien qu'il en fût ainsi de tous nos hommes ^ surtout les Français j qui supportent très mal le climat terrible de Madagascar. Les Arabes résistent mieux; aussi mon baLailloiii qui compte 690 hommes sur Soo^ est-il le plus fort du corps expéditionnaire.
ft Si la route et la voiture Lefebvre disparaissent, ce qui est probable après la prise d^Andriba, nous serons tous très heureux; cela permettra à nos braves soldats de prendre un peu de repos ^ ce dont ils ont grand besoin.
c Je termine en vous serrant cordialement la main.
Q Bien à vous-
« Si^Tfê : LeNTONNET.
<t Je vous écris sur mes genoux ; le vent souffle tellement fort que ma tente a été déchirée cette nuit et que je suis en plein air. »
7t? aoui. — Les mulets font le service du transport des vivres : un sac à droite, un sac à gauche j ils portent chacun cinquante kilos.
En me promenant dans les chantiers, j'apprends qu'une compagnie de Sakalaves et un peloton français ont enlevé Soavinandriana (1). Un des nôtres a été blessé. Huit Hovas tués sont restés sur le terrain ;
(i) Sgavmandri^na est situé à quinze kilomètres d'Andriba, dans la vallée de Kamolandy.
quelques fusils et de grandes quantités de paddy sont tombés entre nos mainâ.
Dans la soirée, le colonel commandant ^artillerie du corps expéditionnaire examine la route afin de s'assurer que les pièces de 80 de campagne pourront y passer et rouler au moins jusqu'à Andriba.
ip août. — Il faut absolument finir le travail aujourd'hiii. Aussi les heures de corvée sont-elles doublées.
A cette corvée de route vient enfin s^en ajouter une autre vraiment lugubre : vingt hommes de mon bataillon sont commandés pour aller creuser des fosses près de Tambulance de campagne afin d'y enterrer les morts.
Quel contraste ! ils ont pioché et manié la pelle toute la matinée pour construire une route j pour amener la vie dans un pays, et maintenant ils travaillent pour les morts! Le nombre des victimes devient effrayant. Malgré les fatigues, malgré la maladie, pas de repos. Nous partons demain,
20 août. — Après trois heures de marche, — trois heures pour parcourir sept kilomètres ! — nous arrivons au camp de la Cascade, où se trouvait la 2' brigade. Le I" bataillon pousse un peu plus loin.
Les deux bataillons de turcos sont affectés aujourd'hui au service des voitures Lefebvrej ils ont dâ les traîner j les hisser, les descendre, les rehisser ^ par des
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chemins en lacet, côtoyant des ravins sur des pentes vertigineuses.
Le quartier général a voulu passer en avant quand même, malgré l'encombrement de la route. Nous sommes restés sous un soleil de plomb de neuf heures à deux heures. Deux batteries de montagne sont arrivées au camp, près duquel s'élèvent des retranchements ho vas abandonnés sans combat. , ,
Le vent souffle toujours en tempête.
^i août, — Une heure de marche ^ puis campement, A onze heures seulement^ les voitures sont parquées. Un ordre de mouvement prescrit à la 2' brigade de se porter en avant et d'enlever les positions ennemies d' Andriba, De la hauteur sur le flanc de laquelle nous sommes établis, on aperçoit un camp hova, deux forts et des tranchées. Il est dix heures du matin.
A deux heures, le camp a disparu, mais les retranchements sont toujours occupés. Nous n^avons entendu ni un coup de canon, ni un coup de fusil*
Il est dur de savoir que l'on se bat à côté et de rester sans rien faire. Quel guignon! La i" brigade ne marche pas.
La 2* a pris Ambontana, presque sans résistance? un Sakalave tuéj un blessé (i),
CO Lc3 Ho vas occupaient une li^ne de fortifications dont la droite s'appuyait à trois camps fortifiés sur la montagne de Krian
Il6 CARNET DE CAMPAGNE
22 août. — Le matin, les Hovas ont évacué leur camp. Les fortins et retranchements sont maintenant occupés par nos troupes. Quel singulier peuple que ce peuple hovaî 11 travaille, il remue de la terre pendant un mois, puis, le jour de la bataille venu, il lâche pied sans combattre.
