CHAPITRE U
MAROVÔAV,
Le ds^^'jarquement i Majunga. — Premîfefe étape. ^- La roote. — Miadana, — Fatiguer et privations, — L^attaque de Marovoay. — Les incendiaires. — - Reconnaissances. — Terribles moustiques. — Combat d'AmbadimontO. — Préparatifs de départ.
-2^ avriL ~ De bonne heure commence le débarquement du matériel et des chevaux. Les tirailleurs reçoivent les armes à eux destinées qui se trouvaient à bord du navire. A deux heures seulement, le premier canot nous transporte à terre, les embarcations se succèdent et vont échouer sur le sable, car il n'y a ni ponts, ni jetée, ni quais* Mes grands diables de soldats sautent en riant dans la mer et ne craignent pas de prendre un bain de pieds* Chaque compagnie ^ dès qu'elle estforn •' ?, se dirige vers le camp assigné au régiment d'Algérie . Je reste sur la plage jusqu'à la fin du débarquement, A cinq heures et demie, conversation avec le colonel
Oudri, qui a reçu les instructions du général Metzinger.
Première impression : étonne ment du désarroi, du manque d^organisation qui se manifeste un peu partout ; mais baste I on se débrouillera.
A six heures, je me rends au camp. La plupart des hommes du bataillon sont déjà installés, tout heureux de se dégourdir les jambes après une longue traversée. Les tentes ont été vite dressées.
Mon bagage n^est pas là; on le cherche vainement. En attendant, je dine d'un morceau de viande froide arrosé d*eau sale; à grand'peine enfin, j'obtiens du thé; mais ni ma tente ni mon lit n*arrivant, je me résigne, très fatigué j à coucher à la belle étoile, couvert par une moustiquaire, sur une bande chinée. Le sol est dur.
3^ avril. — Journée de surmenage. Pas une seconde de repos depuis la première heure. On presse le débarquement des bagages. Nous devons entrer en campagne le soir même* On touche à Majunga les derniers ustensiles de campement et des vivres pour trois jours.
Ordre du général : deux compagnies, les 5* et 6* et le premier peloton de la 7', sous les ordres de M. Blondel, partiront à cinq heures pour Marovoay, dont l'attaque se prépare.
Le deuxième peloton de la 7* ne se mettra en route que le lendemain; il escortera les bagages.
La 8* compagnie tiendra provisoirement à Majungaj où demeurera également jusqu'à nouvel ordre l'oflScier payeur, M. Thiel, gsirde-magasin.
A l'heure dite, nous sommes en marche, les hommes n'ayant pas mangé la soupe, les cartouches n^étant qu'à moitié distribuées, les vivres pas distribués du tout, quelques hommes incomplètement équipés.
Le chemin à suivre est atroce et si mal indiqué que le détachement conduisant les mulets, parti après nous, s'égare dans les ravins et dans les marais. Des animaux tombent et s'embourbent ; ilfait nuit noire. Enfin, à minuit, tout le monde est arrivé au camp, à six kilomètres à peine de Majunga,
Quel gâchis causé par un départ aussi précipité, avec ordre d'aller de l'avant quand même, sans se soucier ni des hommes ni des animaux! Heureusement, tous mes soldats ont fini par rejoindre. Nul ne s^est noyé ni embourbé, comme je le craignais. L'appel est fait, aucun manquant. Ni soupe, ni café.
A une heure du matin, n'ayant pas encore reçu ma tente, je m'enveloppe dans mon caoutchouc, la tête dans le capuchon, et je m'étends, de même que la veille, à la belle étoile.
26 avril. — Nuit dure et courte* Réveil sonné avant le lever du jour. Pas de café. Les hommes sont fatigués avant de faire un pas; ils ont mal dormi. Nous devons
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camper le soir à Marohogo , à dix -huit kilomètres.
