CHAPITRE TROISIÈME
SOMMAIRE
Opérations militaires dans la province d'Oajaca. — Siège et prise d'Oajaca (8 février 1865.) — Opérations contre les guérillas de l'Etat d'Oajaca, de la Huasteca , des terres chaudes de Vera-Cruz, du Michoacan, de l'Etat de Jalisco. — Occupation de Mazatlan (13 novembre 1864). — Marche de la di\'ision de Castagny de Durango à Mazatlan. — Combat de l'Espinazo del Diablo (1" janvier 1863). — Combat de Veranos (11 janvier). — Occupation de Guaymas de Sonora (29 mars). — Agitation dans les pro\ànces du nord. — Mouvement de Negrete, de Chihuahua sur Saltillo, Monterey, et Matamoros. — Appréhensions d'une intervention des Etats-Unis. — Forces militaires à la disposition du maréchal Bazaine. — Mésintelligence entre le gouvernement mexicain et les autorités françaises. — Etat des finances. — Emprunts.
Avant la fin de l'année 1864, l'influence française ne Opéraiions
militaires dans
s'était pas encore fait sentir dans les provinces au sud i^ province
d'Oajaca.
de Puebla; les Etats de Guerrero, d'Oajaca, et de Chiapas n'avaient pas reconnu l'autorité impériale.
Porfirio Diaz, un des meilleurs généraux du parti républicain, s'était établi à Oajaca, avec un corps de troupes assez considérable qu'il entretenait facilement à l'aide des ressources de cette riche province. La présence de ces forces ennemies à peu de distance de la grand'route de Vera-Cruz, obligeait le maréchal à conserver des postes importants sur cette ligne de communication, et entravait les progrès de la pacification parmi les popula-
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-1864. lions de ces contrées généralement bien disposées pour l'empire ; mais, avant de s'engager dans une expédition contre Porfirio Diaz, il désirait attendre que les opérations entreprises dans le nord eussent été menées à bonne fin, et qu'il lui fût possible de disposer d'un nombre de troupes sufïisant pour réduire toute résistance.
Oajaca est situé à cent vingt lieues de Mexico et à quatrevingt-dix lieues de Puebla ; il fallait tout d'abord ouvrir une route carrossable pour le passage des convois. C'est dans ce but, et aussi avec l'intention d'arrêter les incursions de l'ennemi dans les districts pacifiés de l'état de Puebla, que le maréchal avait, dès le mois de juillet 1864, prescrit au général Brincourt, commandant supérieur de Puebla, de se porter à Huajuapan à cinquante lieues au sud de Puebla et d'y établir un poste de deux bataillons. En même temps, une colonne française devait s'avancer d'Orizaba sur Teotitlan, une colonne mexicaine marcher d'Atlixco sur Tlapa, enfin la brigade Vicario s'efforcerait de descendre de Guernavaca sur Chilapa. Le maréchal espérait, par ce mouvement combiné, resserrer Porfirio Diaz dans la province d'Oajaca.
Le général Brincourt se dirigea donc sur Huajuapan qu'il occupa sans résistance le l^"" août ; le même jour, le colonel Giraud, parti d'Orizaba, entrait à Teotitlan , au lieu de s'y arrêter, il poursuivit son mouvement vers San Juan de los Cueïs en laissant plusieurs petits détachements derrière lui.
Porfirio Diaz se trouvait alors sur la ligne d'Iïuajuapan ; dérobant sa marche à travers les montagnes, il se porta vers Teotitlan, et, le 10 août, à la tête de deux mille hommes, il tomba inopinément sur le village de San Antonio où se trouvait une compagnie du 7'' do ligne, tandis
Lli MARÉCHAL BAZAINii. 441
que son frère Félix Diaz (surnommé el Ghato), avec six ^864. cents fantassins, cent cinquante cavaliers, et trois canons, attaquait une autre compagnie à l'hacienda d'Ayotla. Les détachements français, commandés par d'énergiques officiers, résistèrent vigoureusement, cependant ils eussent succombé sous la supériorité du nombre, sans la prompte arrivée de quelques renforts. L'ennemi subit des pertes sensibles ; les troupes françaises eurent cinq morts et une trentaine de blessés. Dix cavaliers mexicains alliés se firent bravement tuer à côté d'elles.
Le colonel Giraud, revenu à Teotitlan, se préparait à rétrograder sur Orizaba ; ayant appris que Porfirio Diaz méditait une nouvelle attaque, il arrêta son mouvement; le 17 août, le général Brincourt rejoignit le colonel Giraud, et ne pouvant résister au désir de poursuivre l'ennemi, bien que le maréchal ne l'y eût pas autorisé, il poussa jusqu'à Nochistlan situé à trente-cinq lieues de Tehuacan et à vingt lieues environ d'Oajaca. Il se croyait même assez fort pour enlever cette ville, mais il fut, contre son gré, forcé de céder aux injonctions formelles du commandant en chef. Le maréchal Bazaine s'opposait à cette expédition parce qu'il n'avait que fort peu de monde sous la main, et qu'il lui aurait été impossible de soutenir le général Brincourt, en cas d'insuccès ; de plus il était nécessaire de renforcer les colonnes engagées dans le nord ; le mouvement vers Oajaca fut donc arrêté, une garnison fut laissée à Yanhuitlan dans une excellente position militaire ; les autres troupes rétrogradèrent. On continua de faire activement travailler aux routes; des corvées d'Indiens y furent employées sous la direction des ofticiers français pendant les mois de septembre, d'octobre, et de novembre 1864 ; comme le temps manquait pour
4864. des études nouvelles sur le terrain, on se contenta d'élargir le chemin muletier et d'en adoucir les pentes les plus roides ; la tâche était déjà des plus difficiles ; il y avait d'énormes crevasses à franchir, et souvent les gorges étaient si étroites qu'il fallait cheminer dans le lit même des torrents, entre les hautes murailles granitiques qui les encaissent. A la fin du mois de novembre, les travaux étaient cependant assez avancés pour que des voitures pussent arriver jusqu'à Yanhuitlan. C'est à cette époque que furent repris les projets contre Oajaca. Une forte colonne des trois armes fut organisée sous les ordres du général Courtois d'Hurbal, commandant l'artillerie du corps expéditionnaire.
