CHAPITRE QUATRIÈME
SOMMAIRE
Politique des Etats-Unis. — Emigration des confe'déres au Mexique. — Création des divisions militaires et des grands commandements. — Opérations militaires dans le Miclioacan. — Premier combat de Tacambaro (11 avril 1863). — Combat d'Huaniqueo (23 avril). — Deuxième combat de Tacambaro (11 juillet). — Combat de Santa Ana Amatlan (12 ociobre). — Menées du général Santa Anna. — Réoccupation d'Acapulco (11 août). — Opérations des volontaires autrichiens dans la province d'Oajaca et dans la Huasteca, — Expédition sur Ghihuahua. — Décret du 3 octobre 1863. — Opérations militaires en Sonora. — Opérations dans leTaraaulipas. — Opérations des colonnes françaises dans le nord-est. — Voyage de l'impératrice Charlotte au Yucatan.
Vers le milieu de l'année 1865, la possibilité d'une in- Poiniqne tervention armée des Etats-Unis dans les affaires du Mexique préoccupait vivement le maréchal Bazaine : aussi, comme nous l'avons dit, il cherchait à concentrer ses troupes de manière à les diriger promptement sur la frontièredunord, dans le cas où les circonstancesl'exigeraient. On s'appliqua, du reste, à écarter toute cause de conflit, et la plus grande patience fut recommandée au général Mejia à l'égard des chefs militaires de la rive gauche du Rio Bravo.
Avant d'évacuer Brownsville, les confédérés avaient fait passer sur la rive mexicaine d'assez grandes quantités de marchandises et une batterie d'artillerie. Les fédéraux en
des Etats-Unis.
réclamèrent la restitution. Pour que cet incident ne prît pas trop d'importance, le maréchal conseilla au gouvernement mexicain de restituer purement et simplement la batterie d'artillerie, ce qui était conforme au droit international ; la question des marchandises fut réservée, et M. Roblès, ministre de Fomento (^\ fut envoyé en mission spéciale à Matamoros, pour régler les questions litigieuses et arranger les différends à l'amiable. Les bandes de Gortina et d'Escobedo continuaient à recevoir bon accueil sur le territoire des Etats-Unis, où elles passaient fréquemment, soit pour se ravitailler, soit pour échapper aux poursuites des forces impérialistes ; cependant d'assez bons rapports s'établirent entre le général Mejia et le général Brown, commandant à Brownsville; celui-ci protesta de son intention d'observer une stricte neutralité; le cabinet de Washington paraissait mieux disposé ; le gouverneur de la Californie s'opposait au départ pour le Mexique d'un bâtiment portant quatre cents flibustiers; il faisait surveiller la frontière de l'Arizona afin d'en interdire le passage aux bandes armées (^) ; les alarmes, causées par les dispositions hostiles des Etats-Unis, s'apaisèrent, et le maréchal crut possible de proposer au ministre de la guerre de faire encore rentrer en France un régiment d'infanterie, un bataillon de chasseurs, et deux escadrons (3). Cependant on apprit bientôt que les Américains envoyaient des troupes au Texas ; le général Shéridan était attendu, disait-on, avec 60 à 70,000 hommes ; les rapports de la marine signalaient, à Brazos-Santiago, la présence de
(•) Le ministère de /'omenio correspond aux ministères des travaux publics, de l'agriculture, du commerce, etc. La signification de fomento est : encouragement, appui, protection.
(») Le maréchal au ministre, 28 juin,
'3) Le maréchal au ministre. H juillet.
LE MARÉCHAL BAZAINE. oOl
quinze navires à vapeur ; 25,000 hommes étaient déjà -1865. réunis, parmi lesquels 15,000 soldats noirs dont les Etats- Unis étaient fort embarrassés, et qu'ils auraient sans doute lâchés volontiers sur le Mexique (^). On savait que le gouvernement américain n'avait aucune envie d'augmenter ses v difticultés en s'engageant dans une guerre avec la France ; mais l'animosité du peuple était si grande, que le cabinet pouvait se voir débordé, soit par l'opinion pubHque, soit par le congrès. M. de Montholon, ancien ministre de France à Mexico, où il avait été remplacé par M. Dano, et qui remplissait alors les mêmes fonctions à Washington, écrivait au maréchal, le 30 juillet (^) : « La guerre étrangère est à l'ordre du jour aux Etals-Unis ; le gouvernement lutte pour l'éviter, afin de ne pas augmenter sa dette publique, qui s'élève déjà à plus de quinze milliards de francs, mais il n'est pas assez fort pour s'opposer aux cris que l'on profère partout autour de lui, et particulièrement dans l'armée qui est encouragée dans le sens de la guerre par son chef le général Grant. »
Au même moment, l'empereur MaximiHen, s'abusant sur les véritables sentiments du cabinet de Washington, écrivait personnellement au président Johnson, sans avoir pris la précaution de faire sonder ses dispositions ; celui-ci refusait de recevoir la lettre de l'Empereur et déclinait tout rapport avec l'envoyé chargé de la lui remettre. En faisant part de cet incident au ministre de France à Washington, M. Seward, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, en prit occasion pour affirmer, de nouveau et officiellement, l'intention bien arrêtée des Etats-Unis de re- ■ connaître seulement le gouvernement républicain et son /
(*) Le maréchal au ministre, 28 juillet. (*) Le maréchal au ministre, 27 août.
4865. président Juarez. Bien que le gouvernement français fît valoir, auprès du cabinet de Washington, que le rappel du corps expéditionnaire serait la conséquence presque imméfi diate de la reconnaissance de l'Empire, au moins comme pouvoir de fait établi à Mexico, toutes ses démarches échouèrent.
Émigration L'accucil reçu au Mexique par les nombreux émigrés
des confédérés . , ^
au Mexique, confédérés, forcés de s'expatrier, augmenta l'irritation des Américains du nord, dans le cœur desquels les vives passions, suscitées par la guerre civile, n'étaient pas encore calmées. L'empereur Maximilien et le maréchal Bazaine pensaient, avec raison, que celte émigration d'hommes énergiques était une bonne fortune pour le Mexique. Leur industrieuse activité féconderait le sol, et, par leur esprit pratique, ils développeraient les idées d'ordre et de respect aux lois, dont le pays avait grand besoin ; mais les Etats- Unis étaient mécontents de voir s'établir près de leurs frontières une population essentiellement hostile, toute disposée à combattre leur influence et à recommencer la guerre dès que les circonstances le permettraient. Le maréchal s'attacha autant que possible à faire disparaître cette cause d'excitation en donnant l'ordre au colonel Jeanningros, commandant à Monterey les troupes françaises les plus avancées, de faire désarmer les Américains qui se présenteraient dans ses lignes, et de les diriger immédiatement vers l'intérieur (*). Tout en évitant de heurter directement les Etats-Unis, il était de la poHtique du gouvernement impérial, d'accueillir ces hôtes et de chercher à les fixer dans le pays.
(') Un certain nombre d'oflGciers, dont plusieurs avaient acquis de la notoriété dans la jçuerrc de la Sécession, passèrent au Mt'xi(iue ; c'étaient les généraux Allen, Magruder, Walker, Wilcox, Leabster, Stevens, Kings, Terrel, ilardeman, Harris, Price, Polo, Preston, Smith, Kirby, etc., et le conimodore Maury.
LE 5IARÉCHAL BAZALNE. o03
Un ancien représentant de l'État de Californie au Sénat américain, le docteur Gwin, avait formé un vaste plan de colonisation pour la Sonora; il fut reçu en audience par l'empereur Napoléon ; des correspondances interceptées ayant appris au cabinet de Washington l'accueil bienveillant que ces projets avaient trouvé aux Tuileries, il chargea M. Bigelow, son représentant à Paris, de demander des explications à ce sujet. Le ministre américain fit donc savoir, par une note officielle, au ministre des affaires étrangères, qu'il était « chargé de déclarer franchement que les sympathies du peuple américain pour les républicains du Mexique étaient très-vives, et qu'on verrait avec impatience la continuation de l'intervention française dans ce pays;.... que toute faveur accordée au projet du docteur Gwin par l'empereur titulaire du Mexique, ou par le gouvernement impérial de France, tendrait notablement à accroître cette impatience populaire parce qu'elle serait regardée, peut-être avec justice, comme impliquant un danger pour les Etats-Unis » .
Le ministre des affaires étrangères répliqua que le gouvernement français, « toujours prêt à répondre loyalement aux demandes d'explications inspirées par un esprit de conciliation et présentées sur un ton amical, était au contraire résolu à repousser toute interpellation qui serait faite sur un ton comminatoire » . Toutefois, en écrivant au ministre de France à Washington, M. Drouyn de Lhuis lui fit connaître l'intention du gouvernement de rappeler les troupes françaises, au fur et à mesure du rétablissement de l'ordre et delà pacification du pays ; il ajouta « qu'il hâtait de ses vœuxlesplus sincères lejouroùle dernier soldat français quitterait le Mexique », et que le terme assigné à l'occupation de ce pays serait très-avancé, si les Etats-Unis
Il PARTIE.
Création des divisions
militaires
et des grands
commandements.
cessaient d'encourager l'anarchie et d'appuyer de leurs sympathies le parti hostile à l'Empire ; au surplus, on devait savoir que la France n'avait pas l'habitude de presser son pas sur des injonctions hautaines (^). Cependant, quelle que fût l'aigreur de ces communications, on ne partageait pas les craintes du maréchal Bazaine, relativement à une intervention armée des Américains du nord. D'ailleurs les ministres de l'empereur MaximiHen, inspirés par un faux sentiment de susceptibiHté nationale, se montraient hostiles à tout ce qui venait de l'étranger; les entraves qu'ils
apportèrent aux projets de colonisation les firent avorter (^).
Un des corollaires de la loi organique de l'armée mexicaine avait été le partage du territoire de l'empire en huit divisions militaires (^).