Le bataillon se met en marche sans entrain; il faut réveiller le moral du soldat. A Amparihigindro, nous rencontrons un poste de tirailleurs sakalaves. Après une courte halte, j*apprends que le convoi ne peut suivre et reste fort en arrière. Je dois moi-même retourner sur mes pas afin d*activer le mouvement. Quelques traînards tirent la j^nbe. Plusieurs tirailleurs tombent j comme foudroyés par la chaleur. On les charge à dos de mulet. Cette étape est des plus pénibles.
Enfin, à midi, le camp est installé*
Dans la soirée, on m'avertit qu'un soldat muletier s'est perdu. Les clairons sont envoyés à sa recherche avec des lanternes- Ils le retrouvent et le ramènent.
2f avril. — Départ à six heures. Route assez bonne le long de la mer, dont le voisinage est agréable. L'air est plus frais que la veille. Nous respirons*
A neuf heures, après avoir franchi douze kilomètres environ, nous parvenons àTancien Rouve ou fort hova d * Ambohîtr om bikeby , abandon n é par T enn e mi ( i ) .
Nous chassons aux alentours du camp. Je tue deux échassierSj gibier détestable. Soirée morne.
28 avril. ~ En route à six heures pour Mevarano. Route affreuse, dont une partie seulement a été cou-
(0 Rova oa Rouve^ posta hova fortifié.
stniite par le génie. Les marais qui barrent le chemin sont dangereux. Nous arrivons sans encombre à l'étape à neuf heures et demie. Distance parcourue : quatorze kilomètres.
Le deuxième peloton de la 7* compagnie ^ qui s'est rendu à Mevarano avec le convoi administratif de la brigade par une autre route, a déjà établi son camp,
La fatigue est extrême.
Après les distributions, repos.
2ç avril. — Le poste de Mevarano, autour duquel nous sommes campés, avait été enlevé, au mois de mars, par le 3* bataillon du régiment d'Algérie, commandant Debrou, après une courte résistance de l'ennemi, qui abandonna trois gros canons. Il a pour garnison un détachement de tirailleurs sakalaves et un détachement d'infanterie de marine (i).
Les boutres venant de Majunga chargés de vivres abordent au petit appontement de Mevarano. Le ravitaillement sur ce point est donc facile.
Journée chaude, les amateurs de chasse sont rares. Nous péchons à la cuiller. Le chef d'état-major de la brigade est le roi de la pèche ; il a pris un très beau poisson.
30 avril. — Notre petit corps d'armée — il com-
(i) Détachement du bataillon du commandant BeLîn, venu de Diego-Suarez à Majunga.
prend maintenant de rartillerie — se rapproche de Marovoay, ou notis livrerons sans doute notre premier combat,
Je pars avec l'avant-gardei que forme le premier peloton de la 6* compagnie — capitaine Cas tel — à cinq heures vingt*
A cinq heures trente-cinq suit le deuxième peloton ; puis vient l'artillerie, la 7" compagnie et un peloton de la 5', enfin le convoi. Le second peloton de la 5' fait le service d^ escorte et d'arrière-garde, sous les ordres du capitaine Pradal,
Nous sommes à Antanalamanaco à huit heures et demie* Halte, Des hommes partent à la recherche d'une fontaine ou d'un cours d'eau, mais n'en découvrent pas. En route 1 Arrivée à Miadana, qui est peu éloigné, à neuf heures vingt-cinq. Grand village d'environ cinquante cases.
Lorsque nous y entrons, trois coups de feu partent d'assez loin sur la gauche de la colonne. La compagnie Castel se déploie et reconnaît le terrain j elle ramène un prisonnier.
Dans le village, une case est en feu- La 7* compagnie pousse jusqu'à sept ou huit cents mètres sur la gauche. Le peloton de la 5" est en soutien d'artillerie, il dépasse Miadana et prend position ; mais les Hovas ne se montrent pas.
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Les hommes s'installent au cantonnement dans Miadana; chacun prend place tant bien qne mal dans une des cases, La 5' compagnie est en grand'garde. Dans la journée, un incendie éclate; mes soldats ont raison du feu à coups de hache et de gros bâtons*
La soirée est calme. Nous attendons des ordres pour le lendemain.
