CHAPITRE CINQUIÈME
SOMMAIRE
Relations diplomatiques entre la France et les Etats-Unis. — Déclaration du gouvernement français relative au rappel des troupes du Mexique. — Organisation des forces militaires à la disposition de l'empereur Maximilien. — Création des cazadores. — Détresse financière de l'Empire mexicain. — Progrès des forces républicaines dans le nord du Mexique. — Opérations militaires dans les Etats de Nuevo-Leon et de Coahuila. — Combat de Santa Isabel (1" mars).
— Combat de Camargo (lo juin). — Capitulation de Matamoros (23 juin). — Note du 31 mai, — Mémoire de l'empereur Maximilien à l'empereur Napoléon.
— Nature des relations entre l'empereur Maximilien et le maréchal Bazaine.
— Conyantion du 30 juillet 1866.
Les dispositions peu bienveillantes montrées par les Relations
^ ^ , diplomatiques
Etats-Unis depuis la fin de la guerre de la Sécession, et la entre la France
i o et les
surexcitation croissante causée dans ce pays par la présence Ktats-unis. d'une armée française au Mexique, obligeaient le gouvernement français à observer, avec un redoublement de prudence, la phase nouvelle dans laquelle les affaires allaient s'engager.
Nous avons dit qu*en Amérique, un parti nombreux, à la tête duquel était le général Grant, réclamait la stricte application de la doctrine Monroë, dans sa lettre plutôt que dans son esprit, et voulait que la France fût mise en de-
o44 II* PARTIE. CHAPITRE V.
iscfi. meure de retirer immédiatement ses troupes du continent américain. Les hommes passionnés, qui ne craignaient pas de pousser leur pays dans une guerre étrangère, s'inquiélaient peu de savoir si la thèse qu'ils soutenaient était logique. En effet, le but de Monroë avait été de garantir l'autonomie des peuples nouveaux formés par l'émancipation des colonies d'Amérique, et de les protéger contre les revendications de leurs anciennes métropoles. Or, loin d'être menacée, l'autonomie du Mexique avait été un des premiers principes proclamés par la France et consacrés par l'empereur Maximilien lorsqu'il avait accepté la couronne ; la doctrine Monroë était donc invoquée à tort, et, aux Etats- Unis même, beaucoup d'esprits sages et prudents pensaient ainsi; quant aux hommes d'Etat qui composaient le cabinet de Washington, ils étaient fort opposés à une guerre contre la France, et résistaient autant que possible à l'entraînement populaire ; mais il était diifjcile d'assurer qu'ils y réussiraient toujours. La situation était donc des plus graves, puisqu'une aussi sérieuse complication dépendait d'une pareille éventualité. L'empereur Napoléon savait, en outre, combien une guerre avec les Etats-Unis serait désastreuse, au moment où l'industrie se relevait à peine de la crise causée par une longue interruption de rapports avec les pays producteurs du coton. Il était de son devoir, comme de son intérêt, d'épargner à tout prix une si pénible épreuve à la nation, et, quelque douloureuse que pût être pour lui cette extrémité, il résolut de dégager sa politique en rappelant ses troupes du Mexique, le trône de l'empereur Maximilien dût-il s'écrouler. Le gouvernement français étant décidé à éviter, autant qu'il dépendait de lui, une rupture avec les Etats-Unis, la guerre n'était à craindre que dans le cas où les Américains tiendraient un
LE MARÉCHAL BAZAINE. o4o
langage si arrogant que l'honneur de la France ne pour- 1366. rait le supporter.
La note de M. Bigelow, du l^*" août 1865, relative au D' Gwin , et que nous avons déjà citée, peut être considérée comme le point de départ des pourparlers engagés avec l'Amérique, au sujet du rappel des troupes du Mexique. Les projets du D^ Gwin n'ayant pas été mis à exécution, cet incident s'apaisa de lui-même, et, par une dépêche du 18 octobre 1865, M. Drouyn de Lhuys chargea le ministre de France aux Etats-Unis de reprendre des négociations pour la reconnaissance de l'empereur Maximilien. Il avait été encouragé, disait-il, à tenter ces nouvelles démarches, parce que M. Bigelow « lui avait demandé si cette reconnaissance ne pourrait pas faciliter et hâter le rappel des troupes ». On désirait donc obtenir des Etats- Unis « l'assurance que leur volonté n'était pas de nuire à la consolidation du nouvel état de choses fondé au Mexique, la meilleure garantie de leurs intentions étant la reconnaissance de l'empereur Maximilien par le gouvernement
fédéral Cette reconnaissance aurait assez d'influence
sur l'état intérieur du pays pour permettre au gouvernement français de tenir compte des susceptibilités des Etats- Unis, et si le cabinet de Washington se décidait à
nouer des relations diplomatiques avec la cour de Mexico, on ne ferait pas difficulté de prendre des arrangements pour rappeler les troupes dans un délai raisonnable, dont on pourrait consentir à fixer le terme » .
Loin d'entrer dans cette voie de conciliation, le gouvernement des Etats-Unis nomma un nouveau ministre près de la république mexicaine; la désignation du général Logan , dont les opinions hostiles à la France étaient connues, rendait cette nomination plus significative en-
546 n" PARTIE. — CHAPITRE V.
18G6. coreO. La réponse officielle de M. Seward à la notedu 18oc- "~ tobre fit disparaître les dernières illusions que l'on aurait pu conserver. « Le sens des suggestions de l'Empereur, dit M. Seward, semble être que la France est disposée à se retirer du Mexique aussitôt qu'elle le pourra, mais qu'elle ne saurait le faire sans inconvénient avant d'avoir reçu des Etats-Unis l'assurance de dispositions amicales ou tolérantes envers le pouvoir qui s'est approprié la forme impériale dans la ville capitale de Mexico Je regrette d'être
obligé de vous dire que la condition mise en avant est une de celles qui nous semblent complètement impraticables. » Ainsi, non-seulement les Etats-Unis refusaient de reconnaître l'Empire mexicain, mais encore ils déclaraient qu'ils n'auraient pas de dispositions tolérantes à son égard ; et en effet, pourquoi les Etats-Unis auraient-ils fait la concession qu'on leur demandait ? Ne savaient-ils pas d'une manière certaine que, sous la pression de circonstances de toute nature, le gouvernement de l'Empereur était forcé de mettre un terme à l'occupation du Mexique?
Celte dépêche est du 6 décembre; M. Drouyn de Lhuys y répondit le 9 janvier; Il eut soin de ne pas relever le refus très-catégorique des Etats-Unis aux propositions qui leur étaient faites, et déclarait au contraire qu'on s'efforçait de prendre avec l'empereur Maximilien des arrangements qui, en satisfaisant les intérêts et la dignité de la France, lui permissent de considérer comme terminé le rôle de son armée sur le sol mexicain. 11 se bornait à demander au gouvernement, fédéral l'assurance qu'il a maintiendrait à l'égard du Mexique une stricte neutralité » .
(l) Le général Logan déclina la mission qui lui était offerte et fut remplacé peu après par M. Campbell. — Le maréchal au ministre, 9 janvier i866.
M. Bigelow, ministre des Etats-Unis à Paris, représenta 4866. que cette déclaration, deamndée aux Etats-Unis de ne pas intervenir dans les affaires du Mexique, serait en quelque sorte une intervention, et qu'il était sans doute préférable que M. Seward exposât dans une dépêche officielle la politique que les Etats-Unis se proposaient de suivre ; une copie de cette dépêche remise au gouvernement français aurait tous les avantages d'un traité sans en avoir les inconvénients (').
Une lettre de M. Seward à M. de Montholon, ministre de France à Washington, en date du 12 février 1866, répondit à l'objet que se proposait M. Bigelow :
» Les Etats-Unis ne peuvent supposer, disait particulièrement M. Seward, que l'Empereur se propose d'établir au Mexique, avant de retirer ses forces, les institutions mêmes qui leur déplaisent, et qui justitient matériellement les objections élevées contre son intervention. Nous regardons, au contraire, l'Empereur comme nous ayant annoncé son intention immédiate de faire cesser le service de ses armées au Mexique, de les rappeler en France, et de s'en tenir fidèlement, sans aucune stipulation, ni condition de notre part, au principe de non-intervention sur lequel il est désormais d'accord avec les Etats-Unis
a La France n'a que faire de retarder d'un instant la retraite promise de ses troupes, par quelque crainte que les Etats-Unis se montrent infidèles aux principes et à la politique qu'ils ont toujours pratiqués, et qu'ils s'éloignent de la règle de conduite qui leur a été donnée par Washington lui-même.
< Nous serons charmés lorsque l'Empereur nous donnera l'avis définitif de l'époque à laquelle on pourra compter que finiront les opérations militaires de la France au Mexique. >
Sans se montrer froissé de la forme quelque peu impérieuse de cette dépêche, le cabinet des Tuileries répondit i') :
(») M. Bigelow à M. Seward, 11 janvier 1866.
(*) M. Drouyn de Lhuys à M. de Montholon, 6 avril.
548 II* PARTIE. — CHAPITBE V.
4866. « Nous n'hésitons jamais à offrir à nos amis les explications
~ qu'ils nous demandent. M, Seward nous donnant l'assurance que
les Etats-Unis resteront fidèles à la règle de conduite que leur a tracée Washington, nous accueillons cette assurance avec une pleine confiance, et nous y trouvons une garantie suffisante pour ne pas différer plus longtemps l'adoption des mesures destinées à préparer le retour de notre armée. L'Empereur a décidé que les troupes françaises évacueraient le Mexique en trois détachements^ le premier devant partir au mois de novembre 1866, le second en mars 1867, et le troisième au mois de novembre de la même année.
Voilà donc où venaient aboutir les efforts de là diplomatie française ; les Etats-Unis déclaraient que l'armée française devait partir du Mexique sans aucune stipulation, ni condition de leur part, et la France remerciait le cabinet de Washinsjton de ces bonnes et amicales assurances (').
Quant à l'empereur Maximilien, il ne prévoyait pas encore le danger qui le menaçait ; il écrivait le 6 janvier qu'il fallait attribuer la recrudescence de l'agitation juariste à l'insuffisance d'effectif des troupes françaises, et il sollicitait de nouveau des hommes et de l'argent.
Les Etats-Unis ne permettaient plus l'envoi de nouvelles troupes au Mexique ; des détachements de la légion étrangère ayant été mis en route pour compléter l'effectif de ce corps, ils demandèrent aussitôt des explications en termes très-énergiques (^). Ils avaient déjà fait savoir qu'ils n'admettaient pas que l'on recrutât en Egypte des nègres du Soudan, enrôlés de force par le vice-roi. M. Drouyn de Lhuys
(1) A la même époque, une proposition faite au congrès américain par M.Woodbridge , pour faciliter à Juarez la conclusion d'un emprunt de 50 millions de dollars, était renvoyée au ministre des affaires étrangères par 65 voix contre 64 — Le maréchal au ministre, 28 mars.
(») M. Bigelow à M. Seward, 4 juin 186().
répondit avec quelque mauvaise humeur, en maintenant le <866. droit de la France de prendre des soldats où bon lui sem- ~"
blait ; puis, sans aucun doute, pour éviter encore cette cause de difficultés, on s'était abstenu de donner suite au projet d'envoyer des renforts au bataillon égyptien (*).
Le gouvernement autrichien ayant autorisé de nouveaux enrôlements pour le corps de volontaires du Mexique, l'ambassadeur des Etats-Unis à Vienne lui adressa également des remontrances ; il reçut l'ordre de rompre ses relations diplomatiques et de quitter Vienne, si le gouvernement autrichien persistait dans ses intentions. Le gouvernement autrichien céda aussitôt C^).
Le cabinet de Washington abandonnait donc la réserve qu'il s'était longtemps imposée à l'égard de la question mexicaine. Tant que la guerre civile avait absorbé leurs forces, les Américains avaient dissimulé leur mécontentement ; mais, en dépit des protestations de sympathie du gouvernement français, ils ne pouvaient oublier ces termes de la lettre de l'Empereur au général Forey en. 1863 : « Nous allons poser une digue infranchissable aux empiétements des Etats-Unis. » Non contents de presser la France de quitter le Mexique et d'abandonner l'empereur Maximilien, M. Bigelow suggérait à M. Drouyn de Lhuys qu'il serait bien désirable de voir les hostilités cesser entre les républicains du Mexique et les Français ; que le prochain départ de ceux-ci engagerait certainement les libéraux à
(*) M. Bigelow à M. Seward, 24 novembre 1865.
(2) Les volontaires réunis à Laybach devaient s'embarquer le 10 mai ; la protestation du ministre des Etats-Unis fut faite le 6 mai, et le contre-ordre immédiatement donné. L'Autriche, dont la position en Allemagne était fort menacée, n'avait aucun désir de s'engager dans de nouvelles complications. — M. Seward à M. Motley, 16 avril, 30 avril 1866. — M. de Mensdorf à M. Motley, 20 mai
4866. entrer dans un arrangement pour la conclusion duquel
offrait ses bons offices, et M. Drouyn de Lhuys les acceptait (^\
Déclaration Au milieu du mois de janvier 1866, M. le baron Saillard
du gouvernement J '
reiativraura ei ^^^ envové à Mexico avec la mission spéciale de négocier *^^ Mexk'îiT *^" de nouvelles conventions politiques, militaires et financières, destinées à remplacer le traité de Miramar.
Le ministre de la guerre écrivait en même temps au maréchal Bazaine:
« Nous ne pouvons pas prolonger indéfiniment notre séjour au Mexique ; plusieurs raisons, qu'il est inutile d'énumérer, font une loi au gouvernement de l'Empereur de poser des termes à notre occupation.
« Le rapatriement devra commencer l'hiver prochain ou mieux encore à l'automne ; il devra continuer sans précipitation mais sans être interrompu; la légion étrangère, dans les conditions stipulées dans la convention de Miramar, restera à la solde du Mexique après le départ des troupes françaises; nous ferons nos efforts pour la porter à un effectif de 7 à 8,000 hommes. Il importe donc que l'empereur Maximilien prenne ses dispositions pour se passer de nous, à une époque que l'on devra fixer (*). »
Les instructions envoyées par le ministre des affaires étrangères étaient de même nature ; enfin, l'Empereur, à l'ouverture de la session législative, le 23 janvier, annonça le retour des troupes dans les termes suivants :
« Notre expédition touche h son terme; je m'entends avec
l'empereur Maximilien pour tixer l'époque du rappel de nos troupes,
(I) M. Bigelow à M. Seward, 11 janvier 18G6. — Au Mexique, l'exigence des Américains du Nord ne perdait aucune occasion de se montrer ; lo général confédéré Allen, ancien gouverneur de la Louisiane , étant mort à Mexico, le consul des Etats-Unis voulut faire ouvrir la bière pour vérifier s'il n'avait pas été revêtu d'un uniforme confédéré. Les amis du défunt durent s'y opposer le revolver à la main.
