‹ Expédition du Mexique, 1861-1867;Chapitre 29 sur 58 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

SOMMAIRE

Le mar-iclial Bazainc Iransporle son quarlier général à San Luis (juillet 1866). — Evacuation de Monterey (26 juillet). — Combat de la Noria de Custodio (8 août). — Mouvement de concentration sur Durango. — Capitulation de Tampico ( 7 août). — Mesures prises pendant le ministère de MM. Priant et Osmont. — Opérations dans le Michoacan et l'Etal d'Oajaca. — On arrête l'embarquement. — Mission du général Castelnau. — Projet d'abdication de l'empereur Maximilien ; il part pour Orizaba. — Disposition des Américains; mission Campbell et Sliennan. — Conférences d'Orizaba. — L"empereur Maximilieu se décide à rester au Mexique.

Alarmé par les événements des provinces du Nord-Est et Lemaréciud par l'importance que la capitulation de Matamoros venait uanspo'rte'^soii de donner aux progrès des troupes libérales, désireux '"^sTn uûT^ d'ailleurs d'échapper aux ennuis que lui causaient les réclamations et les plaintes du gouvernement mexicain, le maréchal Bazaine transporta son quartier général à San LuisPotosi, afin déjuger par lui-même de la gravité de la situation et se tenir à portée de prêter secours aux colonnes françaises engagées dans cette partie du pays. 11 se fit accompagner par une brigade mixte sous les ordres du colonel du Preuil, composée de deux escadrons de chasseurs d'Afrique, du 3* zouaves, et d'une batterie d'artillerie.

<866. Parti de Mexico le 2 juillet, il rejoignit cette colonne à San Luis de la Paz et arriva le 10 à San Luis. Les nouvelles qu'il reçut l'engagèrent à continuer son mouvement vers le nord ; il dépassa Matehuala, visita le Cedral, et, contournant le massif de Gatorce, il s'arrêta à l'hacienda de las Bocas, le 4 août.

Les guérillas d'Aureliano Rivera et d'Armenta se tenaient toujours dans la région de Tula et de Rio Verde, mettant à contribution les riches districts de Peotillos, de Guadalcazar, de San Isidro, etc. La route entre San Luis et Monterey -était complètement coupée ; pour porter une dépêche au général Douay,'il avait fallu envoyer un escadron entier.

Cette situation décida le maréchal à faire évacuer Monterey par les troupes françaises, projet arrêté depuis longtemps et ajourné seulement par suite de l'impossibilité d'y laisser des Belges ou des Mexicains. Les forces libérales, considéix\blement accrues, menaçaient sérieusement cette place ; sa garnison eût été exposée à subir un jour ou l'autre une capitulation désastreuse comme celle de Matamoros. Les Belges refusaient d'ailleurs d'y rester ; l'évacuation définitive fut donc résolue. De grandes plaines désertes, arides, s'étendent entre San Luis et Monterey; pendant une partie de l'année, le manque d'eau ne permet pas à une troupe d'y vivre; le maréchal se proposait d'abandonner tout le nord du Mexique et de reconstituer plus en arrière sur la ligne Durango, Matehuala, Tampico, une nouvelle frontière plus' facile à défendre.

Evacuniioi. Le coloncl Jeauniugros, commandant à Monterey, lit

'(26juiiiet7 sauter un bastion de la citadelle, enleva le matériel, et la dernière colonne française partit le 20 juillet ; aucun incident ne troubla l'évacuation. Le général Douay s'était porté

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en avant de Saltillo pour faciliter cette opération et empê- -is^Jcher l'ennemi d'insulter la retraite. De nombreuses familles abandonnèrent cette malheureuse ville, jadis florissante, maintenant ruinée ; cependant l'ennemi la réoccupa sans se porter aux excès qu'on redoutait ; Escobedo consentit même, moyennant un arrangement pécuniaire, à rendre au commerce la plus grande partie du convoi capturé à Camargo. Du reste, pour ramener la prospérité dans le pays, le rétabhssement des communications entre Matamores et Monterey devait être beaucoup plus efficace que la présence d'une garnison impérialiste.

Saltillo fut évacué le 5 août ; les colonnes se replièrent lentement jusqu'à Matehuala , l'ennemi les suivait à trop grande distance pour qu'il fût possible de l'atteindre par un retour offensif. Cependant, le 14 août, cinq cents cavaliers s'étant avancés jusqu'au Cedral, un petit détachement français sortit rapidement de Matehuala, les surprit pendant la nuit et leur tua une cinquantaine d'hommes.

Le maréchal, après avoir donné les ordres d'ensemble, revint à petites journées vers San Luis. Le 6 août, il était à l'hacienda de Peotillos ; la marche d'un corps ennemi ayant été signalée, de Rio Verde vers Paso San Antonio, il fit partir deux colonnes sous les ordres du colonel du Preuil, l'une composée de deux escadrons de chasseurs d'Afrique et de deux compagnies de zouaves montés, l'autre de cinq compagnies de zouaves et de deux pièces.

Le 8 août, à 9 heures du matin, après une marche de combat

delà

nuit, les chasseurs d'Afrique débouchèrent à l'improvists NmadeCustodio dans la plaine de Custodio, à quatre kilomètres de l'hacienda ; ils arrivèrent au galop dans les enclos sans laisser à l'ennemi le temps de se reconnaître, et sabrèrent tout ce qui se trouva devant eux. Cent quatre-vingt-cinq hommes

608 n^ PARTIE. CHAl'ITRE VI.

.i«66. furent tués, le reste s'enfuit en désordre en abandonnant deux cents chevaux.

Le colonel du Preuil étant revenu à Peotillos, le 11 août, le maréchal partit deux jours après pour rentrer à Mexico. Il prescrivit de faire occuper Matehuala par le régiment belge et de replier plus en arrière les troupes françaises. Cet ordre parvint au général Douay lorsque les Belges étaient déjà arrivés au Venado ; il voulut les faire rétroo-rader, mais dix-huit officiers et deux médecins refusèrent d'exécuter ce mouvement et quittèrent leur troupe. On fut donc obligé de laisser à Matehuala le bataillon d'infanterie légère d'Afrique et les contingents mexicains de Quiroga et de Campos qui, ne recevant plus de solde depuis longtemps, étaient entretenus à l'aide de contributions de guerre. Matehuala se trouva bientôt menacé par un corps de quatorze cents hommes qui formait l'avantgarde d'Escobedo.

Revenant encore à ses premières idées , le maréchal pensa en faire renforcer la garnison par le régiment belge ; mais le lieutenant-colonel Van der Smissen ne consentit pas à se mettre sous les ordres d'un chef de bataillon français ; le plus ancien capitaine, à qui le commandement fut offert, refusa de môme (') ; on pouvait craindre des complications graves, si l'on venait à introduire dans cette troupe des ofliciers français ; aussi, sur le désir exprimé par l'empereur Maximilien, le régiment belge fut renvoyé à Queretaro.

D'ailleurs, la désunion s'élant mise entre les libéraux, la position de Matehuala fut moins exposée. Cinq cents hommes s'étaient prononcés, disait-on, en faveur d'Ortega,

(I) Le g.hicral Douay au maréclial, 15 août.

les mouvements de l'ennemi perdirent de leur assu- 'I^gg, rance. Le général Douay resta au Venado, à portée de secourir Matehuala ; la légion étrangère, qui devait être réorganisée, continua son mouvement rétrograde jusqu'à Queretaro.

Le maréchal avait prévenu le général de Gastagny des , Mouvement

^ ^ ° "^ de concenlralioii

dispositions nouvelles du gouvernement français et de la sur Durango. nécessité de se préparer à une concentration immédiate, si l'empereur Maximilien refusait d'accepter les conditions qui devaient lui être posées, O'j progressive, si l'évacuation avait lieu à moins bref délai. Dans tous les cas, la ligne de Rio de Nazas devait être abandonnée. A la fin de juillet, les troupes, qui se trouvaient encore au nord de Durango, se replièrent donc sur cette place ; le général de Gastagny en partit lui-même le 5 août et transporta son quartier général à Léon. Il ne fut laissé à Durango qu'un bataillon (lu 7^ de ligne, un escadron, urxC section d'artillerie, et le bataillon de cazadores de Durango, sous les ordres du colonel Gottret (^).

Tandis que le général de Gastagny se repliait en échelonnant ses troupes à Zacatecas, à Aguascalientes et à Léon, le colonel Gottret faisait quelques sorties pour empêcher les libéraux de serrer Durango de trop près. Le 6 septembre, un corps ennemi fut surpris à Porfias et perdit quarantecinq tués et alitant de blessés.

Durango était bien armé, bien fortifié, et la garnison française pouvait s'y maintenir sans inquiétude; mais les bandes libérales occupaient tous les environs, Inde, El

(') Ce bataillon de cazadores était un des mieux organisés du Mexique , grâce au concours des habitants de cette grande ville, qui n'avaient jamais hésite à s'impose^ los sacriûces nécessaires pour solder et entretenir les troupes chargées de les protéger.

t866, Oro, San Juan del Rio, Cuencamé, Porfias, San Miguel et "* San Juan Mesquital, Nieves, Carrizal. Au même moment,

des incursions d'Indiens Apaches avaient lieu jusque dans la sierra voisine, et il fallut lancer les gardes rurales à leur poursuite. Vers la fin de septembre, les guérillas, dont les chefs avaient été en dissentiment, se réunirent de nouveau au nombre de 4 à 5,000 hommes, dans les environs de San Juan Mesquital, et tentèrent de couper les communications entre Durango et Fresnillo. Le colonel Cottret s'opposa à leur projet en se portant à Sombrerete ; puis il revint à Durango le 18 octobre, pour faire ses préparatifs de départ. Les troupes françaises quittèrent cette ville le 13 novembre ; trois jours après, la garnison mexicaine se repliait ésralement. Les libéraux en prirent possession, le 17, et lui imposèrent une contribution de guerre de deux cent mille piastres.

Le i26 août, le maréchal Bazaine était revenu à Mexico, où la gravité des circonstances rendait sa présence nécessaire. Les mouvements de retraite des troupes françaises augmentaient l'audace de l'ennemi ; chaque jour était marqué par la perte d'une ville , et l'empereur Maximilien ne dissimulait pas son irritation.

caviiuiaiion Tampico Venait également de capituler. Depuis la prise

.le Tampico ^ ^ ,, » T- t.-

(7aoûi). de Tula de Tamaulipas par les troupes d Aureliano Rivera (7 juin 1866), la garnison de Tampico avait été bloquée du côté de la terre. Toutes les routes de l'intérieur étant coupées, on avait dû se borner à la défense de l'enceinte et à l'occupation de quelques postes avancés. L'insurrection de la Huasteca, des soulèvements qui éclatèrent à Ozuluoma et à Tantima, la destruction de Panuco (2 juillet) ache-

vèrent de l'isoler complètement. La garnison se composait \sm. d'une compagnie de contre-guérilla de deux cents hommes, commandée par le capitaine Langlois, et de cinq cents Mexicains. Le l*^"" août, la place fut attaquée par 2,500 hommes, sous les ordres du général Pavon ; presque aussitôt les Mexicains, qui gardaient le fort Iturbide , tirent défection ; le fort fut livré, la ville envahie, et dix hommes de la contre-guérilla furent tués. Les désertions continuèrent dans les troupes auxiUaires ; le 4 août, il ne restait que cent vingt Mexicains fidèles, enfermés avec la contreguérilla dans le fort de Gasamata et dans la caserne de rOctavo ; les défenseurs repoussèrent les sommations de l'ennemi. Le 7 août, ils furent secourus par deux canonnières de l'escadre française ; mais, s'étant rendu compte de la position désespérée de la garnison, qui manquait de vivres et de munitions, impuissant à lui porter un secours efficace, l'officier, commandant les canonnières, donna l'ordre à M. Langlois d'accepter la capitulation, que le général Pavon offrait aussi honorable que possible. La garnison sortit Ubrement avec armes et bagages, deux obusiers de 12, et reçut les honneurs militaires de la troupe ennemie. Le général Pavon montra une grande courtoisie dans cette négociation et ménagea la ville. Le consul de France put rester sans être inquiété, et le commerce n'eut qu'à se féliciter de cette solution qui, en rouvrant les communications avec l'intérieur, lui offrait la perspective de gros bénéfices. Seul, le préfet politique de Tampico avait été victime d'une vengeance particulière, et pendu, sans que le général Pavon en eût connaissance, avant la capitulation du fort Gasamata. Les pertes de la contre-guérilla s'élevaient à treize tués et six blessés.

La prise de Tampico eut un retentissement plus fâcheux

4866. encore que celle de Malamoros. L'empereur Maximiîien voulait que le maréchal reprît immédiatement la ville. Dans son mécontentement, il regardait ce nouveau malheur comme la conséquence des mesures de concentration ordonnées dans le Nord ; il en écrivit très-durement au maréchal.