/" mat. — ' Le camp est levé à six heures» Nous devons occuper dans la Journée Andranoîava. La 7' compagnie est d'avant-garde. En arrivant au village, à neuf heures I elle reçoit quelques coups de feu, auxquels nous ne répondons même pas. Des patrouilles sont envoyées à droite et à gauche^ et jusqu'au bord de TAndranoIave, que nous devons franchir.
Halte et repos de neuf heures et demie à deux heures*
Les hommes, qui, depuis plusieurs jours, ont supporté fatigues et privations, se répandent dans les maisons et y découvrent des provisions et des bandes de volailles» Allez donc, en de pareilles conditions, empêcher le chapardage !
La chasse aux oies, poules, canards^ dindons, commence, et ^lle est des plus fructueuses. L*ordinaire, enfin, s^emichit de manioc et de riz, Cest, pour nos tirailleurs , une bombance inespérée ; m alheureu sèment , quelques-uns ont mis la main sur des bouteilles
d'alcool et se sont empressés de les vider, sans le moindre souci des prescriptions du Coran. Je menace les ivrognes des punitions les plus sévères ; mais il est déjà trop tard pour certains, complètement gris,
A deux heures, ordre du général Metzinger de passer la rivière. Un pont a été construit au moyen de pirogues enlevées â l*ennemi et des matériaux enlevés au village. Les bagages passent les premiers^ puis les hommes, les animaux passent à la nage. Tout est terminé sans accident à quatre heures et demie. Le camp est établi en forme de redan. Nous sommes assez fortement et bien installés.
La 6' compagnie a laissé une section, celle du lieutenant Augey-Dufresse, au village j pour garder la tête de pont. Deux sections sont en grand*garde<
Je me faisais un plaisir d^aller me coucher de bonne heure quand^ tout à coup, le feu éclate sur notre front. Nos hommes gardent un sang-froid parfait. Personne ne riposte sans ordre à cette fusillade lointaine et mal dirigée, qui ne tarde pas à s'éteindre. Elle nous avertit, toutefois, que nous sommes dans le voisinage de Tennemi, et que Ton ne saurait trop se bien garder*
Autre alerte : la marée, très forte, menace d'enlever le pont. Dans la soirée, la section Augey-Dufresse est rappelée et transportée sur la rive au village par un boutre qui apportait du pain à la colouue.
Je couche encore à la belle étoile. Nuit atroce. Nous sommes dévorés par les moustiques.
2 mai, — Réveil à trois heures et demie, départ à quatre heures et demie. Il fait encore nuit noire lorsque nous marchons sur Marovoay ; avec quelle impatience ! Enfin, nous allons donc combattre et rencontrer Tennemi. Les étapes sont terriblement longues dans ces marécages. La canonnade réveillera ceux qui commencent à perdre le feu sacré.
Marovoay nous a été représentée comme une ville assez importante où les Ho vas, jusqu'alors fuyards, se défendront énergiquement. Leur chef répond au nom harmonieux de Ramasambahaza. Les soldats l'ont déjà baptisé : « Ramasse-ton-bazar. »
Une de mes compagnies, la 7% est détachée à la garde du convoi ; j'ai donc sous mes ordres les 5* et 6", la 8* étant toujours à Majunga. Notre colonne expéditionnaire, placée sous le commandement du général Metzinger et destinée à ouvrir la voie au corps du général Duchesne, comprend, en outre, le 3" bataillon du régiment d'Algérie, les tirailleurs sakalaves et l'infanterie de marine du commandant Belin ; enfin, nous sommes appuyés, du côté du fleuve, par la flottille et les compagnies de débarquement, sous les ordres du capitaine de vaisseau Bienaimé.
Après deux heures environ de marche lente à la file
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ind'enne, par des sentiers invraisemblables, nous débouchons dans une assez vaste clairière. A ce moment retentissent encore loin de nous les premiers coups de feu de la journée,
Mes deux compagnies s'arrêtent et forment les faisceaux j en attendant des ordres. Nous apercevons l'avant-garde , composée d^infanterie de marine et de Sakalaves, tiraillant près d^un petit village.