(*) Le ministre au maréchal, lo janvier 1866.
LE MAKÉCHAL BAZAINE. 551
afin que leur retour s'effectue sans compromettre les intérêts français que nous avons été défendre dans ce pays lointain L'émotion, produite aux Etats-Unis par la présence de notre armée sur le sol mexicain, s'apaise devant la franchise de nos déclarations.
« Le peuple américain comprendra que notre expédition, à laquelle nous l'avions convié, n'était pas opposée à ses intérêts. »
Quant à l'opinion publique en France, écrivait le ministre de la guerre, elle se prononçait avec la plus énergique approbation sur le rapatriement de l'armée (^).
Il devait coûter à l'Empereur d'abandonner ainsi une entreprise qu'il avait appelée « la plus glorieuse de son règne » . Toutefois, le gouvernement français ne revint pas sur la détermination qu'il avait irrévocablement prise de rappeler ses troupes du Mexique ; il ne s'en laissa détourner ni par les cris d'angoisse partis du palais de Mexico, ni par les supplications de l'impératrice Charlotte, qui se rendit en Europe pour tenter une dernière démarche, et faire modifier une résolution que les souverains du Mexique considéraient comme un coup mortel porté à l'Empire.
Il est facile de se rendre compte des dispositions que le baron Saillard trouva chez l'empereur MaximiUen ; aussi ne put-il rien obtenir de satisfaisant ; arrivé au Mexique au milieu de février, il repartait pour la France moins de quinze jours après.
Il revint à Paris au commencement du mois d'avril, et le Moniteur officiel du 5 publia la note suivante :
« M. le baron Saillard est revenu à Paris après avoir rempli à Mexico la mission dont il était chargé.
e A la suite des communications échangées entre M. Dano, ministre deFrance, S. Exe. le maréchal Bazaine, et le gouvernement
^') Le ministre de la guerre au maréchal, 31 janvier.
SS2 II'' PARTIE. — CliAPlTRE V.
mexicain, l'Empereur a déclaré que les troupes françaises évacueront le Mexique en trois détachements ; le premier partira en novembre 1866, le deuxième en mars 1867, le troisième en novembre de la même année.
€ Des négociations se poursuivent entre les deux gouvernements, pour substituer, aux stipulations financières du trailé de Miramar, des conditions nouvelles ayant pour objet d'assurer des garanties à la créance de la France et aux intérêts français engagés dans les emprunts mexicains. »
Organisation Le lendemain, M. Drouyn de Lhuys écrivait à M. de
dôs
forces militaires Montholon la dépêche déjà citée, pour faire ofFiciellement
à la disposition .„ . , . . .
de l'empereur la même notiiication au gouvernement amencam. A cette
Maximilien. , „.,..,
Création cpoQue, le gouvemcment français esperait-il encore que
des cazadores. ,, . . . . . . i i ' i
1 empire mexicain pourrait se maintenir après le départ des troupes françaises ? Il est probable que l'empereur Napoléon se refusait à admettre que tant d'hommes et tant d'argent eussent été sacrifiés en pure perte. Personnellement attaché au succès définitif de son entreprise, et bien qu'il diît céder aux nécessités de la situation, il s'efforça encore de procurer à l'empereur Maximihen les moyens de se soutenir. Il lui écrivit pour lui promettre de faciliter la création d'une brigade de troupes européennes, dans laquelle seraient fondus le régiment étranger du corps expéditionnaire français et les volontaires austro-belges ; le maréchal Bazaine s'occupa, en outre, d'organiser, sous le nom de cazadores de Mexico, des bataillons mixtes français et mexicains. On estimait qu'après le départ du corps expéditionnaire, le gouvernement mexicain pourrait disposer, comme forces actives susceptibles d'être mobilisées :
1^ Des troupes permanentes formant 14 bataillons. 11 escadrons, 18 batteries, et dont l'effectif au 1" janvier était
LE MARÉCHAL BAZAINE. Oo3
Hommes. Chevaux
de 8,600 2,000
2° Des gardes rurales mobiles et des corps auxiliaires fort irrégulièrement organisés, répartis sur tous les territoires et d'un effectif variable mais qu'on évaluait à 27,000 0,000
3^ Des troupes étrangères : c'est-à-dire la légion étrangère française actuellement à cinq bataillons (un sixième bataillon en formation à Blidah et fort d'environ 1000 hommes dont un tiers de Français volontaires allait être prochainement envoyé au Mexique) ; l'effectif en serait porté à 8,000
Les volontaires autrichiens : trois bataillons, deux régiments de cavalerie à 5 escadrons, trois batteries, deux compagnies de pionniers, etc 6,400 1,400
Les volontaires belges : deux bataillons à six compagnies 1,300
Ce qui formait un total de cinquante mille hommes environ, dont seize mille Européens.
On avait 662 pièces d'artillerie réparties dans les différentes places. Mexico et Vera-Gruz étaient en très-bon état de défense ; la plupart des villes situées sur les grandes hgnes d'opérations avaient été fortifiées et possédaient de bons réduits. La citadelle de Mexico était pourvue de tous les ateliers nécessaires à la confection et à la réparation de l'armement et du matériel. Des ateliers moins importants existaient aussi à Puebla. La fonderie de Mohno del Rey était mise en état.
Les cinq bataillons de la division Mejia étaient consi-
4866. dérés comme les meilleures troupes de l'armée mexicaine ; six bataillons assez bien constitués provenaien t de l'ancienne division Marquez ; mais les corps ne se recrutaient que par engagements volontaires, et lorsque les effectifs étaient insuffisants, on y incorporait les mauvais sujets ramassés par la police ou condamnés par les tribunaux. Le 1^ bataillon de ligne, envoyé au Yucatan, était composé de « deux officiers supérieurs, douze officiers subalternes plus ou moins capables n'ayant ni sabre ni pistolet, dix sergents, six caporaux, 60 vagabonds plusieurs fois condamnés, 115 déportés (^) ». On peut, par cet exemple, juger des conditions de moralité exigées des soldats mexicains ; aussi le général Casanova, qui devait conduire ce bataillon au Yucatan, refusait-il de partir si on ne le faisait accompagner et garder par une autre troupe d'un effectif au moins égal.
La cavalerie était dans de meilleures conditions. Le régiment de l'Impératrice (colonel Lopez) avait rendu des services. Des compagnies présidiales, que les commandants supérieurs français avaient organisées dans le Nord, étaient aussi formées de bons soldats. Quant aux gardes rurales, leur valeur dépendait du chef qui les commandait et de son dévouement personnel à la cause de i'Empire. Dans certaines localités, les milices avaient donné des preuves réelles d'énergie ; dans d'autres endroits, elles avaient lâché pied au premier coup de fusil.
Les volontaires autrichiens étaient mécontents ; leurs officiers ne voulaient pas se mettre sous le commandement d'officiers mexicains , bien que leur contrat d'engagement ne présentât aucune clause restrictive de cette nature ; il
(•) Le général Casanova au maréchal, mars 1866.
en était résulté de nombreux froissements entre eux et les ^866, chefs des troupes mexicaines. Rarement en contact avec les Français, leurs relations réciproques étaient très-satisfaisantes ; cependant le général de Thun ne recevait pas volontiers des ordres du maréchal W.
Il en était à peu près de même des volontaires belges ; les officiers avaient hâte de rentrer dans leur pays, on ne pouvait compter d'une manière absolue sur cette troupe.
La légion étrangère française avait fait ses preuves ; mais les derniers contingents arrivés d'Europe donnaient des désertions nombreuses ; il y avait quelque incertitude sur la façon dont ils se comporteraient en présence des Américains, si un conflit venait à éclater, ou même s'ils étaient envoyés sur la frontière du Rio Bravo.
L'empereur Napoléon attachait une grande importance à l'organisation des troupes européennes qui, dans son opinion, devaient constituer le noyau de l'armée mexicaine, et former une réserve sur laquelle l'empereur Maximilien pourrait compter dans des circonstances difficiles. Il désirait que l'on l'éunît ces régiments sous le commandement d'un général français (^). Pour atteindre ce résultat, il fallait nécessairement triompher de la susceptibilité des Autrichiens et des Belges; un moyen se présentait de vaincre
(') Il refusa de se porter à Tulancingo, où le maréchal trouvait sa présence nécessaire ; mais il motivait du reste son refus sur le manque absolu d'argent : • Je ne puis quitter Puebla sans argent .... La solde de l'homme ne suffit pas pour entreprendre des expéditions ; il me faut de l'argent pour les transports, les messagers, et une fouie de cas imprévus. De plus, mes officiers se trouvent sans le sou depuis le 1*' du mois ; mon devoir est de rester au centre pour éviter tous les désordres qui pourraient résulter de cet état anomal des choses...; de plus, j'ai soumis à l'Empereur un mémoire, et je dois attendre la réponse à Puebla, puisqu'elle décidera du sort et de l'avenir de mon corps de volontaires. • — Le maréchal au ministre, 13 juillet.
(î) L'empereur Napoléon au maréchal, 16 février 1S66.
1866. les résistances ; le trésor mexicain n'étant pas en mesure de payer la solde de ces troupes, le ministre de la guerre français offrait d'en prendre provisoirement l'entretien à sa charge, à la condition toutefois qu'elles seraient commandées et administrées d'après le règlement français. Cet allégement considérable pour le budget mexicain devait faciliter la combinaison que l'on cherchait à faire réussir dans l'intérêt de l'empereur Maximilien.
Le maréchal, se conformant à ces idées, proposa d'organiser deux brigades, l'une avec la légion française, sous les ordres du général Jeanningros, l'autre, composée des Autrichiens et des Belges, sous le commandement du général de Thun O. Ces deux brigades formeraient une division dont le commandement serait donné au général Neigre, et qui serait administrée par l'intendance française (^). Ces propositions furent acceptées en principe , et l'empereur Maximilien se réserva de donner aux Austro-Belges, sur le budget mexicain, une gratification spéciale pour compenser la réduction de solde qu'ils auraient à supporter.
Le général de Thun aurait voulu qu'on affectât, pour sa brigade, une somme totale dont il réglerait lui-même l'emploi ; on s'y refusa, et il fut enfin admis que les règlements de l'administration française seraient appliqués aux troupes soldées par le trésor français. Les Autrichiens montrèrent à ce sujet une singulière susceptibilité. Le général de Thun demanda comme faveur
(*) Le ministre au maréchal, 16 février, 9 avril.
<2) Le général Brincourt, à qui ce commandement avait été offert, le refusa, disant avec raison qu'après le départ du corps expéditionnaire, il serait impossible de faire avec 15,000 hommes ce que l'on n'avait pu obtenir avec 30,000.
de ne pas figurer sur les états de solde remis à l'inten- 4866. dance française, et de recevoir directement ses appointements du gouvernement mexicain ('). Le droit au commandement soulevait également des difficultés ; l'empereur Maximilien pensa les écarter en recommandant au général Neigre de tenir la première brigade au nord, la deuxième au sud, afin d'éviter un contact qui n'aurait pas été sans inconvénient, et il décida que, dans le cas où des détachements des deux brigades se trouveraient momentanément réunis, le commandement appartiendrait à l'officier qui aurait reçu une commission spéciale , ou au chef de la fraction la plus forte. Au point de vue de la discipline, chaque troupe devait du reste se régir d'après ses règlements particuliers et son Gode de justice national.
Le général Neigre prit son commandement le l^"" mai ; quelques officiers autrichiens voulurent saisir cette occasion pour quitter le service mexicain, où ils ne trouvaient pas les avantages sur lesquels ils avaient compté ; ils manifestèrent l'intention de retourner en Autriche, et ce fut à grand'peihe que l'empereur Maximilien parvint à calmer cette agitation, en menaçant les officiers démissionnaires d'accusation de désertion dont ils auraient à répondre à leur retour dans leur pays. Peu après, il dut accepter cependant la démission du général de Thun, qui fut remplacé par le major Polak.
A côté des troupes d'infanterie de la légion étrangère française, on devait constituer de l'artillerie, du génie et de la cavalerie dans la proportion adoptée pour l'organisation divisionnaire. Mais , après avoir très-vivement re-
(') Le maréchal au ministre, 21 mai.
o58 II' PARTIE. — CHAPITRE V.
4866. commandé la formation de cette légion, le ministre de la "" guerre écrivait, le l*^"" mai 1866, que le moment ne lui pa-
raissait pas encore venu de régler les détails d'organisation des différentes armes, et qu'il fallait se borner, quant à présent, à en arrêter les bases principales.
On continuait, cependant, à s'occuper de la création de corps mixtes franco-mexicains.
« Il serait déplorable, avait écrit le ministre, qu'après avoir obéré notre trésor, versé le sang de nos soldats, pour élever un trône destiné à protéger le Mexique contre de perpétuelles révolutions, tous ces etibrts si péniblement accomplis devinssent stériles, en laissant le champ libre aux mauvaises passions que l'empereur Maximilien n'aurait plus les moyens de combattre. La gloire militaire que nos armes ont acquise au Mexique y perdrait son prestige ; les germes de civilisation, les principes d'ordre et de moralité publique que nous avons cherché à introduire dans cette contrée, disparaîtraient sous une terrible réaction.
« L'Empereur veut, par tous les moyens compatibles avecrintérêt de la France, éviter de semblables résultats; Sa Majesté pense qu'il serait possible de former une nouvelle légion dont les cadres seraient français , sans exclusion toutefois des Mexicains ; les soldats seraient pris parmi les indigènes dont les rangs seraient grossis par des hommes de bonne volonté que fournirait notre armée.
« Cette organisation rappellerait, en plusieurs points, celle que nous donnons maintenant à la légion romaine, et, pour exciter le désir d'entrer dans le nouveau corps mexicain, on pourrait, suivant le cas et suivant les antécédents des militaires qui se présenteraient, donner aux officiers subalternes et aux sous-ofticiers le rang supérieur à leur grade effectif dans l'armée.
« Les officiers, sous-officicrs et soldats, qui demanderaient
à faire partie de la nouvelle légion, contracteraient l'engagement de rester pendant quatre ans au moins au Mexique après l'évacuation. »
Le maréchal suivit les instructions du ministre et proposa la création de bataillons de chasseurs à pied (cazadores de Mexico). On commença par former deux ba-
LE MARÉCHAL BAZAI^"E. 559
taillons auxquels on donna les désignations de 7*^ et 8^ 'isee. bataillons de la légion étrangère, afin de pouvoir en faire supporter l'entretien par le budget français.
A cette époque, l'empereur Maximilien chargea de nouveau le maréchal Bazaine de la réorganisation de l'armée mexicaine; il lui écrivit la lettre suivante :
Palais de Mexico, 3 juin 1866.
« Mon cher maréchal,
« Pour terminer promptement l'organisation de l'armée, ce qu'il faut, avant tout, c'est l'unité d'action.