Chapultepcc, 4 août 1868.

« Mon cher maréchal, la prise de la ville de Tampico par les dissidents, révacuation de Monterey par vos ordres, m'apprennent que les résultats de votre campagne dans le Nord auront pour mon pays les plus graves conséquences.

« Je désire donc, h titre de souverain, être instruit du plan que vous vous proposez de suivre dans vos opérations, afin que je tente de sauver, s'il est possible, les adhérents à l'Empire dans les provinces non pacifiées que vous voulez abandonner; mon honneur exige que je n'oublie pas ce soin.

« Sans la connaissance de la ligne de conduite que vous avez adoptée, je suis, comme vous le comprendrez aisément, dans l'impossibilité de prévenir au moins les malheureux fonctionnaires qui se sont sacrifiés pour notre cause.

« Pvecevez les assurances de ma bienveillance.

« Maximilien. »

Le maréchal répondit de Peotillos le 12 août :

« En associant le fait de la prise de Tampico par les dissidents à l'évacuation de Monterey par mes ordres. Votre Majesté semble vouloir m'imputer la responsabilité de ces deux faits. Je croyais avoir suffisamment exposé à Votre Majesté, par mes deux lettres du 11 et du 20 juillet, la situation du Nuevo-Leon et du Goahuila, pour que la nécessité de l'évacuation de Monterey après la destruction des troupes du général Mejia et la capitulation de Matamoros, dans les conditions morales où se trouvait la légion belge, fût reconnue, non-seulement au point de vue politique, mais surtout au point de vue militaire

« Quant à la prise de Tampico par les dissidents, j'aurai l'hon- 1866. neur de rappeler respectueusement à l'Empereur, qu'avant d'en- — treprendre ce qu'il veut bien appeler ma campagne dans le Nord, au moment oii les débris des troupes du général Mejia arrivaient à Vera-Gruz, j'ai demandé l'envoi à Tampico de M. le général Olvera avec ce qui restait de sa brigade. Les instances du général Mejia auront vraisemblablement fait modifier la première décision de Votre Majesté qui était favorable au mouvement projeté, car la brigade Olvera ne s'est point rendue à Tampico Le général Mejia

se plaignait que ses soldats fussent exposés au danger de la fièvre jaune à Tampico. Un faible détachement de la contre-guérilla, le seul dont je pusse disposer, fut alors embarqué à Vera-Gruz sans compter avec les rigueurs du climat, qui nous a coûté un bataillon l'année dernière.

Votre Majesté m'exprime le désir d'être instruit du plan que je me propose de suivre dans mes opérations; si Votre Majesté eût daigné me recevoir lorsque, la veille de mon départ de Mexico, je sollicitai l'honneur de prendre congé d'EUe, je lui eusse exposé mes projets, qui consistaient simplement à reconnaître de mes propres yeux l'effet produit dans le nord de l'Empire par les événements de Matamores, à m'assurer de l'exactitude des rapports qui m'étaient adressés sur le peu de confiance que Ton devait avoir dans les principaux fonctionnaires, et sur l'esprit généralement hostile des populations de ces contrées.

« C'est après avoir constaté toutes ces vérités, etbeaucoup d'autres encore, que, m'appuyant sur les rapports des généraux Douay et Jeanningros, j'ai reconnu l'impossibilité de conserver pour le moment des points avancés qui ne pouvaient être qu'une source de dangers et de dépenses continuelles.

J'ai pris, en en rendant compte à Votre Majesté, le parti que je persiste à croire sage, d'ordonner l'évacuation de Monterey et de Saltillo, afin d'établir en arrière une ligne forte, facile à garder, et séparée de la première par un véritable désert où, alliés comme ennemis, ne peuvent compter sur aucune ressource. Mon opinion était, et est encore, qu'il est préférable de développer son influence dans l'intérieur en concentrant ses moyens d'action dans une zone déterminée, que de s'user aux extrémités soumises aux influences de la frontière.

« Votre Majesté provoque des explications, je les lui donnerai sincères.

« L'abandon absolu dans lequel les anciens ministres de l'Empire ont laissé le général Mejia h Matamoros a détermine la capitu-

4866. latioii de cette place; la triste situation qui est faite au général — Monténégro à Acapulco, malgré mes nombreuses réclamations,malgré les promesses toujours faites et jamais tenues, entraînera, je n'en cloute pas, un jour ou l'autre ou la défection de cette troupe qui a donné des preuves réelles d'abnégation et de dévouement ou la capitulation de la place »

Le maréchal prévenait ensuite l'Empereur qu'il serait forcé de retirer prochainement les garnisons françaises de Guaymas et de Mazatlan.

En France, la perte de Tampico parut particulièrement regrettable, parce que, d'après la convention du 30 juillet, les douanes de ce port devaient servir de garantie aux créances françaises. L'ordre fut donné au maréchal de faire tout son possible pour réoccuper la ville , mais il fallait opérer un débarquement de vive force en présence de troupes plus solides que celles auxquelles on avait eu affaire précédemment, et dans cette saison le passage de la barre et les tempêtes du Norte rendaient une pareille opération très-dangereuse. Le maréchal pensait avec raison que les résultats de cette réoccupation seraient peu importants; l'ennemi bloquerait îa ville; le commerce serait suspendu et le revenu des douanes nul. Enfin ce projet d'expédition, retardé de jour en jour, finit par être abandonné en présence des graves complications au milieu desquelles l'armée française exécutait sa retraite.

La capitulation de Tuxpan suivit de près celle de Tampico. Le 20 septembre, la garnison en fut ramenée à Vera- Cruz par un bâtiment de la marine française.

Des bandes libérales avaient paru dans la vallée de Mexico et enlevé des courriers; à Mexico même, on découvrit des menées secrètes contre l'Empire ; des arrestations furent faites, et dix-huit personnes déportées au

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Yucatan (16 juillet;; l'archevêque était compromis; on si- ■«seii, gnalait de nombreuses désertions dans les troupes. Les partisans de Santa Anna se remuaient toujours beaucoup ; ils paraissaient au mieux avec les Américains. Des bâtiments de guerre venaient sans cesse à Saint-Thomas, dont les Etats-Unis voulaient faire l'acquisition ; M. Seward luimême s'était rendu dans l'île ; il avait vu l'ancien dictateur, et la visite de ce dernier à bord de la frégate américaine avait été saluée de vingt et un coups de canon ('). L'empereur Maximilien finit par mettre sous séquestre les biens de Santa Anna C^).

Dans l'Etat de Guanajuato, jusqu'alors si paisible, un pronunciamiento avait eu lieu ; le général Antilion, ancien lieutenant de Doblado, y organisait des guérillas. Dans l'extrême Ouest, Lozada, que le gouvernement mexicain avait toujours traité avec quelque dédain, paraissait complètement désaffectionné et prêt à abandonner l'Empire. L'organisation de l'armée mexicaine ne marchait pas ; les expédients employés par le ministre des finances permettaient à peine de vivre au jour le jour, et les caisses publiques restaient vides. Sans argent, on ne pouvait avoir de soldats ; sans soldats, il était impossible de faire rentrer les impôts; on ne sortait pas de ce cercle vicieux. Beaucoup de fonctionnaires, en prévision de la chute de l'Empire, cherchaient à ménager leur position à l'égard des libéraux ; chacun prenait ses précautions. L'Empereur était seul à espérer un résultat favorable du voyage de l'impératrice Charlotte.

M. l'intendant Priant, le nouveau ministre des finances,

(1) Le maréchal au ministre, 9 mai.

(2) Décret dn iii juillet.

'866. s'était mis à l'œuvre; il avait cherché à rétablir l'ordre et Mesures à simplifier les rouages administratifs de façon à faire arri-'

prises pendant • i i • i i-

le ministère vcr, lusQue dans Ics caisscs centrales, les revenus publics,

de MM. Priant '' ^ ' • r.

et osmont. trop souvent absorbés avant d'avoir pu y parvenir. Pour réussir, il demandait parfois aux fonctionnaires de l'intendance une collaboration à laquelle les services financiers de l'Empire eussent certainement beaucoup gagné; mais l'administration de l'armée française allait ainsi se superposera l'administration mexicaine, et le maréchal s'y opposait. A défaut de fonctionnaires militaires, et au grand déplaisir du maréchal, M. Priant employa des Français venus au Mexique pour chercher fortune ; le maréchal se plaignait de voir «. tant de noms français dans l'administration mexicaine». Toutefois, pour remplir le trésor, l'ordre seul ne suffisait pas, il fallait créer des revenus; M. Priant s'efforça de faire rentrer quelques anciennes créances oubHées ; puis il proposa d'établir un impôt de 15 p. ^/o sur les prix d'achat de toutes les anciennes propriétés ecclésiastiques, qu'elles eussent été ou non régulièrement adjugées. Cette mesure, contraire aux promesses faites par le maréchal Forey, renouvelées par l'Empereur, et qui assimilait les propriétés légalement acquises à celles frauduleusement possédées, souleva un grand mécontentement, surtout chez les résidents étrangers entre les mains desquels se trouvaient une grande partie de ces biens. Les représentants des puissances étrangères s'en émurent. Des protestations furent adressées au ministre de France et au maréchal, et l'impôt ne put jamais être perçu.

Désireux d'accroître les ressources du trésor, M. l'intendant Priant chercha d'autre part à en diminuer les charges ; il se vit bientôt alors en présence des intérêts français. Il trouvait injuste de faire payer sur les finances mexicaines

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des sommes réclamées par le payeur en chef de l'armée pour dépenses relatives aux bataillons de cazadores et pour le transport des dépêches de l'armée française ; il lui fut dès ce moment très-difficile de concilier ses fonctions d'intendant en chef avec celles de ministre du gouvernement mexicain. En outre, comme il émettait des traites sur les douanes de Vera-Cruz , hypothéquées en faveur de la France par la convention du 30 juillet, il provoqua des réclamations de M. de Maintenant, inspecteur général des finances, chef des services financiers français O.

Il avait été également impossible au général Osmont, d'obtenir quelque résultat important au sujet de la réorganisation militaire. Le maréchal se montrait mal disposé à son égard. Ses attributions complexes comme chef d'étatmajor et ministre de la guerre mexicain étaient difficiles à distinguer ; aussi lui était-il arrivé de donner des ordres à des officiers français au sujet d'affaires purement mexicaines. Le maréchal, en étant informé, prescrivit aux officiers de ne pas s'y conformer, et de « renvoyer, sans en accuser réception, toute dépêche émanée du ministère de la guerre mexicain, quelle que fût la signature placée au bas C^) » .

Ces tracasseries de détail, dont les conséquences pouvaient devenir graves, ne permettaient pas aux officiers français de conserver des fonctions dans le gouvernement mexicain. D'ailleurs l'empereur Maximilien, après avoir cherché en vain ses appuis, d'abord auprès du parti libéral, ensuite près du parti de l'alliance française, se jetait maintenant dans les bras du parti clérical, qu'il avait jusqu'alors

(*) M. de Maintenant à M. l'intendant Friant, 9 septembre. ^2) Le maréchal au général Douay, 6 septembre 186G.

■iSGc. tenu éloigné des affaires. Le 14 septembre, il forma un nouveau cabinet sous la présidence de M. Lares, ami et agent de l'archevêque de Mexico. A la suite de cette importante modification politique, une grande manifestation eut lieu; deux cents personnes notables se rendirent au palais de Chapultepec pour remercier l'Empereur et lui donner r'a>^surance d'un concours dévoué O. Vers cette époque, l'abbé Fischer, envoyé en mission à Rome, revenait avec les bases d'un concordat, et l'on espérait régler la question des biens ecclésiastiques moyennant un paiement de 10 pour cent de leur valeur au clergé dépossédé (•-).

Comme pour indiquer nettement le programme qu'il se proposait de suivre, la première mesure du nouveau cabinet, mesure de détail, mais significative, fut d'enlever l'administration des cimetières aux ayuntamientos et de la remettre aux mains du clergé.

Le maréchal Bazaine donna l'ordre aux deux ministres français d'opter d'une manière définitive entre leurs portefeuilles ou leurs emplois dans le corps expéditionnaire ; malgré les instances très-vives de l'Empereur et de l'archevêque de Mexico, le maréchal ayant maintenu cette décision, ils donnèrent leur démission de ministre (^).

Il était douteux que l'appui des conservateurs cléricaux pût relever la situation désespérée de l'Empire. Le prestige

(1) Rapport au ministre, 20 septembre.

(2) Le maréch il au ministre, 27 septembre.

<5) « Je le regrette, écrivait M. l'intendant Priant au ministre de la guerre, à Paris, car nous no pouvons plus espérer le remboursement, qui était ma principale préoccupation, des sommes dues à votre ministère.

« J'étais d'autant plus fondé à avoir celte espérance que, sans subvention, seulement avec l'impùl dos contributions indirectes et dans les deux mois les plus mauvais de l'année, j'avais pourvu jus(|u':i ce jour ;'i tous les besoins do l'État. » — M. l'intendant Priant au ministre de la guerre, 15 septembre.

