‹ Expédition du Mexique, 1861-1867;Chapitre 2 sur 58 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Préliminaires de l'expédition du Mexique.

Condition des Indiens après la conqui'te du Mexique et sous le régime colonial. — • Émancipation du Mexique. — IturLide proclame l'indépendance ; plan d'Iguala (24 fév. 1821). — Traité de Cordova (24 août 1821). — Iturbide empereur. — République mexicaine ; les partis au Mexique. — Guerre ci«le. — Santa-Anna.

— Comonfort ; plan d'Ayolla (1"'' mars 1834). — Constilulion de 1837. — D. Beiiito Juarez. — Plan de Tacubaya ■ Zuloaga. •— Juarez établit le gouvernement constitutionnel à la Vera-Gruz. — Miramon. — Cbute de Miramon ; le parti constitutionnel maître de Mtxico ; — Attitude des ministres étrangers pendant la guerre civile. — M. de Saligny nommé ministre de France à Mexico. — Suspension du paiement de la dette publique (17 juillet 1861). — Rupture des

Mr^ISTRES DE Fr.\NCE ET d'AnGLETERRE AVEC LE GOU\'ERXEMENT DE JuAREZ (23

juillet 1861). — Les étrangers au Mexique. — Premiers projets d'intervention,

— Convention DE Londres (31 octobre 1861). — Dispositions des États-Unis.

Depuis la conquête espagnole , la population qui habite Condition des

^ ^ r o ' I X 1 Indiens après la

le Mexique est partasjée en castes très-distinctes. , conquête

^ ^ o du Mexique et

Les Indiens ont subi le sort réservé dans l'antiquité aux , . =^o'"^ 1" . ,

^ ngimc colonial.

peuples vaincus; dépossédés du sol , ils ont été , la plupart du temps, réduits à l'état de servage comme ouvriers des mines ou cultivateurs des grandes haciendas , ou bien ils ont été relégués dans des villages appelés piœblos de Indios,

2 l"^ PARTIE. — CHAPITRE l".

par la race conquérante qui se réservait orgueilleusement la qualification de gente de razon. Leurs anciens chefs ou caciques , auxquels les Espagnols conservèrent d'abord quelques privilèges, ne tardèrent pas eux-mêmes à perdre tout prestige et se confondirent dans la masse de leur nation asservie.

Les missionnaires les baptisèrent de gré ou de force ; ils se bornèrent le plus souvent à superposer aux anciennes croyances du peuple les formes extérieures du culte catholique et permirent même l'accès des temples chrétiens aux emblèmes de l'idolâtrie. Ignorants et superstitieux, maintenus dans un état social qui était l'esclavage moins le nom, les Indiens restèrent longtemps courbés, dans une obéissance passive, sous la volonté de leurs dominateurs. Ils ne se mêlèrent pas à eux, et les quelques rejetons provenant d'alliances mixtes partagèrent le mépris dont ils étaient l'objet.

De leur côté les créoles, descendants des conquérants ou des premiers colons venus d'Espagne, formèrent une aristocratie dont l'intluence alarma bientôt la métropole. Des lois méfiantes les éloignèrent alors de tout emploi dans le gouvernement et dans l'administration , et il ne fut pas même permis aux fonctionnaires envoyés d'Europe d'épouser des femmes nées dans les colonies.

Cette tutelle humihante et cette domination tyrannique de l'Espagne ont été l'origine de haines terribles, dont l'explosion devait ruiner sa puissance dans le Nouveau- Monde. Les créoles se rapprochèrent de la masse indienne, en exploitèrent les passions et vint un jour où ils la lancèrent contre les Espagnols avec une implacable fureur.

En 1810, lo curé Hidalgo jeta le premier cri do révolte

PRÉLIMINAIRES DE l'eXPÉDITION. 3

et ce fut un désir de vengeance, non un besoin de liberté politique, qui animales 40,000 Indiens accourus en quelques jours sous sa bannière.

L'émancipation des colonies anglaises de l'Amérique du Nord, les idées nouvelles jetées dans le monde par la révolution française, l'affaiblissement de l'Espagne, résultat de ses guerres avec la France, doivent être considérés comme autant de circonstances qui favorisèrent les premières tentatives d'indépendance du Mexique, mais c'est au système oppressif du gouvernement colonial qu'il faut faire remonter l'origine véritable de l'insurrection.