Il fut convenu, entre l'Empereur et le maréchal, que pour donner plus d'unité aux opérations militaires, il serait établi en outre deux grands commandements.
San Luis de Potosi fut désigné pour être le chef-lieu du premier commandement, formé par la réunion des 3' et 5' divisions militaires, et comprenant les anciens Etats de San Luis, de Tamaulipas, de Nuevo-Leon, et de Coahuila. Il fut confié au général Douay, qui était revenu au Mexique. Durango devint le siège du deuxième grand commandement, à la tête duquel fut placé le général de Castagny. Il comprenait les 6^ et 8' divisions territoriales, c'est-à-dire les anciens Etats de Zacatecas, de Durango, de
(') M. Drouyn de Lhuis à M. de Montiiolon, 17 août 1865.
(') Voir à l'appendice une nolo sur la colonisation et sur les efforts généreux tentés par l'empereur Maximilicn pour émanciper la classe des travailleurs agricoles.
(3) Au point de vue administratif, et pour arriver à détruire l'autonomie provinciale, le pays avait été divisé en cinquante départements.
LE MARÉCHAL BAZAINE. o05
Chihuahua, de Sonora, etdeSinaloa. Le maréchal remania mb. l'organisation divisionnaire des troupes du corps expédi- ~
tionnaire ainsi qu'il suit :
1'''' division : général Douay.
1" brigade: ( '^ " rég. de zouaves.
< 8'P rég. de ligne.
gênerai INeigre. i d i -n i /• -n i • •
( bataillon de tirailleurs algériens.
2« brigade: l 3« rég. de zouaves.
< 2« bataillon d'infanterie légère d'Afrique. ^ général Mangin. in/-..,
* ( Régiment étranger.
2* division : général de Gastagxy.
jre brigade ■ ( ^^^ bataillon de chasseurs à pied.
. . . „ W^ rég. de ligne.
gênerai Bri.xcourt. / ^^î» . i i-
( 9o^ reg. de ligne.
2e brigade • ( '" h^^sUloii de chasseurs à pied.
, ° < ol« rég. de ligne,
général Aymard. J r>-,„ . i -,■
{ Dz^reg. de ligne.
Le général Douay se rendit à San Luis ; le général de Gastagny quitta Mazatlan et revint à Durango (l^"" juillet). Comme il était à présumer, si la guerre éclatait, que l'effort principal des Américains se porterait sur la ligne de San Luis, le général de Gastagny devait, dans cette hypothèse, se replier de Durango sur Zacatecas, puis sur Queretaro, position centrale et avantageuse pour la concentration de l'armée. Des mesures de précaution furent prises sur la route de Vera-Gruz à Mexico ; des fortifications, élevées sur plusieurs points, et l'on prépara les moyens de ramener promptement les garnisons de Guaymas et de Mazatlan.
Outre les deux grands commandements du Nord-Est et du Nord-Ouest, l'empereur Maximilien aurait désiré
ir PARTIE. CHAPITRE IV.
constituer au Sud, sous les ordres d'un général français, un troisième commandement dans lequel eût été comprise la province de Michoacan. Le général L'Hériller, à qui cette mission fut offerte, crut impossible de l'accepter sans avoir un chiffre suffisant de forces françaises, et comme le maréchal n'était pas disposé à faire opérer ses troupes dans une direction qui les éloignait des lignes stratégiques du Nord, il ne fut pas donné suite à ce projet.
Opérations
militaires dans
le
Michoacan.
C'était dans le Michoacan que les forces libérales se maintenaient avec le plus de succès ; elles étaient organisées en cinq brigades, commandées par Piegules et Riva- Palacio, sous les ordres supérieurs du général Arteaga. A la tête des troupes mexicaines impériales se trouvait le colonel Mendez, officier sur lequel on pouvait compter.
Au commencement de l'année 1865, lorsque le quartier général de la division Douay fut transporté à Morelia, de sérieux efforts avaient été faits pour pacifier ce pays. On était parvenu à détruire quelques guérillas; cependantl'ennemi continuait à tenir la campagne ; lorsqu'il avait besoin de se reposer ou de se réorganiser, il se retirait dansla vallée du Rio de las Balzas, où des armes, des munitions et de l'argent lui arrivaient par les ports du Pacifique; les colonnes françaises s'avancèrent jusqu'à Huetamo ; mais il leur eût été impossible de rester longtemps dans cette région, sous un climat énervant et sans communication assurée avec le centre du pays. Elles revinrent sur leurs pas et l'on dut se borner k couvrir Morelia par une ligne d'avantpostes, placés à Tacambaro, Ario et Acuitzeo.
Au mois de mars 1865, le départ de la plus grande parlie des troupes françaises, appelées, par les événements du
Nord, dans l'Etat de Durango, fut pour les guérillas libé- i86o. raies le signal de nouvelles entreprises. Dès le 7 mars, Arteaga occupait Tacambaro ; Ugalde, Valdez, le curé Traspena enveloppaient Zitacuaro et faisaient la garnison prisonnière. Le colonel Mendez reprit possession de cette petite ville ; une garnison mixte de cent vingt Belges et de cent Mexicains y fut placée ; mais l'ennemi revint et, sans se compromettre dans une attaque, il alluma des incendies qui consumèrent toutes les maisons, à l'exception du réduit (15 avril) ; on fut obligé de l'abandonner.
Quant à Piegules, avec deux mille hommes, il paraissait vouloir s'ouvrir, par la Piedad, un chemin qui lui permît de gagner les provinces du Nord. Les détachements envoyés en toute hâte de Léon et de Guanajuato le forcèrent à renoncer à cette tentative.
A cette époque, les opérations dans le Michoacan étaient dirigées par le colonel de Potier, qui, outre la brigade mexicaine du colonel Mendez, disposait d'un bataillon du 81* de ligne, du régiment des volontaires belges et d'un escadron du o' hussards; il envoya deux colonnes à la poursuite de Régules ; celui-ci, manœuvrant avec une grande habileté, leur échappa, et, marchant avec une prodigieuse vitesse, passa de Zipimeo à Guitzeo, puis à Que- Premier combat
^ ... . . de Tacambaro
rendaro; il se dirigea ensuite vers le Sud et, le 11 avril, (n avrinsGo). tomba inopinément sur Tacambaro , où se trouvaient quatre compagnies belges et un escadron mexicain. Envahissant la ville avec une rapidité telle que pas un coup de fusil ne fut tiré, il attaqua aussitôt le réduit où les Belges s'étaient précipitamment renfermés. Après une résistance de quatre heures, pendant laquelle sept officiers et vingt hommes furent tués, trois officiers et onze hommes blessés,
1865. le major Tydgadt, mortellement blessé lui-même, capitula. Régules emmena deux cent dix prisonniers.
A la nouvelle de ce malheureux événement, le colonel de Potier se dirigea immédiatement sur Tacambaro ; il y arriva le 16 avril, recueillit les blessés et une vingtaine de prisonniers qui s'étaient échappés des mains de l'ennemi, et reprit la poursuite de Régules. Celui-ci, après avoir échoué, le 17 avril, à Uruapan, devant l'énergique résistance d'une garnison mexicaine de deux cents hommes, crut avoir assez d'avance sur la colonne française pour se porter vers Morelia et tenter un coup de main contre cette ville, alors dégarnie de troupes.
Combat H ne réussit pas et fut atteint, le 23 avril, à Huaniqueo,
d'Huaniqueo , i i i tw • i ^ , i ,
(23 avril). par le colonel de Potier, battu, complètement desorganisé et forcé de reprendre la route du Sud. L'escadron du 5^ hussards, qui était à l'avant-garde de la colonne, fut, pendant quelque temps, très-sérieusement engagé contre un ennemi fort supérieur en nombre. L'arrivée de l'infanterie décida le succès du combat. Les troupes françaises perdirent dix-sept hommes, dont dix hussards.
Cette guerre se continua pendant les mois suivants avec des chances diverses ; les corps français ayant été rappelés à Mexico (1^' juin), Arteaga et Régules rentrèrent en campagne avec 2,500 hommes; le 19 juin, après un combat acharné, ils s'emparèrent d'Uruapan et fusillèrent le commandant militaire et le préfet politique. Une colonne française, sous les ordres du colonel Clinchant, était alors en observation à Puruandiro, près du Rio de Lerma ; elle se porta rapidement sur Uruapan et chassa l'ennemi (23 juin); mais le maréchal persistait à ne vouloir laisser aucun détachement de ses troupes dans
le Michoacan. Il prescrivit au colonel Glinchant de re- «ses. tourner à Léon. Le régiment belge et les troupes mexicaines de Mendez restèrent seuls dans cette province, et reçurent l'ordre de se borner à l'occupation permanente de Patzcuaro, de Morelia, et d'Acambaro.
Le 11 juillet, le régiment belge prit à Tacambaro une Deuxième combat brillante revanche du combat malheureux du mois d'avril, lu^iuim). Le lieutenant-colonel Yan der Smissen, à la tête de 850 Mexicains et Belges, attaqua les forces d'Arteaga, qui avait pris position à une lieue de la ville, mit trois cents hommes hors de combat et leur enleva six canons, leur parc, six cents fusils et cent soixante-cinq prisonniers. Il perdit onze Belges tués dont un officier. Gêné par ses blessés et de nombreux malades, le colonel Van der Smissen revint à Morelia; mais Arteaga était mis dans l'impossibilité de reprendre la campagne avant quelque temps W.
Le rapport envoyé par le lieutenant-colonel Van der
(') Le succès remporté par les Belges charma tout particulièrement l'Impératrice, dont il flattait l'amour-propre national ; le colonel de Potier, à la tète de son régiment qui avait fait la campagne du Michoacan avec les Belges, alla l'en féL'citer au château de Chapultepec. L'Impéralrice en fut vivement touchée ; on lit dans une lettre qu'elle écrivait le même jour :
« J'ai passé devant le front des troupes en parlant à la plupart des ofiBciers et à plusieurs soldats , puis le régiment a déûlé aux cris de : Vive l'Empereur t Vive l'Impératrice ! Ils étaient superbes , avec leur air martial, leurs pantalons rouges, couvre-nuque et guêtres blanches.