Halte de courte durée. Le bataillon se rassemble pour se porter en avant. L'ennemi nous voit et tire dans notre direction. Quelques balles sifflent autour de nous- Les tirailleurs font bonne contenance. Mes compagnies sont à peine formées qu'un soldat indigène de la 5* compagnie tombe mortellement frappé. Porté à Fambulance, il succomba quelques heures plus tard»
Nous avançons jusqu'à sept heures et demie ; la 5' compagnie est alors déployée, mais sans avoir Toccas ion de tirer. A neuf heures du matin, tandis que le combat continue, mon bataiUon n'a pas encore brûlé une cartouche. Nous sommes en face de crêtes sur lesquelles apparaissent des Hovas en nombre considérable. L'infanterie de marine, à notre gauche, s'avance pour les déloger. Après une halte, nous attaquons de notre côté . La 5* compagnie et un peloton de la 6*, sous les ordres du lieutenant Augey-Dufresse, dirigent sur l'ennemi quelques feux de salve.
Lis*
Pas entêtés, les Hovas! Ils ont bientôt lâché pied, et nous nous lançons à leur poursuite.
Nous occupons les crêtes abandonnées, puîs^ successivement, trois villages situés à Tentrée de la plaine coupée de marais (i). Les Hovas courent toujours. Deux feux de salve précipitent leur déroute.
Nous avons fait dans les villages trois prisonmerSj surpris les armes à la main ; ils seront conduits au quartier général ; tous trois sont nègres. Ces villages, que les Malgaches n*ont pas eu le temps de déménager, sont riches en volailles et en victuailles, en alcool aussi, hélas ! Les popotes s^approvisionnent. Un soldat m'amène une chèvre et ses deux chevreaux - Chaque escouade a fait main basse sur les poulets, dindons, canards de Barbarie, etc. Cependant, le mouvement en avant continue. La place de Marovoay est tournée, les défenseurs du Rova s'empressent de fuir avant d'être cernés. Nous assistons alors à une déroute générale de l'ennemi, qui se précipite dans les marais, tandis que le commandant Bienaimé, venu par le fleuve^ entre dans la ville et y plante le drapeau tricolore, que bientôt nous voyons flotter au sommet du Rova,
Le feu de l'infanterie a cessé à dix heures un quart, et celui de l'artillerie à dix heures et demie,
(i) Les villages d'Antouparabova, d*Antanimora et d^Amatanora..
Nous recevons l'ordre de ne pas pousser plus loin et de prendre un repos bien gagné, après une marche pénible j et de venir cantonner à M arovoayj dans le fort même, où nous pénétrons à midi et demi.
La ville j si on peut appeler ainsi une agglomération de cases presque toutes infectes, avait étéj en partie ^ abandonnée par ses habitants. Les vieux seuls sont restés^ ainsi que des Indiens, sujets de Sa Majesté lu reine Victoria, qui avaient arboré le drapeau britannique. Ces Indiens font le commerce de l'or,
La ville était, comme les villages des environs, bien fournie de vivres. Plusieurs cases ont été pillées par les troupes entrées les premières, et dont les soldats ont vidé les bouteilles d^alcool trouvées en quantité. On a même eu quelque peine à réprimer ce désordre.
La prise de Marovoay produit un excellent effet sur nos hommes, qui mépriseront désormais les Hovas; le prestige de ces derniers est déjà fort atteint en pays sakalave. Si l'ennemi avait bien tenu^ nous aurions certainement subi de grosses pertes devant cette place d'une défense aisée et d^un abord difficile.
Le vice-consul anglais ^ M- Schooti a suivi les Ho vas dans leur retraite; sa maison est occupée militairement.
Panni les objets ramassés un peu partout j on a découvert les effets de gala de w Ramasse-ton-bazar »
et une zagaie de commandement en argent donnée par la reine au gouverneur de Marovoay en 1841.