Ce matin^ Tunique bataillon du 200* de ligne encore en état de suivre est passé près de nous. Ce bataillon est sous les ordres d'un énergique officier, M, de Franclieu, que j*ai connu autrefois capitaine au i" zouaves. Les deux autres bataillons, qui comptaient chacun plus de huit cents hommes au départ^ sont réduits à cinquante ou soixante.
Le bataillon de Franclieu lui-même n'en compte plus que trois cents, qui nuiront pas tous jusqu'à Tananarive. Ce malheureux 200*, composé de jeunes soldats, a donc été presque entièrement anéanti, C*est épouvantable I 11 n'a cependant pas encore combattu.
Un caporal cassé du régiment d'Algérie du cadre français, n'ayant pu suivre et qui a été rencontré par le 200*, est mort sur la route. Il était tellement jauni
drerijîina et la gauche au pic d'Andrîba. Une première Mg-ne de tranchée et le village d'Ambontana furent emportés dans la matinéiï par la brigade Vûyron. A deux heures, les Hovas recommençaîe:Dt le feu; mais nos batteries ripostèrent. Le combat d'artillerie alors engaifê dura près de trois heures. Les obus à la mêlinite imposèrent enfin sjlence aux canons hovas*
par la maladie et par le soleil que les officiers et les soldats de la ligne l'ont pris pour un Arabe,
23 août, — Le colonel inspecte aujourd'hui les chantiers de la route. Après lui, vient le général, qui nous donne un ordre de départ pour le lendemain. Je vaisp en compagnie du colonel Oudri, au camp de la Cascade, pour m'assurer de la possibihté d'une évacuation des malades du bataillon. L'ambulance est installée à la diable j elle recevra mes fiévreux et anémiés; mais, faute de place, ces derniers seront installés sous la petite tente-abri, A certains postes de Tarrière, des malades restent sans médecin. Le corps médical est certes dévoué, mais il ne peut suffire à soigner un si grand nombre de malheureux que ronge l'anémie. Aujourd'hui, plus de la moitié du corps expéditionnaire est indisponible. Le matériel d'ambulance manque partout. A qui incombe la responsabilité de cela?
Dans les cimetières, le long de la route, des croix sont élevées sur les tumulus des soldats chrétiens ou catholiques; un croissant sur ceux des Arabes,
24 août, — Départ à six heures et demie du matin, par un temps glacial et une violente tempête, si forte qu'elle contrarie la marche des hommes et empêche absolument d'avancer ceux qui sont trop faibles, trop anémiés. Ces pauvres gens s'arrêtent en chemin,
Il8 CARNET DE CAMPAGNE
se couchent à terre. Le convoi les recueille* Cinq sont évacués dans la journée ; un sixième est à toute extrémité.
L'étape a été aujourd'hui de six kilomètres.
2 s août, ' — Saint- Louis j c^est ma fête. Je la célèbre en mangeant des patates cuites sous la cendre et arrosées d'eau pure* Ni marche ni corvée* C'est le premier jour de repos accordé depuis un mois à mon bataillon. Encore ce repos n'est-il que relatif, car le vent emporte tentes et gourbis, et on doit les reconstruire.
Le général commandant en chef vient camper au milieu de nous et se montre fort aimable pour mes officiers et pour moi.
Là-bas, à Paris, les miens doivent penser à l'absent, qui, lui non plus, ne les oubhe pas.
26 août. — Encore la corvée de route ! Les hom-mes travaillent avec ardeur et bonne volonté ; car ils savent que ces travaux sont les derniers-
Le vent souffle toujours très fort. Dans la journée, le feu prend au camp du 200*, notre voisin j mes hommes courent à l'incendie et l'éteignent avec des branchages.
Les caisses de biscuit ou de pain de guerre arrivent moîsies* Les rations sont donc très diminuées*
57 août, — Le 200" n*a pu fournir aujourd'hui qu^une trentaine de travailleurs* C'est navrant! Les
hommes de ce régiment ne tiennent plus debout. Il en meurt deux par jour environ au camp. Le spectacle de ceux qui survivent, hâves, épuisés, à quelques exceptions prèSj est lamentable.
Le 40* bataillon de chasseurs est encore plus éprouvé. Aucun de ses soldats n'a pu se rendre à la corvée. Triste! triste!
Les voitures du général sont parvenues j non sans peine, jusqu^au camp.