• A vous dire vrai, la vue de tout régiment français me cause un battement de cœur indéfinissable et je ne sais quel sentiment de consanguinité. Les drapeaux troués, qui sont restés parmi les premiers souvenirs de mon existence, produisent sur moi une sensation que je ne saurais dire. C'est de l'afTection, de l'admiration, le tout ensemble, mais tout en la retenant; car que suis-je pour ces hommes-là qui me sont touti »
Smissen à la suite du combat de Tacambaro fut la cause de dissentiments graves entre lui et le colonel Mendez, qui trouvait trop amoindrie la part de succès attribuée aux troupes mexicaines ; d'un autre côté, le lieutenant-colonel belge ne voulait pas se placer sous les ordres de Mendez ; des officiers envoyèrent leur démission, et le maréchal, pour couper court à ces difficultés, éloigna ce régiment du Michoacan, et l'envoya dans le Nord, sous les ordres du général ûouay.
Combat de Santa Ana
Amallan (-12 octobre).
Au mois d'octobre, Arteaga ayant reparu à Uruapan, le colonel Mendez, à la tète de trois cents cavaliers et de quatre cents fantassins , se mit à sa poursuite ; après une marche de nuit , il atteignit et battit à Santa Ana Amatlan un corps d'un millier d'hommes (12 octobre). Les généraux Arteaga et Salazar, dix officiers supérieurs, une quarantaine d'officiers subalternes et quatre cents hommes tombèrent entre ses mains. L'empereur Maximilien venait, par un décret du 3 octobre, de déclarer hors la loi les chefs dissidents qui persistaient à ne pas déposer les armes ; Mendez s'en autorisa aussitôt et , en représailles de l'exécution du commandant militaire et du préfet d' Uruapan, il fit fusiller les deux généraux et trois colonels.
Régules ne vengea pas la mort de ses compagnons sur les prisonniers de Tacambaro qui étaient en son pouvoir; mais les chefs libéraux refusèrent de traiter directement de leur échange avec le gouvernement mexicain; les négociations à ce sujet furent réglées entre Riva Palacio et le quartier général français. Le 5 décembre, sept officiers belges, neuf officiers mexicains et cent quatre-vingts soldats belges furent rendus à Acuitzeo.
Les succès précédemment obtenus par les libéraux dans 1860. l'Etat de Michoacan avaient donné à plusieurs des chefs Menées de spartis hostiles à l'Empire l'idée d'y transporter le sa'ntaTnna. centre de la résistance, afin de se rapprocher de Mexico et d'avoir plus de chances de profiter des soulèvements qu'ils comptaient provoquer. Le haut clergé, des ministres mêmes de l'Empereur, s'il faut en croire les rapports du maréchal, s'entendaient avec Santa Anna.
Des lettres saisies avaient indiqué le plan général du mouvement projeté ; Santa Anna devait débarquer sur la côte de Vera-Gruz ou sur celle du Pacifique; les guérillas du Michoacan, les Indiens du Guérrero conduits par Alvarez, et les corps que Portirio Diaz pourrait organiser dans l'Etat d'Oajaca 0), se porteraient alors simultanément sur Mexico ; une insurrection générale ne manquerait pas d'éclater et renverserait l'étranger du trône. Santa Anna travaillait à cette combinaison avec l'ardeur et l'inconséquence dont sa vie poUlique ne donne que trop d'exemples; un de ses neveux était son agent à Mexico ; son fils s'étant permis de protester contre une de ses proclamations au peuple mexicain, il déclara qu'il le déshériterait et qu'il consacrerait toute son immense fortune(^) à la guerre sainte. On devait certainement faire la part de l'emphase ordinaire de ce personnage, mais, dans l'éventuahté d'une rupture avec les Etats-Unis, il fallait prévoir les embarras qui pourraient surgir de ce côté, d'autant plus que les Américains lui avaient déjà vendu une assez grande quantité d'armes(^),
(') Le maréchal au ministre, 10 août. — Porlirio Diaz s'était évadé de Puebla, où il était iruerné depuis la prise d'Oajaca.
<*> Cent vingt millions de francs, disait-on.
(5) Quatre mille carabines, quatre mille pistolets, douze canons. — Le maréchal au ministre, 9 octobre.
et récemment une frégate des Etats-Unis s'étant rendue à Saint-Thomas , Santa Anna en grand uniforme était monté à son bord où il avait reçu des honneurs tout particuHers.
Réoccupation
d'Acapulco
(U août).
Il paraissait donc urgent de réoccuper Acapulco. Deux des bâtiments de l'escadre, la Victoire et le Lucifer, prirent à Manzanillo quatre cents hommes de troupes mexicaines, sous les ordres du général Oronoz, et, le 11 août, les débarquèrent sans coup férir devant Acapulco. La ville était presque entièrement abandonnée par ses habitants. Le maréchal, de son côté, envoya des reconnaissances vers le Guerrero, et fit ouvrir une route carrossable entre Guernavaca et le Piio Mescala. Le pays au sud de Mexico était alors dégarni de troupes françaises ; la brigade mexicaine de la Pena (ancienne brigade Yicario) surveillait seule la vallée du Rio de Mescala.
Opérations des volontaires
autrichiens
dans la province
d'Oajaca
et dans)
la Uuasleca.
L'Etat d'Oajaca était gardé par des troupes austromexicaines ; mais bien que, de l'avis du maréchal, les contingents autrichiens eussent une excellente composition en officiers et en soldats, les dispositions ordonnées par le général de Thun avaient été si malheureuses, qu'au mois d'août, Figueroa battit un faible détachement autrichien sorti de Tehuacan ; il entra ensuite dans la ville et fit prisonniers une vingtaine d'hommes réfugiés dans le réduit (14 août). Une petite colonne française, venant d'Acultzingo, le chassa de cette position ; mais il réussit encore à détruire un détachement austro-mexicain de cent quarante hommes envoyé d'Oajaca. Figueroa fut à son tour battu le 25 octobre, à Acalpan, par un escadron autrichien.
LE MARÉCHAL BAZAINE. ol3
Il perdit deux cents hommes et offrit sa soumission qui ^865. fut acceptée ; un mois après, il reprenait la campagne à la tète de cinq cents guérilleros. Les garnisons laissées dans cette province, paraissant beaucoup trop faibles au maréchal, il donna l'ordre formel au général de Thun d'abandonner les expéditions inutiles et meurtrières dans la Huasteca, et d'augmenter le chiffre des troupes autrichiennes dans l'Etat d"Oajaca.
Les opérations dans la Huasteca s'étaient continuées contre le gré du commandant en chef. L'armistice conclu au mois d'avril n'ayant été suivi d'aucun arrangement définitif, les hostilités furent reprises au commencement de juillet. Le général de Thun, après avoir concentré ses forces à Zacapoaxtla, attaqua, le 16 juillet, les positions des Gumbres d'Apulco et les enleva après un combat opiniâtre ; il y construisit un blockhaus ; quelques jours plus tard (22 juillet), les Mexicains l'incendièrent, et firent prisonniers les vingt-cinq hommes qui s'y trouvaient. Plusieurs autres engagements eurent encore lieu avec des chances différentes, mais toujours sans conséquences utiles pour la pacification. L'expérience démontrait de nouveau l'impossibilité de soumettre un pays, dont les montagnes, les gorges, les ravins, sont autant de positions presque inexpugnables ; les Autrichiens suspendirent leurs opérations et laissèrent seulement des postes à Tesuitlan, Zacapoaxtla et Tulancingo. Des négociations reprises avec les chefs de la Huasteca ayant amené, à la fin du mois de novembre, la soumission de Martinez, un des plus importants d'entre eux, les troupes autrichiennes se bornèrent dès lors à quelques petites expéditions au nord de Jalapa, afin de faire respecter la route de Vera-Cruz ; la majeure partie de ces contingents ainsi rendus disponibles fut en-
514 if PARTIE. r.HAPITnE IV.
1865. voyée dans l'État d'Oajaca, pour arrêter les progrès de Porfirio Diaz.
Expédition Le maréchal, ainsi rassuré au sujet des tentatives que les
sur Cliihualiua, . ** ■^.
chefs libéraux pourraient faire sur ses derrières, prit ses mesures afin de relancer Juarez jusque dans l'Elat de Ghihuahua. Depuis l'insuccès de la campagne du général Negrete, le commandement des troupes libérales du Nord était partagé entre Ruiz, Aguirre, Villagran, Ojinaja et Carbajal. Ils rallièrent les soldats dispersés, rassemblèrent le matériel épars, firent des levées d'hommes et d'argent, et s'efforcèrent, par tous les moyens, de reconstituer une nouvelle armée.
Dès le mois de mai, avant même la dispersion du corps de Negrete, le maréchal avait prescrit au général Brincourt de se préparer à marcher sur Chihuahua, et de pousser cette opération avec assez de vigueur pour que Juarez eût quitté le territoire du Mexique au mois d'octobre, époque de la réunion du Congrès des Etats-Unis. Gomme nous l'avons dit, on espérait à Mexico que le départ de l'ancien président déterminerait le cabinet de Washington à reconnaître l'empire. G'élait le seul but que se proposait le maréchal en envoyant des troupes à Ghihuahua. « Je ne veux d'aucune façon, écrivait-il, que nos troupes dépassent Ghihuahua de plus d'une journée de marche; et, tout en laissant croire que nous resterons dans cette province, dès que les troupes seront reposées, le général Brincourt se
mettra en route sur Rio-Florido, puis sur Durango Il
fera reconnaître l'empire, organisera les autorités civiles et militaires, s'il y a les éléments suffisants et de honrie volonté, sans compromettre les uns ou les autres... Ainsi, il est bien entendu que la colonne Brincourt doit se mettre
LE MARÉCHAL BAZAINE. olo
en retour quinze ou vingt jours au plus après son arrivée, ^86opour revenir àDurango... Les événements, qui peuvent se produire d'un instant à l'autre sur la frontière nord, ne nous permettent pas de tenir les troupes aussi éparpillées. Nous aurons fait le possible, advienne ce qui pourra de Juarez et des populations, et pensons avant tout à l'honneur de nos armes, le cas échéant !