« Les idées que vous avez émises au conseil, à ce sujet, sont pleines de justesse et de bon sens pratique.
« Vous êtes déjà, d'ailleurs, commmandant en chef de l'armée, et directeur exclusif de tous les mouvements militaires, c'est-à-dire meilleur juge que qui que ce soit de ce qu'il faut faire, et en position de l'accomplir.
« Je viens donc, aujourd'hui, vous investir d'une autorité absolue pour l'organisation des bataillons franco-mexicains, et la réorganisation de l'armée nationale.
« J'ai pensé que M. le général Osmont, revêtu de toute ma confiance et de la vôtre, pourrait établir, d'après vos ordres, à l'étatmajor général, un bureau des affaires mexicaines; de ce bureau partiront des ordres directs pour le ministère de la guerre. M. l'intendant formerait aussi un bureau ou section pour ce qui touche à l'administration, et nous prêterait le concours de ses habiles fonctionnaires,
« Tous les ordres donnés par MM. Osmont et Priant, et envoyés au ministère de la guerre, porteront au bas cette form.ule : Par ordre de l'Empereur.
« Tel est le plan que j'ai adopté définitivement depuis que vous m'avez éclairé de vos conseils, et il est conçu uniquement dans e but de concentrer dans vos mains une organisation que vous seul et vos dignes officiers pouvez bien faire. »
o60 11* PARTIE. — CHAPITRE V.
mc>. Le maréchal fixa d'abord à huit puis à neuf le nombre
des bataillons de cazadores (^) ; l'état-major en entier fut composé d'officiers français ; on devait y incorporer six officiers de compagnie français et trois ou quatre sousofficiers nommés sous -lieutenants au titre mexicain. Dans chaque bataillon, il se trouverait environ quinze officiers et une centaine de sous-officiers et soldats français.
On se proposait d'organiser, en outre, 14 bataillons d'infanterie, 8 régiments de cavalerie, 12 batteries d'artillerie, et 3 compagnies du génie, de troupes exclusivement mexicaines. L'empereur Maximilien désira placer, dans chacun de ces corps, un officier français comme commandant en second et quelques sous-officiers, nommés sous-lieutenants au litre mexicain, pour remplir les fonctions de comptable. Le gouvernement français y consentit ; mais toutes ces organisations, fort bien combinées sur le papier, n'avaient aucune base de recrutement.
Cependant la formation des bataillons de cazadores se fit dans d'assez bonnes conditions ; les officiers et sous-officiers français, attirés par des avantages d'avancement, répondirent volontiers à l'appel du maréchal; on trouva aussi des soldats ; la perspective de rester au Mexique ne leur déplaisait pas; la beauté du climat sur les plateaux supérieurs, la liberté de la vie de campagne, l'espoir de se créer, après leur libération, un avenir meilleur que celui qu'ils auraient dans leur propre pays, déterminèrent un grand nombre d'entre eux à entrer dans ces bataillons. Le maréchal avait pensé qu'il était conforme aux intentions de l'empereur Napoléon de faire entretenir, habiller, et
(') Le man^clial au ministre, 9 juin.
solder ces nouveaux corps dans des conditions analogues à celles du régiment étranger ; cette garantie était en effet indispensable pour attirer de bons éléments français ; mais, en présence des réclamations des Etats-Unis et de l'impossibilité de continuer des sacrifices d'argent aussi considérables, les dispositions du cabinet des Tuileries se modifiaient de jour en jour. La nécessité d'abandonner l'Empire mexicain à ses propres forces apparaissait de plus en plus urgente.
Des instructions du ministre de la guerre, datées du 31 mai, interdirent d'une manière formelle au maréchal d'autoriser aucune dépense pour les bataillons de cazadores, et lui prescrivirent de se maintenir rigoureusement dans la limite des crédits alloués par les lois des finances (^). Ces ordres entravèrent ioute formation nouvelle.
Le ministre des finances avait compris dans ses prévisions budgétaires des sommes à recouvrer du Mexique ; ne recevant rien, il était fort embarrassé pour établir la balance de ses chiffres. Cependant les sacrifices demandés à la France augmentaient chaque jour, tandis que la situation s'empirait de plus en plus à Mexico ; il s'agissait d'avoir de l'argent pour les dépenses quotidiennes, et le trésor était vide. M. Langlais, qui avait entrepris l'œuvre laborieuse de relever l'état financier de l'Empire mexicain, n'avait pas désespéré d'atteindre son but, mais il s'était vu oblififé de demander aux caisses de l'armée de venir à son aide. Le maréchal les lui avait ouvertes, — avec trop de facilité, trouvait le ministre des finances, — avec trop de parcimonie, suivant l'avis de l'empereur Maximilien.
Dès le mois de novembre 1865, le représentant de la
\su.
Détresse
financière
de l'Empire
mexicain.
(1) Ces instrnctions furent confirmées le 31 juillet «H le 13 août.
o62 II* PARTIK. CHAPITRE V.
4866. maison Rothschild refusant d'escompter les traites sur la "" commission des finances de Paris, le maréchal ordonna au payeur en chef de les accepter juscju'à concurrence de quatre millions (*). Au mois de février 1866, il fit encore en faveur du gouvernement mexicain une réquisition de quatorze millions C^) sur les caisses de l'armée. L'empereur Maximilien l'en remercia par la lettre suivante :
Mexico, le 5 février.
« Mon cher maréchal, je viens d'apprendre le précieux service que vous avez rendu h mon gouvernement en lui venant en aide, tout récemment, par suite d'une crise financière difficile.
« Veuillez agréer mes très-sincères remerciements pour la discrétion et la cordiahté avec lesquelles vous avez agi dans cette circonstance déhcate et qui, pour moi, doublent le prix du servicç rendu.
« Recevez, mon cher maréchal, l'assurance des sentiments d'amitié avec lesquels je suis votre très-affectionné
< Maximilien. »
La conduite du maréchal fut désapprouvée ; on lui recommanda de ne plus faire de réquisitions sur le trésor de l'armée C^). M. Langlais étant mort le 23 février 1866, les belles espérances qu'il avait fait concevoir s'évanouirent. M. de Mamtenant, inspecteur général des finances, en mission au Mexique, le remplaça provisoirement W ; de son côté, l'empereur Maximilien nomma président du conseil des ministres, avec droit de contrôle sur toutes les dépenses, M. Lacunza, homme probe, intelligent et
(i) Le maréchal au ministre, 28 novembre 186S.
(') Le maréchal au ministre, 1" avril i86G.
(3) Le ministre de la guerre au maréchal, 1" avril,
{*) Le maréchal au ministre, 20 février.
LE 3IARÉCHAL BAZAINE. o63
énergique, en qui le maréchal avait confiance 0). Cependant -isee. la situation ne s'améliora pas. Nous ne pouvons mieux faire ""
connaître le triste état des finances qu'en citant la lettre écrite par M. Lacunza au maréchal Bazaine, le 25 avril 1866 :
« Au nord, la division Mejia vit péniblement, consommant les faibles revenus des localités qu'elle occupe, faisant des emprunts en quelque sorte forcés, et tirant des sommes importantes sur la place de Vera-Gruz.
« Les troupes de Quiroja n'ont pas à manger; ce chef se voit obligé de faire payer d'avance les contributions de toute une année; les habitants émigrent pour se soustraire à ces vexations.
« Au sud, les troupes de Franco ne peuvent sortir d'Oajaca pour repousser l'ennemi qui les menace, parce que le prêt journalier des soldats n'est pas assuré et que f on manque de fourrages pour les chevaux.
« Au centre, ce sont les mêmes raisons qui ont retenu si longtemps Florentino Lopez à San Luis.
« Les troupes austro-belges ont une dette de près de oOO,000 piastres, et avant qu'elles soient payées par le trésor français, elles auront dépensé leur dernier écu et consommé toutes les provisions de leurs places de guerre.
« A la caisse centrale de Mexico, il y a pour 300,000 piastres de traites qui ne sont pas payées, et pour lesquelles il n'y a pas d'espérances de paiement. Les dépenses les plus urgentes ne sont pas couvertes, et l'on doit deux mois de solde aux troupes de la garnison.
« Les instructions envoyées de Paris prescrivent au maréchal de ne plus faire d'avance au trésor mexicain. On ne connaissait pas la situation à Paris, sans quoi on n'aurait pas donné de telles instructions contradictoires avec les intentions amicales et la pohtique même de l'empereur iSapoléon.
« A cette situation, il y a un remède; M. Langlais lui-même fa déclaré ; toutes les dépenses ont été réduites à commencer par la liste civile de l'Empereur, qui se contente du tiers de celle qui fut assignée, il y a un demi-siècle, à l'empereur Iturbide.
< De nouveaux impôts seront établis ; mais avant que le nouveau système puisse donner des résultats, il faut quelque chose pour
(') Le maréchal au ministre, 10 avril.
S64 li* PARTIE. — CHAPITRE V.
4866. vivre, et c'est la France qui doit nous le donner. M. Langlais l'avait "~ reconnu et avait procuré cette assistance au trésor mexicain.
« Au moment de sa mort, les subventions ayant été interrompues, le gouvernement dut subir la loi des capitalistes. Des affaires ruineuses, en tous points, comme on les conclut sous la pression de la nécessité, lui donnèrent de quoi vivre pendant huit jours '-^^ et le discréditèrent pour beaucoup plus de temps.
« Il se vit forcé d'affecter au remboursement de ces prêts une partie du revenu des douanes maritimes, destinées au paiement des dettes étrangères.
« Tel est le résultat du retrait anticipé de la coopération de la France.
« Or, voici dans quelle alternative se trouve le maréchal : ou
bien imposer au trésor français une charge légère pour terminer
l'œuvre commencée par l'empereur Napoléon, ou s'en abstenir, et,
par là même, imposer à la France des sacrifices beaucoup plus
. grands, car l'entreprise ne peut être abandonnée. »
Deux jours après l'envoi de cette lettre, le 1" mai 1866, l'empereur Maximilien convoqua en conseil privé : M. Dano, le maréchal, M. de Maintenant, M. Lacunza, les minisires de la guerre et des affaires étrangères. L'Empereur exposa la pénurie du trésor mexicain et la nécessité urgente qu'il fût soutenu par le trésor français ; il demanda que la France se chargeât de payer l'armée mexicaine. Le maréchal fit connaître la désapprobation qu'il venait de recevoir de son gouvernement, au sujet des avances antérieurement consenties. Après une longue discussion, l'empereur Maximilien, prenant la parole, résuma la question en ces mots : « la banqueroute du trésor, ou Vespoir de le sauver t
« Si les représentants de la France ne veulent pas prendre
(•) Le gouvernement reconnut une créance fort litigieuse de la maison Porlilla, de 200,000 piastres ; en échange, cette maison mit aussitôt à sa disposition 100,000 piastres qui devaient lui être remboursées au moyen d'un prélèvement journalier de 1,000 piastres sur les douanes de Mexico.
la responsabilité de dépenser quelques millions, ils assu- isee. rneront celle d'avoir laissé venir la banqueroute, ce qui n'est certainement pas dans les désirs de l'empereur Napoléon, qui s'est toujours montré, et continue encore à se montrer si ami de l'Empire. »
L'appel était pressant, la situation était grave; M, Lacunza demandait, jusqu'à la fin de l'année, un prêt mensuel de 800,000 à un million de piastres ; enfin, après de nouvelles discussions, le maréchal accorda une subvention mensuelle de 500,000 piastres en attendant de nouvelles instructions de Paris. Cette subvention était donnée, à titre de prêt remboursable, sur les douanes maritimes ; le premier terme devait être immédiatement à la disposition du gouvernement mexicain ; le jour même, à l'issue du conseil , les formalités du forcement de caisse du payeur de l'armée furent remplies, et une somme de 500,000 piastres mise en réserve pour le gouvernement mexicain. Le maréchal avait préféré accroître ainsi la dette de l'Empire mexicain plutôt que de consentir à se charger de l'entretien de l'armée mexicaine, ainsi que le demandait l'empereur Maximilien. « Il fallait se résoudre, disait-il, à venir en aide à ce gouvernement pendant quelques mois encore » et il avait voulu le faire « au meilleur marché possible » ; mais le gouvernement français refusa d'une façon péremptoire de continuer cette subvention.
L'empereur Maximilien s'était rattaché, comme à une dernière espérance, aux promesses que l'empereur Napoléon lui avait faites récemment dans ses lettres ; il restait persuadé que, malgré les déclarations officielles commandées sans doute par les exigences de la politique, l'appui effectif de l'armée et du trésor français ne lui ferait pas encore défaut.
<866. Quand même le trésor mexicain se trouverait hors d'état
de satisfaire aux engagements de la convention de Miramar, l'entretien de l'armée française était assuré par le trésor français ; l'empereur Maximilien tenait donc à ce que l'effectif n'en fût pas diminué. Cependant, il était fort mécontent des réquisitions pour les transports ou les travaux de fortification, ordonnés, de leur propre autorité, par les généraux français, d'autant plus que le maréchal Bazainese préoccupait uniquement des éventualités d'un conflit avec les Etats-Unis et négligeait la pacification intérieure. En effet , de grands travaux de défense, exécutés à Durango, à Mexico, et sur divers points des lignes stratégiques, ne pouvaient avoir d'autre but que d'arrêter, le cas échéant, les progrès d'une invasion américaine ; lé' maréchal, malgré les instances de l'Empereur, se décidait avec peine à envoyer des colonnes françaises reprendre possession des localités envahies par les libéraux ; on y réinstallait une garnison mexicaine qui souvent lâchait pied à la première attaque, et toutes ces marches et contre-marches n'aboutissaient à rien.
Progrès A.insi, après avoir fait réoccuper Chihuahua par la co-
répu^nSs lonne légère du commandant Billot, le maréchal donna '^^°Mcxiquc. ^ l'ordre d'évacuer cette position; il craignait que, dans le cas d'une guerre avec les Etats-Unis, la retraite de ce détachement ne fût coupée par les guérillas de la Laguna. Elles avaient envahi Mapimi et San Juan de Guadalupe, fusillé les partisans de l'Empire, et chaque jour elles tenaient tète aux colonnes mobiles qui parcouraient le pays entre le Rio Florido et le Rio de Nazas. Du reste, l'évacuation de Chihuahua était formellement recommandée dans les instructions du gouvernement français. Une garnison
de cinq cents Mexicains y fut laissée, et le commandant ^^^- Billot rétrograda le 31 janvier. Les Indiens de cette province, comme ceux de la Sonora, s'étaient montrés animés de bonnes dispositions ; l'Empire avait été proclamé dans les cantons d'Abasolo et de Guerrero, à Gosihuiriachi, à la Concepcion, et l'on espérait que Juarez ne pourrait pas facilement y rétablir son autorité. Le maréchal se proposait d'abandonner entièrement le pavs au nord de Durango ; il revint ensuite sur cette détermination et conserva, pendant quelque temps encore, une garnison au Parral, mais il prescrivit au commandant de ce poste avancé de ne jamais s'en éloigner au nord à plus d'une journée de marche.