La colonne principale, les convois, et un parc de siège s'acheminèrent par la grand'route de Puebla à Yanhuitlan ; deux autres petites colonnes légères furent dirigées sur Oajaca ; l'une, partant d'Orizaba, suivit le chemin muletier de Teotitlan; l'autre, partant de Mexico, eut l'ordre de passer par Cuernavaca, Morelos, et Matamoros, afin de rassurer les populations de ces contrées, alarmées par quelques échecs récents des forces mexicaines alliées ; elle devait rejoindre le général Courtois d'Hurbal à Acatlan.
Le système de défense d'Oajaca était analogue à celui de Puebla ; presque toute la population avait quitté la ville qui était couverte de retranchements et de barricades. Les maisons de l'enceinte extérieure ayant été démolies, leurs décombres, amoncelés dans les maisons de la deuxième ligne, formaient d'immenses parapets de maçonnerie auxquels de solides couvents servaient de réduit. Un fort carré de construction ancienne dominait la ville ; Porfîrio Diaz avait fait élever des ouvrages en terre sur les hauteurs voisines. Il disposait d'environ sept mille hommes,
dont trois mille de troupes régulières, le reste formé par ^864. des contingents de montagnards, tireurs habiles, qu'on avait armés de rifles américains, et ardents libéraux, fort attachés à Juarez, leur compatriote.
Le frère de Porfirio Diaz commandait en outre un corps de sept cents cavaliers ; l'un et l'autre déployaient la plus grande énergie et ne reculaient devant aucune considération pour organiser la résistance. Ils avaient enlevé les vases sacrés des églises pour les convertir en argent, et les cloches pour fondre des boulets ou s'en servir comme fougasses en avant des retranchements. Ils avaient ruiné non-seulement les maisons de la ville, mais encore un grand nombre de propriétés suburbaines ; aussi l'animosité des Indiens était-elle à son comble.
Ces hommes doux et paisibles, habitant les riches vallées de cette pro\dnce, propriétaires ou usufruitiers de la terre qu'ils cultivent, bien moins soumis que dans les autres parties du Mexique à la domination tyrannique des hacenderos et, par suite, vivant dans une meilleure condition, étaient intéressés au maintien de l'ordre et de la tranquilhté. Le pillage de leurs églises, l'enlèvement de leurs cloches les avaient vivement indisposés contre les libéraux ; ils accueillirent avec une joie non déguisée l'arrivée des colonnes françaises et vinrent en grand nombre travailler aux routes ; ils répondirent toujours avec empressement à l'appel qui leur fut fait par les autorités impérialistes, et se prêtèrent volontiers et sans apparence de servilité, à toutes les corvées que nécessitait le passage des convois dans les endroits difficiles.
Le 12 décembre, le général Courtois d'Hurbal atteignit Yanhuitlan ; au delà de ce poste, la route n'était pas encore ouverte ; il fallait, pour descendre dans la vallée d'Oajaca»
im. franchir une sierra difficile, et c'était là que les plus grands obstacles attendaient les colonnes. Tout le matériel roulant fut laissé à Yanhuitlan ; suivi seulement des troupes légères, le général se porta en avant pour organiser les ateliers de travailleurs sur les routes et reconnaître les positions de l'ennemi.
A douze lieues d'Yanhuitlan, au rancho de las Minas, un ravin, profond de plusieurs centaines de mètres et encaissé entre des berges presque verticales, coupe la route ; d'un côté, la descente n'a pas moins de cinq kilomètres de développement ; sur le bord opposé, la disposition des escarpements ne permet pas d'en adoucir les pentes ; après les • travaux qui furent exécutés, elles conservèrent encore une rapidité excessive qui atteignait en certains endroits 0",40 par mètre. La colonne légère passa néanmoins sans trop de peine; le 17 décembre, elle fit sa jonction, à San Francisco Huitzo, avec celle qui venait d'Orizaba et dont les guérillas de Figueroa avaient essayé de gêner la marche. Le lendemain, on rencontra, en avant d'Ella, les grand'gardes ennemies ; elles se replièrent après un combat de quelques instants, dans lequel furent tués un ofïicier et six cavaliers du peloton français d'avant-garde. Le général Courtois d'Hurbal s'établit à Etla, à quatre lieues d'Oajaca; pendant que l'on travaillait à préparer l'arrivée du parc de siège, il fit autour de la place des reconnaissances préliminaires qui amenèrent plusieurs engagements.