2â aoât. — Travaux de route. Le vent est toujours aussi impétueus. Un soldat du bataillon meurt dans la nuit. C^est encore un homme de ma 8* compagnie, la seule qui n'ait pas résisté et qui soit décimée par la fièvre. Elle traîne la maladie avec elle depuis Majunga, où elle a séjourné trop longtemps.
2p août. — Nous levons le camp ce matin, pour nous établir à une heure de là sur une pente assez inclinée^ où nous sommes à peu près à l'abri du vent* Ce camp prend le nom de camp des Rafias.
Au bas de la côte s'étend un marais. Par prudence > j^ordonne à tous mes hommes de prendre delà quinine. Les mouches malgaches nous dévorent*
La 5' compagnie doit aider le 200' à terminer le travail de route qui lui était confié. Ce malheureux 200* n'en viendrait pas à bout.
^oaoût. — On nous assurait que les terrassements ne
seraient pas poussés au delà d^Andriba, et mes hommes reçoivent aujourd'hui Tordre de se remettre au service du génie. Service d'autant plus pénible et dangereux qu'ils manient la pelle et la pioche dans un terrain marécageux et pestilentiel.
Pour se reposer, ils vont en corvée chercher des patates à Vamanga. Triste régal î
Avis m'est envoyé de faire visiter tous mes turcos par le docteur et d'éliminer impitoyablement tous ceux qui ne sont pas en très bon état et qui ne pourraient supporter une marche continue de quinze jours. Cent cinquante -deux hommes sont désignés pour rester en arrière ; il m* en reste cinq cent dix disponibles et vigoureux.
ji août. — Travaux de route, encore et toujours 1 C- est désespérant et meurtrier dans la région où nous campons. Le colonel est comme moi d^avis que mon bataillon ne demeure pas plus longtemps près du marais aux pernicieuses exhalaisons et autour duquel voltigent des myriades de moustiques qui nous dévorent et rendent tout repos impossible.
/" septembre, — Aujourd'hui, derniers travaux de route : du moins on nous l'affirme. Vers huit heures un quarts tandis que les hommes piochent avec ardeur, le général Metzinger arrive au camp, et il me donne l'ordre de laisser encore demain cent vingt hommes à la dispo-
H en
sition du génie, munis de quatre-vingt-dix pioches et de trente pelles.
Mon bataillon, se trouvant le plus nombreux, bien qu'il ait été le plus engagé, fait en partie la besogne des autres, celle de la légion et celle du 200*. Nous ne sommes, du reste, gratifiés d'autres suppléments que de ceux de corvée, et plutôt mal partagés en vivres et distributions de toute nature.
Un journal parisien reçu par le dernier courrier et sur lequel je jette les yeux aujourd'hui m'exaspère; il affirme que les vieux soldats de la légion résistent beaucoup mieux que les tirailleurs algériens. Or, c'est exactement le contraire. Mes turcos ont supporté plus énergiquement les fatigues et les privations que les légionnaires, dont l'effectif réel est maintenant de beaucoup au-dessous de celui de mon bataillon.
2 septembre. — En route à six heures trois quarts. Arrivés à sept heures et demie au camp de la Pierrelevée, où la brigade doit se réunir. Ce camp est beaucoup plus sain que le précédent. La rivière Kamolandy baigne le pied de la hauteur que nous occupons.
Le quartier général est installé ici. Il en résulte pour mon bataillon un surcroît de corvées. Nous préparons le terrain pour ceux qui arriveront demain.
Temps lourd; il pleut assez fort. Serait-ce le commencement de la mauvaise saison si redoutable dans ce
pays? Le thermomètre marque trente -cinq degrés.
j septembre. — Rien de bien sérieux à noter. Arrivée du 3' bataillon du régiment et du 200* de ligne avec son colonel* Tout le monde s^installe sans bruit, sans entrain. Le 200* ne forme plus qu'une poignée d'hommes la plupart malingres, faisant triste mine, Tair désolé.
Pauvres petits soldats 1 II serait nécessaire pour les réveiller un peu de les faire marcher avec mes tirailleurs. Les officiers du 200* sont navrés; chaque jour^ les débris du régiment laissent en route des malades et des cadavres. Le commandant Franclieu ne se console pas de îa perte de ces infortunés conscrits. Il me parle des anciens zouaves !
