T. 1 •. ? 1 1 -.T ^ 1 . . , le gouvernement
culieraux habitants de la Vera-Gruz, que le gouvernement institue formé
par le général Almonte sans le concours de la nation, n'a d'aucune P^"" ',« général manière 1 approbation de 1 intervention française.
218 l" PARTIE. CHAPITRE V.
4862. ce Le général Almonte aura donc :
"" ï 1° A dissoudre le ministère qu'il a créé.
« 2° A s'abstenir de promulguer aucune loi ou aucun décret. « 3° A quitter le titre qu'il a pris de chef suprême de la nation, se bornant de la façon la plus stricte à exécuter les instructions de l'Empereur, qui sont de procéder par tous les moyens possibles à l'organisation de l'armée mexicaine avec tous les autres généraux mexicains qui se sont joints à notre drapeau <*^ »
Mais en même temps, pour empêcher les ennemis de l'intervention de prétendre que l'indépendance et l'autonomie mexicaines étaient menacées, il fit hisser le drapeau mexicain à côté du drapeau français sur la maison de ville de Vera-Gruz,
« Le chef suprême intérimaire » était, comme on le voit, traité avec assez peu de façons ; on commençait à se rendre compte de son impuissance et du tort qu'il avait fait à l'influence française. Cependant ses actes gouvernementaux, ayant toujours été concertés avec le ministre de France, en bonne justice, M. de Saligny aurait dû en partager la responsabilité.
Proclamation En arrivant au Mexique, le général en chef, conformément aux ordres de l'Empereur, avait fait publier la proclamation suivante :
« Mexicains,
« L'empereur Napoléon, en me confiant le commandement de la nouvelle armée qui va bientôt me suivre, m'a chargé de vous faire connaître ses véritables intentions,
« Lorsqu'il y a quelques mois, l'Espagne, l'Angleterre et la France, subissant les mêmes nécessités, ont été amenées à se réunir pour la même cause, le gouvernement de l'Empereur n'envoya qu'un petit nombre de soldats, laissant à la nation la plus outra-
<') Journal de Vcra-Cruz , 1"' octobre. — Documents du ministère de la marine.
gée la direction principale dans le redressement des griefs com- ^S&2.
muns. Mais, par une fatalité difficile à prévoir, les rôles ont été ~
intervertis, et la France est demeurée seule à défendre ce qu'elle croyait l'intérêt de tous. Cette nouvelle situation ne l'a pas fait reculer.
« Convaincue de la justice de ses réclamations, forte de ses inten. lions favorables à la régénération da Mexique, elle a persévéré et persévère plus que jamais dans le but qu'elle s'est proposé.
« Ce n'est pas au peuple mexicain que je viens faire la guerre, mais à une poignée d'hommes sans scrupule et sans conscience, qui ont foulé aux pieds le droit des gens, gouvernent par une terreur sanguinaire, et, pour se soutenir, n'ont pas honte de vendre par lambeaux à l'étranger le territoire de leur pays.
« On a cherché à soulever contre nous le sentiment national, en voulant faire croire que nous arrivions pour imposer à notre gré un gouvernement au pays; loin de là, le peuple mexicain, affranchi par nos armes, sera entièrement libre de choisir le gouvernement qui lui conviendra; j'ai mission expresse de le lui déclarer.
« Les hommes courageux, qui sont venus se joindre à nous, méritent notre protection spéciale , mais, au nom de l'Empereur, je fais appel, sans distinction de parti, à tous ceux qui veulent l'indépendance de lear patrie et l'intégrité de son territoire. Il n'entre pas dans la politique de la France de se mêler, pour un avantage personnel, des querelles intestines des nations étrangères; mais lorsque par des raisons légitimes elle est forcée d'intervenir, elle le fait toujours dans l'intérêt du pays où son action s'exerce.
« Souvenez-vous oue partout où flotte son drapeau, en Amérique comme en Europe, il représente la cause des peuples et de la civilisation.
« Vera-Cruz, le 20 septembre. »
Peu de temps après son arrivée à Orizaba, le 3 novembre, le général en chef jugea utile de caractériser de nouveau •
la politique française en publiant une seconde proclamation :
« Mexicains,
* A la lecture de la proclamation qu'à mon arrivée dans votre pays je vous ai adressée, vous n'avez pas pu vous tromper, et vous avez reconnu la main de l'Empereur ; lui seul possède le secret de dire tant et de si belles choses dans un style aussi noble que net.
« Mais aujourd'hui que j'ai vu assez de votre pays pour vous
dire mes impressions, laissez-moi vous les exposer brièvement et avec la simple franchise d'un soldat qui, je vous le répète, et quoi que puissent vous dire des écrivains de mauvaise foi, ne vient pas faire la guerre au peuple mexicain, mais à un gouvernement dont la triste situation de votre pays prouve à l'évidence l'incapacité à faire le bien.
« Que voit-on en effet dans vos villes? des bâtiments en ruine, des rues impraticables, des eaux croupissantes et viciant l'air; que sont vos routes ? des fondrières, des marécages où chevaux et voitures ne peuvent passer sans danger. Qu'est-ce que votre administration ? le vol organisé ; ceux qui sont chargés par leurs fonctions de faire rendre justice à leurs concitoyens, sont parfois les premiers à les molester dans leurs personnes et dans leurs biens. Les préposés à la rentrée des impôts ne remplissent le plus souvent les caisses de l'état qu'après avoir rempli leurs poches.
« L'agriculture peut-elle être encouragée lorsque le cultivateur est à peu près certain de se voir enlever le fruit de son travail?
« Le commerce, les arts, peuvent-ils fleurir quand de toutes parts, et depuis longues années, retentissent des cris de guerre?
Œ N'avez-vous donc recouvré votre indépendance, après tant de sang répandu pour un si noble but, que pour en faire un si déplorable usage, et n'est-il plus dans ce pays, favorisé du ciel sous tant de rapports, de véritables patriotes comprenant que cette noble nation est exploitée depuis trop longtemps par quelques ambitieux, qui dépensent dans des luttes fratricides toutes les forces vives du Mexique ?
« Oui, je vous le dis avec douleur et avec tous ceux qui voient la triste situation de votre pays, vous courez à votre perte et vous n'avez plus qu'un pas à faire pour tomber dans un abîme qui engloutira votre indépendance et vous replongera dans la barbarie^ si vous ne faites un pas en arrière. Faites-le donc ce pas,, quand la Providence vous en offre une occasion peut-être unique.