Ghihuahua fut attaqué le 25 mars par Luis Terrazas ; la moitié de la garnison ayant fait défection, le commandant impérialiste abandonna la place avec quelques cavaliers restés fidèles («).
Juarez n'y rentra qu'au mois de septembre; mais, dès ce moment, les forces républicaines ne cessèrent de s'accroître et de gagner du terrain vers le sud. A la même époque, des pronunciamientos eurent lieu à Allende et à Batopilas ; la garde rurale du Parral, ayant essayé de faire rentrer les révoltés dans l'ordre, fut attaquée elle-même par des forces supérieures, et succomba avec quelques courageux citoyens qui s'étaient volontairement joints à elle. Le général de Castagny punit Allende par de fortes amendes qu'il répartit entre les familles des victimes du Parral ; il fit également lever des contributions sur Rio Florido. Une colonne française fut envoyée au Parral pour y replacer une garnison mexicaine et mettre la ville en état de défense ; mais à peine les Français se furent-ils retirés, que le déta-
(') Le maréchal au ministre, 28 avril.
me chement mexicain se replia à son tour. Les troupes libérales l'occupèrent presque aussitôt; des partis ennemis se montrèrent même à la Parridad. Le colonel Coltret, qui commandait la colonne française en retraite, fit un retour offensif, et installa à Gerro Gordo la troupe mexicaine venue du Parral. Lui-même prit position à San Salvador pour garder la ligne du Rio de Nazas, qui devenait au nord la limite des positions françaises.
L'insurrection s'était également développée dans le sud de Durango. Dès les premiers jours de l'année 1866 (19 janvier), Garcia de la Gadena, dont la soumission avait momentanément ramené la tranquillité dans les environs de Zacatecas et dans la Sierra Morones, s'était prononcé de nouveau contre l'Empire. Il rassembla quinze cents hommes en quelques jours, occupa Nochistlan et Teocaltiche, et s'établit dans les vallées de Jerez et de Juchipila. Les colonnes françaises et les gardes rurales, envoyées contre lui, n'obtinrent aucun résultat, et la Gadena finit par rester maître du pays.
Les guérillas de la Laguna, dirigées par Gonzales Herrera, descendirent au sud par San Juan et San Miguel Mesquital. Elles attaquèrent, le 25 mai, la garnison française de Fresnillo, et furent repoussées avec des pertes sensibles ; battues encore le lendemain, à la Salada, par une colonne légère venue de Durango, elles se dispersèrent dans le plus grand désordre, en abandonnant deux cents chevaux, trois coulevrines, des armes, et des munitions en grand nombre. La désunion s'étant alors mise entre les chefs ennemis, leurs entreprises cessèrent.
Au nord-est, les troupes franco-mexicaines se bornaient à occuper la ligne de San Luis à Monterey et celle de San
Coohuiia.
LE MARÉCHAL BAZAINE. o69
Luis à Tampico ; les routes n'étaient pas sûres, aucun isee. convoi n'osait s'y aventurer sans une nombreuse escorte; opérations
. ,1 militaires
Matamoros et Tampico étaient entoures oe très-près par dans les Etats
, „ . de Niievo-Leon
les guérillas. Les malades et le dépôt du bataillon d Afrique et de étaient restés à Tampico ; pour leur permettre de rejoindre leur bataillon à Tula, on dut les faire escorter par la contre-£,'uérilla et échelonner des postes à Santa Barbara et à el Chamal. Mendez attaqua el Ghamal, le 11 janvier ; il fut repoussé, et cependant il fallut encore, le 21 janvier, s'ouvrir de vive force le passage de Boca del Abra. Tandis que le convoi continuait sa route, Mendez était revenu sur ses derrières, et, tombant à l'improviste sur Tantoyuquita, il brûla les magasins où le commerce de Tampico, sur les assurances trop aventurées du capitaine Jaquin, commandant de la contre-guérilla, avait imprudemment réuni des quantités considérables de marchandises. Les pertes furent évaluées à près d'un million de francs. Mendez fut tué dans l'action ; le général La Garza, ancien gouverneur du Tamaulipas, qui s'était soumis à l'Empire, prit le commandement à sa place; son influence et la considération dont il jouissait devaient encore augmenter l'importance politique du mouvement anti-impérialiste.
Les appréhensions du maréchal Bazaine au sujet d'une intervention des Etats-Unis avaient été réveillées par le sac de Bagdad ; il recommanda d'éviter les engagements de détail et s'occupa de concentrer ses troupes sur de bonnes positions. Il avait donné l'ordre au général Douay de s'avancer jusqu'au Saltillo, de garder fortement ses communications avec San Luis, et de pousser le général Jeanningros à deux journées de marche en avant, vers Matamoros, afin de pouvoir soutenir le général Mejia le cas échéant, tout en se tenant assez éloigné de la frontière
<866. pour éviter un contact dangereux avec les Américains. Le général Jeanningros rappela donc à lui la garnison française laissée à Parras, et, au commencement de février, il se rendit à Monterey avec un bataillon d'infanterie, deux pièces de montagne, et deux compagnies de partisans, dont une montée ; il établit la troupe mexicaine du colonel Tinajero à Cadeireita, sur la route de Matamoros , et attendit , pour se porter en avant , l'arrivée du régiment belge, que le maréchal destinait à occuper Monterey.
Le général Douay transporta son quartier général à Ma^tehuala, le 15 février, et se relia au Saltillo par des postes placés au Cedral, à Vanegas, au Salado, et à Incarnacion. Des forces ennemies se tenaient àVillaldama et à Geralvo, et observaient Cadeireita. Escobedo , avec un millier d'hommes et quatre canons, était à Linares ; il s'organisait et rassemblait des approvisionnements dans le pays compris entre Linares, Montemorelos, et Galeana ; il avait un dépôt de munitions à San Pedro Iturbide ; Gonzalez Herrera, avec les bandes de La Laguna, se montrait aux environs de Parras. Le maréchal avait prescrit au général Douay de ne pas s'étendre vers la gauche et de se borner à garder la ligne San Luis, Monterey, Malamoros ; mais une bande, qui avait envahi Parras, pendant une sortie faite par la garnison mexicaine , empêchait le préfet politique d'y rentrer.
Combat Le chef de bataillon de Brian, commandant supérieur
ue Sanla Isahcl '■
(1" mars 48G6). au SaltiUo , réinstalla le préfet Gampos à Parras (le 20 février), et voulut, en outre, tenter un coup de main contre les forces libérales réunies au Rancho Santa Isabel, à onze kilomètres de la ville. Dans la nuit du 28 février au
1" mars, il partit de Parras avec cent cinquante hommes isee. du régiment étranger , cent cinquante fantassins et une centaine de cavaliers mexicains; une compagnie de quatrevingts hommes fut laissée à Parras.
Vers quatre heures et demie du matin , la petite colonne arrivait à portée de l'ennemi qui occupait les bâtiments du Fiancho et une hauteur voisine. Le commandant de Brian prit les devants avec une compagnie, et prescrivit au reste de sa colonne de le rejoindre lorsqu'on entendrait le bruit de son attaque. Aussitôt que la fusillade en donna le signal, les deux autres compagnies françaises et les troupes mexicaines se mirejit en mouvement. Elles s'élancèrent à l'assaut du mamelon ; mais déjà l'effort du commandant de Brian avait échoué ; on ne le revit plus ; sa compagnie était détruite, quelques hommes seulement, groupés autour d'un officier, se défendaient encore. La nouvelle attaque ne réussit pas mieux ; l'ennemi, retranché derrière des murs en pierres sèches et appuyé par deux canons, ne permit pas aux assaillants de gravir la hauteur ; au même moment, la cavalerie alliée était culbutée par cinq cents cavahers. Le jour s'était levé, et des renforts amenés par Gonzales Herrera coupèrent la retraite à la colonne franco-mexicaine. Le détachement français fut complètement anéanti ; un officier et soixantedix-huit hommes, dont vingt-huit blessés, tombèrent aux mains de l'ennemi; les autres furent tués. Ce désastre fut bientôt annoncé à Parras par quelques cavaliers mexicains fuvant à toute bride et qui rentrèrent dans la ville à six heures du matin. Le lieutenant Bastidon, commandant la compagnie du régiment étranger, s'enferma dans l'éghse et repoussa énergiquement les sommations de l'ennemi.
4866, Les journées du 1", du 2 et du 3 mars se passèrent
ainsi ; mais l'approche de colonnes de secours déterminèrent l'ennemi à battre en retraite ; le 5 mars, Parras était dégagé.
Le général Douay, qui marchait de Malehuala sur Saltillo, avait appris, le 2 mars, à Agua-Nueva, le résultat malheureux du combat de Santa Isabel. Il fit aussitôt partir trois détachements, qui arrivèrent successivement à Parras les 5, 6 et 7 mars. Lui-même s'y rendit ; il visita Santa Isabel, eut d'abord l'intention de poursuivre l'ennemi; mais les guérillas ayant trop d'avance, il abandonna ce projet et revint au Saltillo après avoir laissé une garnison provisoire à Parras.
De trop peu d'importance pour compromettre la position des troupes françaises , le combat de Santa Isabel était néanmoins un douloureux épisode qui coûtait à l'armée de vaillants soldats. Le maréchal rappela sévèrement qu'il interdisait d'une façon absolue tout mouvement en dehors des grandes lignes d'opérations, c'est-à-dire la ligne de Vera-Gruz à Guadalajara par Mexico, Queretaro, et Lagos, la ligne de Queretaro à Monterey, et celle de Lagos à Durango. A moins d'ordre précis, aucune troupe ne devait s'en éloigner de plus de quatre à cinq lieues ; les commandants des postes n'étaient pas autorisés à étendre leurs opérations au delà de cette distance. La poursuite des guérillas devait être laissée aux compagnies de partisans et aux troupes mexicaines ; c'était en effet le seul moyen d''empêcher les troupes françaises, dont l'effectif était restreint, et dont les vides ne seraient plus comblés, de se fondre dans des engagements de détail, toujours stériles au point de vue du résultat général. Le maréchal se voyait
LE MARÉCHAL BAZAINE. o73
obligé de réagir contre la tendance des commandants de détachement à rechercher sans nécessité des occasions de combats. La dissémination des troupes et l'initiative laissée aux chefs de colonnes ou de postes isolés, tout en augmentant la valeur personnelle des officiers, les disposaient parfois à s'affranchir des liens de la subordination, à se considérer comme des centres d'action, et à oublier que, dans l'ensemble des opérations dont le commandant en chef pouvait seul concevoir et diriger les combinaisons, ils ne devaient jouer qu'un rôle restreint et préalablement limité. Le maréchal déclara qu'il réprimerait énergiquement toute infraction à ses instructions, et qu'il n'hésiterait pas à faire traduire devant les conseils de guerre tout officier qui entreprendrait une opération en dehors des lignes stratégiques déterminées, ou qui ferait occuper des points qui n'auraient pas été spécialement désignés (^).
Cependant Escobedo, dont l'autorité paraissait s'étendre sur toutes les bandes éparses dans le Tamauhpas, avait ainsi plus de deux mille hommes, passablement armés et organisés; les guérillas, sans jamais se compromettre contre des forces supérieures, envahissaient les villes faiblement gardées. Escobedo lui-même entrait au Cedral, au Minerai de Catorce, dont la population faisait cause commune avec lui, et, le l^"" avril, il attaquait le poste français de Malehuala; une colonne de secours força l'ennemi à s'éloigner, mais deux jours après , Escobedo était devant Tula de Tamaulipas et bloquait la garnison française. Trois colonnes furent envoyées contre lui ; il leur échappa et rentra se reposer dans le réduit
(t) Circulaire du 7 mars 1866,— Le maréchal au ministre. 17 mir?.
iS6<ù.
in h if PARTIE. CHAPITRE V.
4866. qu'il s'était constitué au milieu des montagnes, entre la Soledad, Galeana, et Linares.
La garnison française de Tula ayant été remplacée par quatre cents hommes de troupes mexicaines, Aureliano Rivera revint attaquer la place ; l'officier mexicain l'abandonna sans attendre l'ennemi (7 mai). La perte de Tula eut pour résultat de couper de nouveau les communications, déjà si difficiles, entre San Luis et Tampico.
Conformément à des ordres reçus de France, et datés du 15 février, le maréchal avait prescrit au général Douay (^) de faire replier les troupes françaises engagées dans le Nuevo-Leon ; cependant, avant d'exécuter ce mouvement de retraite, elles devaient pénétrer dans les montagnes où les guérillas d'Escobedo avaient leur quartier général et s'efforcer de les détruire.
Le général Jeanningros venait de s'avancer sur la route de Matamores jusqu'à Charco-Escondido (12 avril), pour donner la main au général Mejia, lui conduire un renfort de six cents Mexicains, et échanger des convois de marchandises. Il était rentré à Monterey vers la fin du mois d'avril. Il reçut l'ordre de se* diriger de Monterey sur Montemorelos, pendant que le général Douay marcherait de Saltillo sur Galeana, et que la contre-guérilla, dont le colonel Dupin avait repris le commandement, fermerait les routes du côté de Soledad. Mais l'ennemi, ayant intercepté des dépèches, fut averti du mouvement des colonnes françaises et put leur échapper sur tous les points (mai). De fortes amendes furent frappées sur San Pedro Iturbide, Galeana, et l'hacienda de PotosiC^), dont les habitants sou-
(*) Dépêche du 28 mars, du 23 avril.
(') Trois mille piastres sur San Pedro, dix uiilie sur Galeana, mille sur Potosi.
tenaient les guérillas ; d'importants approvisionnements de 'isee. grains furent détruits; des caisses de munitions, cachées dans les environs de San Pedro, furent enlevées, et les troupes françaises se retirèrent. Cette expédition n'amena aucun résultat ; l'ennemi conserva sa grande ligne d'opérations depuis le Rio Grande, par Geralvo, Linares, Vittoria, Tula et Rio Verde, jusqu'aux limites de la Huasteca et de la Sierra Gorda, d'où il se tenait en rapport avec les libéraux des grandes villes de San Luis, de Guanajuato et de Queretaro. On disait même que plusieurs chefs importants, Negrete, Aureliano Rivera , Vicente Martinez, Jaureguy, avaient été vus à San Luis.
A la fin du mois de mai, Armenta essaya de pénétrer dans la Sierra Gorda. Il envahit Arroyo Seco (29 mai), et menaça Jalpan ; les habitants résistèrent, et, soutenus par des colonnes françaises envoyées de Queretaro, de San Luis de la Paz, et de Santa Maria del Rio, ils arrêtèrent les progrès de l'ennemi.