Les bandes indiennes, indisciplinées et mal armées, ne purent lutter longtemps contre les régiments espagnols. Quelquefois victorieux, le plus souvent battus, leurs chefs Hidalgo, Bravo, Matamores, Morelos, furent successivement faits prisonniers et passés par les armes.

Dix ans plus tard seulement, Iturbide formula le pro- Émancipaiion

' , . 'ij' 1 1 du Mexique;

gramme et assura le triomphe de la révolution qu Hidalgo ihubide proclame avait commencée sans but parfaitement défini, et peut-être ''° ^^"" ^"^'' même sans en avoir pleinement conscience.

Colonel de milice provinciale, Iturbide avait été d'abord l'ennemi acharné de l'insurrection , mais il était créole et ses sentiments se modifièrent bientôt. Pendant une expédition qu'il dirigeait contre Guerrero, un des derniers chefs de partisans restés encore en armes, il fit accepter par les officiers de sa division le plan d'indépendance qu'il avait conçu ; Guerrero y donna lui-même son adhésion et les soldats des deux partis vinrent fusionner dans la petite ville d'Iguala. Tous jurèrent de lutter ensemble pour l'émancipation de leur patrie.

Plan d'Ignala (24 février 4 821).

4 l" PARTIE. — CHAPITRE l".

Les principes posés par Iturbide et proclamés sous le nom de Plan d'Ignala se résumaient ainsi :

« La nation mexicaine déclarée indépendante ;

« La religion cotholique seule religion reconnue ;

« Les castes abolies et la nation une, sans distinction d'Européens et d'Américains ». La nouvelle armée révolutionnaire prit pour devise : « Indépendance, Religion, Union, » et porta le nom de Tn'gamnte, c'est-à-dire des trois garanties.

Il fut décidé que le gouvernement serait une monarchie constitutionnelle, que la couronne serait offerte à Ferdinand VII et, en cas de refus, aux infants ou à un autre prince des familles régnantes. Une assemblée de notables, sous la présidence du vice-roi, devait être chargée du gouvernement provisoire et de la convocation d'un congrès national.

Le plan d'indépendance, ainsi établi dans des idées vraiment sages et conciliatrices, répondait à un besoin général de calme et de repos ; il rallia la plupart des esprits et valut une immense popularité à Iturbide, que le pays entier acclama du nom de « Conciliateur ».

Traité

de Cordova

(2i août iSU]

Ilurbide empereur.

Le traité de Cordova, signé bientôt après avec le viceroi O'Donoju, consacra l'indépendance mexicaine (*), et l'alliance formée entre Espagnols, Indiens et Créoles, dont O'Donoju, Guerrero, Iturbide étaient les plus illustres représentants.

Malheureusement l'ère des guerres civiles était encore loin d'être fermée.

En 4822, le général Iturbide fut proclamé empereur

(') L'Espapiie ne nvonnul rinJépcndanri' Ju Mexique qu'en 1836.

PRÉLLMl>AIIiES DE l'exPÉDITION. 5

dans UR pronunciamiento populaire et militaire, qui éclata à Mexico à la suite de dissentiments qu'il avait eus avec le congrès, Iturbide n'avait ni les vertus ni les talents d'un Washington ; voulant gouverner d'après les traditions des vice-rois qui avaient, il est vrai, donné au Mexique de longues années de prospérité, mais ne répondaient plus aux idées de l'époque , il chercha de préférence ses appuis dans l'armée et dans le clergé, échoua, fut renversé et dut se réfugier en Europe. Moins d'une année après, le fondateur de l'indépendance du Mexique, voulant rentrer dans sa patrie, fut arrêté au moment où il débarquait à Soto-la-Marina et fusillé sommairement en vertu d'un récent décret du congrès qui le mettait hors la loi (20 juillet 1824).

Après la chute d'Iturbide la république avait été pro- République mexi-

, , 1 • , / • l^ 1 / ' • 1 caine; les partis

clamée ; deux partis s étaient des lors tormes, qui par leur au Mexique. désaccord allaient attirer sur le Mexique tous les fléaux des dissensions intestines.