« La France vous envoie une armée, modèle d'ordre et de discipline, quoi qu'ait osé écrire le contraire une presse odieusement calomniatrice ; elle vient vous aider h vous constituer en une nation riche, puissante, libre de cette vraie liberté qui ne marche pas sans l'ordre, en une nntion que toutes les autres puissent reconnaître comme civilisée. Cette armée vous aidera à constituer un gouvernement honnête, probe, qui n'emploiera que des agents honnêtes et probes comme lui. Alors les finances de l'État seront le bien de tous, et non de quelques-uns; elles serviront, au lieu d'enrichir quelques ambitieux, à payer une armée régulière capable de main-
tenir l'ordre dans le pays, et de protéger au lieu de détruire la 1862.
fortune privée, elles serviront à ouvrir des voies de communication ""
comme en Europe, afin de faciliter les relations commerciales qui font la prospérité des peuples ; elles serviront à réparer vos routes, vos ponts, vos monuments, à entretenir vos villes mal éclairées, mal pavées.
« Tout cela ne vaut-il pas la peine d'y réfléchir? Que tous les Mexicains, à quelque parti qu'ils appartiennent, se donnent la main pour oublier de vieux ressentiments et travailler en commun à la grandeur de leur patrie. C'est à l'ombre du drapeau français qu'ils peuvent obtenir ce résultat, car ils se souviendront de ces belles paroles de l'Empereur : « Partout où flotte ce drapeau, il représente la cause des peuples et de la civilisation. »
Cette proclamation ne fut pas approuvée en France, et le ministre de la guerre « crut devoir donner au général Forey le conseil de ne pas faire abus des proclamations » (*).
Le général Zarasjoza était mort au mois de septembre et , Ec^iange
^ o -t^ (le lettres entre
avait été remplacé dans son commandement par le général le généra onega Ortega. Des rapports, qu'on avait lieu de croire exacts C"^), i'^ s'^^érai Forey. avaient fait supposer que le nouveau commandant en chef de l'armée mexicaine, « convaincu que l'intervention française pouvait seule mettre un terme aux maux du pays », ne serait pas éloigné d'entrer en négociations avec les représentants de la France.
Le général Ortega ayant renvoyé à Orizaba deux prisonniers français, restés depuis le 5 mai dans les hôpitaux de Puebla, le général Forey, en le remerciant de cette courtoisie, lui adressa copie de sa proclamation au peuple mexicain. Il lui écrivit, en même temps, que « s'il lui répugnait de correspondre, même pour un motif d'humanité, avec le gouvernement mexicain qui,îà en juger par sa conduite, en ignorait les lois, il n'éprouvait au contraire aucune répul-
(ï) Lettre du ministre au général Forey, 30 décembre. <*) Note du commandant Capitan, datée du 8 novembre.
222 f ^ PARTIE. CHAPITRE V.
^862. sion à répondre par une lettre politique à la délicate attention du général Ortega, qu'il estimait comme un brave soldat et ne confondait pas avec le gouvernement qu'il servait. Il lui exprimait le regret de voir que sa vaillante épée ne fût pas au service d'une .cause plus digne de sa pairie » (*).
Le général Ortega renvoya lettre et proclamation, s'excusant, en termes polis du reste, de ne pouvoir laisser d'une manière officielle dans ses archives des documents de pareille nature. « Citoyen libre et indépendant, éloigné jusqu'alors du métier des armes, il était venu, de centaines de lieues, offrir l'appui de son épée au gouvernement actuel, parce que ce gouvernement était celui que les peuples de la république s'étaient donné d'eux-mêmes, qu'il était l'émanation de la démocratie mexicaine et qu''il importait autant de le défendre que de soutenir l'autonomie et les droits de la patrie.
« Quel que soit le terrain sur lequel la question diplomatique soit placée par les événements militaires , disait le général Ortega, la personne qui représentera la France sera tôt ou tard obligée de s'entendre avec ce gouvernement, qui seul a reçu de la nation des pouvoirs pour la représenter. Que semblerait au général Forey, si en lui adressant une communication courtoise à l'égard de sa personne, j'insultais le gouvernement de Napoléon III ? Verrait- il mes phrases avec indifférence? et cependant de ma part il y aurait quelque justice, puisque le sol de ma patrie est envahi par les armes françaises »
En terminant il exprimait l'espoir de voir « le général Forey comprendre, que les véritables intérêts de la France n'étaient pas de s'unir à quelques mécontents pour renver-
(*) Le général Forey au général Ortega, 10 novembre i862 (d'après le teite espagnol publié par le gouvernement mexicain).
ser un gouvernement soutenu par l'opinion presque una- ^862. nime des peuples du Mexique et pour faire la guerre à une nation qui conservait les plus grandes svmpathies pour la France libérale et progressiste » (^).
L'intervention française ne ralliait pas, en effet, de nom- Pénurie
d6S vivrGs 6t des
breux partisans ; l'armée restait dans un isolement absolu, transpons. les populations des villes occupées par les Français souffraient considérablement de l'état de guerre; elles voyaient leur commerce ruiné, leurs ressources, taries; on était obligé d'y payer à un prix excessif les objets de première nécessité. Quels étaient donc les bienfaits de cette intervention, qui s'annonçait avec de si belles promesses? Les plus mauvais jours des guerres civiles n'avaient pas été si durs.
Toute la zone comprise entre Orizaba et Vera-Cruz était épuisée ; on avait de la peine à se procurer de la viande dans ces régions où les troupeaux abondent d'ordinaire ; l'ennemi les avait chassés dans la montagne ou retirés fort loin de la route et des postes français. Quant au blé, ce pays n'en produit pas, et les guérilleros pendaient les Indiens qui venaient de l'Anahuac apporter des provisions à Orizaba. La ration de pain, dans la fabrication duquel le maïs entrait pour moitié, n'était que de 600 grammes. L'intendance avait passé des marchés exécutoires à Puebla et à Mexico ; ce n'était pas le moyen de sortir des embarras présents ; il fallait donc toujours demander les approvisionnements à Vera-Cruz, et le nombre des voitures était si insuffisant que le général en chef ne crut pas possible de faire avancer ses troupes sur les hauts plateaux avant d'avoir assuré ses ravitaillements et s'être procuré une
(i) Le général Ortega au général Forey, 16 novembre. (Pièces publiées par le gouvernement mexicain.)
^1862. plus grande quantité de chariots et de mulets. Il pria le ministre de la guerre de lui en envoyer de France ; il donna l'ordre de faire d'importants achats aux Etats-Unis et aux Antilles ; enfin, il essaya aussi d'utiliser les ressources locales en se mettant en rapport avec les gens du pays.