Les démonstrations des colonnes françaises et les préparatifs ostensibles d'un siège, ne paraissant pas décider Porfirio Diaz à quitter Oajaca, le maréchal se résolut à prendre la direction de cette opération dont l'importance s'accusait chaque jour de plus en plus, il prépara l'envoi de nouveaux renforts, et emmenant avec lui quelques escadrons, il
franchit en douze jours les cent vingt-cinq lieues qui ^8C3. séparent Mexico cl'Etla ; il rejoignit le général Go^irtois d'Hurbal le 15 janvier 1863 (').
Au prix d'incessants travaux et d'efforts inouïs, la plus grande partie du matériel de siège avait été amenée dans la vallée d'Oajaca. De nombreux attelages de bœufs et plusieurs centaines d'Indiens ayant été réunis au ravin de las Minas, on avait pu descendre les chariots de parc tout chargés, en enrayant complètement les roues et en appliquant cinquante hommes par voiture à des cordes de retraite, mais il avait été impossible de leur faire gravir la pente opposée. On dut vider les caissons d'artillerie, et transporter les projectiles et les cartouches à dos de mulet jusqu'au sommet de la pente; on attela quatre et quelquefois cinq paires de bœufs à chaque pièce ; quarante à cinquante hommes poussaient aux roues ou tiraient à des cordes fixées au joug des bœufs et aux anses des canons ; sans le concours de ces nombreux auxiliaires , il eût été probablement impossible de triompher des difficultés exceptionnelles qui se présentèrent.
Lorsque le maréchal prit le commandement direct, il avait sous sa main : deux bataillons du 3« zouaves, douze compagnies du régiment étranger, un bataillon d'infanterie légère d'Afrique, une compagnie de zouaves montés, trois escadrons de cavalerie française, commandés par le général de Lascours, quatre escadrons mexicains, une batterie de 4, une batterie de 12, quatre sections d'artillerie de montagne, et une compagnie du génie. En attendant l'arrivée des grands convois qu'il avait mis en route avant son départ, il fit investir la place. Il établit son quartier général à l'ha-
(I) Le colonel Osmont, cliof d'étcat-major général, accompagnait le maréchal.
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'1865. cienda Blanca, et commença, le 17 janvier, à faire tourner la ville simultanément par le nord et par le sud. Le bataillon d'Afrique, passant par le nord, devait franchir, au col de Tres-Gruces, le contrefort montagneux à l'extrémité duquel étaient établis les ouvrages qui dominaient la ville ; les postes , chargés de garder les hauteurs, disputèrent le passage, cependant on s'établit le même jour au village de San Felipe, et l'on coupa l'aqueduc qui fournit les eaux à la ville.
L'investissement se compléta les jours suivants ; pour suppléer à l'insufFisance du corps de siège, le maréchal ordonna que chaque petit poste se couvrirait par des travaux de campagne de façon à pouvoir soutenir pendant quelque temps l'eftbrt d'une troupe supérieure ; il fit élever des barricades sur toutes les avenues et tracer une hgne de circonvallation autour de la place; on profita des obstacles naturels toutes les fois qu'on le put et, partout ailleurs, on creusa une tranchée ; les Indiens vinrent en grand nombre, moyennant salaire, concourir à ces travaux. Le développement de cette hgne avait trente-sept kilomètres, pour la surveillance desquels on comptait moins de quatre mille hommes. L'ennemi, qui s'était laissé enfermer sans trop s'en rendre compte, fut ainsi privé de toute communication avec l'extérieur ; il aurait pu sans doute forcer ce faible cordon, mais les travaux de circonvallation devaient assez retarder la marche d'une colonne pour que les troupes d'investissement eussent le temps de se concentrer et de se mettre à sa poursuite. La cavalerie de Félix Diaz, sortie de la place au commencement du mois, tenta inutilement d'y rentrer; l'artillerie des forts et des couvents essaya, sans y réussir, de gêner les travaux ; le 22 janvier seulement, Porfirio Diaz disputa l'occupation de l'hacienda
de l'Aguilera. La position resta aux troupes françaises ; 486o. le maréchal , qui n'avait pas ordonné de prendre possession de ce point, ne voulut pas y exposer un poste; l'hacienda fut évacuée et l'on se contenta d'établir des embuscades aux abords.
La place devait être attaquée par les hauteurs du nord, en même temps que des cheminements seraient commencés dans la plaine sur plusieurs directions. Les ouvrages défensifs de l'ennemi étaient assez importants pour exiger dans une certaine mesure le développement des opérations d'un siège régulier. Quatre grands couvents, placés aux quatre points cardinaux de la ville, formaient en quelque sorte les bastions d'un vaste réduit carré, dont une double ligne de barricades et de maisons fortifiées représentaient les courtines. C'étaient au nord : les couvents contigus de San Domingo et de Carmen ; à l'est : le couvent de la Merced ; au sud : San Francisco ; à l'ouest : la Soledad. De l'artillerie en armait les terrasses ; les murs des cours et des chambres étaient percés de créneaux ; des communications couvertes les reliaient entre eux et avec le centre de la ville.
Des ouvrages permanents ou des retranchements s'étageaient sur les hauteurs dont ils couronnaient les sommets.