« En résumé, la diplomatie veut s'appuyer sur la fuite de Juarez de sa dernière capitale, pour amener les Etats- Unis à la reconnaissance de l'empire mexicain ; nous ne pouvons faire plus, et ce serait folie que de vouloir le suivre en ce moment dans tous les recoins où il voudra aller.»
Des ordres étaient donnés pour que la garnison de Guaymas fit, à la même époque, une pointe offensive vers l'intérieur, afin que Juarez ne put se réfugier en Sonora. Les limites de l'opération sur Chihuahua étaient donc bien définies ; il importait en outre qu'elle fût rapidement effectuée, aussi le maréchal prescrivit-il au général Brincourt, à moins d'impossibilité absolue, de marcher sur Chihuahua par la route la plus courte, c'est-à-dire de se porter directement de Parras, où il se trouvait, sur Mapimi, en traversant la Laguna. La saison des pluies était déjà fort avancée, et dans ce pays coupé de rivières et inondé à chaque instant, la marche de colonnes suivies de voitures ne laissait pas que de présenter de sérieuses difficultés. Le 9 juin, à la Sauceda, entre Saltillo et Parras, le général Brincourt avait eu un exemple des dangers que présentent ces inondations subites. « Le bivouac était établi près d'une petite rivière, et à peu de distance de profondes barrancas alors à sec, ayant en moyenne six mètres de profondeur sur vingt mètres de largeur et qui, réunies, eussent contenu les eaux d'un grand fleuve de Franco.
4865. Un violent orage éclate, les barrancas se remplissent, l'eau ~ s'y écoule avec une rapidité prodigieuse, et cependant la
colonne se trouve tout à coup au milieu d'un lac immense, les eaux s'élevant à plus de cinquante centimètres audessus du sol (^). »
Le général Brincourt commença son mouvement le 1^"* juillet; de Parras, oii restait momentanément un poste français, il devait se rendre à Mapimi ; de Mapimi, à Rio Florido; il se proposait d'établir sur ce point des magasins, des dépôts de vivres, et d'y préparer les moyens de traverser en tout temps le Rio Florido, obstacle le plus important entre Durango et Ghihuahua. Le village de Rio Florido est situé sur la rive gauche du fleuve dont la largeur, en cet endroit et à cette époque de l'année, est d'environ mille mètres ; c'est une bonne position militaire, à peu de distance des villes de AUende et de Parral, à 86 lieues de Durango et à 75 de Ghihuahua (^).
Le général Brincourt avait sous ses ordres trois bataillons , deux escadrons de chasseurs d'Afrique , et quatre sections d'artillerie, ensemble 2,500 hommes (^) ; le 8 juillet, il traversa, non sans grande peine, le Rio de Nazas, au gué de Torreon. Entre le Rio de Nazas et le Rio Florido, le pays n'est qu'un désert; la colonne arriva, le 22 juillet, à Rio Florido et le lendemain à Villa Allende;
(*) Le général Brincourt au Maréchal, 14 juillet.
(«) De Durango à San Salvador 42 lieues 1/2
De San Salvador à Rio Florido 43 —
De Rio Florido à Allende 8 — 1/2
De Allende à Santa Rosalia 21 —
De Santa Rosalia à Sanla-Gruz de Rosales 18 — 1/2
De Santa-Cruz de Rosales à Ghihuahua 27 —
160 lieues 1/2 De Allende au Parral, 7 lieues.
(3) 18" bataillon do chasseurs à pied, Ofi'- de ligne, 1" chasseurs d'Afrique.
LE MARÉCHAL BAZALNE. 517
de ce point, un détachement fut envoyé chercher de l'ar- -«865. gent au Parral, ville de 10,000 habitants et centre minier important, à 29 kilomètres de Allende.
C'était au Parral, à Allende, et à Piio Florido que l'ennemi cherchait à reconstituer ses forces. Ruiz , qui était au Parral, se replia sur Santa Rosalia ; puis, se voyant suivi dans cette direction par les colonnes françaises, il se mit en retraite sur Chihuaha emmenant dix-huit pièces d'artillerie, dont quatorze de gros calibre, tandis que Aguirre, avec environ sept cents hommes, se retirait vers le désert. Le général Brincourt fut arrêté pendant huit jours à Las Garzas par le Rio de Conchos, dont le passage oftVit des difficultés inouïes ; Piuiz était au même moment arrêté par le Rio San Pablo, à Santa-Gruz deRosales ; mais ayant appris que la tête de colonne française commençait à franchir le Rio de Conchos, il fît enclouer ses pièces, noyer ses munitions, briser ses affûts, et passa le Rio San Paj-jlo à la nage avec une partie de ses troupes ; le général Yillagran , accompagné d'un bataillon de cinq cents hommes et de quatre pièces de montagne, se sépara de lui et remonta à l'ouest, vers la Sierra.
Le 9 août, une avant-garde du général Brincourt arrivait à Rosales, où elle s'emparait du matériel et des quatorze pièces abandonnés par l'ennemi. On était alors à vingt-sept lieues de Chihuahua ; Juarez avait quitté cette ville depuis le o août et se retirait vers Paso del Norte ; les troupes hbérales s'étaient dispersés. Le général Brincourt ayant assuré ses communications par des postes laissés au Piio Florido, à Allende, au Parral, à Santa Rosalia, et à Santa Cruz de Rosales, marcha sur Chihuahua avec une colonne légère et entra dans la ville le 15 août; il s'occupa aussitôt de rétablir es autorités municipales et de réorganiser l'administration.
1865. A la suite de cette courte mais pénible campagne que les
troupes avaient fournie avec une remarquable vigueur, le drapeau français était ainsi porté à plus de quatre cents lieues de Mexico et à cent soixante lieues de Durango. On avait perdu seulement un officier et un soldat noyés au passage du Rio de Conchos ; mais le général Villagran, qui avait quitté le gros des troupes libérales à Santa-Gruz de Piosales, s'était porté rapidement sur le Par rai, et avait écrasé une compagnie du 95*^ de ligne, envoyée dans cette ville pour chercher de l'argent. Le lieutenant Pyot, qui commandait cette compagnie forte de soixante-six hommes, fut attaqué le 8 août, dans la nuit ; il résista pendant deux heures, et se faisant ensuite jour à la baïonnette avec quatorze de ses hommes, il parvint à gagner la campagne et à rentrer au Rio Florido ; un officier et seize hommes furent tués, vingt-quatre faits prisonniers. D'après le rapport de Villagran, les Mexicains perdirent un général, un officier, quatre hommes tués et trois blessés. Averti de ces événements, le colonel Cousin, du 95*^, se porta rapidement de Allende sur le Parral ; il arriva le lendemain du combat et recueillit treize soldats blessés.
En rendant compte au maréchal du succès de son expédition, le général Brincourt mentionnait certains bruits, venant de la frontière, d'après lesquels Juarez aurait quitté le territoire mexicain et serait passé aux Etats-Unis. Cette nouvelle, également rapportée par plusieurs journaux américains, fut accueillie à Mexico avec grande satisfaction. L'empereur Maximilien croyait y voir la fin de la résistance du parti républicain, et comptait plus que jamais sur la reconnaissance prochaine de l'Empire par les Etats- Unis. « Le gouvernement des Etats-Unis est assez bien disposé, écrivait-il; il reçoit déjà mes agents avec amabi-
LE MARÉCHAL BAZAINE. ol9
lité et encouragement, mais faisant toujours la craintive ^86o. question : a Juarez est-il parti? (*). >> C'est à cette époque cependant, que le président Johnson éconduisait l'envoyé porteur d'une lettre de l'empereur du Mexique, et qu'il faisait ofticiellement savoir au gouvernement français son intention formelle de ne pas reconnaître l'empire mexicain.
L'empereur Maximilien pensa que le moment était venu ^^"^ilbre de faire une sérieuse manifestation politique. Il adressa -isso. au pays une proclamation dans laquelle il déclarait que, l'ancien président ayant quitté le territoiue national, personne ne pouvait s'abriter désormais derrière le masque de la légalité pour continuer la guerre contre l'Empire ; par conséquent les bandes de guérillas • devaient être considérées comme des associations de malfaiteurs auxquelles serait appliquée toute la rigueur des lois martiales :
« Mexicains, la cause soutenue avec tant de courage et de constance par D. Benito Juarez avait déjà succombé non-seulement devant la volonté nationale, mais devant la loi même que ce chef invoquait à l'appui de ses titres. Aujourd'hui, cette cause, dégénérée en faction, est restée abandonnée par le fait de la sortie de son chef du territoire de la patrie.
« Le gouvernement national a été longtemps indulgent et il a prodigué les actes de clémence pour laisser aux hommes égarés, à ceux qui ne connaissaient pas l'état des choses, la possibilité de s'unir à la majorité de la nation et de rentrer dans le chemin du devoir.
ï Tl a obtenu le résultat désiré ; les hommes honorables se sont groupés autour de son drapeau, et ont accepté les principes justes et libéraux qui guident sa politique. Le désordre n'est ])lus entretenu que par quelques chefs égarés par des passions qui n'ont rien de patriotique, et par une soldatesque sans frein qui reste toujours comme le dernier et triste vestige des guerres civiles.
« Dorénavant la lutte sera entre les hommes honorables de la
(') LeUre de l'empereur iM;i\imilieu, du 17 aoùl 1865.
520 II" PARTIE. CHAPllRE IV.
-1865. nation et les bandes de malfaiteurs et de brigands. Le temps de ~ l'indulgence est passé, elle ne servirait plus qu'au despotisme des
bandes, à ceux qui incendient les villages, à ceux qui volent et assassinent les citoyens pacifiques, de malheureux vieillards et dcç; femmes sans défense.