Le général mexicain Lopez ayant pris l'engagement de livrer un millier de mules à Tampico si une troupe française occupait cette ville pendant quelque temps, le général en chef y consentit ; quelques autres expéditions moins importantes eurent également lieu, dans le même but, aux environs des postes français. En attendant la réunion de ces moyens de transport, le général Forey se résolut, malgré le danger du climat, à maintenir une grande partie de ses troupes à peu de distance de Vera-Cruz, afin d'en faciliter le ravitaillement.
Marche La brigade de Bertier fut envovée à Jalapa, centre d'un
de la brigade . ,. , . " . . ,
de Beriier sur pays quc 1 on avait lieu de croire moins appauvri ; quelques autres troupes suivirent aussi cette route, tandis que plusieurs régiments s'arrêtaient sur divers points de celle d'Orizaba. Le général de Bertier partit de Vera-Cruz, le 27 octobre, à la tête d'environ 5,400 hommes ('). Des forces irrégulières assez nombreuses, commandées parDiaz- Miron, avocat de Vera-Cruz, poëte plutôt que militaire, mais homme énergique et sincèrement attaché au parti de la réforme, tenaient plusieurs excellentes positions défensives. La première de ces positions, le Puente-Nacional, fut cependant occupée sans coup férir. Le général de Bertier s'y arrêta pour attendre un convoi de vivres, et laissant ses malades (211 hommes) dans une hacienda voisine, sous
(1) 7* bataillon de chasseurs, Sl^ et 62' de ligne, une Laiterie d'artillerie, un escadron du 12^' cliasseurs et quelques troupes d'administration. — Le général Forey au ministre, 25 novembre: — (Journaux de marche )
Jalapa.
la protection de quelques compagnies, il se porta de nou- ''*^62. veau en avant le 3 novembre.
Près du rancho de la Rinconada, des guérilleros embusqués dans les broussailles commencèrent à tirailler sur la tête de colonne et se retirèrent sans qu'on pût les atteindre ; peu après, la cavalerie alliée du colonel Figuerero, qui éclairait la marche, fut vivement ramenée par deux cents cavaliers mexicains. L'escadron de chasseurs, s'élançant aussitôt, aborda vigoureusement l'ennemi à l'arme blanche, lui fit tourner bride et le poursuivit pendant deux lieues. Quinze Mexicains restèrent sur le terrain, deux chasseurs furent tués et dix blessés.
Le lendemain, le général de Bertier fit attaquer la forte position du Cerro-Gordo que défendaient environ 3000 hommes et plusieurs pièces d'artillerie. La tête de colonne fut arrêtée au pied des hauteurs par une vive fusillade et plusieurs coups à mitraille, mais deux compagnies de chasseurs s'apprêtant à tourner la position, l'ennemi l'évacua précipitamment en abandonnant un obusier de montagne. La colonne française eut deux hommes tués et deux blessés.
Jalapa fut occupé sans autre résistance le 7 novembre ; la population de cette ville parut assez mal disposée pour que le général de Bertier jugeât prudent de faire camper ses troupes en dehors ; il ne s'installa dans l'intérieur que quelques jours après.
Tandis que s'effectuait le mouvement sur Jalapa, le gé- Opérations néral Bazaine avait envoyé de petites colonnes au sud deVcia-cmz. de Vera-Gruz, afin de dégager le cours inférieur du Rio Atoyac, d'éloigner les guérillas de la route d'Orizaba et
de chercher à ramener des bêtes de somme ou de trait
226 l'* PARTIE. — CHAPITRE V.
4862. et des bestiaux qui se trouvent en nombre considérable sur les bords des Rios Blanco et Atoyac et près des lagunes d'Alvarado. Le l^"" novembre, 300 guérilleros furent chassés de Medelin par une compagnie du 95' et les cavaliers de Stœcklin, qui traversèrent résolument le Rio Jamapa, sous le feu de l'ennemi, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture. Le 16 novembre, le 3*^ zouaves et un escadron de chasseurs d'Afrique s'avancèrent jusqu'à Alvarado que l'ennemi abandonna après avoir éloigné le bétail et encloué les canons. Le général Bazaine se disposait à faire continuer le mouvement jusqu'à Tlacotalpan, situé sur les bords du Rio Papaloapan, large et beau fleuve qui traverse une contrée fertile et que les canonnières peuvent remonter pendant plusieurs lieues, mais il en fut empêché par les ordres du général en chef qui lui prescrivirent de ne pas disséminer ses troupes et de ne pas les fatiguer dans des opérations accessoires. Le 3^ zouaves fut donc rappelé à Vera- Cruz (1).
Occupation Également daus l'espoir d'attirer et d'utiliser pour l'ar-
mée les ressources des pays qu'arrosent le Rio Atoyac et le Rio Blanco, un détachement avait été envoyé de Cordova pour occuper l'hacienda d'Omealca à six lieues au sud-est de Cordova, et dont le pont sur le Rio Blanco sert de débouché aux produits des terres chaudes du sud de Vera-Gruz. Quatre compagnies du l^"" zouaves, après avoir vigoureuse-
>1) L'opération sur Tlacotalpan ne fut pas abandonnée ; un détachement de 50 volontaires créoles, qui avait été envoyé à, Alvarado pour soutenir les cavaliers de Stœcklin, occupa Tlacotalpan le 6 décembre ; mais ayant voulu, avec l'appui de la canonnière la Sainte- Barbe, relancer les guérillas sur la rive opposée du Papaloapan, cette tentative échoua. Sept hommes furent tués et dix-huit blessés, dont plusieurs restèrent entre les mains de l'ennemi (11 décembre). Les guérilleros étant complètement maîtres du cours supérieur du fleuve, l'occupation de Tlacotalpan n'offrit aucun des avantages qu'on en attendait, et la ville fut évacuée le 22 décembre.
d'Omealca.
ment enlevé des barricades établies par l'ennemi au Penon, -1862. dans un défilé formé par des rochers et le lit escarpé du ~"
Rio Blanco, s'emparèrent d'Omealca le 13 novembre. Mais fidèles à leur tactique , les Mexicains établirent un cordon de surveillance autour de l'hacienda et arrêtèrent les marchandises, qui d'ordinaire prennent cette direction. Ce poste fut abandonné le 26 décembre, dès que commença le mouvement général vers les hauts plateaux.
L'expédition sur Tampico fut la plus importante de ces Expédition opérations préliminaires, destinées à faciliter l'organisation "^^ ampico. des transports.