Sur le Cerro de la Soledad, à 170 mètres au-dessus de la place d'armes, s'élevait un fort carré en maçonnerie, appelé fort Zaragoza ; à deux cents mètres en avant, était un ouvrage en terre appelé la Libertad ; à onze cents mètres plus au nord et à deux cent quatre-vingt-dix mètres audessus de la place, le l^"" Cerro du Dominante était défendu par une redoute carrée en terre ; enfin le 2^ Dominante, à quatre cents mètres du précédent, portait un ouvrage ouvert à la gorge et une flèche encore inachevée. Ces for-
tifications étaient protégées par un système complet, et fort judicieusement établi, de fougasses, trous de loup, petits piquets, réseaux de fil de fer et de cordes de cuir.
Les convois de vivres et de munitions et les dernières troupes étant arrivées à la fin du mois de janvier, le maréchal disposait de :
4,000 hommes d'infanterie,
200 sapeurs du génie,
500 cavaliers,
800 artilleurs.
Total. . 5,500 combattants, et environ cinq cents hommes des services administratifs. Il avait en outre trois cents cavaliers mexicains alliés, une centaine d'cxploradores (volontaires du pays), une section du génie, et une demi-section d'artillerie mexicaines.
Le matériel d'artillerie était considérable ; on avait rassemblé un parc de douze pièces de 12 de siège approvisionnées à trois mille coups, huit canons de 4 de montagne, et six mortiers de divers calibres.
La tranchée fut ouverte, le l^"" février, sur la crête étroite qui relie les cerros Dominante au col de Très Cruces, à douze cents mètres du saillant des ouvrages avancés ; mais les cheminements ne se continuèrent pas régulièrement (*). Presque aussitôt, une batterie fut commencée à mille mètres de l'ennemi et la communication en arrière, avec le dépôt de tranchée, se fit à découvert par un sentier à peu près défilé des vues de l'artillerie. Deux autres batteries furent construites sur les hauteurs voisines appelées cerro Mojote et cerro Pelado. Elles ouvrirent le feu le 4 février, tandis
(*) Les travaux du génie du siège d'Oajaca furent diriges par le colonel Doutrelainc, sous les ordres du général Vialla. Le général Courtois d'Hurbal fut spécialement chargé do l'allaquc sur les Iiauleurs.
LE MARÉCHAL BAZAINP:. 449
que dans la plaine, la ligne d'investissement se resserrait -isgo. chaque nuit et que les zouaves, avec leur audace traditionnelle et leur intelligente initiative, s'avançaient peu à peu dans les faubourgs mêmes de la ville.
Une gabionnade fut établie, dans la nuit du 5 au 6 février, à moins de trois cents mètres du cerro Dominante, et transformée le lendemain en batterie de mortiers dont le tir eut une grande efficacité, bien qu'ils fussent placés à une cinquantaine de mètres en contre-bas. L'ennemi couvrait les tranchées d'obus, de mitraille et de balles ; dans la nuit du 5 au 6 et dans la journée suivante, il tira plus de quatre cents coups de canon sur l'étroit espace où se faisaient les ^, travaux d'approche , mais quelques hommes seulement ^j "^'-^
furent atteints. >a .Z
Le roc affleurant presque partout, il était difficile de <i:>-*/
pousser les cheminements plus loin : aussi le maréchal ré- -^
solut-il de tenter une attaque de vive force ; il donna l'ordre de livrer l'assaut le 9, au point du jour; les troupes étaient déjà massées dans lestranchées^ lorsque le général Porfirio Diaz, après avoir demandé une capitulation qui lui fut refusée, se présenta en personne au quartier général et rendit la place à discrétion.
Un plus beau résultat ne pouvait être obtenu avec moins de sacrifices. Quatre mille prisonniers, soixante pièces de canon, un matériel de guerre important tombaient entre les mains des troupes françaises, dont les pertes ne se montaient qu'à huit ou dix tués et à une trentaine de blessés. Les habiles dispositions du maréchal Bazaine se trouvaient couronnées d'un plein succès.
Le général Porfirio Diaz, les officiers, et une partie des soldats furent dirigés sur Puebla ; mais, comme il était difficile de conserver un aussi grand nombre de prisonniers,
-1863. le maréchal remit en liberté la plupart des soldats enrôlés
~ de force; ceux qui appartenaient aux provinces éloignées
de Sinaloa et de Sonora y furent renvoyés par les soins des
autorités impériales ; d'autres furent incorporés dans les
troupes mexicaines alliées.
Après quelques jours de repos, le maréchal reprit la route de Mexico avec la plus grande partie de ses troupes. Il rentra dans la capitale le 25 février (^).
On apprit, vers la même époque, que Tehuantepec venait d'être occupé par des partisans de l'empire. Des armes et des munitions leur furent envoyées.
Opérations Le général Mangin C^) restait à Oajaca avec deux batail-
ronf ro
les guérillas lons du régiment étranger et le bataillon d'infanterie légère l'Etat d'Oajaca. d'Afriquc. Son premier soin fut d'y rappeler les habitants que le siège avait chassés et de les encourager à reconstruire leurs demeures pour la plupart détruites, non par le feu des batteries de siège, mais bien par suite de l'impitoyable exigence des chefs mexicains qui, ayant sacrifié toute autre considération aux nécessités de la défense et transformé cette riche cité en un amas de décombres, ne s'étaient pas fait pardonner leur vandalisme en poussant la résistance jusqu'à ses dernières limites. Le général Mangin se préoccupa ensuite de faire reconnaître l'autorité impériale dans toute l'étendue de la province, où ne se trouvaient plus d'autres forces ennemies que le corps de cavalerie de Ghato Diaz et les guérillas de Figueroa.