C'est un premier trophée, en réalité simple joujou.
Nos pertes sont légères : un tirailleur algérien tué, six blessés. Les Hovas, en revanche, ont perdu beaucoup de monde p'^r les feux de salve et les obus.
j mat\ — Repos complet; nos hommes sont très fatigués. La journée d'aujourd'hui les remettra. J'habite une case en bois assez confortable, c'est-à-dire que je m'y trouve à Tabri du soleil. Il n'y a dans mon logis ni vaisselle, ni meuble, ni lit-
Nos tirailleurs font de la soupe à la courge et au manioc et des ratas de volaille. Ils sont approvisionnés pour plusieurs jours.
Je descends du Rova dans le village baptisé bien improprement du nom de ville. On ne peut imaginer localité plus mal entretenue j plus sale. Dehors, on ne rencontre que des Indiens. Les curieux isont assez nombreux au bord du fleuve, où ils assistent au débarquement des boutres et aux ébats des caïmans, dont quelques-uns dépassent deux mètres de longueur.
Le, soirj la chaleur est vraiment déprimante. Le repos est d'autant plus difficile que nous sommes assaillis par les moustiques et les fourmis rouges.
Une compagnie du bataillon, celle du capitaine PiU lûtj reçoit Tordre de rejoindre la colonne envoyée en
reconnaissance et à la poursuite de T ennemi sous le commandement du lieutenant-colonel Fardes.
^ mai. — Nuit sans sonimeiL Aujourd'hui, encore repos. Le bataillon, cependant, fournit quelques patrouilles destinées à réquisitionner des vivres dans les villages voisins; tout est payé aux indigènes.
Le soir, à neuf heures, alerte causée par des incendies qui éclatent au bas du Rova. Plusieurs détachements surprennent et dispersent sans peine des incendiaires. Un de ces derniers a été arrêté.
^ mai. — La clialeur est toujours forte et semble plus pénible encore pendant la nuit. Les reconnaissances autour de la ville ne découvrent rien,
Un incendiaire de la veille est amené au camp ; trois témoins le reconnaissent. Ordre de le fusiller. Cet homme est conduit par douze tirailleurs, sous les ordres de Tadjudant Poinsol, jusqu'au lieu de Tincendie, et passé par les armes, en présence des témoins et d4ndigènes.
Des boutres arrivent de Majunga^ porteurs de denrées et objets divers. Les premiers mercantis s^établissent à Marovoay et nous vendent aussi cher que possible leurs marchandises.
La section du lieutenant Grass part à neuf heures et demie en reconnaissance, avec quatre jours de vivres,
^ mai, — Affreuse nuit. Les fourmis rouges noua
dévorent littéralement. Grand ennui. Je suis presque seul au Rova. Mes compagnies expéditionnent un peu partout, chacune isolément. Il ne reste, à Maro%^oayj à ma disposition 1 que cinquante hommes, La 6" compagnie est partie en reconnaissance à Marolambo, sous les ordres du capitaine d^état-major Mirepoix,
Le colonel Oudri, qtd commande le régiment d'AïgériCf est allé jusqu^à Bevoasango,
7 mai. — Incident de la journée : Quatorze prisonniers, faits par Tinfanterie de marine, entrent le soir à Marovoay, escortés par une section de ravitaillement. Un de ces prisonniers, méchant nègre, qui ne veut pas marcher et se jette sur les soldats, est fusillé* Les autres malheureux sont hideux, d^une saleté repoussante et couverts de plaies syphilitiques.
On a entendu, dans la journée ^ plusieurs feux de salve, ceux de la colonne Fardes qui opère aux environs (i),
S mai. — Nous demeurons toujours àMarovoay. La
(1) La colonne Pardcs donna la chasse aux Hovas réfugiés an sud-est de Marovoay ; après une marche des plus pénibles et des mieu3C dirigées en pays inconnus, et malgré une chaleur torride, elle rencontra Tennemi de beaucoup aupêrienr en nombre, près d'Ambodimang:!^ le bouscula, le dispersa à la baïonnette et lui enleva un canon Krupp. (Voir plus loin.)