Tampico est un port de fondation moderne, situé au nord de Vera-Gruz, à trois lieues de la mer, près du confluent des Rios Panuco et Taniesi, grands fleuves assez facilement navigables pendant 40 à 50 heues, mais dont l'embouchure est obstruée par une barre dangereuse, impraticable dans les mauvais temps et sur laquelle on ne trouve parfois que 2"°, 50 d'eau. Malgré cette circonstance défavorable, le port de Tampico, que des routes commerciales relient d'un côté avec San Luis Potosi, de l'autre avec Yittoria et Monterey, acquit rapidement une grande prospérité. Sa population s'éleva au chiffre de huit mille habitants, et le revenu de sa douane, considérablement augmenté depuis l'occupation de Vera-Gruz par les forces étrangères, constituait une des ressources les plus importantes du gouvernement mexicain.
Par suite du désir, trop scrupuleux sans doute, de ménager les intérêts des neutres et ceux de la population miexicaine, la croisière française avait l'ordre de se borner à arrêter la contrebande de guerre ; Tampico n'avait donc pas eu à souffrir d'un blocus exercé dans de telles
228 l"^* PARTIE. CHAPITRE V.
'isea. conditions et les navires de commerce français, auxquels l'accès du port était interdit par les autorités mexicaines ou qui n'y pouvaient entrer qu'à des conditions excessivement onéreuses, étaient seuls à supporter un préjudice. A défaut d'autre résultat, l'expédition projetée devait avoir au moins l'avantage de modifier cette singulière situation 0).
Le 81*^ de ligne fort de 1500 hommes environ, sous les ordres du colonel de la Canorgue, fut désigné pour cette opération dont l'amiral Jurien prit en personne la direction; il partit de Vera-Cruz le 17 novembre, avec dix bâtiments, afin d'avoir un nombre d'embarcations suffisant pour un débarquement de vive force. Le 22 novembre, les chaloupes, portant 1200 hommes, franchirent la barre et le débarquement s'effectua sans résistance. Tampico fut occupé le lendemain.
Le général Pavon, qui commandait la garnison ennemie, ne s'était pas trouvé assez fort pour défendre la ville, mais avec quelques centaines d'hommes, dont il disposait, il la cerna étroitement en attendant des renforts. La canonnière la Lance entra dans le Rio Panuco, elle en remont^ le cours pendant environ vingt-cinq lieues jusqu'à Panuco ; les guérilleros la saluèrent au passage de la Isletta par un feu violent de mousqueterie, qui ne lui fit du reste aucun mal.
Outre la Lance, l'amiral laissa dans le fleuve une chaloupe et deux yachts à vapeur ; les gros bâtiments se tinrent au mouillage de l'île Lobos prêts à embarquer les mulets promis par le général Lopez ; mais on s'aperçut bientôt que ce personnage ne serait nullement à même de satisfaire à ses engagements. Il aspirait à jouer un rôle poli-
'>*) Rapport du commandant du lierthollet, 28 ot-t.
tique, bien plus qu'il ne se préoccupait de venir en aide 1862. à l'armée française. Il s'était installé de lui-même alcade mayor de Tampico et dispensateur des revenus de la douane ; on disait qu'en les exploitant à son profit, il pourrait non-seulement payer à l'administration le dédit de son marché, mais encore réaliser d'importants bénéfices.
Le général en chef avait eu l'intention de limiter à un mois la durée de l'expédition ; ce délai allait expirer et les mules étaient loin d'être rassemblées ; il ne voulait cependant, à aucun prix, se priver de la coopération d'un de ses régiments en prolongeant l'occupation de Tampico. Dans le principe, l'amiral Jurien n'avait pas été favorable à l'opération , mais il trouvait que, puisqu''elle avait été entreprise, il fallait en tirer toutes les conséquences possibles; si la présence d'une garnison française à Tampico avait pour résultat de priver Juarez d'une notable partie de ses revenus et de favoriser des mouvements en faveur de l'intervention de la part des généraux Mejia et Moreno , qui se tenaient entre San Luis et la mer, il pensait qu'on n'aurait pas à regretter cette diversion. Sa correspondance avec le général Forey sur cette question est fort intéressante. Voici une de ses lettres :
Vera-Cruz, -10 décembre.
« Je ne puis nier, mon cher général, que je n'aie eu une tendance tr^s-prononcée à vous entraîner à une occupation illimitée de Tampico, mais soyez bien convaincu que je n'en ai laissé concevoir l'espérance à personne. Les habitants de Tampico ont su, dès le premier jour, que cette décision n'appartenait qu'au général en chef et que le général en chef n'avait à Tampico d'autre représentant que M. le colonel de la Canorgue. Vous savez, mon cher général, que j'ai toujours eu quelques doutes sur la prompte et fidèle exécution du contrat du général Lopez, mais j'aurais eu mauvaise grâce à élever des objections contre une expédition à laquelle
230 l" PARTIE. CHAPITRE V.
4862, VOUS teniez essentiellement. Je ne puis avoir d'autre rôle ici que de
"" travailler de mon mieux à seconder vos projets et croyez bien que
je le ferai toujours avec le plus sincère et le plus affectueux dévouement. C'est ce dévouement même qui m'oblige à vous représenter les conséquences d'une évacuation complète de Tampico, si avant de nous retirer nous ne laissions la place en mains sûres. Ni les négociants français, ni les Mexicains, qui se sont compromis en restant en contact avec les envahisseurs ne voudraient attendre le retour des libéraux. Nos bâtiments devraient donner asile à de nombreux réfugiés et l'effet moral d'une expédition, qui a si bien réussi jusqu'à présent, serait loin d'être avantageux à la cause de l'Intervention. Mais je le répète, il n'appartient qu'à vous de juger ce qu'il convient ou ce qu'il est possible de faire. Si vous laissez un détachement à Tampico, je l'appuierai de tous mes moyens. Si vous n'en laissez pas, je dirai atout le monde et je me persuaderai à moi-même que vous avez bien fait.
« Ayez confiance, mon cher général, dans mon loyal désir d'aplanir les difficultés contre lesquelles vous luttez avec tant d'énergie et permettez-moi d'oublier quelquefois la déférence que doivent m'inspirer vos longs et éclatants services pour ne me souvenir que de l'affection que vous m'avez si souvent témoignée. »
Le général en chef maintint l'ordre de faire revenir le 81® de ligne, il laissa toutefois à l'amiral la faculté de garder Tampico avec ses propres ressources et un détachement de trois compagnies d'infanterie de marine, c'est-à-dire environ deux cents hommes, qu'il mit à sa disposition. L'amiral crut d'abord cette combinaison possible, mais il se rendit bientôt compte des difficultés, pour une aussi faible garnison, de résister à un ennemi dont les forces s'accroissaient sans cesse. Le soin d'occuper et de défendre ce port eût été pour l'escadre une charge trop lourde. L'évacuation fut résolue (*). Le chiffre des troupes libérales qui entouraient Tampico s'élevait alors à près de 2000 hommes.