Chato Diaz, sorti d'Oajaca au commencement de janvier,
(1) Du 1'^' juillet 18G4 jusqu'au i'='' mai 1865, on dépensa en transports pour les expéditions sur Oajaca, 1,806,000 francs, qui furent imputés aux finances mexicaines.
(2) Le colonel Mangin, du 3" zouaves, avait reçu, quelques jours auparavant sa nomination île L'énéral.
LE MABÉCHAL BAZAINE. /J5l
avait battu le pays à d'assez grandes distances, et cherché m6. à inquiéter la marche des convois du corps de siège ; il ~
avait tenté des coups de main sur Huajuapan et sur Tehuacan ; repoussé par les gardes rurales mexicaines, il se replia sur Teotitlan et se jeta dans la Sierra d'Ixllan où ses forces ne tardèrent pas à se disperser. Des colonnes, envoyées dans cette région et dans le district de Villa-Alta, purent sans difficultés installer les autorités impériales et organiser des troupes locales ; mais Figueroa, avec ses contingents, dominait toujours le pays au nord-est de Teotitlan. Son quartier général était établi dans les montagnes voisines de Huehuellan.
Le général Mangin essaya de détruire ce centre de résistance. Le lo mars au matin, après une pénible marche de nuit de treize lieues, il attaqua les hauteurs d'Huehuetlan ; les premières positions furent rapidement enlevées , mais un épais brouillard vint paralyser l'élan des assaillants et permit à l'ennemi de battre en retraite. Les fortifications furent rasées ; un poste d'observation fut laissé à Teotitlan pour surveiller les guérillas dont le voisinage était dangereux et gênant.
Les populations qui vivent dans les pays de montagnes et d'un accès difficile sont généralement plus jalouses de leur indépendance et plus énergiques que celles des terres basses ; les guérilleros trouvent dans ces régions des refuges où il est presque impossible de les forcer. Il fallait donc, ou négocier la soumission des chefs, ou se borner à occuper les défilés des Sierras, afin de garantir la tranquillité des habitants de la plaine, en général plus paisibles et disposés à se soumettre à n'importe quelle autorité, pourvu qu'ils eussent la possibilité de vaquer à leur négoce ou à leurs travaux agricoles.
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4865. Il en fut ainsi presque partout au Mexique, dans la pro- "" vince d'Oajaca comme dans le Michoacan, dans le Sinaloa,
et dans laHuasteca.
Guérillas Lgs mauvaises dispositions des ministres de l'Empereur
de laHuasteca. ^y^^^ £jj-|. ^chouer les pourparlers entamés avec les chefs de cette dernière contrée, les hostilités recommencèrent. Le 8 décembre 1864, l'ennemi attaqua une première fois Zacatlan ; il en fut repoussé. Quelque temps après, les guérillas, ayant réuni quinze cents hommes, triomphèrent delà résistance que leur opposaient les habitants de cette petite ville. Le maréchal, fort mécontent de voir que le gouvernement mexicain n'avait pas voulu accepter les conditions de soumission offertes par les chefs du pays insurgé, était résolu à ne plus envoyer de troupes dans la Huasteca ; il lui était difficile cependant de refuser tout concours aux populations qui s'armaient d'elles-mêmes et demandaient à être soutenues. L'ordre fut donné aux commandants des postes français de Tulancingo et de San Juan de Los Llanos d'appuyer les gardes rurales. Zacatlan fut repris (27 décembre 1864); toutefois le capitaine Hurtel, commandant supérieurde Tulancingo, dépassa les intentions du commandant en chef; à la tête de quatre compagnies du 2^ zouaves, il tenta une expédition dans le cœur même de la Sierra d'Huauchinango. Le 28 janvier, il attaqua l'ennemi au col de Tres-Cruces, et, après l'avoir délogé de cette position, il se porta vers Pehuatlan ; les guérilleros occupèrent alors toutes les crêtes voisines et dirigèrent sur la colonne française une fusillade si meurtrière qu'elle dut rétrograder. La retraite se fit sous une pluie de balles, mais avec calme et en bon ordre, comme il convenait à ces vigoureux soldats dont la valeur avait été maintes fois éprouvée ; quatre officiers et
LE 3IAUÉCUAL BAZALNE. 453
huit zouaves tombèrent mortellement frappés , un officier ises. et vingt-six hommes furent blessés ; le détachement s'ar^ rêta quelques instants au sommet du col, puis rentra au milieu de la nuit à Acazuchitlan.