Dans la Huasteca, au contraire, et jusqu'à la côte du golfe, la marche des guérillas libérales fut favorisée par les pronunciamientos des populations à peine soumises à l'Empire et toujours frémissantes. Huejutla fut pris par les insurgés le 21 mai, repris le 12 juin par une colonne mobile de volontaires autrichiens commandée par le major Polak ; mais en arrière, Huauchinango était envahi, et le district des mines assez sérieusement menacé pour qu'il fût nécessaire de renforcer Tulancingo et Tula (de Mexico). Les colonnes expéditionnaires autrichiennes se replièrent partout (juillet).
■ Le port de Tuxpan ne dut son salut qu'à la prompte arrivée d'un renfort que la marine jeta dans la place (12 juillet).
<86ti. Les nouvelles instructions venues de France (^) pres-
crivant au maréchal de préparer le rapatriement du corps expéditionnaire, mettaient un terme au rôle actif de l'armée française au Mexique. Loin de chercher à comprimer l'insurrection, alors maîtresse de tout le nord du pays, le maréchal devait se borner maintenant, et pour des considérations exclusivement militaires, à en limiter le développement, afin de conserver libres les lignes par lesquelles s'écouleraient les colonnes d'évacuation.
Un événement de guerre des plus graves, à la suite duquel le général Mejia fut obligé d'abandonner Matamores, vint hâter le mouvement de retraite dans les provinces du Nord et en rendre les circonstances plus douloureuses. Le renfort de six cents hommes, que le général Mejia reçut au mois d'avril, lui avait permis de faire sortir avec succès quelques colonnes mobiles ; cependant des flibustiers américains, des nègres licenciés ou déserteurs ne cessaient de grossir les rangs des guérillas ennemies. Le général Mejia voulait faire passer un convoi de Matamoros à Monterey ; on lui avait recommandé d'agir avec prudence et d'attendre qu'un détachement de la garnison de Monterey pût aller à sa rencontre. Après l'expédition sur Galeana, on organisa donc, sous les ordres du lieutenant-colonel de Tucé, une colonne de deux mille hommes, composée de deux bataillons de la légion étrangère, de détachements belges et mexicains, de quelque cavalerie, et de six pièces d'artillerie ; cette colonne partit de Monterey le 8 juin. Les troupes marchaient
(I) Ces instructions, datées do 14 ami, étaient la conséquence du rapport du baron Saillard sur le résultat infructueux de sa mission au Mexique. Elles développaient les déclarations officielles insérées au Monileiir du 5 avril et communiquées le 6 avril au ministre de France aux Etats-Unis.
LE MARÉCHAL BAZALNE. o77
sur trois routes parallèles, la plus importante fraction sui- -fsee. vant le chemin de San Francisco à Geralvo. Elles eurent avec l'ennemi plusieurs engagements heureux; mais bientôt leurs communications ayant été complètement coupées, elles se trouvèrent sans nouvelles de Monterey et de Matamoros; le 17 juin seulement, on sut qu'Escobedo avait concentré ses troupes et qu'il s'était dirigé vers Camargo. Le colonel de Tucé, laissant à Geralvo, sous la protection du détachement belge, ses impedimenta et ses malades, dont le chiffre était fort élevé, se porta rapidement sur Mier, où il arriva le lendemain.
Le convoi, composé de deux cents voitures, était escorté par seize cents Mexicains, trois cents Autrichiens et deux canons, sous le commandement du général Olvera ; il avait été attaqué le lo juin près de Camargo par une force qu'on évaluait à cinq mille hommes, parmi lesquels douze à quinze cents Américains.
La chaleur était suffocante, les troupes souffraient beau- combat coup, douze soldats autrichiens avaient déjà succombé à (io'juinT866). des insolations. Le convoi fut entièrement enlevé après un sanglant combat i^) ; le général Olvera, avec cent cinquante cavaliers, put cependant rentrer à Matamoros. Le général Mejia, qui n'avait plus que trois cents hommes, rappela aussitôt à lui le poste de Bagdad, et se prépara, malgré sa position critique, à faire bonne contenance; mais l'issue de la lutte n'était pas douteuse, et les instances du commerce, demandant à ce qu'on n'exposât pas la ville à une prise de vive force, le décidèrent à accepter une
(•) D'après le rapport d'Escobedo, les pertes des libéraux furent de 15S tués et 78 blessés. Les troupes impériales perdirent 2ol Mexicains, 145 Autrichiens tués; 121 Mexicains, 43 Autrichiens blessés ; 858 Mexicains, 143 Autrichiens prisonniers. (Execttt. docum., 1866-67.)
'1866. capitulation. Il obtint des garanties pour les habitants, et
Capitulation put se retirer avec armes et bagages, ne perdant que son
de Malamoros -n • /rr» • \ -m- n i i ' ^ r»o • •
(23 juin). artillerie (4d pièces). Matamoros lut abandonne le z3 jum. Les débris des troupes du général Mejia, transportés à Vera-Gruz, se reformèrent à Paso del Macho. Juarez blâma les clauses de cette capitulation et ne voulut pas en reconnaître la validité.
La destruction de la colonne du général Olvera avait enlevé au colonel de Tucé tout moyen de faire passer son propre convoi à Matamoros. Il se hâta de rétrograder, car la proximité de la frontière américaine amenait des désertions nombreuses dans les bataillons de la légion étrangère (*). Le 28 juin, il rentrait à Monterey.
La chute de Matamoros remplit d'allégresse les ennemis de l'Empire et diminua d'autant la confiance de ses rares partisans. La garde rurale de Parras, jusqu'alors si fidèle et si dévouée, fit défection dans la nuit du 23 au 24 juin ; son chef, Gampos, fut obligé de fuir avec huit cavaliers seulement; l'ennemi prit aussitôt possession de la ville. Entre Monterey et San Luis, aucune communication n'était plus possible; ni diligence, ni courriers, ne pouvaient passer ; Pedro Martinez coupait les routes , cependant, le 29 juin, il était battu à Catorce; le 13 juillet, étant venu attaquer le poste d'Incarnacion avec six cents hommes, parmi lesquels une centaine de déserteurs, il en était repoussé après un combat de cinq heures ; mais ces échecs importaient peu à une troupe qui réparait immédiatement ses pertes. Le maréchal, obligé de rappeler les colonnes françaises engagées dans le Nord, ne voulait pas livrer à l'ennemi une ville aussi importante que Monterey ; il comptait y laisser
(1) Soixante-dix-neuf hommes désertèrent en quelques jours,
LE 3IARÉCHAL BAZALN'E. o79
le régiment belge et deux cents hommes de troupes mexi- -isee. caines de Quiroga. La nouvelle du départ de la garnison française jeta l'alarme dans la ville ; on ne pouvait, en effet, avoir aucune confiance dans les troupes belges et mexicaines. Les Mexicains ne recevant pas régulièrement leur solde, on s'attendait à les voir déserter d'un moment à l'autre (^), et le corps belge était menacé d'une désorganisation complète. Le colonel Van der Smissen déclarait lui-même qu'il ne comptait pas sur ses hommes. Les fatigues et les déboires de campagne avaient mécontenté officiers et soldats. Beaucoup d'officiers demandèrent à retourner en Europe, le temps pour lequel ils s'étaient engagés à servir au Mexique étant expiré ; ils ne supportaient pas la subordination hiérarchique vis-à-vis des officiers mexicains ; il était même difficile de les placer sous les ordres d'officiers français. Des bruits ayant été répandus sur un projet d'annexion de la Belgique à la France, leur susceptibilité s'en était accrue. Dans ces conditions, il n'était plus possible de conserver Monterey ; toutefois le maréchal donna l'ordre de surseoir à l'évacuation ; il transporta son quartier général à San Luis, afin de veiller de plus près aux embarras de la situation.
Quant à l'empereur Maximilien, il refusait toujours de se rendre à l'évidence et ne comprenait pas que le rôle de l'armée française était terminé ; il se montrait vivement ému des mouvements rétrogrades des troupes et des progrès incessants des libéraux.
Leur retour à Chihuahua lui avait été particulièrement
( ') Quiroja et Campos offrirent à Escobedo de se prononcer en faveur de Juarez , mais les chefs libéraux repoussèrent toute condition et exigèrent une soumission pure et simple. Quiroja et Campos restèrent alors fidèles à l'Empire. (Lettre de Quiroja à Viezca, 30 juillet d866 ; Execut. doann.. 1866-67.)
d80 II'' PARTIE. CHAPITRE V.
4866. sensible, et à ce sujet il avait écrit au maréchal Bazaine (0.
« Les nouvelles que je reçois de l'intérieur me démontrent l'impérieuse nécessité de renvoyer Juarez de Ghihuahua, et d'occuper cette ville définitivement, pour ôter aux Etats-Unis le seul prétexte plausible d'accréditer auprès de lui un ambassadeur, et l'occasion de présenter chaque jour de nouvelles exigences.
« Tl est évident qu'il entre autant dans les intérêts de votre glorieux souverain et de mon auguste allié l'empereur Napoléon, que dans les miens, de mettre un terme aux prétentions du cabinet de Washington, en renvoyant Juarez de sa dernière capitale ; il y va même de noire honneur.
« Je le répète, les nouvelles extérieures que je reçois font ressortir l'urgence de cette mesure, et, comme chef de mon armée, vous aurez la bonté d'aviser immédiatement à son exécution, et j'écris à l'empereur Napoléon, auquel je fais part de mes résolutions. »
Le ton de commandement de cette lettre contrastait singulièrement avec l'impuissance de l'Empereur, jusqu'alors tenu en tutelle aussi bien par le maréchal que par le gouvernement français. Le maréchal écrivit cependant au général de Gastagny à Durango,pour faire préparer une nouvelle expédition sur Ghihuahua ; en confirmant les mêmes ordres le 24 juin, il prévoyait le cas où l'on devrait pousser jusqu'à Paso del Norte, et témoignait en réalité du désir d'en finir avec Juarez, dont il croyait du reste l'influence ruinée ; mais le courrier arrivé d'Europe, le 28 juin, modifia ces dispositions ; contre-ordre fut envoyé par le télégraphe au général de Gastagny, et tout mouvement fut suspendu.
A la suite de la mission du baron Saillard, le maréchal Almonte avait été envoyé à Paris pour proposer un projet de modification du traité de Miramar. Les instructions du
U) Le mai'Hchal au ministre. 28 mai.
ministre de la guerre, datées du 31 mai, montraient combien ^^^e. cette démarche avait été mal accueillie ; en effet, à la même date, le gouvernement français adressait au gouvernement mexicain une note diplomatique dans le but de préciser la ligne de conduite qu'il se proposait de suivre à l'avenir.
L'expédition du Mexique, était-il dit, n'avait eu d'autre Note
,,.,,,. . du S-f mai.
motif que la nécessité d'obtenir par les armes certaines réparations auxquelles la France avait le droit de prétendre ; si plus tard elle s'était montrée favorable à la fondation de l'Empire et aux tentatives généreuses de l'empereur Maximilien, elle avait dû néanmoins se fixer à elle-même la limite dans laquelle il serait possible de lui venir en aide et « mesurer à l'importance des intérêts français engagés dans cette entreprise l'étendue du concours qu'il lui était permis de lui offrir v. C'est dans ce but que le traité de Miramar avait été signé. Le gouvernement mexicain n'en ayant pas rempli les conditions, la France était en droit de réclamer de nouvelles conventions. Le gouvernement français s'étonnait de voir que, malgré ses refus réitérés de prolonger le séjour de ses troupes au Mexique et de consentir de nouvelles avances d'argent, le gouvernement mexicain renouvelât ses demandes, et lui fît porter encore par le général Almonte des propositions de même nature ; « il se rendait difficilement compte de la persistance des illusions qui avaient présidé à la conception du projet qu'on lui présentait. » Loin de l'accepter, il demandait formellement au Mexique de nouvelles garanties financières et notamment une délégation de la moitié du produit des douanes maritimes. Dans le cas où cette proposition serait rejetée, il déclarait se considérer comme libre de tout engagement, et prescrirait au maréchal Bazaine « de procéder avec toute la diligence possible au rapatriement de l'armée
ë8â II' PARTIE. CHAPITRE V.
<866. en ne tenant compte que des convenances militaires et des considérations techniques dont il serait le seul juge. Le maréchal aurait en même temps à procurer aux intérêts français les sécurités auxquelles ils ont droit. »
On se plaignait ensuite, non sans quelque raison, devoir les réclamations anglaises réglées sans conteste (^), des créances douteuses et non exigibles (^) payées argent comptant, tandis qu'une résistance systématique des conseillers de l'empereur Maximilien se manifestait sur tout ce qui touchait aux intérêts de la France.
Dans ses dépêches au maréchal Bazaine, le ministre de la guerre (^) lui recommandait « d'appuyer de toute son influence » les demandes énoncées dans cette note ; il lui faisait connaître que « le gouvernement français persistait » dans les considérations qui avaient motivé les déclarations d'après lesquelles avaient été déterminées les époques successives du rappel des troupes, aussi bien que dans les résolutions prises pour exonérer le trésor français de toute dépense, en dehors de celles qui avaient pour objet l'entretien de l'armée française. Il désirait que la moitié du produit des douanes fût attribuée soit aux dépenses courantes de l'armée, soit à l'extinction des dettes que le gouvernement mexicain avait contractées vis-à-vis de la France » .
Le maréchal devait prévoir le cas « où les embarras de toute nature, qui entouraient le gouvernement mexicain, et, en première ligne, le déplorable état de ses finances, amè- , neraient de la part de l'empereur Maximilien des résolutions extrêmes», et il devait veiller à ce que l'évacuation du
(') Le marùchal, dans une lettre du 6 juillet au ministre, signale l'envoi disix cent mille piastres en Angleterre.
(*) Allusion aux paiements faits à Jecker, Voir à l'appendice. (3) Le ministre au maréchal, 31 mai.
Mexique par l'armée française, dans d'aussi graves circons- 4866. tances, ne portât pas atteinte à son prestige.
La rigueur des conditions posées dans la note du 31 mai, avait certainement pour but de déterminer l'empereur Maximilien à une abdication. Il ne paraissait plus possible qu'il fût en état de se maintenir sans la protection des troupes françaises, et celles-ci étant obligées de se retirer, le gouvernement français lui suggérait avec raison la pensée de quitter volontairement un trône dont il serait inévitablement précipité par la force des événements. L'empereur Maximilien pensa en effet à une abdication, car la note du 31 mai détruisait d'un seul coup toutes ses espérances; il n'avait jamais supposé que l'empereur Napoléon pût l'abandonner aussi complètement. Jusqu'alors, les menaces des Etats-Unis ne l'avaient pas inquiété. « Elles ne font pressentir rien de sérieux, disait-il; en irritant la fibre nationale en France, elles nous font plus de bien que de mal. Ils sont bien loin de vouloir faire la guerre ; ce sont des bravades et des tentatives habiles d'intimidation, qui ne me semblent devoir guère réussir vis-à-vis d'un pays tel que le vôtre, qui a foi dans sa force et dans sa position dans le monde, qui ne livrera pas son œuvre à la rapacité d'autrui(^). »
La note du 31 mai mit fin à ces rêves; le premier mouvement fut peut-être du désespoir, mais il dura peu. On lit dans un rapport confidentiel du 29 juin, adressé au ministre de la guerre quelques heures après l'arrivée à Mexico de la note 31 mai : «On a pu compter sur l'éventualité de l'abandon spontané de l'Empereur, ce qui ouvrirait un
(') L'empereur Maximilien disait du reste qu'une guerre entre la France et les Etats-Unis lui aurait souri.