(U La marine avait déjà perdu 1200 hommes en gardant Vera-Cruz ; ces sacriûces ne pouvaient se continuer sans de grav<'s inconvénients. Les troupes de mer, pas plus que celles de terre, n'étant à l'abri du climat meurtrier des terres
Le colonel de la Canorgue, qui ne voulait pas se laisser i862. enfermer dans la place, avait fait sortir plusieurs reconnaissances. Le 21 décembre, une de ces colonnes eut à quelques kilomètres en avant d'Altamira une rencontre assez sérieuse avec l'ennemi.
Le 22 décembre, des canots portèrent un petit détachement d'environ deux cents hommes sur la rive droite du fleuve, afin de débusquer l'ennemi, qui avait pris position à Pueblo Viejo ; les embarcations s'échouèrent à une trop grande distance de la plage et, après une fusillade qui coûta deux tués et vingt blessés, il fallut donner le signal de la reiraile. L'expédition fut reprise le lendemain en débarquant sur un point un peu plus éloigné, mais les Mexicains quittèrent Pueblo -Viejo avant l'arrivée de la colonne française, pour y rentrer aussitôt après son départ.
Le 28 décembre, un engagement eut encore lieu au nord de la ville; ce fut le dernier, l'ordre d'évacuation était donné ; quatre cents habitants, qui avaient témoigné des sympathies
chaudes, l'amiral demanda au ministre de la marine la création, dans le plus bref délai, de bataillons coloniaux formés avec des hommes de couleur pris, soit au Sénégal, soit aux Antilles, sans quoi on serait exposé à voir les troupes européennes se fondre les unes après les autres (a).
La marine avait en effet de trop cruelles épreuves à supporter, raùme sur les bâtimenis qui tenaient la mer, pour qu'elle pût se charger de la garde des postes à terre. On avait dû renvoyer à New-York le Masséna, dont l'équipage était épuisé ; la Grenade, qui se trouvait devant Carmen, avait eu à la fois quarantecinq hommes malades , et dans ce nombre tous ses officiers , tous les maîtres moins un. Vingt et un hommes étaient morts à la date du 8 novembre ; il avait fallu qu'elle complétât son équipage par des levées à bord des bâtiments marchands, et qu'on lui envoyât des matelots noirs (b).
A la fin du mois de novembre , la Normandie, avait perdu vingt-quatre hommes, parmi lesquels trois de ses chirurgiens et trois officiers. L'épidémie à bord de cette frégate prit de telles proportions, qu'on tut obhgé de l'envoyer au
(a) Du 12 juillet au 29 octobre, on avait successivement dijbarqué 280 marins pour le service à Vera-Cruz. Quinze ou vin;,'t jours après leur débarquement, ils entraient généralement à l'hôpital. — Lettre de l'amiral, 29 octobre.
(b) Rapport du commandant de ÏÈclair, 26 novembre
232 l'* PARTIE. CHAPITRE V.
486Î. aux troupes françaises et craignaient les vengeances des libéraux, furent pris à bord des bâtiments de l'escadre. Le l^'" bataillon du 81° fut embarqué le 2 janvier ; de violentes et fréquentes tempêtes forçant à chaque instant les navires à s'éloigner d'une côte sans abri, les opérations du rembarquement ne furent terminées que le 22 de ce mois. Pendant cette période, les bâtiments se virent forcés de quitter sept fois la rade pour aller recevoir les coups de vent en pleine mer. La ville fut évacuée le 13 janvier et les dernières troupes (c'est-à-dire 320 hommes du 81* et 60 marins) restèrent campées sur la plage, du 17 au 22 janvier , sans pouvoir communiquer avec l'escadre ; une force ennemie supérieure en nombre avec plusieurs pièces d'artillerie se tenait à peu de distance, se bornant à les observer.
Ces derniers détachements embarqués, il fallait faire sortir la canonnière la Lance de la rivière, dont les eaux avaient beaucoup baissé ; comme on était à l'époque de la plus
mouillage des Saintes, aux Antilles, pour y rétablir son état sanitaire. Elle partit le 20 décembre après avoir perdu son commandant, le capitaine de vaisseau Russell et quarante officiers ou marins, sur un équipage de 550 bommes. Elle laissa cent six hommes à l'hôpital; on dut mettre à son bord un équipage noir de quatre-vingt-dix hommes et la faire escorter par le TourvUle.
Dans de telles conditions, l'amiral trouvait que le service de la flotte devait se restreindre. Voyant en outre un grand inconvénient à la situation mal définie de l'amiral commandant dans le golfe à l'égard du général commandant en chef, il demanda à plusieurs reprises qu'il fût constitué à Vera-Cruz, avec deux ou trois transports, des bâtiments de flottille, le slationnaire et les marins de la direction du port, une station locale à l'entière disposition du général commandant en chef. Cette petite division permettrait à celui-ci de faire opérer sur la côte les mouvements rendus opportuns par la situation politique et militaire de l'intérieur du pays, et comme il en disposerait directement, il n'y aurait plus à craindre qu'il demandât à la marine un concours hors de proportion avec ses moyens d'action. Les grands bâtiments et les avisos rapides formeraient alors une division d'observation qui seconderait la station locale , mais dont la mission serait surtout (le maintenir dans le gulfe l'ascendant du pavillon.
Cette demande ne fut pas accueillie.
grande marée du mois, tout espoir de la sauver n'était pas perdu ; cependant, bien qu'elle eût été allégée autant que possible et, malgré toutes les précautions, elle s'échoua et fut vivement canonnée par deux pièces mexicaines, qui vinrent se mettre en batterie à 1200 mètres. L'artillerie de la Tempête et de la Tourmente (deux autres canonnières restées en dehors de la barre) réduisit au silence les pièces ennemies, mais l'amiral, ayant reconnu l'impossibilité de renflouer la canonnière échouée, donna l'ordre de l'incendier et de la détruire à coups de canon.
Ainsi se termina cette expédition sans autre résultat que l'acquisition de deux cents et quelques mulets à un prix fort élevé. Aussitôt arrivé à Vera-Cruz, le 81^ de ligne s'achemina vers Orizaba.