A la même époque, le premier détachement des volontaires autrichiens entrait en campagne. Sur un ordre direct de l'empereur MaximiUen, qui était en désaccord avec le maréchal relativement à l'opportunité des opérations dans la Huasteca, le major Rodolich marcha sur Tesuitlan, au nord de Jalapa, et enleva la place après un brillant combat (6 février) ; ce fut un heureux début pour ces nouveaux contingents. Le 17 février, un détachement autrichien et une petite colonne française s''emparèrent également de Zacapoaxtla où l'ennemi avait repris position ; mais le mois suivant, cinquante hommes tombèrent dans une embuscade à Xochiapulco ; vingt-trois hommes furent tués et les autres faits prisonniers (19 mars). Il fallut renouer les négociations avec les chefs ennemis; on conclut un armistice et les prisonniers furent rendus à Tulancingo le 6 avril.
Cette suspension d'armes, dont la durée fut de plusieurs mois, correspond à une période d'assez grande tranquillité dans les provinces cenUales du Mexique. En effet, l'Etat d'Oajaca venait d'être pacifié presque complètement, les Etats de Puebla, de Mexico, de Queretaro, de Guanajuato, de San Luis étaient fort paisibles.
Dans l'Etat de Vera-Gruz, Daquin, l'un des principaux Gucniias
des
chefs des guérillas, s'était soumis. Seules les bandes du Rio terres chaudes
(Je
Blanco continuaient à donner quelque inquiétude. Un cer- vera-cruz. tain nombre de prisonniers de guerre de la garnison d'Oajaca rendus à la liberté ou qui s'étaient échappés, et des
' Il PARTIE. CHAPITRE III.
'ises. hommes provenant des auxiliaires mexicains des terres chaudes, licenciés d'après les ordres de l'empereur Maximihen, avaient notablement grossi leurs rangs. La garde rurale d'Alvarado avait fait défection. Pour arrêter les progrès de l'ennemi, le chef de bataillon Maréchal, commandant supérieur de Vera-Gruz, se porta sur le Rio Blanco avec cent Autrichiens, cent vingt Egyptiens et une trentaine de cavaliers mexicains. Il s'empara de Tlaliscoyan, le 26 février, à la suite d'un violent combat, puis il enleva la position du Gocuite; mais, le 2 mars, il tomba dans une embuscade au Gallejon de la Laja et y fut tué avec vingtcinq de ses soldats. La petite colonne revint à Vera- Gruz, emmenant, non sans peine, vingt-sept blessés que l'excessive chaleur faisait affreusement souffrir. Du reste cet insuccès ne compromit en rien la situation générale des terres chaudes.
Guérillas Dans le Michoacan, les bandes deRomero venaient d'être
du Michoacan. J^|^^.^j^gg . j^^ partie de cette province, voisine du Rio de
Lerma, avait retrouvé quelque sécurité ; mais, à l'ouest et au sud, les guérillas s''étaient renforcées, depuis l'arrivée dans ce pays des forces d'Arteaga chassées de l'Etat de Jalisco.
Jusqu'au mois de décembre 1864, aucune opération d'ensemble n'avait été entreprise contre les bandes du Michoacan. Le général Marquez , qui commandait à Morelia , ayant trop peu de troupes , s'était borné à protéger un rayon assez restreint autour du chef-lieu de la province, et à placer des garnisons sur quelques points, à Zitacuaro entre autres qui était le lieu de concentration ordinaire des bandes ennemies, lorsqu'elles tentaient un mouvement du côté de l'Etat de Mexico.
Au mois de juin 1864, Riva Palacio s'était avancé jusqu'à Toluca.
Les guérillas de cette région avaient un effectif de plus de deux mille hommes. Elles attaquèrent Zitacuaro et déterminèrent les détachements mexicains alliés à leur abandonner cette position (8 août). Le général en chef prescrivit d'en reprendre possession, ce qui eut lieu le 25 août. Romero reparut cependant dans la vallée de Toluca, pilla plusieurs haciendas, et réussit à se dérober à toutes les poursuites. Il fallait mettre à l'abri des insultes de l'ennemi la route que l'empereur Maximilien devait parcourir, lors de son voyage dans l'intérieur. Une colonne mobile, composée d'une compagnie de zouaves et de quarante-cinq chasseurs d'Afrique, fut donc envoyée de Mexico sous les ordres du capitaine de La Hayrie; les zouaves furent montés sur des mulets, afin de pouvoir suivre la cavalerie et d'être encore à même, après une longue étape, de faire une marche de nuit, ou de tenter un coup de main dans les montagnes. Cette organisation donna d'excellents résultats et fut, dans la suite, appliquée à quelques autres compagnies.
Dans une affaire de nuit à Irimbo, Crescendo Morales, un des chefs les plus influents, ayant été tué, sa mort amena la soumission d'un grand nombre de villages (13 octobre) ; l'Empereur passa sans être inquiété.