Les uns, ceux qui eussent préféré un gouvernement monarchique, ne s'accommodaient de la forme républicaine qu'en réclamant un pouvoir fortement centralisé; on les désigna sous le nom de Conservateurs, et quelquefois de réactionnaires.

Les autres s'appelèrent les libéraux ou les fédéraux. Ils rêvaient une république fédérative sur le modèle de celle des Etats-Unis, plan irréalisable avec une nation ignorante et des hommes neufs dans l'art de gouverner.

De grandes différences séparaient, en effet, les deux nations.

Les hommes qui avaient peuplé la Nouvelle-Angleterre n'étaient pas des colons envoyés et soutenus par la Métropole; c'étaient des proscrits qui émigraient en quelque

G l'" PARTIE. CHAPITRE l".

sorte contre la volonté de leur gouvernement, cherchant une terre étrangère, où ils pussent vivre en paix et en liberté ; par les traditions et les institutions de leur patrie d'abord, et ensuite par les grandes luttes auxquelles ils avaient assisté comme témoins et comme acteurs, ils avaient le sentiment, les habitudes et les idées de la liberté; ils étaient les représentants de ce principe, ils en furent les or^^anes dans toutes ses manifestations, liberté municipale , liberté civile , liberté politique, liberté religieuse. Lorsque l'heure de l'indépendance sonna, cette société se trouvait déjà en république, les institutions, les mœurs, les coutumes, la vie privée, tout était républicain.

Bien différente était la constitution des sociétés hispanoaméricaines et particulièrement celle de la société mexicaine. Plies à l'obéissance absolue dans l'ordre politique comme dans l'ordre religieux, les hommes qui les fondèrent représentaient le principe d'autorité ; ce fut le seul qu'ils importèrent dans le Nouveau-Monde, le seul qu'ils surent y développer.

La société mexicaine était monarchique par ses mœurs, ses lois, sa religion et son éducation.

Le parti conservateur se compose de la plupart des grands propriétaires et du haut clergé; bien qu'il soit moins nombreux que le parti libéral, ses richesses et son influence sur la population lui ont permis souvent de disputer le pouvoir avec succès. On voit dans l'un et l'autre camp des hommes de race indienne ; mais un très-petit nombre seulement, émancipés par leur éducation, en comprennent les idées et en partagent les passions. La masse reste assez généralement indifférente.

PRÉL13IINAIRES J)E l'eXPÉDITION. 7

Quant à l'armée, dont les soldats se recrutent exclusivement parmi les Indiens, elle sert aveuglément l'ambition de ses chefs. Appelée sans cesse à jouer un rôle politique, elle jette son épée tantôt sur un des plateaux de la balance, tantôt sur l'autre, et rompt à chaque instant l'équilibre, qui aurait peut-être permis au pays de se reposer et de se reconnaître. Il suffît de quelques officiers ambitieux pour amener un pronunciamiento , renverser le gouvernement et créer un pouvoir nouveau qui disparaîtra à son tour, comme il s'est élevé. La nation a sans cesse été le jouet ou la victime de ces personnalités vulgaires.

Parmi les nombreux présidents qui se sont succédé à la Gaene civile. tête de la Piépublique mexicaine, il s'est trouvé des hommes sincèrement désireux du bonheur de leur pays; mais aucun n'a pu triompher des obstacles créés par l'esprit de rébellion des troupes , l'intolérance et l'absolutisme du clergé. Les vicissitudes de la guerre civile ont fréquemment fait changer le pouvoir de mains ; les exagérations et les erreurs du fédéralisme produisant presque toujours un mouvement en sens contraire, puis les excès et les fautes de la centralisation ramenant à la présidence les chefs du parti fédéral,

A plusieurs reprises eurent également lieu quelques tentatives de réaction monarchique. En 1845, le général Paredes alors chef du gouvernement, indiquait, comme seul remède à la situation, l'étabKssement d'une monarchie avec un prince étranger soutenu par les puissances européennes (').

(0 A celle époque on parla, dit-on, d'offrir la couronne au duc de Montpensier.

8 l" PARTIE. CHAPITRE l".