^ septembre. — Journée de repos complet ^ jms pour moi cependant, qui ai à m* occuper de paperasseries administratives et plus de quatre-vingt-dix lettres à écrire.
j septembre. — Encore repos. Temps affreux et lugubre. Il pleut du matin au soir. Si cela continue, les rivières ne tarderont pas à devenir infranchissables.
6 septembre. — Une colonne légère, comprenant tous lès éléments encore disponibles du corps expéditionnaire, se mettra définitivement en route dans une huitaine pour franchir les dernières étapes qui nous séparent de Tananarive.
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Les malingres sont plus que jamais éliminés, et iis sont, hélas ! nombreux.
7 septembre. — Départ à cinq heures et demie ; nous traversons à gué le Kamolandy. Passage très difficile pour les voitures. Soixante hommes du bataillon doivent rentrer dans l'eau et pousser aux roues.
Nous arrivons à Ambontana à neuf heures, ayant laissé quelques traînards en arrière,
8 septembre. — Départ à quatre heures et demie en pleine nuit. Le temps heureusement est beau et la lune brille. Sur le chemin que nous suivons, nous rencontrons des débris de voitures Lefebvre brisées. Plusieurs ont roulé dans les ravins. Le chargement de quelques-unes est tombé à terre, perdu, gâté. D'autres ont été pillées.
A huit heures j nous arrivons au camp de Mamakomita, après avoir traversé des ruisseaux, des rizières et un pays aussi marécageux qu^accidenté.
Nous avons dépassé le pic fameux d' Andriba, et bous sommes installés près d'un marché» On aperçoit de notre camp une maison brûlée qui appartenait à M. Suberbie, et deux autres maisons que le génie restaure et qui serviront de magasins.
En face de nous^ à Magasawina, est installa Fétatmajor général. Le corps expéditionnaire, ou du ni-ins ce qu'il en reste, se trouve groupé pour la première fois.
.|â4 CARNET DE CAMPAGNE
§ septembre. — Comme nous devons rester ici axi moins quatre jours ^ mes hommes s^installent comme des propriétaires et, faute de paille , construisent des abris en branchages.
Le soleil est brûlant.
Un tirailleur de la 8*, malade pendant Tétape, est mort en arrivant.
Le général Duchesne nous adresse un ordre du jour dont connaissance est donnée aux troupes ;
Ordre gênerai «* 68j du S septembre,
« Officiers, sous-officiers, caporaux, soldats et marins,
Les éléments mobiles du corps expéditionnaire viennent, grâce à d'énergiques et persévérants efforts, en refoutant l'ennemi partout où celui-ci a tenté de les arrêter^ d'atteindre l'extrémité sud de la plaine d'Andriba. J'ai décidé de ne pas pousser plus loin le travail de construction de la route carrossable, qui s*imposait jusqu^icî, comme une conséquence inévitable du mode de constitution de nos convois, et de poursuivre les opérations contre Tanananve avec une colonne légère, dotée d'effectifs et de moyens de transport réduits.
« Cinquante lieues de France, à peine, nous séparent de Tananarive. Vingt-cinq environ traversent encore une zone montagneuse et à peu près déserte; le
reste est en Émyrne, province très cultivée, très peuplée, où sont concentrées presque toutes les ressources de l'île. Si donc la première partie de la marche nous prépare encore des difficultés matérielles et des privations, nous pouvons espérer trouver dans la seconde des facilités relatives et quelque complément de bienêtre.
(c Quoi qu'il en soit, la France compte sur nous pour mener à bien la tâche commencée, au succès de laquelle ses intérêts et son honneur sont engagés, comme les nôtres ; elle continue à nous suivre avec une sympathie passionnée, dont les télégrammes du gouvernement m'apportent presque journellement la preuve.
« Vous élèverez vos cœurs à la hauteur des nécessités d'une situation qui n'exige plus que quelques semaines d'énergie physique et morale, au terme desquelles vous aurez, outre la satisfaction d'un grand devoir simplement et laborieusement rempli, celle d'avoir accompli une tâche que la nature du pays rendait plus difficile qu'on n'eût pu l'attendre ; celle aussi d'avoir ajouté une belle page à nos annales militaires et de vous être préparé de glorieux et impérissables souvenirs personnels.