Douze tirailleurs sakalavcs et un lieutenant, M. Forestoo, furent blessés dans cette rencontre, à la suite de laquelle lea dernières bandes ho vas s'éloignèrent de Marovoay.
38 CARNEt DE CAMt^AGNÊ
plupart de mes officiers sont partis en reconnaissance.
La principale de ces reconnaissances, lancée en avant sons les ordres du capitaine Mirepoixj a spécialement pour but de s'assurer de la viabilité de la région, Les officiers qui y ont pris part disent que le pays est difficilement accessible. Ravin s ^ cours d'eau, marécages ban eut le chemin. Mes tirailleurs ont fait preuve d^ endurance pendant la marche ; ils ont improvisé des ponts, élargi la voie, traversé deux forêts*
Trois hommes, atteints de fièvre, sont portés par des coolies à Tambulance*
A Marovoay, le général Metzinger décrète la formation d'une police. Le premier chef de cette police française est un simple soldat de la légion étrangère, nommé F oui on eau, qui parle le malgache et a habité cinq ans Tananarive. Dix nègres sont placés sous sa direction* Par ordre de cette nouvelle police, les Indiens doivent procéder sans retaid au nettoyage de la ville ^ laquelle n'était qu*un ignoble cloaque.
ç mai. — Arrivée à Marovoay du courrier de France nous apportant les premières lettres envoyées depuis notre départ* Des journaux, paquets, vêtements, provisions annoncés sont restés en route.
Tout le bataillon est employé, du matin au soîr^ à diverses corvées*
lo mai. — Chaleur étouffante. Nous ne savonâ
encore à quelle époque nous quitterons Marovoay. Chaque jour, corvées de plus en plus nombreuses et pénibles. Dès le matin, les tirailleurs descendent du Rouve et sont employés souvent assez loin à des travaux de terrassement ou de débarquement. Ils ont aujourd'hui déchargé des boutres et hissé au Rouve, par un sentier presque à pic, le matériel d'ambulance,
Le chiffre des malades grossit.
Deux des prisonniers ho vas, ramenés ces jours der* nier s, sont morts, littéralement pourris,
11 mai, — La 5* compagnie du bataillon a été dirigée sur Amparilava, où elle rejoindra la colonne Fardes avec vingt-huit mulets et quatre jours de vivres. L'adjudant Hidoux, qui commande le convoi, rentre le soir et ramène un canon pris aux Hovas et six malades fiévreux, tombés en route et incapables d'aller plus loin*
La !'• compagnie du régiment, du bataillon fourni par la légion étrangère, se met en route pour être occupée à la construction de ponts et ponceaux sur le chemin ou sentier de Tananarive.
L'ambulance de campagne n* i s'installe au Rova et prend possession de ma case.
Nous espérons ne plus moisir à Marovoay,
12 mai, — Il paraît que nous serons encore maintenus quelques jours ici. Je me décide à m'installer a chez moi (!) » plus confortablement, car la vie est vraiment
atroce en compagnie des founnis rouges, de plus en plus voraces, si atroce que je quitte ma case et que je place mon lit sur une table. Les fourmis montent à Fassaut et Tenvahissent, Il me vient alors une idée géniale : je pousse la table vers une flaque d*eau et je me couche sur ce ponton de mon invention. Malheureusement, les moustiques ne me font pas grâce, pas plus le jour que la nuit. Je me décide alors à acheter de la mousseline et à faire fabriquer une moustiquaire; l'appareil j hâtivement construit, ne vaut rien. Je descends alors au village indien, où je trouve sans peine une moustiquaire toute faite et vraiment protectrice. Les rues de Marovoay ont été baptisées. Elles portent tout simplement comme noms les numéros des corps qui ont pris part à Tattaque de la place.