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personnel de l'Empereur paraissait même perdu; beaucoup ism d'hommes influents du parti fédéraliste , ralliés momentanément, restaient encore inactifs; mais ils déclaraient hautement qu'aussitôt l'armée française partie, ils soulèveraient le pays. L'effectif des troupes impériales mexicaines diminuait chaque jour, tandis que les bandes libérales, partout en mouvement, formaient depuis les terres chaudes de Vera-Cruz par la Huasteca, le Tamaulipas, la Laguna, et la Sierra Morones au nord ; par l'Etat d'Oajaca, le Guerrero, et le Michoacan au sud, un cercle de fer qui se rétrécissait chaque jour et au centre duquel l'Empire devait inévitablement périr étouffé.

Les troupes françaises gardaient, la plupart du temps, un rôle passif et se bornaient à faire respecter les positions qu'elles conservaient encore ; cependant, au commencement de l'année 1866, avant l'arrivée des instructions qui ordonnaient le rapatriement du corps expéditionnaire, elles avaient entrepris quelques expéditions dans le Tamaulipas. II en avait été de même au sud de la province de Michoacan, où les chefs libéraux étaient non moins entreprenants.

Le combat de Santa Ana Amatlan (12 octobre 1805), à Opérations la suite duquel les généraux républicains Arteaga et Salazar le Michoacan furent passés par les armes, n'avait été qu'un épisode de rRtat d'Oajaca. l'interminable campagne qui se poursiùvait dans cette province. Très-peu de temps après. Régules, à la tête de plusieurs milliers d'hommes, était entré dans les districts d'Acambaro et de Maravatio, et s'était avancé jusqu'à Temascaltepec, au sud de Toluca ("26 décembre 1865), pour se mettre en relations avec Porfirio Diaz, qui opérait dans l'État d'Oajaca. Il revint ensuite dans le Michoacan et fit une pointe vers la Piedad .

<866, Le général Aymard se trouvait à cetle époque du côté

de Léon avec le ^[^ de ligne; il envoya aussitôt quatre compagnies garder les passages du Rio de Lerma à la Piedad, et le général Mendez (^), s'étant mis à la poursuite de l'ennemi, l'atteignit le 21 janvier 1866, à Tacambaro, et le 28 , à la Palma. Il livra un sanglant combat à un corps de 2,500 hommes et lui fit sept cents prisonniers. Le 20 février, il rencontrait de nouveau, près d'Uruapan, l'ennemi fort de trois mille hommes et l'attaquait avec un millier de fantassins et cinq cents cavahers. Il eut cent cinquante hommes hors de combat ; les libéraux perdirent (suivant le rapport de Mendezj trois cents prisonniers et deux cents morts ; ils se retirèrent en bon ordre sur Reyes et sur Tacambaro, après avoir laissé une garnison dans Uruapan. Régules marcha de nouveau sur la Piedad, et passa le Rio de Lerma au gué de la Concepcion (11 mars); à l'approche d'une colonne française, sous les ordres du général Aymard, il rétrograda rapidement; néanmoins, dans la nuit du 17 au 18 mars, il se laissa surprendre à Tenguecho près de Zamora. Le général Aymard, avec cinq compagnies et un escadron, ayant pu dissimuler son mouvement, tomba sur le campement ennemi, enleva neuf cents chevaux, huit cents armes, trois drapeaux. Les libéraux s'enfuirent dans toutes les directions ; ils perdirent vingt-sept prisonniers et vingtsix morts. La colonne française eut seulement deux hommes blessés. Le général Aymard, après avoir ramené ses prises à Zamora, marcha sur Uruapan, où il entra sans coup férir ; il y laissa provisoirement une garnison française, puis revint à petites journées sur la Piedad et sur Lagos.

(•) Le colonel Mcndca avait clé noniiné général à la suite du combat de Sanlu Ana Amatlan.

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Régules, complètement désorganisé, s'enfonça dans le isec. Sud pour s'y refaire ; le maréchal prescrivit au général Mendez de continuer la poursuite à outrance ; il le fit soutenir par une colonne, sous les ordres du général Clinchant, qui se porta de Queretaro à Patzcuaro, et par le bataillon de tirailleurs algériens qui fut envoyé de Mexico sur Zitacuaro et Tusantlan. En même temps, des troupes mexicaines devaient garderMes routes de l'Etat de Jalisco, vers Zamora, los Reyes, Tancitaro, Goalcoman, tandis que, dans le Guerrero, une autre colonne s'avancerait de ïeloloapan sur Huetamo.

Le général Mendez, parti de Morelia le 8 avril, se porta sur San Pedro Jorullo, où se trouvait Régules avec deux cents officiers et quatre cents hommes. Régules se replia sur Huetamo, mais Mendez craignit de le suivre sur sa route de retraite, en traversant cinquante lieues d'un pays sans ressources. Il remonta vers Ario, prit la route de Tacambaro, et, le 25 avril, il entrait sans résistance à Huetamo. Régules avait déjà passé le Rio de las Ralzas et disséminé ses forces. Mendez n'avait plus qu'à rétrograder, et les colonnes françaises se replièrent également (*).

Les mois de mai et de juin se passèrent en marches et contre-marches ; enfin, la saison des pluies fit rentrer la plupart des guérillas chez eux. Régules seul était infatigable ; dès le 27 mai, on le retrouve à Zitacuaro, il on chasse la garnison mexicaine qui avait remplacé les tirailleurs algériens, et rase cette malheureuse bourgade dont le sort était d'être sans cesse prise, reprise, et brùîée par les uns et les autres. Il marclie ensuite sur Toluca ; son avant-garde s'avance jusqu'à Ixtlahuaca (lo juillet), et ne

'•) Le maréchal au ministro. 2S avril, !) mai.

1866. bat en retraite que devant des détachements français envoyés contre elle.

En rentrant dans l'Etat de Guanajuato, le général Aymard avait dû s'occuper de dégager la région comprise entre le Rio de Lerma et Léon. De nombreuses guérillas s'y montraient et attaquaient fréquemment les petits postes franco-mexicains. Le général Aymard. les poursuivit ; le 15 mai;, il atteignit, à Frias, 490 cavaliers, commandés par Torres, les battit complètement, et leur mit cent cinquante hommes hors de combat ; le 10 juin, l'ennemi fut encore battu à l'hacienda Colorado par le commandant Lalanne. La saison des pluies étant fort avancée, les bandes se dispersèrent. Peu de temps après, le général Aymard revint à Mexico, par la route de Gelaya, Acambaro, Maravatio. Il allégea ses troupes, fît une pointe rapide sur Zitacuaro (10 août), rejeta l'ennemi surLaureles, et continua sa route. Régules revint aussitôt et le suivit à trois ou quatre journées de distance. Le :^5 août, il était de nouveau à Ixtlahuaca, avec deux mille hommes. Il fallut en toute hâte envo^^er, de Mexico à Toluca, un renfort de deux compagnies françaises et de quatre cents Mexicains, pour empêcher l'ennemi de s'emparer de cette ville.

C'est à cette époque que l'empereur Maximilien demandait au maréchal si l'armée française laisserait envahir tout le territoire, et qu'il réclamait l'envoi, dans le Michoacan, d'une forte colonne française, pour en « terminer » la pacification. Mais comment pacifier un pays où les libéraux étaient sûrs de trouver dans chaque maison un abri, dans chaque habitant un ami? La rapidité étonnante avec laquelle Régules reformait des corps de plusieurs milliersd'hommes, lorsque la veille on le croyait épuisé, anéanti, donne l'idée des ressources que lui offraient ces provinces. Les repro-

LE MARÉCHAL BAZALNE. 623

ches que l'empereur Maximilien adressait si amèrement <86tj. au maréchal Bazaine, au sujet des insurrections continuelles du Michoacan, prouvent qu'il no se rendait aucun compte de l'esprit véritable du pays et de l'impossibilité de jamais réduire un ennemi ainsi organisé.

Il y avait lieu de se féliciter que des difficultés diverses eussent empêché les bandes libérales, disséminées dans les Etats de Michoacan, de Guerrero , et d'Oajaca, de se concentrer et de combiner leurs efforls; la situation des troupes impérialistes, dans ces provinces, y fût devenue très-périlleuse. Au commencement de l'année 1866, Porfirio Diaz, qui avait repris le commandement des forces républicaines de l'Etat d'Oajaca, ne disposait encore que de quelques centaines d'hommes, avec lesquels il essaya d'inquiéter les communications entre Puebla et Oajaca ; des colonnes légères suffirent pour le forcer à se retirer du côté de Jamiltepec. Un renfort de quatre cents hommes et trois canons , qu'Alvarez lui envoya du Guerrero , lui permit de reprendre l'offensive ; il enleva Jamiltepec aux impérialistes (28 mars), et conserva cette ville pendant quelques semaines. Le 11 mai, l'autorité de l'Empereur y fut rétablie, et, en dépit des dissentiments qui existaient entre les fonctionnaires civils et les officiers autrichiens, la situation générale de la province d'Oajaca pouvait néanmoins paraître assez satisfaisante; malheureusement ces rivalités s'accusèrent de plus en plus, les officiers autrichiens refusaient de recevoir des ordres du préfet politique; ils prétendaient au contraire en donner aux troupes mexicaines. Le préfet réclamait sa liberté d'action, et les tiraillements, compliqués par le manque d'argent, rendirent impossible toute action militaire sérieuse.

Porfirio Diaz sut en profiler; au mois d'août, il était avec

4866. douze cents hommes dans la vallée d'Oajaca, et s'emparait deTeotitlan ; il échoua devant Huajuapan (4 septembre), se retira d'abord sur Tlajiaco, puis dans la Sierra, pour éviter une colonne autrichienne envoyée contre lui. D'un autre côté, les guérillas de Figueroa et d'El Ghato avaient de fréquents engagements avec les détachements autrichiens.

Dans le Guerrero, Alvarez était toujours le maître incontesté du pays. Tl fallait l'énergie peu ordinaire du général mexicain Monténégro pour que la garnison impérialiste pût se maintenir dans le port d'Acapulco. L'ennemi la bloquait étroitement ; sur un effectif qui s'élevait environ à 750 hommes au 1*^' août, elle avait perdu 260 hommes par les maladies et 170 déserteurs; il ne restait pas trois cents hommes valides, et le général Monténégro, sans solde, sans vivres, continuait cependant à se défendre dans le fort et dans les rues adjacentes. Un bâtiment de la marine française, alors sur rade, lui procurait quelques vivres, des munitions, et lui prêtait le concours de ses canots et de ses marins. Le maréchal avait, à plusieurs reprises, ordonné l'envoi de renforts à cette garnison décimée. Un détachement mexicain devait partir de Manzanillo, un autre, de Jamiltepec et s'embarquer à Pochutla ; ni l'un ni l'autre ne se trouvèrent au port d'embarquement lorsque les navires de l'escadre s'y présentèrent ; Acapulco fut laissé à ses propres forces.

Gependant le maréchal, pour se conformer aux ordres de son gouvernement, faisait acheminer vers la côte les troupes désignées pour partir dans les derniers mois de 1860. C'étaient le l'^ bataillon de chasseurs à pied, le 51^, le 81*^ de ligne, deux escadrons de cavalerie, une batterie.

une compagnie du génie, etc. Un grand nombre d'hommes 1866. ayant été versés dans les autres corps pour en élever l'effectif, ou étant passés aux bataillons de cazadores, le chiffre total de ces troupes ne dépassait pas 2,500 hommes ; mais on rapatriait en outre 2,600 libérables.

Le maréchal avait reçu, au mois d'avril précédent, l'invitation de rentrer avec ce premier échelon et de remettre le commandement au général Douay. Les circonstances étaient si difficiles que ce changement dans la direction des opérations militaires pouvait avoir des inconvénients. D'ailleurs, le général Douay désapprouvait l'évacuation par échelons, et déclarait renoncer à l'honneur du commandement en chef, plutôt que d'assumer la responsabilité d'un plan d'opérations qu'il trouvait mauvais. Tout le poids de la situation militaire et politique reposait donc sur le maréchal ; et, quoique l'empereur Napoléon se fût laissé influencer quelquefois par les accusations portées contre lui, plus le moment critique approchait, plus on sentait la nécessité de laisser jusqu'à la fm le commandement entre ses mains. Le maréchal Piandon, ministre de la guerre, lui écrivit, le 15 août, que « le Gouvernement regardait comme très-important qu'il dirigeât les mouvements de l'armée aussi longtemps que les circonstances le commanderaient, et que son opinion personnelle tout entière était qu'il ne devait quitter le Mexique qu'avec la dernière colonne. » Le maréchal répondit qu'il resterait « jusqu'au dernier soldat » (^), et qu'il saurait ramener ses troupes sans que l'honneur du drapeau reçût la moindre atteinte.