Sans attendre que les moyens de transport fussent aussi complets qu'il l'eût désiré, le général en chef s'était décidé à porter une partie de ses troupes au delà des Cumbres. Le 1^^ décembre, deux colonnes d'un effectif de 5,700 hommes et placées sous les ordres du général Douay, s'avancèrent l'une par la route d'Acultzingo, l'autre par celle de Maltrata. Le général Douay franchit les Cumbres d'Acultzingo que l'ennemi ne chercha pas à défendre et porta son quartier général à San Agustin de Palmar. Le colonel LTIériller suivit le chemin de MaUrata pour s'établir à San Andrès-Chalchicomula ; il rencontra les avant-postes mexicains à peu de distance de cette ville ; comme il prenait des dispositions d'attaque, on vint le prévenir que ses adversaires battaient en retraite ; un escadron de chasseurs d'Afrique s'élançant à leur poursuite atteignit et chargea, à un kilomètre au delà de San Andrès, un corps d'environ cinq cents hommes auquel il ht quelques prisonniers.
Le corps expéditionnaire
s'avance
sur le plateau
d'Anahuac.
234 l" PARTIE. — CHAPITRE V.
^862. Les environs de Palmar et de San Andrès sont riches et
bien cultivés. Les récoltes étaient encore sur pied dans la plupart des localités, aussi le mouvement des colonnes françaises avait-il été fort opportun pour empêcher l'ennemi de se les approprier ou de les détruire. On put se procurer du blé et surtout du maïs ; les moulins de Palmar, de San Andrès et de la Canada le transformèrent en farine ('), ce qui permit de faire vivre les troupes plus facilement qu'on ne l'avait pensé d'abord ; en effet, les ressources de toute nature abondent sur le plateau d'Anahuac ; si l'armée avait pu s'établir plus tôt dans cette région, elle n'aurait pas été obligée de faire venir ses vivres de Vera-Gruz au prix d'énormes fatigues et de dépenses considérables.
Une colonne fut envoyée à Tehuacan, où l'on offrait au Trésor une quantité assez importante de numéraire (400,000 francs environ), dont l'armée avait toujours grand besoin. L'administration s'y procura également du sel, que l'on exploite dans les environs de cette ville. Cette colonne rallia ensuite le général Douay qui, le 1" janvier, avança ses lignes jusqu'à Quetcholac et Tecamachalco. L'ennemi se retirait devant nos troupes, mais ses avant-postes restaient toujours à peu de distance. D'ailleurs les populations reprenaient confiance ; à Palmar et à San Andrès les habitants
(1) Le maïs, qui forme la majeure partie des cultures et dont les habitants font la base de leur alimentation, offrait une ressource précieuse. Au Mexique, les galettes de maïs ou tortilles, à la confection desquelles les femmes du pays passent une grande partie de leur journée, tiennent lieu de pain. Il n'existe de boulangeries qu'en petit nombre et seulement dans les villes. Les manutentions de Varméd mélangèrent la farine de maïs à la farine de blé dans la proportion du tiers et quelquefois de la moitié, et l'on obtint ainsi du pain d'assez bonne qualité. On put alors rétablir la ration à son poids normal de 750 grammes. Le maïs en grain était distribué aux chevaux, qui le préféraient de beaucoup aux avoines venues de France et ('chaullees par la traversée; enfin les liges de mais sèches ou vertes {zacate) tenaient lieu de paille et même de foin.
LE GÉNÉRAL FOKEY. 235
organisèrent des gardes civiles pour résister aux guérilleros 486?, et sauver leurs récoltes de la destruction, auxquelles les condamnaient les décrets du gouvernement mexicain.
Ces premières positions sur le plateau étant prises, le général en chef fit également porter plus en avant les troupes qui avaient suivi la route de Jalapa. Le défilé, qui conduit de cette ville sur le plateau d'Anahuac, est commandé par un petit fort placé au pied du Cofre de Perote près de la ville du même nom. Comme il pouvait arriver que les Mexicains cherchassent à disputer le passage, le général en chef prescrivit au général Bazaine, resté jusqu'alors à Vera- Cruz , de rejoindre avec quelques troupes le général de Bertier à Jalapa et de prendre la direction de ce mouvement- 11 se résolut à faire concourir aussi à cette opération les contingents aUiés du général Marquez.
Situation des forces alliées
D'après une situation du l^'" décembre, l'effectif de ces contingents était de 1300 hommes d'infanterie, 1100 cava- ''ïififuef liers, 50 artilleurs et un nombre fort considérable d'officiers isolés (*), que l'on réunit plus tard en escadron d'élite sous le commandement du général Taboada. Le général Marquez faisait de grands efforts pour organiser ses soldats et en tirer quelque parti, mais il était mal secondé par la plupart de ses officiers. Jusqu'à l'époque de son arrivée à Orizaba, le général Marquez n'avait occupé dans les troupes de la réaction qu'une position secondaire sous les ordres du général Zuloaga. A la suite do certaines contestations, celui-ci lui avait môme retiré son commandement pour
(•) On comptait deux généraux de division, huit généraux de brigade, treiitc- Imit colonels, trente-sept lieutenants-colonels, soixante-dix chefs de bataillon, deux cent deux capitaines, cent soixante-six lieutenants, cent qualrc-vinjrt-douze alferez. (Situation au 1"' octobre.)
236 l" PARTIE. CHAPITRE V.
1862. le donner à Gobos. Au moment où le général de Lorencez se porta sur Puebla, Zuloaga et Gobos ayant pris vis-à-vis de Juarez l'engagement de ne gêner en rien les opérations de l'armée libérale, le général Almonte avait donné Tordre à Marquez de revendiquer le commandement supérieur et de venir le rejoindre. Il l'avait tenté, mais n'avait pu se faire suivre que par une faible partie des troupes et, parmi les officiers mexicains présents à Orizaba, un grand nombre lui étaient même hostiles. Comme il avait conservé de bonnes relations avec le général de Lorencez, il était ensuite devenu suspect au général Almonte et la jalousie de ses compatriotes lui créait de fréquentes difficultés.