« Le gouvernement, fort de son pouvoir, sera désormais inflexible dans le châtiment; ainsi l'exigent les droits de la civilisation, le respect de l'humanité, et les exigences de la morale ^*\ »
Mexico, le 2 octobre 186S.
Cette proclamation était suivie d'un décret, daté du 3 octobre, contresigné par tous les ministres, édictant des peines sévères coptre les bandes et rassemblements armés, et tous ceux qui leur prêteraient appui.
Art. If'. — Tous les individus faisant partie de bandes ou rassemblements armés existant sans autorisation légale, qu'ils proclament ou non un prétexte politique, quels que que soient d'ailleurs l'organisation de ces bandes, le caractère et la dénomination qu'elles prennent seront jugés militairement par les cours martiales; s'ils Sont déclarés coupables, lors même que ce ne serait que du seul fait d'appartenir à une bande armée, ils seront condamnés à la peine capitale, et la sentence sera exécutée dans les vingt-quatre heures ^^K
Les individus de cette catégorie, faits prisonniers à la suite d'un combat, devaient être jugés par le commandant de la troupe au pouvoir de laquelle ils tomberaient, l'enquête terminée et la sentence exécutée dans les vingt-quatre heures.
Art. 5. — Seront jugés et condamnés conformément h l'art. P"" (');
L Ceux qui, volontairement, auront procuré aux guérilleros de l'argent ou toute autre espèce de secours.
IL Ceux qui leur auront donné des avis, nouvelles, ou conseils.
IIL Ceux qui, volontairement et sans ignorer la qualité des guérilleros, Survendront ou procureront des armes, des chevaux, des munitions, des vivres, et en général tout article de guerre.
(') D'après une tniducUon.
LE MARÉCHAL BAZALNE. 52 i
Les personnes qui entretiendraient des relations avec les '•ses. guérilleros, leur donneraient asile, répandraient des nouvelles de nature à troubler l'ordre, n'avertiraient pas du passage d'une bande ou de son approche, devaient être traduites devant les cours martiales et condamnées à la prison ou à des amendes. Les habitants et les hacenderos qui, pouvant le faire, ne se défendraient pas contre les guérillas, étaient également rendus passibles des mêmes peines. Une amnistie fut accordée aux individus ayant appartenu à une bande armée, à la condition de se présenter aux autorités avant le lo novembre.
La rigueur des peines portées dans ce décret n'était nullement en dehors des conditions ordinaires dans lesquelles vivait le Mexique, et fut loin d'émotionner le pays, comme la presse hostile voulut le faire croire. Chaque changement de gouvernement, chaque crise politique sérieuse a toujours amené les chefs de parti à user de semblables moyens pour réduire leurs adversaires, l'histoire du Mexique présente un grand nombre de faits analogues; il suffit de rappeler le décret rendu par Juarez, le 25 janvier 1862 au commencement de la guerre, décret qui appliquait la peine de mort à des cas si nombreux qu'on l'avait ironiquement désigné sous le nom de Loi mortuaire (^)
Rendu sur les instances et d'après les conseils du maré-
") Ces d«îcret3de rigueur portent d'ordinaire leurs correctifs en eux-mêmes, car leur sévérité les rend la plupart du temps inapplicables. Cependant les exécutions des généraux Arteaga et Salazar et de leurs compagnons, fusillés sur l'ordre du colonel Mondez, ont été la conséquence du décret du 3 octobre ; elles n'étaient du reste que des représailles de la mort du commandant militaire et du préfet d'Uruapan, exécutés peu de temps avant par les chefs libéraux. L'empereur Maximilien en fut douloureusement impressionné ; son intention était beaucoup plutôt de menacer que de frapper ; aussi l'ordre fut immédiatement donné à Meudez d'épargner les chefs honorables qui viendraient à tomber entre ses mains,
mn.
chai Bazaine(0,le décret du 3 octobre n'avait pas en vue les chefs honorables du parti libéral ; il se proposait la répression du brigandage qui, sous le drapeau politique, avait pris d'effrayantes proportions. Plutôt que de faire une nouvelle loi sur laquelle la malveillance et l'hostilité des partis ont eu tant de prises, il aurait mieux valu appliquer purement et simplement, mais d'une manière ferme et équitable, les décrets déjà rendus, en 1863, par le maréchal Forey sur l'organisation et la juridiction des cours martiales; au lieu de faire un crime à l'empereur Maximilien des dispositions du décret du 3 octobre, on aurait pu, avec beaucoup plus de raison, lui reprocher d'avoir trop souvent, par excès débouté, adouci la sévérité des peines prononcées par les tribunaux militaires. S'il n'avait pas craint d'indisposer l'armée française, il eût étendu sa clémence sur le plus grand nombre des gens condamnés parles cours martiales C^). Enfin, si le décret du 3 octobre avait besoin d'être justifié, il suffirait de citer le texte même de la circulaire datée du même jour et envoyée aux préfets par le ministre de l'intérieur :
« Le gouvernement de S. M. suit une marche libérale; il tolère toutes les opinions, respecte tous les droits; d'après cela vous comprendrez que les considérations de parti ne doivent être d'aucun poids dans vos actes qui, de cette manière seulement, seront conformes à l'esprit de la loi promulguée à la date de ce jour.
Riva-Palacio particulièrement, dont le père siégeait au Conseil d'Etat et fut plus tard, à Queretaro, un des défenseurs de l'Empereur.
Le décret du 3 octobre a été un des principaux cliefs d'accusation portés contre l'empereur Maximilien; mais il fallait Tinjustice des passions politiques et la mauvaise foi pour lui reprocher d'avoir été cruel un seul jour ; les journaux libéraux eux-mêmes ne s'étaient-ils pas moqués de sa clémence et de son liorreur de la guerre, en disant qu'une goutte de sang le faisait évanouir?
(1) Le maréchal au ministre, 9 octobre.
<2) L'Empereur voulait même gracier Uoniero , chargé de plusieurs crimes de droit commun.
LE MARÉCHAL BAZAINt:. 323
« Les bandes armées, qui saccagent les centres de populations, ises,
enlèvent les habitants, incendient, assassinent, et volent, n'ont pas ~
de drapeau; et si elles en arborent un, dans le but de couvrir leurs crimes, la dignité humaine et l'honneur du pays exigent qu'il soit arraché de leurs mains.
« Le gouvernement espère que les chefs honorables qui, par suite d'un déplorable aveuglement, conservent une attlitude hostile de nature à encourager les criminels, finiront par comprendre, suivant les dispositions de la loi, que la cause, qui ne peut plus être dignement défendue, est en dehors du droit de la guerre^ qu'il n'est jamais permis d'armer le brigandage contre la société, et que les principes libéraux et de progrès réel qui, solidement établis, ouvriront à notre pays une ère de prospérité, ne doivent pas être sacrifiés à des questions d'intérêt personnel et de simple forme du gouvernement ^^K »
La préoccupation constante de l'empereur Maximilien, comme le prouvent le préambule de sa proclamation et la circulaire du ministre de l'intérieur, était de rallier les dissidents libéraux, Juarez lui-même s'il était possible. Vivant d'illusions, il nedésespérait pas d'arriver à ce résultat, et penchait de plus en plus vers le parti que l'intervention française avait combattu au Mexique, tandis qu'il délaissait, au contraire, ses premiers et plus fidèles partisans. Les hommes, dont l'empereur Maximilien recherchait l'appui et dont il s'entourait le plus volontiers dans ses conseils, étaient ceux qui, ne pouvant souffrir la tutelle française, auraient à tout prix voulu chasser l'étranger de leur pays. Naturellement le quartier général n'approuvait pas cette tendance politique, les journaux, qui recevaient ses inspirations, critiquèrent l'hommage rendu à Juarez par ces termes de la proclamation impériale : « La cause soutenue avec tant de courage et de constance par D. Benito Juarez.» Leurs observations provoquèrent un vif mécontentement et leur atti-
(1) D'après une traduction.
i865. l'èrent les sévérités de l'administration mexicaine; l'Ère nouvelle reçut un avertissement. La docilité, avec laquelle les ministres avaient contresigné le décret du 3 octobre, docilité dont l'Empereur lui-même s'était étonné, faisait supposer au maréchal qu'ils pourraient bien avoir une arrière pensée et, en échange de leur complaisance, chercher à obtenir de l'Empereur quelque mesure hostile à la France. On prétendait même que les libéraux promettaient de se rallier à l'Empire, si l'on renvoyait l'armée française. Le maréchal rapporta ces bruits au gouvernement français ; cependant ils ne paraissent pas avoir été vraiment sérieux (^). En effet Juarez, au lieu de quitter le territoire mexicain, comme on le supposait, envoyait de Paso del Norte aux différents agents de son gouvernement la note suivante, signée par son ministre Lerdo de Tejada :
Paso del Norte, 15 août 1865.