Santa-Anno. Plus tard le général Santa-Anna, une des personnalités les plus marquantes et les plus remuantes de la révolution mexicaine, après s'être fait connaître comme républicain, manifesta à son tour des tendances monarchiques. En 1833, porté à la présidence pour la seconde fois, il n'osa pas affronter le sort d'iturbide et se contenta du titre d' Altesse Sérénissime ; mais il se composa une cour, rétablit l'ordre de Guadalupe et fit revivre de nombreux privilèges oubliés; pendant quelque temps, il eut en réalité l'autorité et le faste d'un roi absolu, il craignit d'en prendre le nom.

Au mois de juillet 1854, il chargea son agent en Europe, M. GuttierrezdeEstrada, d'entamer avec les cours de Paris, de Londres et de Vienne des négociations dans le but d'obtenir « leur concours pour l'établissement d'une monarchie au Mexique avec un des membres des familles régnantes d'Europe (*). »

comonfori; Le parti libéral réagit contre ces tendances.

plan (l'Avolla

{i"m.irs483i). Le 1" mars 1854, un pronunciamiento, provoqué par le colonel Comonfort, avait eu lieu à Ayotla. Plusieurs états s'y rallièrent ; Santa-Anna fut renversé et le général Alvarez, gouverneur de l'état de Guerrero, qui avait énergiquement appuyé cette révolution, fut appelé à la présidence ; mais il se démit bientôt en faveur de Comonfort de celte charge trop lourde pour ses forces.

Comonfort assigna pour but aux efforts de son parti la ruine de l'influence politique du clergé et des chefs militaires, il clicrclia à faire appliquer un système de gouver-

<•) Lctlro ilu général Santa-Anna à M. GuUierrez de Estrada, du 1" juill'^t

PRÉLIMINAIRES DE l'eXPÉDITION. 9

nement fédéralif et s'occupa activement de la réunion d'un congrès national.

Une nouvelle constitution, résultat des travaux de cette consiituiion

.,.,..ij. de i 857.

assemblée, fut promulguée au mois de février 1857. Au d. Beniio Juarrz.

mois de novembre suivant, Comonfort était régulièrement

élu président constitutionnel et Don Benito Juarez (*) ,

avocat distingué, connu pour ses idées avancées, était

nommé président de la cour suprême, charge qui lui

donnait le droit de remplacer le président de la république,

le cas échéant.

Cependant le parti militaire et clérical ne tarda pas à pian relever la tète. Le 17 décembre 1857, Zuloaga, chef de la ^ zuioagr' brigade de Tacubaya, fit afficher dans Mexico un plan gouvernemental nouveau, dans lequel il demandait que la mise en vigueur de la constitution fût ajournée.

Comonfort, esprit sincère et modéré, éloigné également des excès de tous les partis, se rallia au plan de Tacubaya dans un désir de conciliation ; Juarez protesta et fut arrêté ; mais un certain nombre de provinces refusèrent leur adhésion à la politique nouvelle du président et prirent les armes pour défendre la constitution.

Comonfort venait de faire un véritable coup d'Etat contre sa propre autorité; bientôt impuissant à dominer la situation, il fut renversé par les auteurs mêmes du plan de Tacubaya, qui ne partageaient ni sa modération ni ses idées conciliatrices, et fut obligé de quitter le Mexique; quant à Juarez, il réussit à sortir de prison, revendiqua le pouvoir que la constitution lui conférait en cas d'absence du

(1) Ne en 1809, dans l'état de Uajaca, de race indienne, pauvre el obscur, Juarez s'éleva, à force de travail et de persévérance, aux premières charges du pays.

10 r" l'AUTIÏÏ. CIIAl'ITRE l".

président, et se déclarant chef intérimaire du gouvernement

constitutionnel, il en transporta successivement le siège à

Queretaro, à Guanajuato et à Guadalajara.

juarez établit Ghassé de cette dernière ville, il gagna la côte du Pa-

'coasSuitronner cifiquc , prit la mcr et peu de temps après reparut à la

vefa-cru. Vcra-Cruz (^4 mai 1838).

(-24maH8o«). g^^ autorité fut rccounue par plusieurs états voisins de la mer ou de la frontière américaine ; ceux du centre, Mexico, Puebla, Tlaxcala, Queretaro et la plupart des grandes villes obéirent au pouvoir établi à Mexico ; quelques autres se tinrent en dehors du conflit et se constituèrent en état d'indépendance sous leurs gouverneurs particuliers.