Une telle marque de confiance, un pareil encouragement, désaveu des méfiances antérieures, étaient précieux pour le

(•) Dépêche télégrapliique du lii septembre.

>i866. maréchal dans un moment où il avait à lutter, non-seule- ~" ment contre les difficultés de la situation politique, contre les embarras que lui causait le gouvernement mexicain, mais encore contre un certain mécontentement qui se laissait voir dans l'armée. Beaucoup d'officiers s'étaient créé des sympathies dans les provinces et les villes qu'ils protégeaient depuis longtemps ; ils éprouvaient un sentiment pénible en voyant perdu le fruit de tant de travaux, de tant de fatigues, et les chefs de bande, autrefois traqués et fugitifs, revenus en maîtres avant même que fût effacée la trace des pas de nos soldats. Les populations des villes étaient paralysées de terreur en apprenant le départ des garnisons françaises ; les familles fuyaient en masse derrière les colonnes d'évacuation ; et trop souvent les bandits, qui couraient aux avant-gardes des troupes à peu près régulières de l'armée libérale, se portaient à de cruelles vengeances contre les courageux citoyens restés à leur poste. Il était fort triste de battre en retraite dans de telles conditions.

Durs à la fatigue, intrépides au feu, pleins d'initiative et d'intelligence, nos soldats avaient donné les preuves des plus brillantes vertus militaires en mille combats dont la plupart resteront inconnus, parce que leur multiplicité même empêche l'histoire de les enregistrer tous. Dans aucune armée, on ne trouva jamais des éléments supérieurs à ceux qui composaient le corps expéditionnaire du Mexique ; mais, trop confiantes en elles-mêmes, les troupes ne sentaient plus la nécessité d'être resserrées par les liens étroits de l'obéissance hiérarchique. Le maréchal se plaignait des tendances à la critique qui se manifestaient dans leurs rangs (^).

(>) Lomardchnl au ministre, 27 septembre.

Le 81^ de ligne était arrivé à Vera-Cruz, le 26 septembre, pour s'embarquer ; mais les déterminations du gouvernement français se modifièrent soudainement et, par une dépêche transmise par le câble transatlantique, l'ordre fut donné de suspendre tout embarquement partiel (^). Un coup de vent de nord avait empêché l'embarquement du 81*^' de ligne ; ce régiment rétrograda, et le mouvement des troupes vers la mer fut suspendu.

Le maréclial ayant demandé , par le télégraphe , à l'empereur Napoléon, s'il devait recommencer des expéditions pour remettre des garnisons mexicaines dans les places et les ports repris par les libéraux (-), l'Empereur répondit :

On arrête

'embarquement.

Mission

(lu général

Castelnaa.

« Ne recommencez pas d'expéditions lointaines, mais maintenez vos troupes réunies sur des points stratégiques de manière à pouvoir repousser toute attaque et embarquer facilement ^•''. »

L'Empereur s'était rendu compte qu'une .évacuation successive pourrait compromettre la sécurité des derniers détachements laissés au Mexique. Il était en outre décidé à provoquer l'abdication de l'empereur Maximilien ; il espérait que les États-Unis lui en sauraient gré et consentiraient alors à favoriser l'établissement d'un nouveau gouvernement, qui sauvegardât les intérêts et la dignité de la France. Dans les conditions où l'on se trouvait, c'était en effet la meilleure solution que pût recevoir l'intervention française.

'1) Le maréchal au ministre, 27 septembre.

<2) Dépèche télégraphique de Mexico, 27 septembre ; de la Nouvelle Orléans, 7 octobre.

(3) Dépèche télégraphique de Biarritz, 8 octobre.

4866. Le général Gastelnau, aide de camp de l'Empereur, fut

envoyé au Mexique avec la mission de faciliter et de surveiller le dénoùment de la situation. Il était investi des pouvoirs les plus étendus, avec droit absolu de contrôle et de veto sur toutes les mesures politiques, militaires ou financières. Son autorité se superposait à celle du maréchal et du ministre de France (*).

Le maréchal Bazaine protesta de la déférence qu'il té-

(U L'Empereur était à Biarritz et le maréchal Randon, ministre de la guerre, était absent lorsque le départ du général Gastelnau fut décidé. M. Béhic remplissait alors à Paris l'intérim du ministère de la guerre.

La mission confiée au général Gastelnau est indiquée par la note suivante d'après laquelle furent rédigés les pouvoirs dont l'Empereur l'investit :

• Napoléon, etc

« Gonsidérant la gravité des circonstances politiques et militaires au milieu desquelles s'exerce au Mexique l'action de la France ; considérant les difficultés qui s'opposent à la prompte transmission de nos ordres ; considérant qu'il importe d'établir une unité de vues et d'action non-seulement entre notre gouvernement central et les autorités françaises tant civiles que diplomatiques et militaires au Mexique, mais encore entre ces autorités elles<mêmes :

« Vu l'urgence ;

€ Avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

€ Le général Gastelnau, l'un de nos aides de camp, est chargé de faire connaître à S. Exe. le maréchal Bazaine, commandant en chef le corps expéditionnaire du Mexique, nos décisions concernant l'évacuation des troupes placées sous ses ordres, les dispositions à prendre pour effectuer cette évacuation à l'époque fixée, les opérations militaires qui précéderont et prépareront cette évacuation, la conduite politique à tenir et les mesures à prendre dans le cas où la forme actuelle du gouvernement du Mexique viendrait à subir des modifications avant l'évacuation. Le général Gastelnau est autorisé à connaître de toutes les mesures projelées par les autorités françaises au Mexique, tant diplomatiques que militaires ou civiles. Il est appelé à délibérer avec elles sur tous les actes qui devront émaner de ces autorités et à s'assurer qu'ils sont en concordance avec celles de nos décisions qu'il est chargé par les présentes de leur notifier.

• Dans le cas où le général Gastelnau trouverait lesdites mesures en opposition avec nos décisions, il est autorisé à s'opposer à leur exécution, et à cet effet toutes les autorités françaises au Mexique devront, sur sa réquisition écrite, obtempérer aux instructions qu'il leur donnera en notre nom, comme si elles émanaient directement de notre autorité, le g('npral Gastelnau étant censé agir ainsi que nous agirions noiis-mème. »

LE MARÉCUAL BAZAINE. 629

moignerait au représentant de l'Empereur; mais ce n'était pas sans froissement qu'un maréchal de France pouvait se résigner à une subordination de cette nature. Aussi le ministre de la guerre insistait-il sur l'importance que le gouvernement attachait à voir le maréchal, « dont la main habile et ferme pouvait seule mener à bien la délicate opération de la rentrée des troupes », conserver le commandement du corps expéditionnaire (^).

On touchait à un moment de crise solennelle ; le maréchal jugeait également que l'abdication de Tempereur Maximilien était nécessaire : « S'il s'obstine à rester au Mexique après notre départ, écrivait-il, il est à craindre que, sans finances, les troupes ne fassent défection, et alors une catastrophe peut arriver ; sous peu de jours, j'aurai une conférence avec Sa Majesté ; je tâcherai de la convaincre Je ferai mon possible pour que notre pays se

tire le mieux possible de cette situation et surtout sans une tache à son honneur militaire (^). »

Cette lettre est datée d'Atlancotepec près de Puebla; le maréchal inspectait alors la ligne d'évacuation pour juger des mesures à prendre contre les entreprises des guérillas de la Huasteca. Le 10 octobre, il rentrait à Mexico, où l'empereur Maximilien réclamait sa présence.

L'Empereur, déjà très-malade, venait d'être cruellement frappé par les nouvelles que le câble transatlantique avait transmises, nouvelles qui ne laissaient aucun doute sur la gravité de l'état mental de l'Impératrice. Il désirait quitter

Projets

d'abdication

de l'empereui

Maximilien.

11 part pour Orizaba.

(') M. Béhic, ministre de la guerre par intérim, au maréchal, 29 septembre, 13 octobre.

(2) Le maréchal au ministre, 8 octobre.

4866. le Mexique ; le poids des affaires l'écrasait, l'avenir l'effrayait ; il sentait que tout était fini, et la fatigue maladive, sous laquelle il succombait, amollissait l'aigreur de ses ressentiments contre ceux dont il s'était le plus amèrement plaint. Il s'ouvrit au maréchal de ses projets, qu'il avait confiés seulement à quelques confidents intimes et qu'il laissait ignorer à ses ministres. Il ne voulait pas, disait-il, les divulguer avant d'avoir reçu un courrier extraordinaire annoncé de Miramar. Le 20 octobre 1866, il écrivait de Chapultepec au maréchal :

« Mon cher maréchal, j'ai été profondément touché des paroles de consolation et d'affection que vous m'avez adressées en voti-e nom et en celui de la maréchale. Je vous en exprime ici les plus vifs et les plus profonds remerciements. Le coup terrible apporté par les dernières nouvelles et qui a si gravement blessé mon cœur, joint au mauvais état de ma santé, lequel résulte des fièvres intermittentes dont je souffre depuis longtemps et qui ont naturellement augmenté dans ces derniers jours, rendent nécessaire, d'après la volonté expresse de mes médecins, un séjour momentané dans un climat meilleur.

« Afin de me trouver en môme temps plus rapproché du courrier extraordinaire qui m'est annoncé de Miramar et dont j'attends les nouvelles avec une anxiété facile à comprendre, j'ai l'intention de me rendre à Orizaba. C'est avec la plus grande confiance que je m'en rapporte à votre tact pour le maintien de la tranquillité dans la capitale et sur les points qui sont actuellement occupés par les troupes sous vos ordres.

« Dans ces circonstances douloureuses et difficiles, je compte plus que jamais sur la loyauté et sur famitié que vous m'avez toujours montrées.

« Je suivrai l'itinéraire que je joins ii ma lettre et je prendrai avec moi les trois escadrons de hussards du corps des volontaires autrichiens, ainsi que les hommes disponibles de la gendarmerie.

« Cette lettre vous sera remise par lo conseiller d'Etat Ilertzfeld, qui est mon ancien compagnon de mer et qui se mettra à votre

disposition, si vous avez besoin d'éclaircissements. Je vous renou- 4866. velle à vous et à la maréchale ma très-vive reconnaissance pour ~"

vos tendres sentiments qui ont fait tant de bien à mon cœur blessé. « Recevez, mon cher maréchal, l'assarance de la sincère amitié avec laquelle je suis votre très-affectionné,

ce Maximilien, »

En dépit de toutes les rancunes, l'Empereur répétait souvent au maréchal « qu'il était son véritable ami;)) les termes de cette lettre sont d'accord avec ces protestations amicales.

On fit dire dans le public que l'Empereur allait au devant de l'Impératrice, dont l'arrivée était attendue à la fin du mois, mais personne ne doutait à Mexico que l'Empereur no partît pour s'embarquer. On savait que la frégate autrichienne le Dandolo était toujours à Vera-Cruz, prête à prendre la mer, et depuis longtemps déjà, des meubles, des tableaux, des livres, des objets précieux avaient été acheijiinés sur ce port. Dès que le ministère connut les projets de départ de l'Empereur, M. Lares vint présenter sa démission. La perplexité de l'entourage impérial était grande. M. Hertzfeld écrivit au maréchal :

20 octobre.

« Monsieur Lares vient de présenter la démission de tout le ministère et a déclaré qu'aussitôt que l'Empereur sortirait de la capitale, il n'y aurait plus de gouvernement. Sa Majesté étant dans un état de faiblesse extrême et insistant pour partir, il faudra prendre des mesures. Je supplie Votre Excellence de vouloir conseiller l'Empereur encore ce soir. »

Le maréchal représenta au président du conseil combien il serait peu généreux au cabinet de se retirer dans des conjonctures aussi graves et dans l'état de faiblesse morale et physique où se trouvait l'Empereur. Il l'encouragea, lui

()'à2 11° PARTIE. — CHAPITRE VI.

4866. promit de le soutenir, et obtint enfin que les ministres conserveraient leurs portefeuilles. L'Empereur partit dans la nuit du 20 au 21 sans traverser Mexico, et le lendemain, de l'hacienda de Zoquiapan, où il s'était arrêté, il écrivit de sa main au maréchal, la lettre suivante (*) :

Hacienda de Zoquiapan, 22 novembre.

« Mon cher maréchal, demain je me propose de déposer entre vos mains les documents nécessaires pour mettre un terme à la situation critique (en espagnol violente) dans laquelle je me trouve, moi et le Mexique entier.

« Ces documents devront rester secrets jusqu'au jour que je vous ferai connaître par télégraphe.

« Entre autres choses, il y en a trois qui me tiennent à cœur et dont une fois pour toutes, je veux décliner la responsabilité :

« l» Que les cours martiales cessent de connaître desdéhts pohtiques ;

<c 2° Que la loi du 3 octobre soit rapportée ;

« 3° Que sous aucun prétexte il ne soit exercé de persécution pour raison politique, et que cesse toute espèce d'hostilités (^hostilidades) (-'.