« Ayant quitté la ville de Chihuahua le 5 courant, le président de la république est arrivé à Paso del Norte hier ; il a ordonné que le siège du gouvernement y serait établi pour le présent.
ft Ici, comme sur tout autre point de la République oîi les circonstances pourront rendre convenable que le siège du gouvernement soit établi, le citoyen président fera tout son possible pour remplir son devoir avec courage et constance ; il répondra ainsi aux vœux du peuple mexicain, qui ne cessera jamais de lutter partout contre l'envahisseur, et finira infailliblement par triompher dans la défense de son indépendance et des institutions républicaines. »
a Indépendance et Liberté. »
Le général Brincourt avait obtenu de bons résultats dans l'État de Chihuahua ; les Indiens de cette province se montrèrent sympathiques à l'empire ; ils se prononcèrent en sa faveur du côté de Concepcion et s'armèrent
(') Le maréchal au ministre, 9 octobre.
pour résister aux forces libérales. Ojinaja, gouverneur 4865. militaire du pays pour Juarez, fut tué dans un combat contre eux et ses troupes se débandèrent. Bien que les ordres du maréchal fussent formels, le général Brincourt trouvait que l'abandon de Ghihuahua serait si impolitique qu'il retarda, autant qu'il le put, le moment de rétrograder et sollicita de nouvelles instructions. Il suffisait, disait-il, d'un millier d'hommes pour conserver à l'Empire tout un immense territoire, en interdire l'accès aux juaristes, et amener ainsi la ruine totale de leur parti ; mais le maréchal se montrait toujours inquiet de la possibilité d'une collision avec les Etats-Unis, plus inquiet peut-être qu'il ne l'était en réalité et que la situation ne le comportait ; ses ordres furent maintenus. On a voulu voir, dans cette évacuation fort intempestive, une preuve des mauvaises dispositions du maréchal à l'égard de l'empereur MaximiHen, et du médiocre intérêt que lui inspirait la consolidation de sa couronne. Cependant, peu après, cédant aux instances de l'Empereur, il consentit à laisser provisoirement une garnison française à Ghihuahua ; un contreordre ne pouvant arriver à temps pour arrêter le général Brincourt, une nouvelle colonne fut dirigée de Durango vers le nord, sous le commandement de M. le chef d'escadron d'élat-major Billot (^).
Le général Brincourt avait, bien à regret, quitté Ghihuahua le 29 octobre ; le 20 novembre suivant, Juarez y revenait avec une centaine de ses partisans, mais il devait y rester seulement quelques jours. Sa politique n'était pas de concentrer autour de lui les forces militaires du parti libéral ; il cherchait, au contraire , à grossir les
<•) Elle se composait d'un bataillon du 7^ de ligne, de deux pelotons de cavalerie et d'une section d'artillerie ; ensemble ; oOO hommes environ.
-1865. troupes qui opéraient dans le Tamaulipas sous Escobedo, dans le Sinaioa et la Sonora avec Patoni (^), afin de diviser les efforts des Français et les empêcher de ruiner d'un seul coup les espérances des républicains en anéantissant toute l'armée libérale dans une campagne heureuse. Quant à lui, il se contentait d'une petite escorte, et ne mettait aucun amour-propre à reculer de village en village ; lorsque la deuxième colonne expéditionnaire du nord, venant de Durango, s'approcha de Chihuahua, il en repartit simplement (9 décembre) et retourna au Paso del Norte attendre, avec la patience inépuisable des hommes de sa race, des circonstances plus favorables. Sa petite armée, sous les ordres de D. Luis Terrazas, représentée alors par quatre cents fantassins, une centaine de cavaliers, et six canons, se retira également. Chihuahua fut réoccupé sans coup férir, le 11 décembre.
Cependant la désunion s'était glissée parmi les adhérents de Juarez ; il était arrivé au terme de ses pouvoirs depuis le 30 novembre 1865; mais, de sa propre autorité, par un décret du 8 novembre, il les avait prorogés jusqu'à la fin de la guerre, et avait destitué le général Ortega qui, d'après la constitution et en qualité de président de la Cour suprême, auraitdûexercerl'autoritéprésidentielle jusqu'aux nouvelles élections. Le général Ortega s'était rendu aux Etats-Unis sans autorisation. Juarez saisit ce prétexte pour se débarrasser d'un compétiteur gênant. Sa conduite fut désapprouvée par plusieurs membres influents du parti libéral, . Don Manuel Ruiz entre autres, membre de la Cour suprême et suppléant légal du président de cette cour. M. Ruiz se présenta au commandant Billot à Rio Florido, le l^"" dé-
(^) Lettre de Juaroz à D. Jésus Teran, Paso del Norte, 17 août.
LE MARÉCHAL BAZAINE. o27
cembre, et déclara rentrer dans la vie privée. La veille, il iscy. avait publié au Parral une protestation, longuement motivée, contre la violation des principes fondamentaux de la constitution dont Juarez s'était rendu coupable. La notoriété, dont jouissait D. Manuel Ruiz, et la place qu'il occupait dans le parti libéral, donnaient à ce manifeste une importance toute particulière ; ces incidents paraissaient devoir favoriser les efforts tentés par l'empereur Maximilien pour rallier les hommes politiques encore attachés au régime répubhcain. Si Juarez eût, en cette occasion, montré quelque défaillance, peut-être la république mexicaine eût-elle sombrée ; il ne serait resté que des chefs de bande n'ayant aucune cohésion, sans mandat d'aucune sorte, capables tout au plus d'entretenir l'anarchie et la guerre civile ; l'Empire se serait fortifié de tout ce que le parti opposé aurait perdu. La protestation de Manuel Ruiz et celle qui fut publiée quelque temps après par le général Ortega, n'empêchèrent pas Juarez de rester toujours la véritable personnification de la résistance à l'intervention française et à l'Empire ; il continua d'être reconnu comme président de la république par la grande majorité des chefs libéraux. Ortega ne rallia qu'un très-petit nombre de partisans.
Malgré les intentions bien formulées par Juarez de n'accepter aucun compromis avec l'Empire, et les gages certains donnés à cette politique par sa conduite même, l'empereur Maximihen poursuivait toujours son rêve d'alliance avec le parti libéral. Un de ses amis, le baron de Pont, était en relations avec D. Jésus Teran, ancien secrétaire dé Juarez et son agent confidentiel en Europe; par l'intermédiaire de ces deux personnes, des lettres de Juarez écrites à D. Jésus Teran parvenaient à l'empereur Maximilien et, très-probablement aussi, les lettres de l'Em-
'1865. pereur au baron de Pont étaient communiquées à Juarez. Or voici les révélations curieuses que contient une des lettres de l'Empereur, datée du 8 décembre 18650.
« Teran est un vrai patriote comme son maître, il avait les meilleures intentions pour son pays; s'il est bien informé, il doit savoir que, dans toutes les discussions, je défends son maître et que je reconnais toujours combien, en beaucoup de choses, il a été utile au Mexique ; mais il lui arrive, comme à notre bon vieux Guttierrez, ce qui arrive à tous, il exagère, et les souvenirs de la réalité s'effacent
« La question du moment et du prochain avenir est d'organiser le pays d'une manière réfléchie et patiente. Cette tâche n'admet ni miracles, ni transitions subites, et je cherche à éviter l'unique erreur de mon prédécesseur Juarez qui, dans le coart espace de sa présidence, voulut tout briser, tout réformer.
« La seule chose à laquelle on peut prétendre, c'est un développement organique et une conviction réfléchie ; il faut laisser de côté tous les coups brillants, ils sont permis en Europe oii l'on a affaire à des esprits blasés, ici tout est vigueur et jeunesse ....
(I) Le baron do I^ont avait communiqué à l'empereur Maximilien une lettre de D. Jésus Teran dans laquelle, entre autres clioses, on lisait :
Berne, 17 septembre 1865.
« Je crois, monsieur le baron, que le moment est venu , pour l'empereur du Mexique, de réfléchir sérieusement sur sa position et de prendre une résolution définitive avant que les affaires ne se compliquent, parce qu'alors il sera emporté par la force des événements, et que sa conduite ne dépendra plus de sa volonté
« Si mes anciennes relations avec Don B. Juarez, et les personnes qui composent son cabinet me permettent de lui être de quelque utilité, je suis disposé à faire ce qui dépendra de moi pour le dégager honorablement de sa position, certain que j'éviterai ainsi à ma patrie de nouvelles épreuves. Je travaillerai à amener
Don B. Juarez à conclure un arrangement liunorable pour Tun et pour l'autre
A la place de l'empereur, je commencerais par décréter une suspension d'hostilités avec le gouvernement constitutionnel.
. Afin de conclure un traité aussi avantageux que possible, et usant des facultés qu'accorde le traité de Miramar, je renverrais l'armée française, puis je
ferais connaUre ma résolution de me retirer.
LE MARÉCHAL BAZALNE. o29
ï Je crois trouver dans les lettres de Teran une diplomatie pro- ^gos.
tonde et réelle ; je désire beaucoup m'entendre avec Juarez, mais tout d'abord, il doit reconnaître la décision de la majorité effective de la nation qui veut la tranquillité, la paix, et la prospérité, et il faut qu'il se décide à collaborer avec son énergie inébranlable et son intelligence reconnue à Tceuvre difficile que j'ai entreprise. Si, comme je le crois, il envisage réellement le bonheur du Mexique, jl doit bien comprendre qu'aucun Mexicain n'aime autant que moi le pays et son progrès, et que j'y travaille avec toute sincérité et avec les meilleures intentions; qu'il vienne pourm'aider sincèrement et loyalement, et il sera reçu à bras ouverts comme tout bon
Mexicain Vous pouvez remercier Teran, en mon nom, de ses
bonnes paroles ; vous lui direz que je suis prêt à recevoir Juarez dans mon conseil et parmi mes amis, mais que, pour le moment, j'ai à défendre ce qui est au-dessus de ma vanité et de mon bien- (Hre individuels, l'indépendance d'un beau pays et d'un peuple de huit millions d'âmes, tâche digne d'un prince de ma famille ^^\ f
Nous avons dit qu'au moment même oii le général Brin- opéniion? court marchait sur Chihuahua, les troupes françaises pé- ""sonôra/" nélraient également dans l'intérieur de la Sonora. La garnison débarquée à Guaymas, le 29 mars précédent, était trop faible pour sortir de la place, mais à la fm du mois de mai, elle avait reçu des renforts qui lui permirent de rompre le blocus de l'ennemi. Les forces libérales, commandées par Pesquiera, comptaient deux mille cinq cents hommes et dix canons ; elles étaient campées à la Pasion au pied des montagnes, à huit lieues de Guaymas. Le 22 mai, le colonel Garnier, après avoir forcé les avant-postes ennemis du Cavallo à se replier, essaya de surprendre le camp de Pesquiera par une marche de nuit; l'escadron de chasseurs, qui formait l'avant garde, s'avança trop
(') D'après le texte publié par l'abbc Domenech, Juarez et Maximilien, Paris, IS68.