/j mai. — Les prisonniers ho vas sont toujours nos hâtes. Les pauvres diables font pitié. L'un d'eux est mort de pourriture- C'est le troisième qui succombe aussi hideusement.
Aujourd'hui, cinq boucs ont été distribués au bataillon. Deux sont remis par mon ordre aux prisonnierSi qui s'empressent de les décapiter. Pour compléter le repas, je donne un demi-pain à chaque Hova et des galettes de pain de guerre. Ces pauvres bougres me témoignent, à leur façon, de la reconnaissance.
Demain, partira le gros de la colonne. Je dois rester
avec deux compagnies à Marovoay jusqu^à Tarrivée — très prochaine — du 40' bataillon de chasseurs à pied.
14 mai. — Aujourd'hui, vers sept heures et demie du matin j nous entendons une vive fusillade au sudest. On apprend dans la journée que la colonne Fardes a rencontré Tennemi. Voici ^ d'après un officier, le récit de Faction. Le commandant Pardes avait aperçu une avant-garde ennemie passant un gué^ il se porte à sa rencontrCj dissimulé par une colline; cette côte est rapidement franchie, et nos soldats, en arrivant au sommet, se trouvent presque face à face avec l'ennemi; ils déchargent leurs armes à bout portant, ou peu s*en faut, et se jettent à la baïonnette sur lea Ho vas surpris et bientôt en déroute. Ces derniers ont laissé soixante cadavres sur le terrain.
Les Ho vas ont repassé la rivière et se sont reformés de r autre côté, sur une hauteur. Le lieutenant-colonel Pardes s^est borné, par ordre ^ à conserver la position enlevée; il ne doit s'engager plus avant qu'après avoir opéré sa jonction avec le colonel Oudri.
75 mai. — Corvées habituelles. A cinq heures, départ de la 6" compagnie, capitaine Castel, pour Amparilava, où elle doit coucher et se mettre, dès la première heure, à la disposition du lieutenant-colonel Pardes •
16 mai, — De bon matin, un convoi de ravitaillement part de Marovoay à destination de la colonne
Pardes, Ce convoi ramènera les blessés du dernier combat. Il est accompagné par le médecin de réserve Lacaze, qui connaît à fond le pays, ayant habité Suberbie ville pendant plus de trois ans.
Le convoi rentre dans la journée* Deux des blessés ont la cuisse cassée; deux ont la poitrine traversée. Un seul est en danger de mort.
Le lieutenant Foreston, des tirailleurs sakalaves, n^est pas grièvement atteint ; il doit la vie à son revolver. La balle tirée sur lui a brisé la crosse et le chien de ce revolver, et a (ait un séton dans le bas des reins.
Cette affaire du 14 est la plus sérieuse depuis le commencement de la campagne.
Mon bataillon envoie vingt hommes à cinq heures vers le poste de l'Andranalove, pour y ravitailler un détachement du génie.
Grand mouvement à Marovoay,
La compagnie Giraud, restée à Majunga après notre départ j rejoint le bataillon j enfin arrivent le 40" chasseurs à pied et le 200* de ligne. Ces troupes, bien que très fatiguées, n'ont pas mauvais aspect,
A cinq heures, concert par la fanfare du 40' batail- /on; elle joue la Marche des zouaves ^ et je ne T écoute pas sans émotion (1).
(i) Le commandant Lentonnct avait^ on le sait, lon^teinps servi AU 4* zouaves.
ÙV LlEUTENANt-COLONÊL LENTONNEÎ 43
77 maù — Derniers préparatifs. Nous touchons vivres et cartouches ; les cantines sont préparées. Nous passerons demain à la première heure la rivière de Marovoay. Nous cédons à une compagnie du 200', dépour\nie d^une partie de ses bagages , une de nos cantines de popote. A charge de revanche !
La section Grass, de la 5' compagnie, qui avait été envoyée à Ambouhibary , rentre au bataillon. Elle comprenait trente-huit hommes, a fait un service de garde et de patrouille très dur et n*a pas été engagée avec Tennemi.