Si la mésintelligence régnait entre les chefs, la discipline, le dévouement, la fidélité au drapeau étaient choses inconnues du soldat. Ces malheureuses troupes étaient en outre dans un dénùment absolu, hommes et chevaux mouraient de faim. Dans ces conditions elles ne pouvaient rendre de grands services ; aussi étaient-elles plus gênantes qu'utiles. Pour vivre, elles pillaient le pays et augmentaient ainsi l'impopularité de l'intervention française; le général de Lorencez leur ayant fait donner des vivres mais pas de solde, elles continuèrent leurs exactions parce que les vivres étaient insuffisants ; on essaya de leur donner une solde sans vivres, elles gardèrent la solde et pillèrent encore pour se nourrir ; le général Forey se décida à leur faire distribuer une solde et des vivres (*) et leur promit des effets d'équipement attendus de France. Les troupes françaises avaient peu de sympathie pour ces alliés déguenillés et pillards plus semblables à des bandits qu'à des soldats ; quant
<') Le général Furcy au ministre, 23 octobre 1862.
aux officiers, leur orijj^ine, leurs habitudes, leur éducation, 48C2. leur moralité étaient en général si différentes de celles des officiers français que des rapports intimes ne pouvaient guère s'établir entre eux. Les Mexicains se trouvaient du reste humiliés d'être à la solde du trésor français, les formes rigoureuses de notre administration blessaient leur susceptibilité ; ils ne pouvaient s'empêcher en outre de voir d'un œil jaloux l'ingérence de la France dans leurs affaires mtérieures ; désireux, à coup sûr, d'en tirer pour eux-mêmes tout le profit possible, ils pardonnaient difficilement à l'étranger les services qu'ils étaient obligés d'en accepter; l'épithète de traître, que leur prodiguaient leurs compatriotes, sonnait douloureusement k leurs oreilles, tandis que, d'autre part, ils se sentaient peu estimés par les Français à côté desquels ils étaient appelés à combattre. Les soldats français n'eussent jamais consenti à être placés, même éventuellement, sous les ordres d'un officier mexicain. Ils étaient très-disposés à tourner en dérision leurs alliés, dont le cri de ralliement Viva la Religion ! était peu en rapport avec la manière de vivre ; ils avaient au contraire une tendance à se montrer plus sympathiques à la devise Libertad y Reforma, inscrite sur le drapeau libéral , et qui leur paraissait plus conforme à leurs propres idées. C'était fort regrettable car, en se reportant au but assigné à l'expédition, on ne pouvait espérer de résultat satisfaisant, si un parti politique sérieux ne grandissait à l'abri du drapeau français. Le mépris témoigné à ceux qui devaient en être le noyau ne pouvait en favoriser le développement.
Le général Forey voulut relever les troupes alliées à leurs propres yeux et à ceux de l'armée française ; il essaya de les moraliser, de leur donner une organisation h peu près
238 l" PARTIE. CHAPITRE V.
-1862. régulière, mais il n'y parvint qu'à grand'peine se heurtan^ sans cesse contre le mauvais vouloir des officiers mexicains, contre leur répugnance à suivre des conseils ou à recevoir une direction des chefs de l'armée française. Ils eussent voulu que les sommes destinées à l'entretien de leurs troupes, sommes qu'ils trouvaient du reste très-insuffisantes, leur fussent remises en bloc, avec la faculté d'en disposer selon leur gré ; il était d'autant plus difficile d'admettre une pareille prétention, que l'on avait de sérieuses raisons de penser qu'une bonne partie de l'argent n'arriverait pas à sa destination et que le soldat serait plus malheureux encore. Il fut enfin convenu, après de longues discussions, que les troupes mexicaines seraient soumises au contrôle de l'intendance et tiendraient leur comptabilité, sinon d'une façon exactement conforme aux règles de l'administration française, au moins d'après les mêmes principes ; mais il fallut commencer par hquider 156,000 francs de dépenses faites par le général Almonte.
Lorsque le général Forey manifesta l'intention d'envoyer à Jalapa la petite division du général Marquez, on lui tit craindre que les hommes ne désertassent en grand nombre ; il persista néanmoins dans son projet, croyant même qu'il était bon de leur témoigner plus de confiance qu'il n'en avait réellement. Les troupes mexicaines se mirent enroule le 29 novembre et, de fait, elles montrèrent plus de discipline et de tenue qu'on ne l'avait espéré. Elles arrivèrent l\ Jalapa le 7 décembre et se rangèrent sous les ordres du général Bazaine ; cette épreuve leur fut favorable et dès ce moment elles tinrent assez honorablement leur place à côté des troupes françaises nouvellement débarquées, qui ne partageaient pas à leur égard les préventions de l'ancienne garnison d'Orizaba.
Le général Bazaine, amenant avec lui le 3^ zouaves et i862. une batterie d'artillerie, arriva le 12 décembre à Jalapa ; M,^he
•1 1 T\ du général
quatre jours après, il commença son mouvement sur Pe- Bazaine rote, à la tête d'une colonne forte de 3,700 hommes envi- "^ Poïe.^""^ ron. Le 17 décembre, entre la Hoya et las Vigas, des tirailleurs ennemis, qui s'étaient dissimulés grâce à un épais brouillard, firent une décharge sur l'avant-^arde avec laquelle marchait le général Bazaine ; ils blessèrent mortellement un officier d'état-major et atteignirent quelques hommes ; le lendemain, la colonne, qui avait bivouaqué à las Vifijas, prit le chem.in de Cerro Leone, afin de tourner les obstacles accumulés sur la route principale. Un corps de 7 à 800 cavaliers mexicains ayant été signalé, le général Bazaine lança contre eux la cavalerie de Marquez qu'il fit appuyer par un escadron du 12*^ chasseurs. Les chasseurs eurent bientôt dépassé les cavaliers alliés et chargeant l'ennemi le mirent en pleine déroute, après lui avoir sabré une quarantaine d'hommes. Gomme à la Rinconada, comme à San Andrès, un seul escadron vigoureusement conduit avait obtenu sur des forces très-supérieures un avantage marqué qui affermit la réputation de la cavalerie française.
Le fort de Perote fut occupé sans résistance le 19 décembre ; le général Bazaine s'y arrêta et fit rayonner ses troupes dans les environs, autant pour rassurer les populations que pour se procurer des vivres. On trouva des approvisionnements en grande quantité>et l'on réunit un troupeau de dix-huit cents têtes.
L'armée pouvait largement vivre sur le pays sans se préoccuper outre mesure de la constitution des moyens de transport. Il n'eût donc pas été impossible au corps expéditionnaire, aussitôt après son débarquement, de choisir des cantonnements sur le plateau d'Anahuac, et
240 l" PARTIE. CHAPITRE V.
^863. par une reprise vigoureuse et immédiate des hostilités de " rétablir le prestige du drapeau qu'une trop longue inaction
pouvait au contraire compromettre.
Arrivé à Perote, le général Bazaine, pour se conformer aux ordres du général en chef, s'occupa de faire replier tous les détachements laissés sur la route en commençant par celui de Puente Nacional qui était le plus éloigné.
Trois compagnies du 62^ envoyées de Jalapa pour protéger cette évacuation, rencontrèrent l'ennemi dans les bois de rOrgano; l'engagement se prolongea un certain temps, mais ne coûta que sept tués et cinq blessés.