« Je désire que vous convoquiez les trois ministres Lares, Marin et Tavera pour convenir des moyens propres à assurer ces trois points, sans qu'il soit nécessaire de laisser deviner mes intentions exprimées dans le premier paragraphe.

« Je ne doute pas que vous n'ajoutiez cette nouvelle preuve d'amitié véritable à celles que vous m'avez déjà témoignées, et je vous exprime à l'avance mes sentiments de gratitude en vous renouvelant les assurances de l'estime et de l'amitié de votre très-affectionné,

« Maximilien. »

(•) D'après la traduction envoyée par le maréchal au ministre de la guerre.

<2) Le marà'lial dit qu'il interpréta l'expression hostilidades comme se rattachant aux délits politiques et non aux faits de guerre, car il ne pouvait admettre, quant à présent, une trêve avec les forces ennemies.

LE MARÉCHAL BAZALNE. 633

Toujours irrésolu, et fidèle à ses habitudes de pro- •f^oe. mettre au lieu d'agir, l'empereur Maximilien n'envoya jamais au maréchal les documents qu'il lui annonçait. Le maréchal était persuadé cependant que l'Empereur allait s'embarquer; il fit assurer la garde des palais et arrêter le désordre et le gaspillage commencé par les domestiques. D'autre part, il prit les mesures nécessaires pour dégager sa position et rassembler ses troupes, car il ne doutait pas qu'au moment où le départ de l'Empereur serait connu, on verrait les administrations se désorganiser et tous les partis unir leurs forces contre les Français.

Le général Castelnau était arrivé à Vera-Cruz le 12 octobre. L'empereur Maximilien avait envoyé au-devant de lui un officier français, le capitaine Pierron, chef de son cabinet militaire ; mais il ne voulait pas le voir. Le 21 octobre, le cortège impérial fut croisé à Ayotla par l'aide de camp de l'empereur Napoléon, qui montait à Mexico. L'empereur Maximilien lui fit dire qu'il était trop souffrant pour le recevoir, et continua sa route.

Le 31 octobre, on crut l'Empereur parti; le commandant de l'escadre avait télégraphié au maréchal que le commandant du Dandolo l'attendait le soir même.

Cependant, le même jour, le journal officiel de Mexico publiait une dépêche de l'empereur Maximilien ayant une tout autre signification. Elle annonçait le rétablissement de sa santé et était suivie de cette observation significative : « Ainsi se trouve atteint le but du voyage de Sa Majesté. » L'empereur Maximilien paraissait continuer néanmoins ses arrangements en vue d'un prochain départ ; il s'occupait d'assurer le sort de la brigade austro-belge, cependant ses lettres au maréchal laissaient voir que ses projets étaient moins arrêtés qu'au moment où il quittait Mexico. En lui

4866. envoyant son aide de camp, le colonel v. Kodolich, pour régler les intérêts des volontaires autrichiens, il lui écrivait (31 octobre) : « Si les négociations que je viens d'entamer n'aboutissent pas à un heureux résultat, les circonstances difficiles, dans lesquelles je me trouve, me forceront à rendre le pouvoir que la nation m'a confié. »

Quelles étaient ces négociations ; et avec qui étaient-elles ouvertes?

Le général Gastelnau, qui avait compté sur le prochain départ de l'Empereur, commençait à s'alarmer ; ses appréhensions s'augmentèrent encore à la lecture d'une lettre écrite à l'empereur Maximilien par M. Eloin , alors en Europe ; cette lettre avait été adressée sous le couvert de (( l'agent consulaire de l'empire du Mexique à New-York »; le secret en avait été violé, et une copie transmise par « un inconnu » au maréchal Bazaine.

Bruxelles, 17 septembre 1866.

« Sire, l'article du Moniteur français, désavouant l'entrée aux ministères de la guerre et des finances des deux généraux français Osmont et Priant, prouve désormais que sans pudeur le masque est jeté. La mission du général Gastelnau, aide de camp et homme de confiance de l'Empereur, bien que secrète, ne peut avoir d'autre but, selon moi, que de chercher à provoquer au plus tôt une solution. Pour chercher h expliquer sa conduite, que l'histoire jugera, le gouvernement français voudrait qu'une abdication précédât le retour de l'armée, et qu'ainsi il lui fût possible de procéder seul à réorganiser un nouvel état de choses capable d'assurer ses intérêts et ceux de ses nationaux; j'ai l'intime conviction que Votre Majesté ne voudra pas donner cette satisfaction h une politique qui doit répondre tôt au tard de l'odieux de ses actes et des conséqiiefices fatales qui en seront la suite.

« Le discours de M. Seward, le toast à Romero, l'attitude du président, résultat de la couardise du cabinet français, sont des faits graves, destinés à accroître les difficultés et à décourager les plus braves.

« Cependant, j'ai l'intime conviction que l'abandon de la partie, ma.

avant le retour de l'armée française, serait interprété comme un -~

acte de faiblesse, et l'Empereur, tenant son mandat d'un vote populaire, c'est à ce peuple mexicain, dégagé de la pression d'une intervention étrangère, qu'il doit faire un nouvel appel, et c'est à lui qu'il faut demander l'appui matériel et financier indispensable pour subsister et grandir.

« Si cet appel n'est pas entendu, 'alors Sa Majesté ayant accompli sa noble mission jusqu'à la fin, reviendra en Europe ayant tout le prestige qui l'accompagnait au départ, et au milieu des événements importants qui ne manqueront pas de surgir, elle pourra jouer le rôle qui lui appartient à tous égards

« En traversant l'Autriche, j'ai pu constater le mécontentement général qui y règne. Rien ne se fait encore. L'Empereur est découragé; le peuple s'impatiente et demande publiquement son abdication ; les sympathies pour Votre Majesté se communiquent ostensiblement à tout le territoire de l'Empire ; en Yénétie, tout un parti veut acclamer son ancien gouverneur, mais quand un gouvernement dispose des élections sous le régime du suffrage universel, il est facile de prévoir le résultat "^

Le jour même où celle lettre arrivait, le général Castelnau recevait la visite du président du conseil des ministres, du président du conseil d'Etat, et du préfet politique de Mexico ; ils lui afQrmaient que l'Empire pourrait se suffire avec ses propres forces. Cette démarche faisait craindre que l'empereur Maximilien, renonçant à l'idée d'abdiquer, ne revînt à Mexico ; désireux de s'opposer à ce revirement, le général Castelnau manda le capitaine Pierron et lui dicta un télégramme que cet officier adressa personnellement à l'Empereur pour le prier, dans les termes les plus pressants, d'attendre à Orizaba une communication verbale qu'il était chargé de lui faire. L'mfluence, que son dévouement lui avait permis de prendre

(') En note de la copie de ceUe lettre était écrit : « M. le marquis de Montliolon a eu la joie de voir de ses propres yeux les originaux de ces communications, t

4866. sur l'Empereur, désignait le capitaine Pierron pour cette mission de confiance ; sur l'ordre du général Castelnau, il partit aussitôt pour Orizaba, afin d'essayer de convaincre l'empereur Maximilien des raisons sérieuses qui devaient le décider à une abdication immédiate.

Le général Gastelnau, M. Dano, le maréchal étaient fort inquiets. Le maréchal, connaissant le caractère de l'Empereur et les sentiments de son entourage, se méfiait des déterminations qui pourraient être prises ; au lieu d'une abdication pure et simple , il craignait une protestation , un manifeste, ou un appel au peuple, ce qui compliquerait singulièrement les choses; les hommes du parti ultraconservateur ne se résigneraient certainement pas à disparaître sans bruit de la scène politique ; ils cherchaient dès maintenant à s'approprier les ressources financières et militaires dont l'Empire disposait encore. M. Lares s'eiforçait d'empêcher une abdication , mais il en prévoyait l'éventualité ; afin de mieux pénétrer le but de la mission du général Gastelnau, il obtint de l'Empereur des pouvoirs spéciaux l'autorisant à entrer en relation officielle avec cet officier général et à recevoir ses communications.

M. Lares et M. Arroyo, ministre de la maison de l'Empereur, se présentèrent donc, au nom de l'Empereur, chez le général Gastelnau; celui-ci les emmena chez le maréchal. Persuadé, leur dit-il, que l'Empire ne pourrait subsister sans l'appui de la France, il trouvait urgent, avant le départ des troupes, d'établir un autre gouvernement fortement constitué. Le maréchal ayant parlé dans le même sens, les ministres comprirent qu'ils ne pouvaient compter , en faveur de leur parti, ni sur le concours, ni même sur les sympathies des représentants de la France ; ils prétendirent

LE MARÉCHAL BAZALNE. 637

que le commandant en chef gênait l'action des autorités iscc. impériales ; si l'on voulait les laisser libres de toute entrave, ils étaient certains de dominer la situation.

Le lendemain, ils adressèrent aux généraux français une note contenant différentes questions auxquelles ils demandaient une réponse écrite ; ces questions se résumaient ainsi :

La mission du général Castelnau est-elle seulement « de confirmer les lettres du 15 janvier et les suivantes, adressées par l'empereur Napoléon à l'empereur Maximilien , dans lesquelles il lui disait qu'il ne pouvait continuer à aider l'Empire, ni avec les troupes françaises, ni avec de l'argent, afin que S. M. l'empereur Maximilien décide, avec entière liberté, s'il peut continuer à se maintenir avec ses propres ressources ou s'il doit prendre une autre décision? »

Toutes les troupes mexicaines, les arsenaux, l'artillerie, et les munitions, etc., sont-ils entièrement à la disposition du ministre de la guerre mexicain ?

Le gouvernement mexicain ne pourrait-il être prévenu en temps opportun de l'évacuation des villes et pueblos, par les troupes françaises, afin d'ordonner à cet égard les mesures nécessaires ?

Quelle est l'époque la plus reculée jusqu'à laquelle le corps expéditionnaire doit encore rester au Mexique, et quels secours pourrait-il prêter au gouvernement ?

Enfin, dans le cas où la décision de l'Empereur serait de ne pas continuer à gouverner le pays, quelles dispositions le maréchal et le général Castelnau prendraient-ils, conformément à leurs instructions, pour éviter l'anarchie et les désordres qui résulteraient de l'absence du gouvernement (^)?

(') MM. Lares et Arroyo au maréchal Bazainc, 4 novembre (d'après une Irailuction).

-isee. Le maréchal répondit 0) :

« 1° La mission du général Castelnau a pour but d'affirmer les intentions du gouvernement français, qui sont de retirer ses troupes dans les premiers mois de 1867, et de connaître si Sa Majesté Tempereur Maximilien peut maintenir son gouvernement avec les seules ressources du pays;

c 2° Les forces mexicaines et le matériel de guerre ont toujours été à la disposition de l'Empereur; des ordres h. cet égard ont été renouvelés aux commandants supérieurs français;

(c 3° Le gouvernement a toujours été prévenu en temps opportun de la remise des villes aux autorités civiles et militaires; il en sera toujours de même ;

« 4» Tant que les troupes françaises resteront au Mexique, elles protégeront, comme elles l'ont fait jusqu'ici, les autorités et les populations, l'ordre en un mot, dans les zones qu'elles occuperont^ mais sans entreprendre d'expéditions lointaines.

« Quant au dernier article, il est pour ainsi dire impossible d'exposer les mesures qui seraient prises, le cas échéant ; mais on peut assurer qu'elles auraient surtout pour but le maintien de l'ordre et le respect des vœux des populations, ainsi que la sauvegarde des intérêts français. »

Le 9 novembre, le capitaine Pierron revint d'Orizaba. Il dit au général Castelnau : « Je viens d'avoir une longue conférence avec l'empereur Maximilien. S. M. ne retournera pas à Mexico ; (îlle va quitter le pays. L'Empereur désire seulement, avant d'abdiquer, que la France s'engage à rapatrier les troupes autrichiennes et belges ; qu'elle s'intéresse au sort des soldats de ces deux pays mutilés dans les combats ; que le nouveau gouvernement soit mis en demeure d'assurer le sort de la princesse Iturbide et de l'enfant ; enfin, que des emplois soient réservés aux personnes qui travaillent au secrétariat de sa maison, et que deux mois de solde leur soient payés. »

(1) Le nicaréchal à M, Lares, D novembre.

Le général Castelnau, en rapportant cette conversation dans une dépêche à l'empereur Napoléon (^), continuait ainsi : « L'Empereur a chargé le capitaine Pierron de me recommander spécialement de faire régler le compte de la liste civile avec l'Etat, et de lui faire connaître comment se liquide ce compte. Le départ de S. M. comme date, est subordonné à la réception de cette dernière pièce. Je viens à l'instant même de la faire étabHr, et je l'ai adressée à l'Empereur par un courrier extraordinaire, en assurant S. M. que ses désirs recevraient, autant qu'il peut dépendre de nous, la plus complète satisfaction.