Jamais le désordre n'avait été si général, l'anarchie aussi grande.

Miramon. Dans la Capitale même tout n'était que trouble et con-

fusion. Zuloaga, qui avait pris la place de Gomonfort fut h son tour déposé par une sédition militaire. Les conservateurs modérés appelèrent alors au pouvoir Miramon, jeune général de vingt-six ans, auquel ses succès militaires, son ambition, plutôt que ses capacités politiques, avaient fait un renom et donné une certaine popularité.

Miramon, alors dans l'intérieur du pays, se rendit aussitôt à Mexico ; il commença par rétablir Zuloaga dans ses fonctions, et se fit ensuite nommer président substitut et commandant en chef de l'armée. Gette combinaison mettait entre ses mains toute l'autorité effective et ne laissait à Zuloaga qu'un titre sans pouvoir.

Au mois de février 1860, Miramon, à la tête de ses meilleures troupes, se dirigea sur la Vera-Gruz où se trouvait Juarez ; mais le capitaine Jarvis, commandant l'escadre américaine, prenant parti pour ce dernier, s'em-

l'RÉLIMINAIBES DE l'eXPÉDITION. 11

para dans les eaux mexicaines d'Anton-Lizardo de deux navires, qui apportaient de la Havane le matériel de guerre des assiégeants. Privé des moyens sur lesquels il comptait, Miramon échoua dans ses attaques contre la place et fut forcé de rétrograder.

Zuloaga crut alors le moment favorable pour ressaisir l'autorité, mais Miramon l'arrêta, l'emmena avec lui et le fit garder au milieu de son armée. Il s'échappa bientôt et la discorde rentra de nouveau dans le camp des conservateurs accablés déjà sous le poids des revers militaires et des embarras résultant d'une extrême détresse fmancière.

Les revenus des douanes étaient en majeure partie à la disposition des libéraux , les impôts difficiles à recouvrer, les emprunts forcés actuellement impossibles, les contrats ruineux passés avec des maisons de banque étrangères avaient épuisé tout crédit; enfin, le clergé ne comprenait pas que pour sauver son influence il fallait sacrifier ses richesses. A bout d'expédients Miramon en vint aux mesures de violence ; il fit enlever dans la maison du chargé d'affaires anglais par le général Marquez, le plus audacieux de ses lieutenants, 600,000 piastres déposées sous le sceau de la légation britannique et destinées au paiement des conventions anglaises (17 novembre 1860).

Mais la dernière heure du gouvernement réactionnaire ^jjjjjf. î'p^;[f sonnait ; une armée libérale, victorieuse déjà dans plusieurs j^^^a/J^f 'J^'^i"^^^^^ rencontres, arrivait du nord sous les ordres d'Ortega. (24 -léc. iseo). Miramon, s'étant porté au-devant d'elle, fut complètement battu, le 22 décembre 1860, près de San-Miguel Galpulalpan, et forcé de fuir. Il gagna la côte avec quelques amis, qui favorisèrent son passage à la liavani;.

12 1'* PARTIE. CHAPITRE l".

Le 24 décembre, Ortega prit possession de Mexico, et le 28. il publia les lois dites de réforme, édictées par le gouvernement de Vera-Cruz les 12, 13 et 23 juillet précédent. Elles proclamaient :

La tolérance des cultes,

L'abolition des ordres religieux,

La nationalisation des biens ecclésiastiques,

Le mariage civil.

Juarez arriva à Mexico le 11 janvier 1861. Ses premières mesures témoignent de l'irritation qui l'animait. Le lendemain même il fit adresser à M. Pacheco, ambassadeur d'Espagne, la note suivante :

« S. Exe. le Président intérimaire constitutionnel ne peut vous considérer que comme un des ennemis du gouvernement, en raison des efforts faits par vous en faveur des rebelles usurpateurs qui ont occupé cette ville durant les trois dernières années. En conséquence , il décide que vous quittiez cette capitale de la république sans autre délai que le temps strictement nécessaire pour les préparatifs de votre vovac'e. »

Des notiticalions de même nature furent faites au nonce du Saint-Siège et au ministre du Guatemala.