Lettre de l'empereur Maximilien datée du 16 mars i866.
S84 n" PARTIE. -— CHAPITRE V.
<866. nouvel ordre d'idées ; mais je crois pouvoir dire à Votre Excellence que je connais bien Sa Majesté et qu'on doit calculer sur une obstination iiîvincible (*). »
« L'Empereur sera d'autant plus affermi dans sa détermination, qu'il comprendra tous les embarras que cette détermination peut causer au gouvernement français. Il est incontestable que l'on atoujours compté id(^)que la France, qui a fait la question mexicaine, se trouvait engagée à la soutenir jusqu'aux dernières limites ; si cet appui vient à manquer, il est à craindre qu'une violente réaction n'entraîne à un système d'hostilités indirectes, mais qui peuvent devenir très-compromettantes. »
Départ Depuis cfuclque temps, l'impératrice Charlotte s'était
de Timperatricc ... .
Charioue abstcnuo de toute immixtion directe ou indirecte dans la
pour 1 hurope.
politique, et s'occupait exclusivement du conseil de bienfaisance. Elle avait jusqu'alors fait preuve d'une si rare énergie, surtout vis-à-vis des ministres, qu'une aussi complète abstention était fort regrettable. Mais, lorsqu'elle vit quel abîme s'ouvrait devant son trône , elle reparut aussitôt en scène avec toute la virilité de ses résolutions. Il fut décidé qu'elle partirait immédiatement pour Paris, afin d'essayer si son influence n'amènerait pas l'empereur Napoléon à revenir sur ses déterminations. On avait eu d'abord l'intention de cacher le départ de l'Impératrice jusqu'au moment de son embarquement, mais il n'avait pas été possible de garder un secret absolu; ce projet transpira, et, pour mettre fin aux commentaires inquié-
^') En marge de l'original de cette lettre, au crayon, soit de la main du ministre, peut-être de celle de l'empereur Napoléon, on a écrit ces mots : tant mieux.
(*) En marge au crayon ; trop.
tants, le journal officiel du 7 juillet annonça « que l'Impé- <866. ratrice se rendait en Europe chargée d'une mission spéciale relative aux affaires du Mexique » .
Le ministre de France et le maréchal n'en avaient pas été informés ; le maréchal était alors à San Luis de la Paz ; un de ses officiers resté à Mexico l'ayant prévenu par le télégraphe, le 7 juillet, il envoya aussitôt, par dépêche chiffrée, l'ordre au commandant de l'escadre d'avertir le gouvernement français par la voie la plus rapide (^).
L'impératrice Charlotte quitta Mexico le 8 juillet C^).
Le lendemain seulement , l'Empereur reçut M. Dano , ministre de France, chargé de lui remettre officiellement la note diplomatique du 31 mai ; il avait de même prétexté une indisposition pour ne pas voir le maréchal qui, au moment de son départ de Mexico, avait sollicité une audience de congé (^).
L'impératrice Charlotte arriva le 10 août à Saint-Nazaire. La nouvelle de la bataille de Sadowa lui causa tout d'abord une vive et douloureuse impression.
Elle partit aussitôt pour Paris.
L'empereur Napoléon, alors assez souffrant, était à Saint- Cloud ; après avoir essayé d'éviter une entrevue pénible, il dut céder aux instances pressantes de l'impératrice Charlotte et consentir à la recevoir ; mais il resta iné-
(t) La dépèche chiffrée, partie de San Luis de la Paz le 7 juillet, fut portée au consul de France à New- York le 19 juillet, arriva à Vigo le 1" août, et à Paris le même jour.
(*) On n'avait pas d'argent pour le voyage de l'Impératrice ; l'Empereur disait . qu'il avait fallu donner un coup de balai dans la caisse centrale pour y ramasser les quelques piastres qui s'y trouvaient. » Le ministre des finances avait conseillé de vendre les bijoux de l'Impératrice.
(3) Le maréchal au ministre, 6 juillet.
^866. branlable dans ses refus (^). Le 29 août, l'Impératrice quitta Paris brisée de douleur, fit une visite à Bruxelles, séjourna quelques jours à Miramar, et vers la fin du mois de septembre, se rendit à Piome implorer le secours du Saint-Père. Elle n'avait pu résister à tant d'angoisses, et ce fut au Vatican qu'elle donna les premiers signes de la maladie mentale qui devait éteindre cette intelligence si remarquable.
L'impératrice Charlotte remit à l'empereur Napoléon le mémoire suivant (^) :
Mémoire
de l'empereur
Maximilien
à l'empereur
Napoléon.
« M. le ministre de France, à Mexico, a fait parvenir à l'empereur Maximilien la lettre de S. M. l'empereur Napoléon, et le mémoire qui y était joint.
<t La lecture attentive de ce mémoire n'a pas laissé que de surprendre douloureusement l'Empereur, non pour sa conclusion, mais pour la nature des motifs que l'on a cru devoir alléguer pour justifier cette conclusion.
« On lit tout d'abord dans le mémoire, que « la France a acquitté loyalement les charges qu'elle avait acceptées dans le traité de Miramar, »
« On ajoute « qu'elle n'a reçu que bien incomplètement du Mexique k'S compensations équivalentes qui lui étaient promises. »
« Il importe de fixer son attention sur ce point. Le traité de Miramar conférait l'autorité de commandant en chef de l'armée mexicaine au commandant du corps expéditionnaire, et l'investissait ainsi du pouvoir et, par conséquent, de l'obligation de pacifier le pays. La raison refuse d'admettre que le gouvernement de S. M. l'empereur ÎSapoléon, qui déclare encore aujourd'hui que son appui était acquis pour la fondation d'un gouvernement régulier et
(1) Dans une de ses visites, l'Impératrice lui aurait dit avec vivacité : Eh bien f nous abdiquerons. — Abdiquez I répondit froidement l'Empereur. L'Impératrice comprit alors que tout espoir était perdu.
<2) Le texte on est donne dans l'ouvrage intitule : L'Intervention française au Mexique. — In-8», Paris, Amyot, 1868. — L'auteur anonyme, M. Léonce Détroyat, lieutenant de vaisseau, avait été attaché au cabinet de l'empereur Maximilien et avait accompagné l'impératrice Charlotte dans son voyage.
fort au Mexique, la raison et l'équité refusent d'admettre, qu'il 4866.
crût qu'un gouvernement pouvait devenir régulier et fort au —
Mexique, c'est-à-dire acquitter ses charges réciproques, sans que la pacification fût effectuée. Sans la paix, en effet, il est bien clair qu'on ne peut espérer ni budget en équilibre, ni augmentation des ressources financières.
« Les fonds provenant des deux emprunts ont été engloutis en grande partie dans cette guerre civile, et il faut en imputer les conséquences au commandant en chef de l'armée franco-mexicaine qui, par son inaction d'une année, a fini, il faut le dire, par laisser les dissidents se rendre maîtres aujourd'hui de plus de la moitié du pays.
« Personne n'ignore qu'au Mexique les douanes maritimes sont l'élément le plus productif des recettes. Or, ces douanes sont ruinées, depuis un an, par suite de l'interruption des communications avec les marchés de l'intérieur, et ces communications sont occupées par les dissidents. En ce moment même, les douanes de Matamoros, Minatitlan, Tabasco, La Paz, Huatulco, sont aux mains des ennemis de l'Empire. Celles de Tampico, Tuxpan, Guaymas, Mazatlan, Acapulco, sont improductives, car ces ports sont étroitement bloqués par les juaristes, et les commerçants désespérés sont réduits à s'expatrier. Peut-on raisonnablement obtenir l'équilibre des recettes et des dépenses quand, à mesure que la guerre civile se prolonge, les ressources diminuent ? Le gouvernement, réduit à la seule douane de Vera-Cruz, peut-il faire face aux lourdes charges que lui assigne le traité de Miramar? Ce serait faire injure à l'esprit d'équité du gouvernement français et douter de sa bonne foi que de le supposer; car, sur un budget derecettesde dix-neuf millions de piastres <'), on sait que les douanes maritimes doivent fournir onze millions.
« Oui, sans doute, par la convention de Miramar, le Mexique s'est engagé à payer l'entretien du corps expéditionnaire, ses
<ï) Résumé des recettes nettes de l'empire mexicain pendant l'année 1865 :
DOUANES MARITIMES. Piastres.
Du golfe 7,632,005 73
Du Pacifique 2,988,786 61
DOUANES DE l'iNTÉRIEUR.
Droits sur la consommation ( alcabalas ) , papier timbré,
péages, diverses branches 6,941,960 24
Contributions directes 1,538,382 62
Total 19,101. i.3o 20
La douane de Vera-Cruz entre dans ce total pour la sommede 4,878,733 46
^866. frais de guerre et d'occupation, mais il n'entendait nullement •~ que cette occupation fût seulement du tiers ou de la moitié du
pays, et il ne pouvait pas prévoir que les seuls transports de guerre à la suite des colonnes qui ont quatorze fois occupé, puis évacué le Michoacan, cinq fois Monterey, deux fois Chihuahua, se monteraient à seize millions de francs ! Le gouvernement impérial mexicain ne pouvait pas prévoir, et il n'aurait pu admettre, qu'au bout de trois ans dune guerre ruineuse, le commandant en chef de l'armée franco-mexicaine, forte de cinquante mille hommes, n'aurait pas encore réduit à l'obéissance les riches provinces de Guerrero, de Tabasco, de Chiapas, oii pas un soldat français n'a paru. Il ne pouvait pas supposer surtout qu'après ces trois années de guerre, grâce à l'inaction du commandant en chef ou à ses dispositions, tous les vastes Etats du Nord seraient retombés sous le joug des jua-- Vistes. Il suffit de jeter un coup d'œil sur la carte pour se convaincre de cette déplorable situation militaire, et de l'injustice notoire qu'il y a à reprocher au gouvernement impérial mexicain de n'avoir pas suffi aux exigences du traité de Miramar. Le commandant en chef a privé ce gouvernement de ses ressources les plus indispensables, en n'achevant pas l'œuvre de la guerre. C'est un fait que nous devons constater, parce qu'il n'a pas dépendu de nous d'en supprimer les conséquences.
t Lors de la fin de la guerre civile aux Etats-Unis, l'empereur Maximilien pensa qu'il était de son devoir de rappeler sérieusement au commandant en chef, la nécessité de déployer la plus grande activité pour terminer la pacification. Le maréchal est resté sourd à toutes ces exhortations, et il a abandonné des provinces entières, pour retirer ses troupes qui restèrent pendant de longs mois dans une inaction fatale. Le 10 novembre 1865, l'Empereur lui écrivait : « Je reçois des nouvelles de Monterey qui me font con. naître les graves inconvénients qu'entraîne l'évacuation de cette place importante par les troupes françaises. En général, je crois qu'il faut éviter d'abandonner ces grandes villes du Nord qui, d'abord occupées, puis laissées à elle-mêmes, sont tombées de nouveau entre les mains dé nos ennemis; ces alternatives ont le grave danger de faire perdre confiance aux habitants, et de mettre sous les yeux de nos voisins des scènes fâcheuses qui peuvent tromper l'opinion aux Etats-Unis. Il me paraît d'autant plus nécessaire de faire réoccuper Monterey par les troupes françaises, que, de là, elles peuvent porter aide et secours au brave général Mejia, dont la position ne laisse pas d'être difficile à Matamoros. »
« Le 4 décembre de la même année, Sa Majesté insistait de nou-
LE MARÉCHAL BAZAINE. o89
veau sur cette question : - Je viens de recevoir, écrivait-elle, les 4866.
nouvelles les plus fâcheuses du Sinaloa et du département de Ma- ~
zatlan. Les populations de ces contrées ne peuvent se rendre compte du motif qui fait partir les troupes françaises avant que des corps mexicains, bien organisés, puissent les remplacer. Elles voient avec terreur Corona rentrer d'un seul coup en possession de tout le pays soumis ; leur confiance est donc profondément ébranlée, et cette fatale mesure nous fait perdre dans l'esprit public plus qa'une défaite éclatante, car elle semble indiquer que le gouvernement, lui-même, n'a pas foi dans l'avenir, r
« Dans une lettre, en date du 17 décembre i86o, l'Empereur signalait au maréchal l'urgence d'occuper le port de la Paz, capitale de la basse Californie, pour empêcher que cette importante Péninsule, qui ferme le golfe ou mer de Gortès, ne fût envahie par les flibustiers américains, et afin de l'enlever aux dissidents. Le commandant en chef écrivit aussitôt :
« Je m'empresse de répondre à la lettre que Votre Majesté m'a adressée, à la date de ce jour, au sujet de la contre-révolution qui vient d'éclater à la Paz, capitale de la basse Californie. Aussitôt que ces faits sont parvenus à ma connaissance, j'ai donné l'ordre à l'amiral Mazères, qui commande la division navale sur la côte du Pacifique, de prendre une compagnie française à Mazatlan et de se rendre à la Paz pour y rétablir l'ordre. i> La compagnie française n'a jamais paru à la Paz, et la basse Californie reste toujours au pouvoir des ennemis de l'Empire.
« Le maréchal a lui-même reconnu la vérité de ces faits, puisque, en janvier 1866, il a annoncé que l'inaction de ses troupes allait cesser et que « bientôt l'Empereur verrait que ce n'était pas « la question militaire qui devait le préoccuper le plus s . La réalité est venue malheureusement démontrer que cette promesse solennelle resterait à l'état de lettre morte.
« A différentes reprises, le commandant en chef a prétendu expUquer les résultats déplorables de son attitude, en se plaignant de quelques autorités infidèles. Ce reproche a trouvé un écho dans le mémoire. Cependant il sera facile de faire voir son peu de fondement. Le 2 décembre 1865, l'Empereur demandait au maréchal des notes sur tous les fonctionnaires mexicains; le G janvier 1866, ' il lui écrivait : » J'attends de vous, par le retour de ce courrier, les noms des autorités qui vous paraissent déloyales et qu'il faut révoquer, car je veux mettre à votre disposition tous les moyens qui sont en mon pouvoir. Je remplacerai ces autorités par celles qui auront votre confiance. Vous insistez sur le paiement régulier
?i90 11° PARTIE. — CHAPITRE V.