« L'empereur Maximilien a exprimé à mon envoyé le vif désir de conserver l'amitié de Votre Majesté. J'ai donc lieu d'espérer que son abdication sera exempte des récriminations que nous pouvions redouter. »

L'arrivée du courrier du général Castelnau ne décidait nullement l'empereur Maximilien à fixer la date de son départ. Au contraire, le 12 novembre, il écrivait encore au maréchal C^) :

« Avant de résoudre définitivement ce que je dois faire et dans le cas où je prendrais la résolution de m'éloigner de ce pays, il est de mon devoir d'assurer certains points qui, outre qu'ils sont de stricte justice, méritent, en ce qui me concerne, une recommandation spéciale.

« Pour y arriver, je no doute pas que vous n'ayez la bonté de m' envoyer un acte signé collectivement par vous, par le ministre de France, et par le général Castelnau, et qui traite des questions suivantes :

Ces questions étaient :

(1) Dépêche du 9 novembre.

(•) D'après une traduction.

640 \f PARTIE. CHAPITRE VI.

4866. \o Lg rapatriement des Austro-Belges.

2" La pension à garantir par le Mexique aux mutilés de la brigade austro-belge.

3^ Une somme de dix mille piastres à payer à la princesse Dofia Josefa de Iturbide, et deux mille piastres au jeune prince Salvador de [turbide, qui avait été envoyé en France pour faire ses études (*).

4*^ Une somme de quarante-cinq mille piastres, pour payer les dettes de la liste civile.

^° L'engagement d'effectuer ces paiements avant le départ des troupes françaises de Mexico.

« Ma propriété particulière restera sous votre sauvegarde, mon cher maréchal, afin que, d'accord avec vous. Don Carlos Sanchez Navarro puisse donner à ce qu'elle produira la destination conforme à mes instructions.

« Recevez les assurances des sentiments de ma sincère amitié avec lesquels je suis votre très-aff(;clionné,

« Maximilien. »

Les représentants de la France se hâtèrent de se rendre au désir de l'empereur Maximilien. Ils lui envoyèrent une déclaration collective (16 nov.) dans laquelle ils s'engagèrent à rapatrier les Austro-Belges ; à faire donner une gratification de réforme aux mutilés et invalides, et une indem-

(') L'empereur Maximilien avait donné aux doux petits-fils d'Iturbide le titre de prince mexicain ; l'un Don Agustin , descendait du deuxième fds de l'empeiiHir Iiurbide ; l'autre, Don Salvador, descendait du troisième fils; depuis le 1(5 septembre 1863, Don Aguslin, alors âge de deux ans, était élevé au palais. Toute la famille, à l'exception d'une tante Dona Josefa, nommée co-tulrice, avait dû consentir à s'éloigner du Mexique. (Le marocbal au ministre, 27 septembre 1865.)

On disait à cotte époque que l'Empereur et l'Impératrice se proposaient d'adopter ofïïciellement Don Agustin et de lui assurer la succession au trAne. (Le marécbal au ministre, 27 octobre 186o.)

nilé à chaque officier et soldat payable au port de débar- ^866. quement ; à employer leur influence pour qu'une avance fût faite à la princesse Doua Josefa et au prince Don Salvador de Iturbide sur la pension qui leur était due ; à s'efforcer d'obtenir du nouveau gouvernement le complément des sommes nécessaires au paiement des dettes de la liste civile et à la liquidation des comptes de la grande chancellerie, dans le cas où le produit de la vente des effets mobiliers appartenant à la liste civile serait insuffisant.

Cette réponse n'était pas exactement celle que désirait l'empereur Maximilien ; mais ce point ne souleva aucune difficulté. L'Empereur remercia le maréchal par la dépêche suivante :

Très -confidentielle et très-urgente.

Orizaba, le 18 novembre 1866.

« Au maréchal Cazaine.

« Je vous remercie, ainsi que le général Caslelnau, ainsi que M. Dano, d'avoir réglé les points qui me touchaient de si près. Mais il reste à régler le définitif: un gouvernement stable pour protéger les intérêts compromis. Ces points ne peuvent être traités sans une entrevue directe avec vous-.

« La continuation de mes fièvres ne me permet pas de monter à Mexico.

« Je vous invite donc à venir un de ces jours ici et, en peu de paroles, nous pourrons tout arranger d'une manière satisfaisante,

« J'ai appelé ici pour samedi mon conseil d'Etat et mon président du conseil des ministres. »

« Maximilien. »

Celte dépêche détruisit les illusions que le général Castelnau pouvait encore conserver au sujet des intentions de

4866. l'empereur Maximilien. Jusqu'alors, il l'avait cru bien décidé à quitter le Mexique ; ce départ ne paraissant être qu'une question de date, il s'était occupé de discuter avec le maréchal quelle ligne politique il convenait d'adopter.

Le gouvernement français désirait, avant de retirer ses troupes, former sous son patronage un nouveau gouvernement dans l'espoir d'obtenir la reconnaissance de ses créances; il s'était adressé au cabinet de Washington, lui avait demandé son concours , et espérait tout au moins que son influence s'exercerait dans un sens favorable aux intérêts français. On écartait Juarez de toute combinaison nouvelle; du reste, le maréchal croyait sincèrement que l'autorité personnelle du président était nulle, que c'était un « mannequin » derrière lequel agissaient les hommes de tête du parti libéral. Il pensait qu'il était possible de le remplacer par D. Manuel Ruiz ; le général Castelnau préférait D. Lerdo de Tejada; enfm, ils s'arrêtèrent à un moyen terme, et leur choix tomba sur Orlega.

D'après la constitution de 1837, Ortega, président de la Cour suprême, aurait dû hériter des pouvoirs de Juarez à l'époque où expirait le mandat de ce dernier ; il y avait donc quelque apparence de logique et de légalité à le considérer comme président intérimaire. Il avait un parti assez nombreux ; plusieurs chefs libéraux reconnaissaient son autorité ; un de ses amis, D. Manuel Fernandez, envoyé par lui à Mexico, avait laissé entrevoir au maréchal Bazaine la possibilité de^ régler les questions de garantie en faveur de nos nationaux et de reconnaissance de la dette française. « D'un autre côté, disait le maréchal, Ortega représente une couleur moins rouge que Juarez, moins cléricale que Santa Anna ; il est le champion des idées fédéi'alistes ; les grands propriétaires, les gens in-

tluents sont disposés à le soutenir, c'est le choix le moins mauvais que nous puissions faire, et nous sommes décidés à l'appeler, dès que l'empereur Maximilien aura quitté le Mexique. Il ne nous est pas possible de faire directement l'appel au peuple, qui doit être la base du nouveau gouvernement. Ortega nous fournira les moyens de l'organiser légalement (').»

Un agent fut envoyé aux États-Unis pour s'assurer des dispositions de ce personnage à l'égard des satisfactions auxquelles la France prétendait, et s'efforcer do lui ménager l'appui du cabinet de Washington.

Le maréchal et le général Castelnau avaient même pensé qu'il serait possible de s'entendre avec les États-Unis, de manière à placer, près du nouveau gouvernement mexicain, un commissaire français et un commissaire américain à la disposition desquels serait mise une troupe franco-américaine.

Les Américains étaient loin d'abonder dans ce sens. lis commençaient à être fatigués de cette continuité de pronunciamientos qui entretenaient l'agitation sur la frontière du Piio Bravo. De plus, au moment où le congrès devait se réunir, les intérêts de la politique intérieure conseillaient au cabinet de Washington de faire quelque démarche éclatante pour donner satisfaction à l'opinion publique. L'occasion était propice.

Il prescrivit à M. Campbell C^), désigné, depuis quelque temps déjà, comme ministre près de la république mexicaine, de rejoindre sans retard Juarez à Ghihuahua, ou du moins d'attendre, à proximité de la frontière ou des

Dispositions

(les Américains.

Mission

Cnmpbell

et Sherman.

(') Lo maréchal au minisire, 9 novembre.

(*) Instructions de M. ScwardàM. Campbell, 22 octobre 1866.

4866. côtes du Mexique, le moment favorable pour se mettre en rapport avec le gouvernement républicain. M. Campbell devait être accompagné du général Granl, lieutenant général des Etats-Unis, muni d'une autorité discrétionnaire pour faire, « sans violer toutefois les règles de la neutralité, toute démonstration militaire ou maritime propre à favoriser la restauration de ce gouvernement républicain ; » M. Campbell était spécialement accrédité auprès du gouvernement représenté par Juarez, et il lui était formellement recommandé de ne consentir à aucune stipulation avec les commandants français, le prince Maximilien, ou tout autre parti qui aurait une tendance à gêner l'administration du président Juarez.

Le général Grant, ayant décliné la mission qui lui était offerte, fut remplacé par le général Sherman.

MM. Sherman et Campbell s'embarquèrent, le U novembre, à New-York, sur la frégate la Siisquehannah, et se dirigèrent vers les côtes du Mexique.

Peu de temps après, le gouvernement américain était officiellement informé par M. Bigelow, son représentant à Paris, que l'intention de l'empereur Napoléon était de ne rappeler aucun détachement de l'armée du Mexique à l'automne de 1866, et que, pour des raisons d'un intérêt purement militaire, il voulait faire partir toutes les troupes en bloc au printemps de 1867.

Le cabinet de Washington était, à n'en pas douter, parfaitement au courant de ces dispositions, puisque, h dessein, les ordres transmis au maréchal Bazaine par le câble transatlantique n'avaient pas été envoyés en chiffres. Il ne pouvait ignorer d'ailleurs le but de la mission du général Castelnau et les efforts du gouvernement français pour amener l'abdication de l'empereur Maximilien ;

LE MARÉCHAL BAZAIKE. 64o

il connaissait le désir de l'empereur Napoléon de se dé- 'i^^gager le plus vite possible de son intervention au Mexique ; néanmoins , M. Seward saisit cette occasion pour adresser à M. Bigelow une dépêche rédigée en termes presque menaçants pour la France, En flattant ainsi l'orgueil populaire, il donnait satisfaction à la mauvaise humeur qui régnait en Amérique, il affermissait d'autant la position du président Johnson, alors vivement battue en brèche, et il enlevait à l'opposition une des armes dont elle aurait pu se servir contre le cabinet. *

Cette dépêche, datée du 23 novembre, fut publiée dans les journaux américains ; le gouvernement français déclara cependant n'en avoir reçu aucune communication (0. Le gouvernement de l'Union, disait M. Seward, ne pouvait acquiescer aux nouvelles combinaisons arrêtées par l'empereur Napoléon relativement au rappel de ses troupes; le président n'avait pas été consulté en temps opportun sur cette question qui aurait dû lui être présentée avec les manifestations ordinaires de déférence pour les intérêts et les sentiments des Etats-Unis ; il attendait donc, du gouvernement français, l'exécution littérale de l'accord fait avec lui, car les Etats-Unis avaient déjà envoyé des instructions et pris des dispositions militaires en vue du prochain départ des premiers détachements.

Ces procédés sont ordinaires à la politique des États- Unis. Si l'on avait pris à la lettre les dépêches diplomatiques du cabinet de Washington, on aurait souvent jugé avec inexactitude de ses véritables dispositions ; mais les rapports du ministre de France faisaient connaître les difficultés intérieures contre lesquelles le Président Johnson

(1) Moniteur du 24 décembre.

4866. avait à lutter, et les moyens dont il était forcé de se servir pour en triompher. Plus d'une fois, onavaitvuM. Seward, « obligé de compter avec les partis et de ménager les exigences électorales » , s'approprier ainsi les armes de ses adversaires et prendre, dans les questions de politique étrangère, l'attitude dont ceux-ci auraient pu profiter.

Aux Etats-Unis, aucun parti sérieux ne désirait une guerre avec la France, et cependant c'est autour de cette question que tournaient toutes les manœuvres du congrès; de peur d'être dépassé, M. Seward allait immédiatement, dans ses communications diplomatiques avec la France, aussi loin qu'il était possible de le faire. La question du Mexique était un balancier qui l'aidait à conserver son équilibre ; plus tard ce sera la question feniane ou celle àeVAlabama. Pour se rendre compte de la portée d'une démarche du cabinet de Washington pendant cette période, il est donc nécessaire de rechercher préalablement à quelle nécessité de politique intérieure elle correspond.

Vers la même époque, les journaux de la Nouvelle- Orléans publiaient une lettre non moins significative, mais encore beaucoup plus inconvenante du général Sheridan, commandant le département du Golfe, au général commandant à Brownsville :

Ncw-Orloans, 23 octobre.