Les troupes françaises quittèrent également Jalapa; le dernier détachement arriva le 18 janvier à Perote. Le général Bazaine laissa ses malades dans le fort sous la protection d'une petite garnison et continua son mouvement en avant; le 1*' février, il établit son quartier général dans la petite ville de Nopalucan, d'où il se mit en communication avec Orizaba par San Andrès. La brigade du général de Castagny vint l'y rejoindre et il conserva sous ses ordres la brigade de Bertier, bien qu'elle ne fît pas partie de sa division (*).
La citadelle de Perote fut ensuite abandonnée ; le premier convoi d'évacuation , commandé par le colonel Garnier, fut attaqué le 12 février près de la Yentilla par six cents cavaliers ; mais une colonne française avait été envoyée à sa rencontre; les chasseurs d'Afrique accourant au bruit du combat se jetèrent sur l'ennemi qu'ils poursuivirent à outrance, jusqu'à ce qu'il eût disparu dans la montagne. Le dernier convoi fut amené sans encombre à San Andrès le 23 février.
(1) Dans la siiilp, la brigade de Bertier passa définitivement à la 1" division ; la brigade Neigre la remplaça à la 2' division.
De son côté, le 16 février, le général Douay se porta de ^863. Quetcholac à Acalzingo et à los Pieyes ; il se mit en relations avec le général Bazaine. Les Mexicains ne cherchaient pas à s'opposer d'une façon sérieuse à ces mouvements, mais ils les surveillaient de très-près, ne se hasardant à attaquer que lorsque la supériorité numérique ou des circonstances très-favorables paraissaient leur assurer le succès ; ils étaient toujours prêts, du reste, à se retirer rapidement si les chances tournaient contre eux, car ils ne mettaient aucun point d'honneur à rester maîtres de leurs positions et ne prétendaient faire pour le moment qu'une guerre d'escarmouches.
C'est dans ces conditions que deux pelotons de chasseurs combat
,,.„.'„ „ 11, ■ ''c San José
a Airique, formant 1 avant-garde d une reconnaissance con- (i8 février). duite par le général Douay sur la route de Tepeaca, ayant attaqué une embuscade de tirailleurs, se trouvèrent inopinément en présence de cinq cents cavaliers réguliers des escadrons de Zacatecas ; bien qu'ils combattissent dans la proportion d'un contre dix, ils n'hésitèrentpas à charger de nouveau et vinrent se heurter encore contre une troupe d'infanterie couverte par un fossé ; mais leur élan incomparable triompha de tous les obstacles ; ils firent plier l'ennemi et le poursuivirent pendant quatre lieues. Trois sous-ofticiers furent tués; les Mexicains perdirent trente tués et neuf prisonniers, dont un officier.
Le général Douay, en se rapprochant de Puebla, laissa plusieurs postes en arrière pour assurer ses communications avec Orizaba et particulièrement pour garder les magasins et les dépôts de munitions rassemblés à Quetcholac. Les voitures du corps expéditionnaire avaient été
employées sans relâche à amener dans cette petite ville les
IG
242 l" PARTIE. CHAPITRE V.
-1863. parcs d'artillerie et du génie et les réserves de matériel nécessaires au siège (').
Heureusement les subsistances étaient, comme nous l'avons dit, largement assurées. Les denrées trouvées sur les plateaux permirent de suffire à la consommation journalière et de constituer une réserve de vingt jours de vivres. Déchargé de préoccupation à cet égard, le général en chef put affecter tous ses transports au matériel de guerre et il donna l'ordre de vendre, de céder à la marine ou de réexpédier en Europe les vivres accumulés à Vera- Cruz (^).
L'état sanitaire de l'armée était alors satisfaisant. Les troupes échappèrent en général aux influences du vomito; elles eurent toutefois à souffrir de fièvres d'acclimatement qui, pendant quelque temps, rendirent indisponibles un certain nombre de soldats; mais leur santé s'était rétablie depuis qu'ils avaient gravi le dernier étage des plateaux; les hommes dont la constitution était trop affaiblie furent renvoyés en France; enfin l'effectif du corps expédition-
^'^ Ces moyens de transport se composaient eu ce moment de 108 voilures du train français, de 220 voilures mexicaines et do 25U voilures américaines achetées à New-York. Quoique inlërieures aux grands chariots mexicains et moins bien appropriées aux roules du pays, ces dernières voitures, qui se rapprochaieni du modèle des chariots de pare fiançais recouverts d'une bâche, n'eu constituaient pas moins un matériel roulant d'une valeur réelle • mais on manquait d'animaux pour les atteler.
Les escadrons du train avaient amené avec eux tJ3G bétes de trait et 670 bètes de somme ; on n'avait pu se procurer aux Aniilles, aux Etats-Unis et au Mexique qu'environ 2500 mulets, sur lesquels on dut en réserver 1100 pour les équipages de bât ; il fallut donc laisser à Vera-Cruz 210 de ces voitures, en attendant les attelages demandés en France.
liOO mulets avaient été achetés à Cuba, 1200 à New-York, 116 à Tampico, 2oO aux Antilles, 88 au Mexique, en divers endroits. — Total : 2,754, sur lesquels on perdit environ 200 bètes pour diverses causes.
(«J C'est-à-dire 530,000 rations de biscuit, 310,000 de sel, 250,000 de sucre et café, 1,250,000 d'eau-de-vie, 12,000 quintaux d'avoine.
naire allait être notablement augmenté par l'arrivée d'une ^863. brigade de réserve forte de 6,000 hommes (*).
Les opérations contre Puebla pouvaient donc commencer dans de bonnes conditions, et satisfaction allait être donnée à l'impatience avec laquelle le gouvernement et la nation française attendaient la nouvelle d'une reprise sérieuse des hostilités.
Avant d'entreprendre le siège, le général Forey organisa organisation
,.j ,. , ^ . . „ des postes
solidement sa hgne de communication avec Vera-Lruz. suriaiignede
j, , communication
11 partagea tous les postes entre deux commandements avec Veia-Cruz. supérieurs, celui de Vera-Cruz, et celui d'Orizaba C^). Il ordonna de les pourvoir de vivres pour trois mois, d'un approvisionnement de trois cents cartouches par homme, et de les protéger par des ouvrages de campagne ; quelques
O Depuis le commencement de la campagne jusqu'au 2o mars 1863, l'armée de terre avait perdu : 17 officiers tués, 29 officiers morts de maladie, 68 soldats tués, 571 soldats morts de maladie, 101 disparus. — Total : 786 hommes. — 93 officiers et soldats avaient été rapatriés.