L'archevêque de Mexico et la plupart des évêques furent expulsés, les revenus du clergé confisqués. Juarez croyait nécessaire de protéger par ces mesures rigoureuses un pouvoir encore mal assis. En effet, de nombreuses bandes de partisans réactionnaires parcourant la campagne sous les ordres de Marquez, de Mejia, de Vicario, de Cobos, de Lozada, continuaient une guerre sans merci, signalée déjà de part et d'autre par des exécutions sanglantes et de cruelles vengeances.

PRÉLIMINAIRES I<E l'eXPÉDÎTION. 13

Juarez allait se trouver, en outre, aux prises avec les embarras des réclamalions étrangères. Pour faire face aux dangers qui l'environnaient, il contint le clergé par une rigueur excessive , mit hors la loi les chefs conservateurs ('), suspendit le paiement de la dette publique et dédaigna les menaces de l'Europe.

Les ministres étrangers avaient successivement reconnu Attitude

^ ^ . Jes ministres

les gouvernements de tait, maîtres de la capitale. étrangers

pendant la guerre

Après la chute de Gomonfort, les représentants des puis- f'^''^sances étrangères étaient donc entrés en rapport avec Zuloaga, seule autorité qui existât alors ; car il était difficile d'attribuer le caractère de chef d'un gouvernement à Juarez, errant de ville en ville, puis passant à l'étranger avant de pouvoir revenir à la Vera-Gruz.

Cependant, lorsque le gouvernement constitutionnel fut proclamé dans cette ville, le ministre des Etats-Unis ne tarda pas à s'y rendre ; les autres restèrent à Mexico. Les Américains du Nord avaient naturellement plus de sympathie pour Juarez qui, se faisant le champion des idées fédéralistes et libérales, se rapprochait de leurs principes politiques. Le représentant américain apporta donc son appui moral au gouvernement constitutionnel, et les bâtiments de guerre des Etats-Unis le protégèrent, comme nous l'avons vu, contre les entreprises de Miramon ; bientôt aussi ils lui offrirent une assistance plus directe, en échange de concessions importantes. M. Mac-Lane conclut un traité qui

(•) Ocampo, un des hommes les plus influents du parti libéral, ayant été fusillé le 3 juin sur Tordre de Marquez, le gouvernement de Juarez déclara aussitôt Marquez, Mejia, Cobos, Vicario, Cajique, Lozada hors la loi ; il promit une récompense de 10,000 piastres et une amnistie complète, pour n'importe qui'l crime, à ceux qui en délivreraient le pays.

i4 1'^ PARTIE. CHAPITRE l".

est connu sous son nom, par lequel le Mexique concédait aux Etats-Unis le droit de passage à travers l'isthme de Tehuantepec et certaines parties des provinces du nord, avec la faculté de protéger ce transit par des forces militaires, dans le cas oii la république mexicaine ne se trouverait pas en élat d'y suffire elle-même. Le traité ne fut pas ratifié par le Sénat américain ; mais il indique néanmoins les dispositions de Juarez à accepter, dès cette époque, le protectorat que les Etats-Unis cherchent volontiers à étendre sur les républiques de l'Amérique du Sud, tandis qu'il repoussait au contraire les offres de médiation faites par les puissances européennes.

M. deSaiigny La luttc cutrc Mïramon et Juarez touchait à sa fin,

nommé ministre , . . »

iif lorsque M. de Sali^nv, récemment nommé ministre de

FrancL' à Mexico. .

France au Mexique, arriva à Mexico (12 décembre 1860). Au moment où tomba le gouvernement de Miramon, il n'avait pas encore présenté ses lettres de créance. En se conformant aux traditions de ses prédécesseurs, il devait donc reconnaître le président Juarez, alors maître de la capitale ; il y était disposé ; mais , avant de soUiciter une réception officielle, il voulut arrêter avec le nouveau gouvernement une convention qui stipulât les indemnités pécuniaires et les réparations auxquelles la France prétendait.

Ce traité signé, il fut reçu par le président le 16 mars 1861.

Juarez, en prenant possession du palais présidentiel de Mexico, n'avait pu tout d'un coup remplir les caisses publiques vidées depuis longtemps. Demander de l'argent à un gouvernement tellement appauvri était aussi injuste qu'inutile. Le faire consentir à un traité était encore possible, car un débileur insolvable souscrit toujours assez fa-

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