« Je suis convaincu qu'il n'y a ({u'un seul moyen d'améliorei' l'état des choses sur le Rio Grande : c'est de donner notre plus cordial appui au seul gouvernement que nous reconnaissons au Mexique et le seul qui soil réellement notre ami. Vous préviendrez en conséquence tous les adhérents de tout parti ou gouvernement prétendu dans le Mexique ou dans l'Etat de Tamauhpas, qu'il ne leur sera pas permis de violer les lois de la neutralité entre le gouvernement libéral du Mexique et les Etats-Unis, et aussi qu'il ne leur

LE MARÉCHAL BAZAINK. 647

sera pas permis de rester sur notre territoire et d'y recevoir la -1866. protection de notre drapeau afin de compléter leurs machinations ~

par la violation de nos lois de neutralité.

« Ces instructions seront exécutées contre les adhérents du boucanier impérial, représentant le soi-disant gouvernement impérial du Mexique, et aussi contre les Ortega, Santa Anna, et autres factions.

« Le président Juarez est le chef reconnu du gouvernement libéral du Mexique. »

Canales, qui s'était déclaré pour Ortega, était alors assiégé à Matamoros par Tapia, le gouverneur nommé par Juarez ; Ortega s'étant rendu de la Nouvelle-Orléans à Brazos avec l'intention de passer au Mexique, fut arrêté par les autorités américaines.

Il devenait impossible de rien démêler à la conduite des officiers américains de Brownsville. Tantôt ils avertissaient Canales qu'il était interdit de lui faire parvenir des vivres ; quelques jours après, cette interdiction était levée, et des détachements américains allaient monter la garde à Matamoros pendant que la garnison repoussait les assauts d'Escobedo; le drapeau des Etats-Unis, au grand étonnement des habitants, flottait sur la cathédrale; le lendemain les Américains félicitaient l'un et l'autre parti de leur vaillance. Enfin, ils finirent par proposer à Canales de se constituer avec ses troupes prisonnier de guerre à Brownsville; mais celui-ci préféra entrer en arrangement avec Escobedo.

Un grand désordre résultait de toutes ces compétitions. D'autre part, les incertitudes, les tergiversations de l'Empereur semblaient inexplicables. Les Français résidant à Mexico étaient dans une grande inquiétude ; les uns songeaient à se faire naturaliser Américains pour se mettre à l'abri du drapeau des Etats-Unis ; les autres liquidaient leurs affaires pour se tenir prêts à partir. Toute nouvelle

-1866. combinaison , si absurde qu'elle fût, trouvait créance ; on allait jusqu'à imaginer une commission de gouvernement dans laquelle le général Castelnau devait siéger k côté de M. Lares et du général Mendez. On accusait le maréchal de s'entendre avec Porfirio Diaz pour lui livrer le matériel de guerre ; il était vrai que des négociations avaient été entamées pour l'échange des prisonniers ; il y répondait avec courtoisie, paraissait vouloir éviter tout engagement avec les Français, et ménageait les propriétés de nos nationaux. Delà, mille conjectures (^).

A mesure que les conservateurs s'éloignaient des représentants de la France , par une conséquence naturelle d'équilibre, les libéraux s'en rapprochaient. Le maréchal se défiait des conservateurs. C'était en eux qu'il voyait maintenant les ennemis les plus dangereux ; c'était de leur côté qu'il prévoyait les plus grands embarras, lorsqu'après le départ de l'Empereur, il s'agirait de constituer un nouveau gouvernement.

f ') Des ouvertures furent faites à Porfirio Diaz par l'intermédiaire de M. Oltorbourg, consul des États-Unis à Mexico, pour l'engager à prendre la dircclion dos afifaires politiques si l'empereur Maximilien abdiquait.

A ce sujet, les journaux américains reproduisirent une lettre écrite par Porflrio Diaz àM.Romero, agent de Juarez à Washington. Celte lettre contient les affirmations les plus invraisemblables : « Le maréchal Bazainc, par l'intermédiaire d'une personne tierce, me fit l'offre de mettre entre mes mains les villes occupées

par les Français, et de me livrer Maximilien, Marquez, Miramon, etc

si j'acceptais une proposition que j'ai repoussée parce que je ne la trouvais pas honorable.

« Une autre proposition, venant également de l'initiative du maréchal Bazaine, avait trait à Tacquisition de six mille fusils et de quatre millions de capsules. Si je l'avais désiré, il m'aurait aussi vendu des canons et de la poudre, mais j'ai refusé d'accepter ces propositions. »

M. Otterbourg avait en effet offert ses bons ofiices et proposé d'appeler Porfirio Diaz à Jlexico lorsque l'empereur Maximilien serait parti. Il avait même obtenu des principaux banquiers la promesse qu'ils fourniraient l'argent nécessaire pour la solde de ses troupes. De tous les chefs libéraux, Porfirio Diaz était celui avec lequel il paraissait le plus honorable d'entrer en rapport. 11 est même logique

« Aujourd'hui, écrivait le général Castelnau, les conser- <866. valeurs sont les plus grands ennemis de l'influence française, parce qu'ils savent que notre intervention n'a plus d'autre but que d'en finir avec l'Empire dont ils vivent et par lequel ils vivent, et par un revirement qui en est la conséquence, les libéraux se rapprochent de nous. » Les conservateurs avaient une partie de l'armée dans leurs mains et quelques ressources financières qu'ils augmentaient chaque jour par la rentrée des impôts et par le refus systématique de payer les créanciers de l'Etat; aussi, le maréchal tenait les troupes mexicaines impériales éloignées et disséminées ; il concentrait au contraire les siennes, et, malgré les réclamations du ministère, il conservait toujours la citadelle de Mexico. Ces mesures de méfiance étaient justifiées par l'état présent des affaires et les complications plus graves encore que l'avenir pouvait enfanter. Le gouvernement français, ayant intérêt à se ménager autant que possible les bonnes dispositions des libéraux appelés à recueillir la succession de l'empereur

d'admettre que le maréchal aurait été disposé à lui céder des armes et des munitions, en tant qu'il représenterait le gouvernement appelé à succéder à l'Empire. Mais quant à l'offre prétendue de livrer Maximilien, Marquez et Miramon, et de rendre les places, elle est parfaitement absurde. La proposition que Porfirio Diaz entend avoir repoussée comme peu honorable, a trait sans doute à la reconnaissance de la dette et des emprunts français.

Le maréchal était fort opposé à l'intervention des États-Unis ; il les considérait avec raison comme les ennemis formels de la politique française au Mexique, blâmait les pourparlers qui s'étaient engagés avec eux par l'intermédiaire do M. Dano et de M. de Montholon, pourparlers dont il n'eut connaissance, dit-il , que par les renseignements reçus, vers la fin du mois de décembre, d'un de ses officiers d'ordonnance qui traversait l'Amérique. Il désapprouvait la confiance que le général Castelnau et M. Dano accordaient à M. Otterbourg, et les démarches de celui-ci près des chefs libéraux. — (Le maréchal au ministre, 10 janvier i867.)

A la même époque, la confusion des esprits était si grande que M. Dano disait au général Castelnau que le maréchal « s'entendait, sans doute, avec l'empereur Ma.\imilien pour son propre compte, h

^866. Maximilien, il fallait s'attendre à un déchaînement de toutes les passions du parti opposé, et par conséquent, chercher à le réduire à l'impuissance ; mais il était fort difficile de séparer sa cause de celle de l'empereur Maximilien qui ne pouvait se décider à partir.

Le 10 novembre, les généraux MiramonetMarquez, exilés pour leurs tendances trop cléricales, revenaient au Mexique ; personne ne refusait à Miramon une certaine valeur militaire, et à Marquez, une énergie qui touchait même trop souvent à la barbarie ; quant à leur dévouement absolu à la cause du parti clérical, leur passé en faisait foi. Ils dirent à l'Empereur qu'il n'y avait pas lieu de désespérer ; souvent, ils s'étaient trouvés dans des circonstances plus mauvaises ; on aurait des hommes, de l'argent, et, si l'Empereur se donnait à lui, le parti conservateur, jadis si méprisé, allait montrer quelles étaient ses ressources et sa puissance.

L'Empereur recevait d'Europe des encouragements dans le même sens. On dit que sa mère, l'archiduchesse Sophie, lui écrivit de ne pas compromettre son honneur par une abdication intempestive ; l'empereur d'Autriche, qui craignait de voir la popularité de son frère exploitée par le parti de l'opposition, faisait savoir à M. Lago, ambassadeur d'Autriche, que le titre d'empereur ne lui serait pas reconnu et qu'on l'inviterait à ne pas se mêler de pohtiquc (*). Enfin, les lettres de M. Eloinne furent pas sans une

(') Les rapports entre rcmporour d'Autriclic et l'empereur Maximilien étaient fort tendus depuis longtemps. Le 9 avril 18G4, c'est-à-dire la veille du jour fixé pour la réception à Miramar de la dcputation mexicaine, qui devait oiïrir la couronne à l'arcliiduc Maximilien, alors que toutes les conventions avec la France étaient conclues , que tous les arrangements étaient pris, l'empereur d'Autriche, accompagné de quelques conseillers intimes, était arrivé à Miramar et avait exigé de son frère : une renoneiaiiou formelle pour lui et ses descendants d la succès-

LE MARÉCHAL BAZAIKE. 651

grande influence sur l'esprit de l'emperetir Maximilien, et -isce. réveillèrent son irritation contre le gouvernement français ; il ne pouvait se dissimuler, en effet, ce qu'il y aurait d'humiliant pour lui à s'embarquer presque furtivement pour l'Europe, et à paraître quitter le Mexique sous la pression de l'empereur Napoléon, comme un serviteur obscur renvoyé par un maître mécontent.

Quelle position aurait-il en Europe après cette malencontreuse aventure? Monté sur le trône du Mexique à l'appel de l'empereur des Français, il semblerait en descendre sur ses injonctions. Cette situation était pénible ; il avait d'autant plus de peine à l'accepter, qu'un parti riche et encore nombreux le suppliait de ne pas désespérer de l'avenir. L'empereur Maximilien résolut de rester.

Quelque disposé qu'il fût aux illusions, il dut bien calculer les dangers de l'avenir ; mais s'il fallait tomber, encore voulait-il que ce fût avec honneur. Peu lui importent dès lors la politique française et les représentants de celui qu'il appelait naguère son auguste ami et

sion de l'empire d'Autriche , à l'exception du seul cas où tous Jes autres archiducs mourraient sans descendance mâle. Quelques mois plus tard, en novenibre 1864, cette convention, connue sous le nom de : Pacte de famille, fut communiquée au Reichsrath ; l'empereur Maximilien protesta contre celte communication faite sans son aveu (.Mexico, 28 décembre 18(54). Il prétendit que sa signature lui avait été arrachée dans des circonstances où il lui était impossible de la refuser et par des moyens déloyaux; que, du reste, les jurisconsultes, à l'examen desquels le Pacte de famille avait été soumis, avaient déclaré que cet acte était nul et dérisoire, et que les Diètes seules étaient compétentes pour régler les droits d'agnation, qui modifient un acte de la Pragmatique Sanction.

Cette protestation, le ton dans lequel elle était faite, et la persistance à sauvegarder ses droits éventuels de succession, font croire que l'empereur Maximilien n'avait nullement renoncé à jouer un rôle politique en Europe ; par là s'explique ''attitude de l'empereur d'Autriche à son égard, et se révèle une des raisons particulières qui, rendant difficile le retour de l'empereur Maximilien dans sa patrie, lui faisaient désirer de quitter le Mexique dans des conditions où son prestige ne pourrait être diminué.

6S2' 11° PARTIE, CIIAPITIŒ VI.

4866. allié. Jeté à corps perdu dans les bras d'un parti, il s'abandonne à lui et répudie tout appui étranger. Que les troupes françaises partent ! Que les Belges et les Autrichiens s'en aillent avec elles ! Quant à lui, il restera, groupant autour de son trône toutes les forces du parti conservateur, qui a si souvent contre-balancé l'influence des libéraux.

Il convoqua ses ministres et ses conseillers à Orizaba, pour agiter, dans une dernière et solennelle séance, les conditions nouvelles de l'Empire régénéré, épuré de toute intervention étrangère. C'est à cette conférence qu'il avait prié le maréchal de se trouver.

Dans une dépêche, communiquée au quartier général par le capitaine Pierron, l'Empereur s'exprimait ainsi :

a Aucune des démarches faites par moi ne peut autoriser qui que ce soit à croire que j'aie l'intention d'abdiquer en faveur d'aucun parti.

« L'appel fait au conseil d'Etat ainsi qu'aux ministres a précisément pour but de résoudre, conjointement avec eux, entre les mains de qui on doit laisser le pouvoir quand le moment d'abdiquer sera

venu Je crois devoir rendre le pouvoir que j'ai reçu entre les

mains de la nation qui me l'a donne et laisser toutes les questions d'origine et d'élection du nouveau gouvernement au libre arbitre de la nation.

t Mon seul devoir consiste donc h nommer une régence provisoire en attendant que la nation soit convoquée, à chercher h protéger les impérialistes et rien de plus

Orizaba, 20 novembre.