4865. loin du gros de la colonne ; il tomba sur le campement des libéraux, y sema le désordre, mais donna l'éveil à l'ennemi, qui put battre en retraite et se mettre hors de portée avant l'arrivée de l'infanterie française. Pesquiera se retira sur Hermosillo, la ville la plus importante de la contrée, à trente-sept lieues de Guaymas ; le colonel Garnier revint à Guaymas.
La province de Sonora compte environ cent vingt mille habitants dont la moitié de race indienne ; cette population est éparpillée sur une grande étendue de pays, en partie aride, et dont la richesse minérale paraît être de beaucoup au-dessous des narrations exagérées qui en ont été faites. Le nord de cette contrée est fréquemment dévasté par les Indiens Apaches ; depuis la suppression des présidios espagnols, la plupart des haciendas et des villages sont détruits, le pays est ruiné.
Les tribus indiennes, fixées en Sonora, et dont la plupart sont converties au christianisme depuis les premiers temps de la conquête, sont les seuls adversaires qui puissent être opposés aux Indiens sauvages. Les plus considérables de ces tribus sont celles des Pimas (quinze mille individus environ) établis dans les districts du Nord-Ouest ; les Papayos, tribu guerrière non convertie qui habite près de la frontière (huit à dix mille individus); les Opatas (trentecinq mille environ) établis dans les districts d'Urès, d'Arispe, d'Opozura, de Sahuaripa; Tanori, leur chef, vint à Guaymas offrir au colonel Garnier un concours qui fut très-utile dans plus d'une circonstance ; enfin les Yaquis et les Mayas qui vivent dans les vallées des Rios Yaqui et Maya, où ils s'adonnent à l'agriculture et à l'industrie minière. Us sont au nombre d'environ trente mille. Sous
LE MARÉCHAL BAZALNE. 531
l'influence de quelques hommes dévoués aux nouvelles -1865. institutions, ces tribus se montrèrent favorables aux Français et chassèrent les libéraux de leurs villages (0.
Ces bonnes dispositions déterminèrent le maréchal à faire pénétrer des troupes françaises dans le cœur du pays. Parti de Guaymas, le 23 juillet 1865, avec cinq cent cinquante hommes, le colonel Garnier entra sans coup férir à Hermosillo, le 29 du même mois. Pesquiera, continuellement harcelé par les Indiens qui lui enlevèrent quatre canons, se replia sur Urès, puis sur Arispe. Un pronunciamiento en faveur de l'Empire ayant eu lieu à Urès, le colonel Garnier s'y rendit et occupa la ville le 13 août, jour même où le général Brincourt entrait à Chihuahua.
Les contingents alliés furent bientôt maîtres d'El Altar, d'Opozura, puis de Magdalena, de Sahuaripa et d' Arispe. Toute la province, à l'exception d'Alamos, reconnut l'auto- . rite impériale et, peu après, les Indiens occupèrent ce dernier point, à la suite d'un combat où le chef libéral Rosales fut tué avec une centaine des siens. Mais, par suite des nouvelles combinaisons arrêtées par le maréchal, en vue de la possibilité d'une agression des Etats-Unis, un seul régiment, le 62*^ de ligne, devait être laissé dans les deux provinces de Sonora et de Sinaloa ; le 51^ de hgne fut donc rappelé à Mazatlan et renvoyé à Durango. Le bataillon du 62^ qui le remplaça en Sonora, eut l'ordre de borner son occupation au port de Guaymas ; les autres points furent confiés aux contingents indiens.
A l'autre bataillon du 62% incombait la lourde tâche de
(0 Les Indiens délivrèrent la plupart des prisonniers français du combat de San Pedro, qui se trouvaient à Gpozuru ; ils ramenèrent à Guaymas six olliciers trente-trois marins, vingt- trois railleurs. La colonne du général Brincourt en recueillit quelques autres dans sa marclie vers Chihuahua.
4865. garder l'Etat de Sinaloa ; nous dirons plus loin quelles difficultés il eut à vaincre. Son effectif ne lui permettant pas de dominer le pays, Corona y revint avec ses bandes, brûla la Noria pour punir ce village des sympathies témoignées aux Français, et, bientôt, les troupes laissées dans le Sinaloa se trouvèrent restreintes à un étroit rayon autour de Mazatlan. Du reste l'insuffisance du corps expéditionnaire se manifestait sur tous les points.
Comme le maréchal concentrait ses troupes, dont la trop grande dissémination pouvait avoir des inconvénients, il devenait souvent impossible aux autorités impériales de se maintenir sans leur appui.
Opérations Dans Ic Nord-Est, il ne resta de garnison française qu'à
Tamauiipas. Montercv ct à Matchuala ; la division Mejia, qui comptait seulement 3,500 hommes, ne pouvait suffire à garder d'une manière efficace l'immense territoire compris entre Matamoros, Tampico et Monterey. Pour protéger les communications entre cette dernière ville et Matamoros, la contre-guérilla avait été placée à Cadeireita ; un convoi de commerce envoyé de Matamoros, sous l'escorte de huit cents hommes de troupes mexicaines, réussit à passer; mais à son retour, ce détachement perdit deux cent cinquante hommes dans un combat malheureux et fut obligé de revenir sur ses pas. Cortina isola complètement Matamoros et interdit toute communication avec la ville ; aucune marchandise n'entrait ni ne sortait sans sa permission et sans lui payer des droits. C'était à lui que les voyageurs s'adressaient pour obtenir des passe-ports (^).
Au sud de Monterey, les guérillas libérales coupaient
vl) Lp manVIial ;ni minislro, 9 scplcmlire.
également les routes et menaçaient Matehuala ; il fut néces- 1860 saire d'envoyer dans cette place un bataillon de renfort. Les bandes ennemies s'étaient alors rabattues vers le Sud par les grandes haciendas de Solis et de Peotillos ; des colonnes légères sorties de San Luis Potosi et de Querelaro les atteignirent plusieurs fois, les forcèrent d'abandonner les districts de Santa Maria del Rio et de Rio Verde, et les obligèrent à se replier sur Tula de Tamaulipas, dont elles s'étaient emparées depuis le commencement du mois de j uin , Le maréchal voulut les déloger également de cette position afin de rouvrir la route entre San Luis et la mer. Déjà, le 16 juin, le bataillon d'infanterie légère d'Afrique (commandant Chopin) avait été débarqué à Tampico . Il devait y laisser ses impedimenta et s'avancer rapidement vers l'intérieur, afin de combiner ses mouvements avec les petites colonnes qui sortaient alors de Matehuala, de San Luis et de Queretaro. Contrairement à ces prescriptions, ce bataillon emmena ses bagages à Tancasnequi ; le manque absolu de nloyens de transport et les pluies torrentielles, qui inondaient le pays, le mirent dans l'impossibilité de se mouvoir. Le maréchal avait l'intention d'employer dans le Tamaulipas le bataillon du régiment étranger qui se trouvait alors à Matamores ; il le fit transporter à Tampico sur les bâtiments de l'escadre (19 juillet) ; mais cette troupe était dans un tel état d'épuisement (sur un effectif de 500 hommes au départ de Vera-Cruz, il ne restait que 257 hommes valides), qu'il fallut renoncer à cette combinaison et la ramener à Vera-Cruz. Le bataillon d'Afrique fut également très-éprouvé par les maladies, et ne se trouva plus en état de présenter en ligne un nombre suffisant de combattants pour affronter les guérillas ennemies ; un bataillon du 3'' zouaves (commandant Delloye)dut lui conduire de Matehuala à Tancasne qui
4865. les moyens de transport qui lui faisaient défaut, et protéger sa marche jusqu'à Tula. Arrivé le 26 août à Tancasnequi, le commandant Delloye en repartit le lendemain avec le bataillon d'Afrique , son convoi et ses nombreux malades ; cette colonne rencontra d'abord à El Nopal, puis le 9 septembre au col de Chamal, dans une forte position, les guérillas de Mendez qui lui disputèrent le passage ; à la suite d'un vigoureux combat, la colonne française parvint cepen. dant à s'ouvrir la route.
On avait, en outre, envoyé contre Escobedo, qui battait le pays entre Linares et Burgos, la contre-guérilla et un bataillon du régiment étranger (août 1865); les bandes ennemies ne cessaient d'inquiéter la route de San Luis ; elles pillèrent le minéral de Catorce (2!2 août) et attaquèrent un convoi français à Tanque de las Yacas (31 août). L'ennemi laissa passer la saison des pluies sans rien tenter de sérieux dans le Nord, mais, dès les premiers jours d'octobre, Escobedo réunit son monde et, le 18 du même mois, avec trois mille hommes et onze canons, il assiégea Matamoros. Le général Mejia était disposé à résister énergiquement ; les négociants étrangers, les Français en particulier, lui prêtèrent un concours actif, mais il craignait à chaque instant que ses soldats, activement travaillés par les agents de l'ennemi, ne fissent défection. L'attitude des Américains le préoccupait également ; ils fournissaient à Escobedo des munitions et des vivres ; ils recevaient ses blessés dans leurs hôpitaux ; des soldats et des officiers des Etats-Unis passaient fréquemment le fleuve et combattaient à côté des troupes libérales. Deux attaques furent cependant repoussées avec succès le 25 et le 26 octobre.
M. le capitaine de vaisseau Cloué, commandant l'escadre française du golfe, vint surveiller l'embouchure du Rio
LE MARÉCHAL BAZAÏNE. 533
Bravo ; il fit armer par ses marins un petit vapeur de ri- -«s^s, vière, VAntonia, et l'envoya au secours de Matamoros. Ce bâtiment remonta le Rio Bravo, le 7 novembre, malgré la fusillade et le feu d'artillerie qui partaient des rives du fleuve. La nuit suivante, Escobedo leva le siège; un renfort de quatre cents Autrichiens arriva peu de temps après.