« La nécessité de proportionner ce dernier effort à nos moyens matériels, celle aussi de maintenir la chaîne des transports, si péniblement créée et entretenue,
taè CARNRT DE CAMPAGNE
entre Majunga et Andriba, m'obligent à laisser, ici et en arrière j beaucoup de vous qui aspiraient aussi à rhonneur d'être montés de haute lutte à Tananarive. je partage le regret qu^ils en éprouvent. J'apprécie très haut les services que nous ont déjà rendus et continuent à nous rendre tous ceux: qu'un austère devoir retient, à des titres divers, sur cette longue ligne d'étapes. Je connais leurs énergiques et persévérants efforts, qui, seuls, nous permettent d'entreprendre la marche accélérée qui va nous mener en Émyrne, et je compte que tous nous saurons les poursuivre.
« Je n'oublierai ni les uns ni les autres en faisant connaître au gouvernement au prix de quel dévouement, de quels efforts, de quels sacrifices nous aurons mené à bien notre mission, et la France les confondra dans un même sentiment d'estime et de gratitude.
« Fait au quartier général de Mangasoavina, le S septembre 1895.
n. Le général commandant en chef^
Signé : Ch, DUCHESNE.
tt Pour sirapHatïon t
« Le chef d'état-major^
« Signé : TORCV. »
10 septembre. — Les hommes se reposent. Le capi- *aine Mahéas, avec mon ordonnance Nue et un pri-
DU LfEUTENANT-COLONEL LENTONNET 127
sonnier hova, part à la recherche des patates pour notre maigre popote. Il en rapporte quelques-unes»
Après le rapport, explication pénible avec le colonel, auquel le général a écrit que les officiers de mon bataillon se plaignaient d'être moins bien traités par le chef du régiment d* Algérie que ceux de la légion.
A Tavenir, je resterai encore plus chez moi, et on me traitera d'ours si Ton veut.
// septembre, — Grande distribution d^effets envoyés de Suberbîe ville. Mes hommes sont à peu près renippés*
Singulier ordre aujourd'hui.
L'ambulance étant encombrée, les corps ne doivent lui envoyer aucun malade qu^en cas d'urgence absolue. Traduction libre : aucun homme ne recevra plus de soins que lorsqu'il sera moribond.
L'effet produit est lamentable.
Demain, revue du général en chef, avant le départ.
12 septembre. — A sept heure s j mon bataillon prend position. Les hommes qui ne suivront pas la colonne légère sont placés à la gauche du bataillon. Le général passe sur le front des compagnies et m^exprime sa satisfaction du bon aspect et de la bonne tenue de ma troupe.
Toutes les punitions sont levées.
Après la revuej conseil de régiment tenu pour autoriser deux sous-officiers à rengager.
Je rencontre un peu plus tard le commandant du 40' bataillon de chasseursj le lieutenant-colonel Massiet du Biest, qui n'a plus sous ses ordres que très peu d'hommes et qui restera à Andriba avec nos malades et nos impedimenta,
ij septembre. — Nous partirons demain à cinq heures quarante-cinq du matin. Nos bagages doivent être réduits à leur plus simple expression. Nous n'emportons que le strict nécessaire*
La ration pour les troupes de T avant est fixée à quatre cents grammes de biscuit au lieu de cinq cents ; la boîte de viande de conserve sera répartie entre douze hommes au lieu de quatre. Nous comptons heureusement rencontrer un gibier qui n^est pas rare ici : le bœuf sauvage.
Nous irons comme nous pourrons et nous vivrons de ce que nous trouverons, si les provisions sont épuisées.
Le lieutenant-colonel Pognard reste à Andriba avec tous les indisponibles. 11 ne nous rejoindra plus tard, à son grand regret, qu'à Tananarive.
La colonne légère comprendj outre les troupes d'artillerie, du génie, les convois et les débris de Tescadron de chasseurs d'Afrique ; i* le régiment d'Algérie à
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trois bataillons ; 2" le 3' bataillon du 200*, sous les ordres du général Metzinger; 3' le 13* régiment dlnfanterie de marine à deux bataillons ; 4' le régiment colonial à deux bataillons, sous les ordres du général Voyron,
Au bivouac, notre nourriture actuellement ne varie guère : le matin plat de riz, le soir julienne etharîcotSj quelquefois des pois cassés et des lentilles. Voici notre dernier menu à Andriba, table des officiers : soupe au pain de guerre ; viande de bœuf ; haricots à la graisse ; purée de patates ; épinards (ces épinards sont des feuilles de patates)» Thé et tafia.
Peu de mercantîs ont dépassé Saberbie ville.