D'après les conseils du général Castelnau et deM.Dano, le maréchal s'excusa de ne pas répondre à cette invitation ; pour motiver son refus, il fit prier le général Douay, qui était à quelques étapes de Mexico, de retarder son retour,

LE MARÉCHAL BAZAINE. 6o3

et il écrivit à l'empereur Maximilien qu'il ne pouvait quit- -ïseG. ter la capitale, dont la garde lui était confiée, avant l'arri- ^^(^'^11^'^ vée du général Douay, et sans être tranquillisé sur les ^J^^^^fj^'J,'' mouvements militaires en cours d'exécution (18 no- "^ ^^"^^^^^^^^^^ vembre).

Dix-huit conseillers, dont quatre ministres, se rendirent à l'appel de l'Empereur. Les conférences s'ouvrirent le 26 novembre ; huit membres opinèrent pour l'abdication ; dix, pour le maintien de l'Empire ; neuf membres contre neuf furent d'avis que les ressources du pays étaient suffisantes et permettraient à l'Empereur de se soutenir sans appui étranger.

L'Empereur accepta ce dernier avis ; il fit annoncer celte détermination à Mexico et à Vera-Cruz, par le télégraphe, et adressa au pays la proclamation suivante :

« Des circonstances de grande importance relativement au bienêtre de notre patrie, qui ont acquis une plus grande force par nos malheurs domestiques, avaient produit dans notre esprit la conviction que nous devions rendre le pouvoir que vous nous aviez confié.

« Nos conseils des ministres et d'Etat, convoqués par nous, opinèrent que le bien du Mexique exige encore que nous conservions le pouvoir, et nous avons cru devoir accéder à leurs instances en leur annonçant, en même temps, notre intention de réunir un congrès national sur les bases les plus larges et les plus libérales où tous les partis auront accès; ce congrès déterminera si l'Empire doit subsister, et, dans le cas affirmatif, il promulguera les lois vitales pour la consolidation des institutions politiques du pays. Dans ce but, nos conseillers s'occupent actuellement de nous proposer les mesures opportunes, et l'on fera en même temps les démarches convenables pour que tous les partis se prêtent à un arrangement sur cette base.

« En attendant, Mexicains, comptant sur vous tous sans exclu-

4806, sion d'aucune couleur politique, nous nous efforcerons de pour-

~ suivre, avec courage et constance, l'œuvre de régénération que

vous avez confiée à votre compatriote. »

Maximilien ('^

Les autorités municipales firent sonner les cloches et pavoiser les maisons. Par une communication officielle du 3 décembre, M. Lares informa les représentants de la France que l'Empereur était résolu « à conserver le pouvoir et à soutenir son gouvernement avec les seules ressources clupays, » Il demanda de nouveau la remise immédiate des troupes mexicaines et du matériel de guerre à la disposition exclusive du gouvernement mexicain.

Le 8 décembre , le maréchal , M. Dano et le général Castelnau se bornèrent à répondre par une note collective :

« Que, dans leur conviction, le gouvernement impérial serait impuissant à se soulenir avec ses seules ressources. Si pénible que ce dût être pour eux, et sans prétendre influencer en rien la décision finale, ils considéraient comme un devoir de le déclarer, en ajoutant qu'en l'étal acluel des choses, la résolution suprême et généreuse, à laquelle l'empereur Maxiaiilien paraissait vouloir s'arrêter il y avait un mois, eût seule permis de chercher une solution propre à sauvegarder tous les intéréj^. »

Le maréchal Bazaine paraît ne s'être associé qu'à contrecœur à cette déclaration officielle contre l'Empire ; le !29 novembre, il écrivait en effet au ministre de la guerre :

« Quant à moi, je fais tous mes efforts pour remonter le

(1) Tous les documents émanes de rcmpcrcur Maximilien et de ses ministres, pendant celle iiitéressanlc période, sont écrits en espagnol ; nous n'en avons eu que des traductions, approuvées par le chef du cabinet du maréclial, mais dont plusieurs passages semblent cependant assez défectueux.

moral de l'Empereur, car, avec delà résolution, et surtout iseo. de la persistance dans la conduite des affaires, il peut maintenir sa situation dans le centre du pays ; les gouvernements précédents n'ayant jamais eu plus d'action, et beaucoup moins de moyens militaires. »

Il ne dissimulait pas à l'empereur Maximilien les périls de cette détermination ; depuis bien longtemps déjà, il l'avertissait de la trahison des préfets, du mécontentement et du peu de fidélité de l'armée ; il pensait que la convocation d'un congrès était une idée généreuse, sans doute, mais à laquelle aucun des partis ne s'associerait. Il croyait cependant que l'Empereur avait encore assez de forces dans le pays pour se retirer un jour plus honorablement, et trouver au moins une occasion de succomber glorieusement; il lui répugnait de porter les mains sur ce trône élevé à tant de peine, et pour la consolidation duquel tant d'argent avait été dépensé, tant de sang français répandu ; si l'Empire devait être renversé, que ce ne fût pas l'œuvre de ceux mêmes qui l'avaient éditié !

« Nous aurions mauvaise grâce à susciter des embarras au pouvoir que nous avons contribué à élever. L'Empereur déclare qu'il se maintiendra avec ses seules ressources, il ne nous reste donc qu'à nous retirer le plus promptement. »

« Pour moi, écrivait-il encore, je ne pourrais que m'associer favorablement à la haute décision prise par l'empereur Maximilien; malheureusement, ma confiance dans Tavenir, dans les hommes destinés à soutenir le trône impérial, dans les moyens que le gouvernement sera fatalement appelé à employer, dans les ressources financières et dans l'esprit du pays, n'est point aussi absolue que celle de Sa Majesté. Jusqu'au dernier moment, je soutiendrai de tout mon pouvoir une cause h laquelle se rattachent le nom et l'intluence de la l'rance.

« Je n'ai épargné, dans le passé, ni les conseils ni les avertisse-

6o6 II* PARTIE. — CHAPITRE VI.

-1866 ments. Tout récemment encore, je n'ai point caché à Sa Majesté

"■ qu'elle ne devait pas fonder grand espoir sur les moyens militaires

qu'on lui offrait. J'ai exposé loyalement mon sentiment, mais je me suis cru, et je me crois encore obligé à donner mon appui moral, aussi bien que celui de mes troupes, au souverain dont les défaillances et les oscillations pouvaient, dans les circonstances actuelles, compromettre notre situation.

<r II faut avoir éprouvé toutes les inquiétudes que me causaient l'éloignement du 62" de ligne -et de toutes les troupes disséminées sur la surface de l'Empire, et la difficulté de les ramener à ma portée pour se rendre compte des ménagements que j'ai dû garder avec tous les partis ('\>

La connaissance, qu'il avait acquise du caractère mexicain, révélait au maréchal des difficultés, dont ne pouvaient se rendre aussi bien compte les personnes moins au courant que lui des hommes et des choses du pays. Il voyait le parti libéral se morceler en factions qui ne seraient pas assez fortes pour dominer la situation et garder le pouvoir; toutes garanties accordées par l'une ou l'autre de ces factions seraient illusoires, et il y aurait même quelque humiliation à les solliciter, au risque de s'exposer à un refus.

Les États-Unis ne se prêteraient à aucune des combinaisons que la France pouvait désirer; ils ne reconnaîtraient jamais d'autre gouvernement que celui de Juarez, et il n'était pas possible de traiter avec ce dernier qui, d'ailleurs, n'y consentirait probablement pas. Enfin, dans le désordre et l'anarchie qui suivraient une abdication, quel serait le sort des garnisons et des colonnes françaises encore éparses, encombrées de convois, n'ayant plus aucun appui dans le pays, débordées de tous côtés par des ennemis dont les moins irrités ne seraient pas les alliés de la veille?

(1) Le mareclial au ministre, 9 dccembro.

LE MARÉCHAL BAZAIKE. 657

Le maréchal différait d'opinion avec le général Castel- ''866. nau ; il commençait à trouver très-lourde la tutelle qui lui avait été imposée : « Je serai heureux de sortir d'une situation qui devient tous les jours plus pénible, sous bien des rapports, et qui affecte m,on moral ainsi que mon énergie , par suite de la restriction apportée à toute initiative de ma part, quoique les instructions de l'Empereur, du 15 septembre, assurent que ma liberté d'action doit rester la même, ainsi que ma responsabilité vis-à-vis de S. M.; c'est assez difficile à concilier avec l'autorité de contrôle donnée à M. le général Castelnau... Je ne puis que m'incliner, mais il est dur de passer au second rang.» Le seul désir du maréchal était alors de partir au plus vile; il demandait au ministre d'envoyer sans retard tous les transports et promettait d'être prêt à s'embarquer au mois de février.

Peu de temps avant les conférences d'Orizaba, la frégate américaine, portant la mission Sherman et Campbell, était arrivée sur les côtes du Mexique. Le maréchal en avait été prévenu par une lettre de l'amiral Didelot, écrite de New-York. « L'aménité, l'esprit conciliant du général Sherman, ses bons sentiments pour la France » devaient faire espérer, disait l'amiral, que des relations pourraient « s'établir sur un pied facile et cordial.»

La Susquehannah s'était arrêtée à Tampico, et avait fait demander au commandant de l'escadre française quel accueil elle trouverait à Yera-Cruz. Le maréchal répondit qu'on accueillerait la frégate comme tout bâtiment de guerre d'une nation amie, et que, si le général Sherman désirait venir à Mexico, il serait reçu avec la dis-

4866. tinction due à son haut grade et la plus franche cor- ~" dialité.

La frégate américaine arriva le 29 novembre à Vera-Gruz, par une tempête du Norte ; le commandant Cloué fit complimenter le général Sherman , mais celui-ci exprima l'intention de n'aller à Mexico que sur une pressante invitation du maréchal. Vraisemblablement, la mission américaine supposait l'empereur Maximilien parti ou près de partir ; elle croyait trouver une situation qui lui permît, sans entrer en conflit avec les Français, d'accord même avec eux , d'aider au rétablissement du gouvernement répubUcain. Il n'en était rien. Le préfet de Vera-Gruz venait, au contraire, de faire publier la dépêche annonçant la résolution de l'Empereur de rester au Mexique, et des réjouissances publiques célébraient cette nouvelle (1^'" décembre). Les Américains comprirent qu'ils n'avaient qu'à se retirer; en effet, dans la nuit du 2 au 3 décembre, la Susquehannah leva l'ancre sans avoir mis personne à terre.

L'empereur Maximilien fut profondément blessé de ces pourparlers engagés entre la France et les États-Unis, dans le but d'activer son départ et de régler sa succession (*).

Le fifénéral Gastelnau et le maréchal avaient envoyé, le

(') Une circulaire du gouvernement mexicain, datée du 10 décembre, en donne la preuve : « On a fait savoir à l'Empereur qu'entre le gouvernement français et celui des États-Unis, s'étaient nouées des négociations pour assurer une médiation franco-américaine, en vertu de laquelle on se promettait d'apporter un terme à la j/uerre civile qui désolait le pays ; et pour arriver à ce but on considérait comme indispensable que le gouvorneracnl qui s'établirait sous cette médiation reprit la forme républicaine et s'inspirât des libéraux. Les espérances de notre gouvernement , qui étaient basées, en partie, sur une loyale et ferme alliance avec la France pour la consolidation de l'ordre actuel, se voyaient ainsi trompées. »

LE 3IARÉCHAL BAZAINE. 6o9 .

2 décembre, à l'empereur Napoléon une dépêche chiffrée ainsi conçue :

<t L'empereur Maximilien paraît vouloir rester au Mexique, mais on ne peut y compter. L'évacuation devant être terminée en mars, il est urgent que les transports arrivent; nous pensons que le régiment étranger doit être aussi embarqué; quant aux officiers et soldats français détachés aux corps mexicains peut-on leur laisser la faculté de revenir ?

« Le pays est inquiet, la mission, Campbell et Sherman arrivée devant Vera-Cruz, le 29 novembre, partie le 3 décembre, semble disposée à solution pacifique; elle ne donne pas moins appui moral au président Juarez par la déclaration du gouvernement fédéral.

Signé: Bazai.ne, Gastelnau.

L'Empereur répondit :

« Rapatriez la légion étrangère et tous les Français, soldats et autres, qui désirent rentrer, ainsi que les légions auti'ichienne et belge, si elles le demandent (13 décembre).

Cette réponse fut portée officiellement à la connaissance du gouvernement mexicain par une communication du 19 décembre (').

(') Le gouvernement français se considérait, déjà depuis longtemps, comme délié des engagements du traité de Miramar ; il comptait sur l'ab Jication prochaine de l'empereur Maximilien, et cependant aucun contre-ordre n'avait été donné relativement à l'envoi au Mexique du 6' bataillon de la légion étrangère. Le o novembre, cent trente hommes arrivaient par le Rhône ; un détachement de même force arrivait encore, le il décembre, par le Panama. Il est difficile d'expliquer ces envois de troupes autrement que par une erreur dans la transmission des ordres de mouvement

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