(866, des troupes; à ce sujet, il faut remarquer que mon gouvernement a
"~ fait tout ce qui était possible ; il a été jusqu'à laisser de côté les amé-
liorations les plus nécessaires dans les services civils, pour consacrer exclusivement toutes ses ressources à l'armée. C'est l'armée qui absorbe seule toutes les rentes de l'État, et il suffit de jeter un coup d'œil sur les comptes du ministère d'Hacienda pour s'en assurer. »
« Le 10 janvier, le commandant en chef désigna trois fonctionnaires et le ministère comme n'ayant pas sa confiance. L'Empereur lui fit part, deux jours après, de sa décision : « En attendant que le travail complet que vous me promettez me soit parvenu, disait Sa Majesté, je porte à votre connaissance que les trois personnes que vous citez ont été relevées de leur emploi. » Le 5 mars suivant, le ministère fut changé f
ï On a reproché également au gouvernement impérial mexicain de n'avoir pas marché exclusivement avec un certain parti et d'avoir tenté une œuvre de conciliation. Mais ignore-t-on que c'est là la politique conseillée au début par les généraux français euxmêmes? Le général Gastagny écrivait au maréchal, le 30 août 1864 : « Les populations de la frontière du Nord sont énergiques, laborieuses, industrielles et libérales. Elles accepteront l'Empire sans difficulté, pourvu qu'on ne froisse pas trop durement leurs convictions. » Le maréchal disait lui-même à Sa Majesté, dans une communication en date du 29 décembre 1864: «Les tendances cléricales du général Mejia et du général Lopez, et l'esprit généralement libéral de toute la population du Nuevo-Leon et du Tamaulipas réclament des fonctionnaires éclairés et qui puissent, par leur influence, contrebalancer, sinon dominer celle des commandants militaires susnommés. i> On voit donc que les conseils, ou les insinuations des chefs de l'armée française les plus autorisés par leur position, montrent que l'Empereur a eu, dans sa ligne de conduite politique, des complices en dehors de son entourage personnel, dont on lui a fait si souvent un reproche.
« Parmi les autres griefs que l'on s'est cru en droit d'adresser au gouvernement impérial mexicain, il en est un d'une nature plus grave. On a dit et on répète : Les finances du Mexique sont en désarroi; le système sur lequel elles sont basées est défectueux; les hauts fonctionnaires et les employés chargés de la gestion des intérêts du trésor sont incapables ou improbes. Loin de faire un effort •pour remédier au mal, l'Empereur a fermé l'oreille aux meilleurs conseils, et a systématiquement éloigné de lui les Français qui auraient pu lui prêter un concours utile.
« Voilà l'accusation.
LE MARÉCHAL BAZAINE. o9l
« Voici les faits :
d Si la situation financière est mauvaise, quand a-t-elle été bonne? Ce n'est certes pas lors de l'inauguration de l'Empire, car M. Budin, commissaire extraordinaire des finances, écrivait au nouveau souverain, h la date du 11 juin 1864: i Les ressources ont été, dès le début, fort restreintes, elles le sont encore. Les agents du gouvernement précédent emportent, en fuyant devant l'intervention, les archives et les rôles des bureaux financiers ; ils créent ainsi de sérieux embarras à l'administration installée par le général en chef. Les mêmes choses se passent d'ailleurs de la même manière dans l'intérieur ; avant de faire des recettes, les agents nouveaux sont obligés d'en créer les titres. »
« Avait-on du moins jeté les bases d'un plan financier qui pût développer les ressources ? Non; on avait vécu au jour le jour. En présence d'un pareil état de choses, la surprise de l'empereur Maximilien avait été extrême, et il s'en expliqua franchement à l'honorable M. Fould : « En arrivant au Mexique, lui écrivait-il, le 9 août 1864, j'ai cru que l'intervention française aurait tout préparé pour me mettre à même d'apprécier la véritable situation financière, et qu'il ne me resterait qu'à décréter les moyens d'y faire face et d'appliquer, avec la coopération intelligente des fonctionnaires de votre département mis h ma disposition, le système financier français modifié suivant les exigences du pays. Malheureusement, il n'en est pas ainsi. Tout est à faire. »
« Quelques semaines se passèrent en tâtonnements. Enfin, M. Gorta, député au Corps législatif, vint au Mexique. Sa droiture, son esprit de conciliation, sa profonde entente des affaires, persuadèrent à l'Empereur qu'il avait trouvé l'homme qu'il cherchait pour améliorer les finances du pays. Il écrivit donc à M. le duc de Morny, le 9 août 1864 : « M. Corta me donne en toute circonstance des preuves de ses hautes qualités administratives et financières. Il a su gagner les sympathies des Mexicains; sa coopération m'est donc nécessaire.
« J'aurais voulu lui confier immédiatement la direction ofticielle du ministère des finances; mais j'ai rencontré, chez cet honorable député, une résistance fondée sur la position qu'il occupe dans le parlement français. La solidarité qui existe entre nos deux gouvernements me fait penser que cette incompatibilité n'existe pas. LU mission confiée à M. Corta ne sera terminée que quand il pourra assurer h ses collègues que le pays off"re, avec les ressources nécessaires, des garanties d'une organisation financière capable d'en assurer la réalisation, »
4866. « Est-ce là le langage d'un homme qui s'aveugle de parti pris?
— Après la rentrée en France de l'honorable M. Corta, M. Bonnefons
vint prendre la direction de la mission financière française. L'Empereur lui offrit, comme à son prédécesseur, le portefeuille des finances. Si M. Bonnefons crut devoir en décliner l'acceptation, son refus est là du moins pour témoigner des loyales intentions de Sa Majesté. Nous le transcrivons : « Je suis profondément touché de la confiance que m'a témoignée Votre Majesté, sans me connaître. Mais je la supplie de me permettre de lui dire , avec une respectueuse déférence , que je ne puis, dans mon ignorance si complète des hommes et des choses de ce pays, accepter les offres si flatteuses qu'Elle a daigné me faire. »
ï L'Empereur ne se découragea pas, et, sur sa demande, M. le conseiller d'Etat Langlais se rendit au Mexique. Ses vues furent de suite les siennes, et, le 30 septembre 1865, un décret impérial investit M. Langlais d'attributions supérieures à celles des ministres, et presque dictatoriales. Toutes les dépenses furent soumises à son examen, et dès qu'il eut présenté son plan de réformes, il fut adopté sans 'aucune modification, et consacré par les lois et décrets insérés au journal officiel du 12 février 1866.
« Enfin, après l'irréparable perte de cet homme d'Etat éminent. Sa Majesté ne désespéra pas et demanda à Paris un successeur à M. Langlais. Cette demande est restée sans résultat.
« Tel est l'exposé succinct et vrai de la conduite tenue envers les agents financiers et les hommes d'Etat que la France a envoyés au Mexique. Nous ajouterons ici une réflexion.
« Ce n'est pas tout que d'avoir un bon financier dans ses conseils; il faut encore que des perturbations violentes ne viennent pas à chaque pas le contrecarrer et détruire ses combinaisons. Il ne faut pas surtout qu'une guerre, conduite mollement et qui traîne en longueur, vienne à chaque instant empêcher l'équilibre entre les recettes et les dépenses. Le 12 janvier 1866, l'Empereur disait au commandant en chef: « Quant aux besoins des troupes nationales qui se trouvent en partie dépourvues de vêtements et d'équipements, personne n'en souffre autant que moi, moralement et physiquement; malheureusement, cette guerre intérieure, par sa durée, absorbe tous les revenus de l'Etat à elle seule. Néanmoins, je suis résolu à faire tous les sacrifices pour coopérer à sa fin si impatiemment attendue par l'opinion publique du pays et de la France, et je viens de donner l'ordre d'acheter des armes et des vêlements dans la limite de nos ressources. »
a On impute au gouvernement inipéi-ial mexicain de n'avoir
point pressé l'organisation d'une armée nationale. Mais ignore-t-on "^*^^-
que le commandant en chef était chargé de la former et investi de tous les pouvoirs nécessaires? Enfin, lorsque son abstention fut évidente, l'Empereur lui écrivit, le o avril I860, qu'il confiait l'organisation d'une brigade modèle au général comte de Thun, et qu'en conséquence, il était nécessaire de réunir à Puebla les éléments et les cadres de cette troupe. Ils furent réunis en effet, mais ils n'avaient pas encore les premiers liens de leur formation, que le commandant en chef les dispersait dans trois directions différentes pour faire face aux éventualités de la guerre.
« Lorsque, plus tard, M. le ministre de la guerre de Sa Majesté l'empereur Napoléon insista auprès du commandant en chef, pour qu'il pourvût à une organisation des troupes du pays capable de protéger les intérêts français après le départ du corps expéditionnaire, le commandant en chef se détermina à entamer cette œuvre, et il en instruisit l'empereur Maximilien, qui lui donna, de nouveau, des pouvoirs illimités pour la conduire à bonne fin. La lettre suivante du maréchal, datée du 6 juin 1866, en est un témoignage irrécusable : « J'ai reçu, disait-il, la lettre que Votre Majesté m'a adressée le 3 de ce mois, et par laquelle elle daigne investir d'une autorité absolue, pour l'organisation des bataillons de cazadores de Mexico et la réorganisation de l'armée mexicaine, le général chef d'état-major général et l'iniendant en chef de l'armée. J'ai communiqué à M. le général Osmont et à M. l'intendant militaire Priant les intentions de Votre Majesté. J'aurai l'honneur de là tenir au courant des résultats ([ui seront progressivement obtenus. »
« Les officiers généraux désignés ci-dessus se mirent immédiatement à l'œuvre avec un zèle et une intelligence qu'on ne saurait trop louer. Les officiers et soldats de l'armée française répondirent à leur appel avec un empressement bien propre à justifier les espérances qu'on avait conçues de la formation de ces nouveaux corps. Déjà un certain nombi'C de bataillons de cazadores étaient armés, habillés et équipés, quand arriva la fatale nouvelle du retrait du subside que le maréchal et M. le ministre de France avaient accordé provisoirement comme absolument indispensable.
« Il ne faut donc pas se dissimuler que le maintien de ce subside, jusqu'à la fin de l'année 1867, est la seule garantie pour la constitution de cette armée mexicaine qui, de l'aveu de tous au Mexique, est la seule force capable de protéger les intérêts, aujourd'hui gravement menacés, des résidents étrangers, et que toute autre solution mettra en péril non-seulement les intérêts, mais
<866. encore leur existence intimement liée au salut de l'Empire mexi-
■"• cain. î
Ce mémoire n'est qu'un long réquisitoire contre le maréchal Bazaine ; l'empereur Maximilien le rendait responsable de tout. Si au point de vue spécial des intérêts de l'Empire mexicain, quelques-uns des reproches de mollesse, d'inaction, d'insouciance adressés au commandant en chef étaient justifiés, on doit cependant reconnaître que sa conduite militaire reçut toujours l'approbation du gouvernement français ; les lettres du ministre de la guerre en font foi, et il ne fut blâmé que pour avoir puisé dans les caisses de l'armée, afin de venir en aide au gouvernement mexicain. Les relations du maréchal avec l'empereur Maximilien n'avaient pas toujours été aussi tendues que le ferait supposer la lecture de ce document.
Naiurc D'une indécision de caractère qui amenait de conti-
des relations n x i- .• i i •• . i co
entre l'empereur nucUes coutradictions daus sa conduite et dans ses aiiecet irmaréch;ii tions , tantôt l'empercur Maximilien se laissait aller à des penchants naturellement bienveillants, et donnait au maréchal des preuves de sympathie; parfois., au contraire, il s'abandonnait à la méfiance que lui insinuaient quelques personnes de son entourage. Des observations critiques, souvent aussi d'imprudentes plaisanteries qu'il se permettait trop facilement, étaient entendues par des gens qui les colportaient au dehors; l'écho en revenait aux oreilles du maréchal, son amour-propre était froissé ; il en résultait de l'aigreur. Le mariage du maréchal, la naissance de son fils que les souverains avaient tenu sur les fonts baptismaux, furent l'occasion de rapprochements momentanés, puis les difficultés revinrent. Le maréchal blâmait les choix des hommes auxquels étaient
Bazaine.
LE MARÉCHAL BAZAINE. o95
confiées des fonctions publiques. En effet, l'empereur ^866. Maximilien, qui rêvait d'être un prince libéral, démocra- ""
tique même, avait toujours manifesté un singulier éloignement pour les monarchistes, les cléricaux, les cancrejos (écrevisses) comme l'Impératrice les appelait plaisamment. Il cherchait à attirer à lui les libéraux qui le servaient ma l ouïe trahissaient; les cléricaux faisaient de l'opposition. Les uns et les autres se rencontraient d'ailleurs pour attaquer le maréchal en toute occasion; celui-ci ne l'ignorait pas, et se tenait de plus en plus à l'écart. Lorsqu'il fut question du rappel de l'armée, les récriminations du gouvernement mexicain augmentèrent encore, dans le but, prétendait le maréchal, de discréditer le rôle des Français. L'Empereur aurait dit : « Nous les payons assez cher pour ce qu'ils font; » il se plaignait du peu de concours que lui prêtait l'armée française, son commandant en chef en 'particulier; il trouvait encore que la conduite arbitraire des officiers, commandants territoriaux, avait fait plus de mal que de bien à la pacification du pays (*). Il reprochait au maréchal d'avoir concentré ses troupes, au lieu de les employer d'une manière efficace contre les bandes libérales.
Le maréchal, de son côté, disait qu'on n'arrivait à rien, parce que « Maximilien était plus Mexicain que les Mexi-
co) La grande dissémination des troupes rendait difiScile la surveillance du commandement supérieur sur les chefs de poste et de colonne. Livrés à euxmêmes, maîtres à peu près absolus de leurs décisions, peu habitués à cette indépendance d'action et responsables cependant de la sécurité des troupes sous leurs ordres, quelques uns ont pu se laisser aller à des abus d'autorité, ou à des actes de sévérité qu'excusaient jusqu'cà un certain point les difficultés dont ils étaient entourés. Il en a été et il en sera toujours ainsi dans toutes les guerres. Néanmoins, partout où sont passées les troupes françaises, elles ont laissé des sympathies, et il n'est pas un des officiers du corps expéditionnaire du Mexique qui, de son côté, ne conserve un bon souvenir des relations personnelles qu'il a nouées au Mexique.
ism. cains, plus juariste que Jaarez, qu'aucun parti n'avait con- ~ fiance dans sa politique versatile, ni dans son caractère,
qui était celui d'un rêveur allemande. » Des plaintes contre le maréchal furent portées au gouvernement français : « Certain personnage, attaché à l'empereur Maximihen et qui se trouve dans ce moment à Paris, répand le bruit que vous êtes au plus mal avec l'Empereur, que vous ne vous présentez presque plus au palais etc.. Qu'est-ce qu'il y a de vrai dans tout cela » ? lui demandait le ministre de la guerre (^). Sous une forme toutefois très-bienveillante, et en lui annonçant que l'Empereur lui réserverait en France une haute position qui serait la digne récompense des services rendus, il autorisait le maréchal à partir avec la première colonne de rapatriement, ou môme plus tôt s'il le voulait, et lui envoyait une lettre de service pour remettre le commandement au général Douay dès qu'il le jugerait opportun. Le maréchal ne profita pas de cette autorisation qui pouvait bien être considérée comme une invitation à quitter immédiatement le Mexique ; certaines considérations de famille et d'intérêt le retenaient; puis, disait-il au ministre avec quelque raison, le général Douay était en expédition au nord de San Luis; il fallait mènera terme des organisations commencées ; un départ immédiat ne lui paraissait ni possible ni opportun. 11 était du reste, à cette époque , dans une phase de bons rapports avec l'Empereur (^).