Le général Mejia et le commandant Cloué protestèrent près du général américain Weitzel, contre l'appui effectif que les troupes d'Escobedo avaient trouvé sur la rive gauche; celui-ci répondit d'abord assez courtoisement, exprimant ses regreis de ne pouvoir empêcher, comme il le voudrait, ces violations de neuti-alité ; puis cette correspondance s'aigrit, des lettres furent renvoyées de part et d'autre sous prétexte qu'elles étaient rédigées en termes inacceptables (^). Le général Sheridan, commandant supérieur à la Nouvelle-Orléans, fit passer au général Mejia une
(') (ExlTails des correspondances échangées entre le commandant Cloué et le général Weitzel.)
• Le commandant Cloué au général Weitzel :
« Devant le Rio Grande, 6 novembre 1863.
« Monsieur le général, j'ai toujours été exactement renseigné sur tous les événements <\m se passent aux environs de Matamoros ; c'est vous dire que je connais parfaitement tous les secours que les soi-disant libéraux ont retirés et retirent du Texas, et en particulier de Brownsville.
« Les hommes, les vivres, les munitions de guerre sont fournis à nos ennemis par des personnes qui relèvent de votre commandement ; les pièces d'Escobedo sont servies par des cauonniers qui viennent de votre armée et ne sont même pas encore congédiés. Les blessés sont reçus à l'hùpital de Brownsville. Les officiers d'Escobedo et de Gortina viennent journellement en armes dans cette ville prendre leurs repas, ou se reposer dans les intervalles de loisir que leur laisse l'attaque de Matamoros. En un mot, Brownsville semble être le quartier général des juaristes, et personne ne doute que ni Escobedo, ni Gortina ne seraient en état d'entreprendre quoi que ce soit, s'ils n'avaient les ressources continuellement renouvelées du Texas pour les soutenir.
. Je prendrai la liberté, .Monsieur le général, de vous rappeler combien a été dif-
<86o. dépêche presque menaçante ; celui-ci refusa de la recevoir, il était fort inquiet et n'osait sortir de Matamoros, de peur qu'en son absence des flibustiers américains ne s'en rendissent maîtres. La surexcitation , qui existait alors en Amérique contre la France et contre l'Empire mexicain, ne justifiait que trop ces alarmes ; un déplorable événement les augmenta encore.
Dans la nuit du 4 au 5 janvier 1866, des bandes de sol-
fe'rente de ce qui se passe ici, la conduite de la France pendant la récente guerre qui vient de déchirer l'Union américaine.
« La France est restée loyalement neutre ; s'il en avait été autrement, si nous avions fait la centième partie de ce qui se fait à Brownsville ou sur les bords du Rio Grande, le peuple américain aurait protesté hautement et il aurait eu raison.
" Les lois internationales adoptées par toutes les nations civilisées sont obligatoires pour toutes. De même que ces lois nous engagent d'honneur à rester neutres, elles vous engagent à votre tour, car vous ne pouvez pas prétendre à être affranchis des règles sur lesquelles vous vous êtes appuyés, sous le prétexte qu'elles ne vous sont plus bonnes à rien.
" Après vous avoir présenté les observations qui précèdent, Monsieur le général, je termine ma lettre en protestant de la manière la plus formelle contre la violation flagrante de la neutralité de cette frontière et particulièrement à Brownsville. « Veuillez agréer, etc.
« Signé : Cloué. •
Réponse à la lettre précédente. — Le général Weilzel au commandant Cloué.
« Sir, I hâve received your communication of Ihe 6"i instant, and return it herewith, as I cannot receive a document so disrespectfull towards the governmcnt I hâve the honour to represent.
• If you bave any complaints to make , they will be duly submitted by me to higher authorities, if said complaints are in proper ternis and couched in proper language.
« I am, Sir, very respecfuUy, your obedient servant.
Signé : Weitzel.
Le commandant Cloué ayant écrit de nouveau, reçut la réponse suivante sans signature ; il la renvoya au général américain.
Le général Weitzel au commandant Cloué (i7 novembre).
« lie ( gênerai Mejia) and I, hâve aiready liad more correspondence llian was ploasant to me. Ido not wish to writeletters.lt is not my profession, and I was not sent hère by my government to write letters. I would tiiereforc again repeat that either you, or gênerai Mejia alone takc charge of al! correspondence with me. »
LE GÉNÉr.AL BAZAIKE. o37
dats nègres, portant le nom de Cortina sur leurs chapeaux, ^^^• mais ayant l'uniforme américain, traversèrent le Rio Bravo et envahirent la ville de Bagdad. Ils surprirent une petite garnison impérialiste de deux cents hommes qu'ils emmenèrent à Clarksville , au Texas, où l'on engagea les prisonniers à se laisser incorporer dans la troupe de Cortina. La population de Bagdad, composée en majeure parlie de négociants étrangers, fut maltraitée par cette bande de forcenés dont le chiffre grossissait à chaque instant. Le pillage, les violences, les assassinats désolèrent la ville; au matin, des officiers américains (le général Crawford, le colonel Reed entre autres) furent tellement effrayés de ce désordre, qu'ils firent demander quelques compagnies régulières de soldats noirs. Les nouveaux venus chassèrent les pillards de la nuit, puis ils pillèrent à leur tour. L'Antonia, à bord de laquelle se trouvaient trente marins français et quarante soldats autrichiens, était amarrée près de la ville lorsque commença l'invasion des nègres. Elle fut attaquée et reçut plusieurs projectiles lancés avec des pièces enlevées aux fortifications de Bagdad; mais l'équipage résista assez longtemps pour permettre au bâtiment d'allumer ses feux et de s'éloigner en remontant le fleuve. Le stationnaire français, la Tisiphone, s'était approché de la terre; il n'avait pu qu'imparfaitement se rendre compte de ce qui se passait; un de ses canots s'embossa cependant à huit cents mètres et tira quelques coups de canon sur des gens qui pillaient des bateaux échoués ; une batterie de la terre répondit à son feu. Pendant plusieurs jours ce fut, entre Bagdad et Clarksville, une allée et venue continuelle pour transporter le butin sur la rive américaine ; les pillards emportèrent tout ce qu'ils purent, meubles, ustensiles de toute sorte, et jusqu'à des maisons de bois qu'ils
4865, démontèrent. Les Américains appelèrent à Bagdad les chefs libéraux; ceux-ci vinrent en effet avec quelques hommes et prirent nominalement possession de la ville, mais les troupes américaines y restèrent jusqu'au 22 janvier. Le 25, un détachement austro-mexicain de six cent cinquante hommes y rétabht l'autorité impériale. La responsabilité de ces déplorables événements ne fut pas acceptée par le commandant des forces américaines. C'était, disait-il, le fait de soldats licenciés, aux désordres desquels il n'avait pu s'opposer. Quant aux troupes envoyées par lui, elles n'avaient eu d'autre mission que de protéger les habitants. Cette réponse était peu rassurante; rien n'empêcherait d'en faire une pareille, si l'on voulait un jour prendre et piller Matamores ; le général Mejia recommanda aux commerçants étrangers de rester armés et de s'organiser d'une façon permanente pour garder leurs propriétés. Le gouvernement des Etats-Unis s'efforça, du reste, de prévenir le retour de pareilles scènes. Il remplaça le général Weitzel, restitua les canons, fit rechercher et emprisonner le général Crawford, les officiers et les soldats qui avaient participé au sac de Bagdad.
Opérations Au mois de novembre, pendant le siège de Matamoros
' *fiaij*çai^cr par Escobedo, le maréchal avait envoyé deux colonnes expéle Nord-Est. ditionnaircs, l'une à l'extrême nord sur Monclova, l'autre sur Vittoria, dans le but de diviser l'attention de l'ennemi et de l'empêcher de concentrer toutes ses forces contre le général Mejia. Le colonel d'Ornano occupa Vittoria le 17 novembre, et y réinstalla une garnison de trois cents Mexicains ; à peine s'était-il éloigné, que les guérillas de Mendez attaquaient la place ; il revint sur ses pas, la dégagea, mais, sur l'ordre du maréchal, qui ne voulait pas laisser de troupes françaises dans cette région, il l'évacua définilivement
le 15 décembre 1865, et l'autorité de l'empereur Maximi- 'i^^lien n'y fut plus rétablie.
Au nord, le général Jeanningros, parti de Saltillo le 12 novembre, était entré àMonclova le 15, et avait forcé l'ennemi à se retirer sur Piedras Negras ; mais, profitant de son éloignement, Escobedo, qui venait de lever le siège de Matamores, se jeta surMonterey, où ne se trouvait qu'une garnison mexicaine de six cents hommes. Ce détachement résista deux jours, puis une partie se replia sur Saltillo, l'autre s'enferma dans la citadelle (24 novembre).
Dès qu'il apprit ces événements, le commandant de La Hayrie, du régiment étranger, partit de Saltillo avec cent cinquante-six hommes ; s'aidant de quelques charrettes, il franchit en vingt heures les vingt-trois lieues qui le séparaient de Monterey.et, le 25 novembre, à quatre heures du matin, il pénétrait à l'improviste dans la ville; il enleva successivement plusieurs postes ennemis, les passa à la baïonnette, parcourut les rues, faillit prendre Escobedo , mais se sentant trop faible pour livrer combat pendant le jour, il se replia, et resta en observation à l'entrée de la ville.
Le général Jeanningros était à Villaldama lorsqu'il fut informé des événements de Monterey. Il revint à marches forcées; son infanterie fit trente-deux lieues en deux jours ; sa cavalerie, qui la précédait à une petite distance, arriva le 25 novembre, à deux heures du soir ; elle put atteindre l'arrière-garde d'Escobedo et lui sabrer une centaine d'hommes.
Vers cette époque, l'impératrice Charlotte fit un vovasje , ,yoyage
'■ '■ *■ " ^ de 1 impératrice
au Yucalan. Les ovations qu'elle recul des populations sur chnrioue