Le capitaine de la Hayrie continua de battre le pays avec les troupes mexicaines des colonels Lamadrid et Valdez. Le l^"" novembre, une rencontre eut lieu entre les contingents aUiés et la bande de Romero. Yaldez, sur la fidélité duquel on pouvait compter, fut blessé mortellement ; son fils prit le commandement à sa place et fit défection, mais
i86s. une compagnie de partisans, envoyée à sa poursuite, reprit une partie du matériel et les deux pièces d'artillerie de cette troupe (9 janvier). Quant à Romero, il fil sans succès une tentative sur Toluca (25 décembre), et rentra dans les montagnes de Zitacuaro,
L'expédition sur Colima ayant dégarni le Michoacan, on ne put mener les opérations dans cette région aussi activement qu'il eût été nécessaire. Au mois de décembre, l'arrivée des troupes de la 2*^ division d'infanterie permit de s'en occuper de nouveau. Le quartier général de cette division fut établi à Morelia le 27 décembre; le général Douay, rentrant en France (11 janvier), remit le commandement provisoire au colonel du Preuil, qui parcourut le pays entre Tacambaro, Ario, Taretan, Uruapan, Tancitaro et Patzcuaro ; il laissa des garnisons mexicaines à Taretan et à Uruapan. D'un autre côté, le colonel de Potier, placé avec un bataillon du 81* de ligne à Maravatio, entrait en campagne dans les montagnes voisines de Zitacuaro ; il fractionna sa colonne en détachements qui atteignirent plusieurs fois l'ennemi , et le 31 janvier, avec une compagnie du 81*^ de ligne, deux pelotons de cavalerie, et les cavaliers mexicains alliés de Lamadrid, il surprit à Apacingan les bandes réunies de Komero. Deux cents hommes furent tués, cent soixante faits prisonniers, tous les autres dispersés. Un nombre considérable de chevaux, d'armes et de munitions tombèrent entre les mains du détachement franco-mexicain, qui perdit seulement quelques blessés. Romero était au nombre des prisonniers. 11 fut conduit à Mexico, déféré à une cour martiale pour crimes de brigandage et d'assassinats, et passé par les armes avec deux de ses officiers. L'empereur Maximilien fit grâce aux autres.
Dans l'ouest et le sud du Miclioacan. les résultats ne ^863. furent pas aussi complets. Le général Neigre, ayant pris le commandement le 2 février, organisa une ligne d'avanlpostes à Tacambaro, Ario et Acuitzeo, pour garantir Morelia contre les entreprises des troupes d'Arteaga. Le 20 février, un détachement de deux compagnies de zouaves se heurta à los Reyes contre huit cents hommes. Les auxiliaires mexicains ayant lâché pied, il fut forcé de rétrograder laissant aux mains de l'ennemi un officier grièvement blessé et deux zouaves qui furent d'ailleurs traités avec égards et recueillis, quelque temps après, par une colonne française. Comme nous l'avons dit, la pacification de l'Etat de Michoacan offrait des difficultés toutes particulières, . par suite de la configuration du pays et de la possibilité pour les guérillas de se ravitailler et de se reformer dans la vallée du Rio de las Balzas.
Presque au même moment, dans l'Etat de Jalisco, les Guériiia? bandes de Simon Guttierres, d'Herreira Gairo et de Rojas l'Etat d^jaii étaient atteintes par les colonnes légères françaises. Rojas, le bandit le plus redouté du pays, avait été surpris, le 28 janvier, à Potrerillos par la compagnie de partisans de Guadalajara. Il avait été tué ainsi que soixante hommes; un obusier, cinq cents chevaux et mulets, cinq cents armes, sept mille piastres, une grande quantité de matériel furent pris dans son camp, et la tranquillité revint dans cette province. Plusieurs généraux du parti libéral avaient déposé les armes (*) ; l'ennemi cédait partout devant les troupes françaises , et il semblait
'•) Les généraux Komulo del Valle, Etchegaray , Solis, Xcri. Juliu Garcia. Herreira y Cairo, liront leur soumission à ceUe t'^oque.
-1865. alors que l'influence de l'empire faisait de sérieux progrès.
ci?MaSn Mazatlan venait d'être occupé ; on ne pouvait supposer (i3nov. 1864). encorc que la soumission des provinces de Sinaloa et de Sonora dût rencontrer des difficultés particulières, et le maréchal avait assez de confiance dans l'avenir pour songer à renvoyer d'autres troupes en France..
A.U commencement de l'année 1864, la Cordelière ^\?iit essayé de canonner Mazatlan ; mais son artillerie ayant une portée inférieure à celle de la place, elle reçut une dizaine de boulets dans sa coque ou dans sa mâture, et fut obligée de se retirer sans avoir obtenu aucun résultat.
Les opérations sérieuses contre Mazatlan n'eurent lieu qu'au mois de novembre 1864. M. le capitaine de vaisseau de Kergrist, commandant par intérim l'escadre du Pacifique, prit deux des compagnies de tirailleurs algériens de la garnison d'Acapulco et les conduisit d'abord à San Blas, où elles furent rejointes par le commandant Munier et un détachement venu de Mexico. Le 13 novembre, il débarqua ces troupes à Mazatlan, qui fut occupé après une canonnade de quelques instants, par deux cent vingt tirailleurs algériens et cent cinquante marins.