(1) Le mariichal au ministre, 9 mars.
(») Le ministre au maréchal, l"^ avril 1860.
(S) Le maréchal au ministre, 28 mai.
« Mes relations avec l'empereur Maximilien sont toujours très-amicales de la part (le Sa Majesté ; de mon côté, je fais tout ce que je puis pour veni»- en aide à
son gouvernement L'Empereur veut éviter de paraître suhir l'influence étran-
î,'ôre, c'est pour cela qu'il évite la fréquence de nos entrevues , et puis, parce que son caracl'Te assez irrésolu dans les affaires le porte à réfléchir au moins
LC MARÉCHAL BAZALNE. ^97
Sans avoir toujours la même confiance en ravenir, Tem- iseo. pereur Maximilien avait repris quelque espoir depuis le départ de l'Impératrice ; il comptait beaucoup sur le résultat de ses démarches (^). A partir de cette époque, tous ?es actes paraissent inspirés par l'intention de faire retomber sur la France le poids de la situation; il déclara l'état de siège dans les départements de Tancitaro, de Tuxpan. de Tulancingo, et dans le district de Zacatlan ; il proposa même
'{uarantc-huit heures avant de prendre un parti ; les audiences ne sont que des (^onvTsations sans conclusions.
" Il arrive aussi que Sa Majesté' s'exprime très-légèrement sur tout le monde devant lîes indi\iilus enchanti's de prendre à la lettre les boutades de la bouche impe'riale ; ainsi Elle me disait dernièrement : « Mon cher maréchal, vous savez que nous sommes deux bons amis, quoi qu'il arrive, et si vous entendez dire des sornettes .sur mon compte, dites- le-moi comme je vous dirai celles qui sont débitées sur le vôtre, etc. »
« Je vais au palais aussi souvent que possible, quand l'Empereur est à Mexico; mais, ainsi que j'ai eu l'honneur de l'exprimer à Votre Excellence. Sa Mnjesté n'aime pas être surprise par des questions dont la solution est urgente et préfère toujours les traiter par écrit après mûre réflexion, et cette réflexion donne toujours une tout autre portée aux affaires résolues en principe dans une conversation.
"En résumé, je ne puis faire, sans manquer à mes devoirs envers
mon souverain, toutes les volontés de l'empereur Maximilien qui peuvent être contraires aux intérêts de notre pays et de l'armée qui m'est confiée, mais je ne me pose pas en pouvoir dominateur vis-à-vis de Sa Majesté pour laquelle j'ai dans toutes mes relations la plus grande déférence sans alxliquer la responsabilité qui m'incombe. » (Le maréchal au mini>lre, 9 avril.)
Le commandant Loysel, qui avait été chargé par l'empereur Maximilien de diriger son cabinet militaire, et rentrait à Mexico après avoir rempli en France une mission qu'il lui avait conflée, constatait également que les relations entre l'Empereur el le maréchal étaient aussi bonnes que possible. « Leurs Majestés vont tenir sur les fonts baptismaux l'enfant qui va naître ; le titre de duc a été offert au maréchal ; ce sont là des gages d'une entcn'e cordiale bien nécessaire. » (Lettre du 20 mai.)
Lui-même, avec le plus grand tact, faisait servir son influence personnelle au maintien de bons rapports entre le souverain et le maréchal ; il avait su loyalement concilier ses devoirs d'ofDcicr français avec les obligations que lui imposait sa position près de l'Empereur du Mexique.
(*) ': Dans doux mois, disait l'Empereur au moment du départ de l'Iuipéralrice, le maréchal pourrait bien être dans une position plus fâcheuse que moi. »
1866. au maréchal de l'étendre à tout l'Empire, afin de concentrer les pouvoirs dans les mains de l'autorité militaire française ('); le maréchal eut l'habileté de refuser.
« Pourquoi déclarer l'état de siège ? répondit-il ; l'état de guerre qui existe de fait donne au commandement militaire et aux cours martiales toutes les facultés dont ils peuvent avoir besoin, si les circonstances l'exigent; ii'est-il pas plus naturel d'agir que d'édicter? L'état de siège, en annihilant tous les éléments nationaux sur lesquels l'Empire pourrait compter encore, deviendrait la source d'un vif mécontentement qui s'étendrait de l'Empereur à la France elle-même, dont l'influence ne se ferait plus sentir que par des rigueurs (^) . »
Il n'y avait plus rien dans le trésor; l'Empereur accorda néanmoins la délégation de la moitié du produit de toutes les douanes maritimes, ainsi que la note du 31 mai le demandait. Peu lui importait ! La situation n'en serait que plus nette ; mais, en même temps, il soUicitait M. de Maintenant de prendre le portefeuille des finances ; sur son refus, il s'adressait à M. Priant, intendant en chef de l'armée, et l'amenait à y consentir. Puis il obtenait du général Osmont, chef d'état-major général, de devenir son ministre de la guerre (^). Il dissimulait avec le maréchal, lui écrivait des lettres fort gracieuses (*), ne lui laissait pas soupçonner quelles accusations graves l'Impératrice portait au même
(*) L'empereur Maximilien au maréchal, 2 août.
'') Le maréchal cà l'empereur Maximilien, Peotillos, 10 août.
(■') L'empereur Maximilien avait déjà un cabinet militaire qui, du consentement du maréchal, avait été organisé par le commandant Loysel, et était alors dirigé par le capitaine Picrron. Cette organisation finit par déplaire au maréchal. Cédant à un sentiment d'hostilité contre tous ceux qui entouraient l'Empereur, il se plaignait parfois injustement de l'influence de ce cabinet.
(*) Le maréchal au ministre. 6 juillet.
moment contre lui ; il lui annonçait un changement de «866. ministère et la formation d'un nouveau cabinet, où n'entreraient que des partisans de l'alliance française ; il lui laissait pleins pouvoirs pour changer, lorsqu'il le jugerait à propos, le personnel administratif dans les provinces qu'il parcourait. Enfin, il obtenait, presque par surprise, son acquiescement à l'entrée au ministère de MM. Osmont et Priant, avec la condition qu'ils continueraient à remplir leurs fonctions dans le corps expédionnaireO.
« Mon cher maréchal, écrivait l'Empereur, l'empereur Napoléon m'a écrit à différentes reprises qu'il mettuit à ma disposition les officiers et fonctionnaires français dont le concours me serait utile, c'est-à-dire utile à l'œuvre que nous avons entreprise en commun.
« Les circonstances actuelles m'ont paru nécessiter ce concours pour deux motifs; d'abord, pour mettre au grand jour ma constante résolution de marcher d'accord avec la France, et en second lieu, pour déposer dans vos mains de nouvelles garanties pour activer la pacification du pays.
R J'ai donc appelé M. le général Osmont k diriger le ministère de la guerre, M. l'intendant Priant à diriger celui des finances; ces deux officiers généraux m'ont demandé d'obtenir préalablement votre assentiment. Je le leur ai garanti sur la foi de la parole de l'empereur Napoléon, convaincu qu'en confiant la direction de ces services fondamentaux à des officiers généraux qui ont voire entière confiance, je ne pouvais que répondre à ses vues et étendre votre pouvoir. MM. Osmont et Priant resteront d'ailleurs, comme vous le désirez, à la tète de leurs services respectifs dans le corps expéditionnaire.
« Vous acquerrez ainsi de nouveau la certitude que vos combinaisons militaires auront tout l'ensemble possible, et que les ressources du pays seront consacrées, comme par le passé d'ailleurs, H l'entretien des troupes et aux frais de gutn-re.
<•) L'empereur Maximilien nu maréclial, 2o juilleU
I86ii. « Les membres des ministères actuels sortent, à 1' (exception de ~ M. Salazar-Ilaregui, dont le dévouement à l'alliance française ne fait l'objet d'un doute pour personne »
Le maréchal répondit « qu'il ne pouvait qu'obtempérer à ces désirs », tout en faisant observer que, les nouvelles fonctions confiées à MM. Osmont et Friant ne lui paraissant pas compatibles avec celles qu'ils occupaient dans l'armée française, on aurait à obtenir à ce sujet l'agrément de l'empereur Napoléon. Ainsi, au moment où la France voulait dégager son action au Mexique, l'intendant en chef et le chef d'état-major général du corps expéditionnaire devenaient, l'un, ministre des finances , l'autre, ministre de la guerre de l'Empire mexicain ; et, comme ils restaient, quant à leurs fonctions spéciales, subordonnés au maréchal, celui-ci allait être, s'il n'y prenait garde, conduit par une pente insensible à endosser la responsabilité entière d'une situation désespérée. L'empereur Maximilien pouvait s'effacer, peut-être disparaître tout à coup en allant s'embarquer sur un navire autrichien, et le commandant en chef du corps expéditionnaire se trouverait en face d'un gouvernement représenté par son propre chef d'élatmajor et l'intendant de son armée ; il était fort imprudent de s'^engager dans cette voie. Tandis qu'il écrivait la lettre approbative que nous venons de rapporter, le maréchal témoignait son mécontentement dans sa correspondance avec le ministre de la guerre ; c'était, disait-il, seulement dans un intérêt de conciliation et pour ne pas paraître malveillant à l'égard de l'empereur Maximilien, qu'il avait donné son consentement à MM. Osmont et Friant ; il s'était vu forcé de sanctionner une chose faite et décidée à son insu ; mais il était « très-froissé » de l'attitude prise à son égard
LE MARÉCHAL BAZALNE. 601
et de ce qu'il appelait « un pronunciamiento préparé en se- i^^e. cret » (').
Non-seulement l'empereur Napoléon n'autorisa pas ces officiers à rester au ministère mexicain, mais ils reçurent un blâme sévère qui fut inséré au Moniteur officM (^) ; d'ailleurs, avant que ce blâme fût connu au jMexique, le maréchal les avait déjà invités à résilier leurs fonctions de ministres.
<') Le maréchal au ministre, 4 août, 27 août.
M. Priant informait le ministre de la guerre, à Paris, de la position qu'il avait acceptée par la lettre suivante, datée du 29 juillet :
« L'empereur Maximilien m'a nommé son ministre des finances. En acceptant cette lourde tâche, je n'ai pas consulté mes forces, je n'ai consulté que mon dévouement pour notre grand Empereur. Mon point de départ est le vide le plus ahsolu dans les caisses publiques, des dettes énormes à payer, le désordre partout.
« Dominerons-nous la situation ? J'en ai l'espoir, je reste toujours intendant de l'armée et je n'ai accepté qu'à cette condition. J'ai l'iionneur de prier Vo'rc Excellence de me faire connaître si elle approuve. »
Le général Osmonl exposait avec plus de d^^tails les considérations par lesquelles il s'était décidé ; il avait eu en vue <- l'intérêt de la France, de l'œuvre entreprise par l'empereur Napoléon et n'avait pas hésité Au Mexique toute
force émanant du maréchal Bazaine, on ne pouvait rien faire sans lui. . . il n'était possible d'avoir une autorité réelle qu'en s'appuyant sur lui ; le maréchal étant le grand chef et l'organisateur de l'armée mexicaine, le ministre de 1 1 guerre avait à prendre sans cesse ses instructions; aussi ces fonctions, disait-il, n'étaient nullement incompatibles avec celles de chef d'rtat-major de l'armée françai.se qu'il voulait avant tout conserver.
« Le maréchal l'avait engagé à accepter et lui avait promis de le soutenir ; le ministre de France n'y avait pas fait opposition. » (Le général Osmont au ministre, 26 juillet.)
<2) Moniteur officiel du 14 septembre 1860.
L'entrée de M. le général Osmont et de M. l'intendant Friant au ministère mexicain produisit un fort mauvais effet aux Etats-Unis : « Le président croit nécessaire de faire connaître à l'Empereur des Français que la nomination à des fonctions administratives desdits officiers du corps expéditionnaire par le prince Maximilien, est de nature à porter atteinte aux bonnes relations entre les Etats- Unis et la France, parce que le congres et le peuple des Etats-Unis pourront voir dans ce fait un indice incompatible avec l'arrangement conclu pour le rappel du corps expéditionnaire français du Mexique. )> (M. Seward à M. de Montholon, 10 août 1866.)
i866. Le 30 juillet, quatre jours après l'entrée au ministère de
ConveniioD MM. Osmont et Priant, l'empereur Maximilien sisrna la
.lu 30 juillet ('). . , 1 ■ • T •
convention nouvelle clestmée à remplacer les stipulations financières du traité de Miramiir, et qui faisait l'objet de la note du 31 mai. D'après cette convention, le gouvernement français recevait une délégation de la moitié de toutes les receltes des douanes maritimes de TEmpire. Les droits sur les exportations par les ports du Pacifique étant déjà aliénés pour les trois quarts, la délégation sur ces douanes se trouvait réduite au quart disponible. Comme garantie, les douanes de Tampico et de Vera-Cruz seraient gérées par des agents du gouvernement français , et le produit entier, à l'exception des délégations déjà reconnues, devait être affecté au paiement de la dette française. Les situations des douanes des autres porfs seraient visées par le consul français.
Cette délégation servirait :
l'' Au paiement des intérêts et à l'amortissement des obligations des deux emprunts mexicains;
^^ Au paiement des intérêts à 3 7o de la somme de 216 millions, dette reconnue vis-à-vis de la France par le traité de Miramar, et des dettes contractées depuis par le gouvernement mexicain vis-à-vis le trésor français. Le chiffre total à fixer ultérieurement d'une façon précise était évalué approximativement à 250 millions.
Cette convention devait être mise en vigueur après sa ratification par l'empereur Napoléon, et à l'époque qu'il fixerait.
L'heure était passée où le gouvernement français cherchait à aider l'Empire mexicain et lui envoyait ses fonc-
") Voir à l'apiiiTHlico le lexlc de l;i convonlion.
tionnaires pour relever et organiser ses finances; il semble- 4866. rait, au contraire, qu'en prévision d'une chute prochaine, on se préoccupât seulement de diminuer le chiffre énorme des dépenses occasionnées à la France par l'expédition du Mexique.