Le général Lozada, à la tête de trois mille Indiens, s'était avancé de Tepic par la route du Rosario, afin d'appuyer cette opération. L'état de la mer n'avait pas permis aux bâtiments de se rapprocher assez de la côte pour entrer en relations avec lui; mais dès qu'il entendit le canon, il se porta vivement sur Mazatlan, et sa cavalerie atteignit encore quelques troupes de l'arrière-garde ennemie ; le général Lozada ne pouvait maintenir longtemps ses con-
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tingents sur pied ; il lui fallut ramener ses Indiens dans '•ses. leurs villages où les appelaient les travaux des champs, et la garnison de Mazatlan, forte de trois cents hommes à peine, se trouva livrée à ses propres forces ; elle ne tarda pas à être étroitement bloquée dans la place. Le 11 décembre, un corps de quatorze cents hommes menaça la ville, et s'avança à portée de canon des remparts. Un renfort de deux cent trente tirailleurs montés étant arrivé le 16 décembre, le commandant Munier en profita pour rompre le cercle qui l'enveloppait ; il sortit le lendemain et culbuta ks avant-postes ennemis. Mais un regrettable événement survint alors et rendit sa position plus difficile en portant un coup sérieux au prestige des armes françaises. Une compagnie de tirailleurs algériens , forte de soixante-huit hommes , avait été envoyée à bord du Lucifer pour aider à l'installation des autorités impériales à Culiacan. Le 20 décembre, M. le capitaine de frégate Gazielle la conduisit à Altata et débarqua lui-même avec une compagnie de marins et deux obusiers. Il se dirigea sur Culiacan avec une troupe mexicaine de quatre cents hommes sous les ordres du général Cortez. Le 22 décembre, l'ennemi, commandé pai Rosalès, fut rencontré à San Pedro, à six lieues de Culiacan. Les auxiliaires alliés ne tinrent pas, et, après un combat de deux heures, le détachement français se vit forcé de se rendre. Quatre-vingt-cinq hommes, dont sept officiers, furent faits prisonniers. Le général Cortez s'échappa.
Le général Vega, qui soutenait la cause de l'empire dans le nord de l'Etat de Sinaloa, venait également de tomber entre les mains des libéraux; Patoni le fit fusiller (16 décembre).
460 II' PARTIE. — CllAl'llRE III.
186a. La situation pouvait devenir grave, mais des colonnes
Mai7he importantes allaient prochainement arriver de Durango. Le de'^Castagiy de général de Gastagny avait reçu l'ordre de transporter son à nSba. quartier général à Mazatlan et préparait les moyens de faire passer ses troupes à travers les montagnes abruptes de la Sierra Madré du Pacifique. Les habitants de Durango, dont les intérêts commerciaux étaient fort étroitement liés au rétabhssement des communications avec la mer, le secondèrent en fournissant des subsides pour les réparations du chemin qui conduit à Mazatlan. La distance entre ces deux villes est de 80 lieues, et le sentier qui les unit est à peine praticable pour les convois de mulets. Des pentes, que la durelé du roc ne permet pas d'adoucir, s'accentuent en certains endroits jusqu'à 45 degrés ; les pierres roulantes, le peu de largeur du sentier, les précipices qui le bordent, en rendent les passages fort périlleux, même pour les piétons et les bêtes de somme. Au fond des gorges qui séparent les chaînons parallèles des montagnes, coulent des ruisseaux dont les gués n'ont d'ordinaire que quarante à soixante centimètres d'eau, mais que la moindre pluie transforme en torrents infranchissables. Enfin, jusqu'à Durasnito, situé à cinquante lieues de Durango, on ne rencontre aucun village, aucune ressource ; au delà, le pays est moins pauvre, mais les bandes de Corona l'avaient dévasté, et les habitants se déclaraient tous hostiles à l'intervention française. Ces obstacles ne devaient pas néanmoins empêcher l'expédition. Le 18 novembre, un détachement avait été envoyé jusqu'à Durasnito pour diriger les travaux de réparations de la route, pendant que le l'^rbataillon de chasseurs, le ol*^ et le 62° de ligne, destinés à cette opération, se concentraient à Durango.
Une avant-garde de trois compagnies, sous les ordres du
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lieutenant-colonel Deplanque, commença le mouvement le 18 décembre; elle fut suivie le 22 par une première colonne de deux bataillons du 31% commandée par le colonel Garnier. Le quartier général avec un bataillon et un escadron se mit en route le 26 ; enfin, une dernière colonne partit le 4 janvier. Chacune de ces fractions était accompagnée d'un grand convoi de mulets chargés de vivres et de munitions ; on emmena des troupeaux et l'on emporta des fours de campagne, de manière à pouvoir distribuer chaque jour du pain aux hommes et leur permettre de surmonter les fatigues qu'on allait affronter.
Aux difficultés inhérentes à une marche dans de pareilles montagnes, par d'étroits sentiers taillés en corniche, où l'on devait se suivre à la file, et où le moindre faux pas pouvait coûter la vie, vinrent s'ajouter d'autres souffrances physiques, conséquence de la raréfaction de l'air et du froid qui règne dans ces régions à 3,000 mètres au-dessus du niveau de la mer 0). Enfin, à l'endroit le plus difficile, sur une crête à laquelle son âpreté a fait donner le nom de rEspinazo del Diablo, les bandes de Gorona attendaient les colonnes et s'apprêtaient à leur disputer le passage. L'avant-garde s'arrêta.
Le colonel Garnier la rejoignit bientôt, et le l^^janvier au ^^ ^,g'^^^\\ j^j matin, il lança trois détachements à l'assaut de cette for- ^^,, ja^nî.^'ks). midable position ;'* celui qui devait l'aborder de front rencontra des obstacles insurmontables, mais les deux autres, gravissant résolument les rochers sans répondre au feu des ■ gens de Gorona, atteignirent les redoutes derrière lesquelles ils étaient abrités, les attaquèrent à la baïonnette, et les
(1) Pendant la nuit, le thermomètre descend à plusieurs degrés au-dessous de
ir PARTIE.