‹ Expédition du Mexique, 1861-1867;Chapitre 30 sur 58 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

SOMMAIRE

xMouvemcnts de retraite de l'armift française. — Évacuation de la Sonora. — Combats autour de Mazatlan; évacuation. — Évacuation de Guadalajara (12 décembre). — Combats autour de Matehuala. — Évacuation de San Luis (23 décembre 1866). — Combat de Miahuatlan (3 octobre). — Prise d'Oajaca par Porfirio Diaz (30 octobre). — Mouvements militaires entre Perote et Tehuaean. — Entrevue de l'empereur Maximilien avec le général Castelnau et M. Dauo à Puebla (20 décembre). — Difficultés au sujet.de la convention du 30 juillet. — Déclaration du maréchal à la conférence du 1 i janvier 18C7. — Mesures de rigueur ordonnées par le maréchal à Mexico. — Rupture du maréchal avec le gouvernement mexicain et l'empereur Maximilien. — Départ de Mexico du maréchal et de la dernière colonne de troupes françaises (o février). — Embarquement du corps expéditionnaire. — Dernières opérations des troupes impériales mexicaines. — Siège et prise de Queretaro, par les forces libérales (15 mai). — Expédition du général Marquez sur Puebla. — Condamnation à mort et exécution de l'empereur Maximilien (19 juin). — Capitulation de Mexico (21 juin). — Capitulation de Vera-Cruz (28 juin).

Au milieu de ces nombreuses complications politiques, l'armée française avait poursuivi son mouvement de retraite.

Le 62^ de ligne, qui occupait les provinces éloignées de Sonora et de Sinaloa, et dont le retour avait été, pour le maréchal, l'objet de graves préoccupations, était enfin parvenu sans encombre à Tepic, et se dirigeait sur Mexico.

Moiivemenls

(le retraiti' li*

l'arméo

française.

Evacua'ion

(le la Sonora.

1866. L'évacuation des provinces du Nord-Ouest avait été suivie de représailles, de vengeances, de cruautés, qu'on attribuait à la présence, dans les bandes ennemies, d'un nombre assez considérable de flibustiers américains.

Depuis le mois d'octobre 1865, le 62^ de ligne était resté seul chargé de l'occupation de la Sonora et du Sinaloa, ou plus exactement des ports de Guaymas et de Mazatlan. La faiblesse de son effectif ne lui permettant pas d'envoyer des détachements à une grande distance de ces places, la défense de l'intérieur du pays avait été confiée aux forces mexicaines. Dans la Sonora, elles s'étaient fort bien comportées. Le général Langberg, commissaire impérial, déployait une grande activité ; il avait environ 1800 hommes de troupes et tirait bon parti des dispositions favorables des tribus indiennes. Les Opatas surtout, sous l'énergique direction de leur chef Tanori, faisaient preuve de courage et de fidélité. Ils occupaient la Magdalena, Urès, El Altar, Opozura, et tenaient partout l'ennemi en respect.

A Alamos, une faible garnison de quatre cents hommes avait succombé sous le nombre des assaillants, mais elle s'était vigoureusement défendue et avait perdu la moitié de son effectif (7 janvier). Cependant, le 3 mai, Garcia Morales et Pesquiera se jetèrent à l'iinproviste sur Hermosillo, enlevèrent la ville malgré la résistance de la population et d'une garnison de trois cents hommes, et signalèrent leur victoire par des massacres, dans lesquels périrent trentesept Français, habitants de la ville. Hermosillo fut immédiatement réoccupé par les forces impériales. Les hbéraux y rentrèrent le mois suivant (4 juin) ; ils en furent encore chassés deux jours après.

Le lieutenant-colonel Fistié, qui commandait à Guaymas la garnison française, voulut essayer de dégager le pays en

LE MARÉCHAL BAZAIKE. 663

combinant un mouvement avec les forces mexicaines. <866. Il se porta sur Hermosillo avec quatre compagnies ; mais cette opération ne réussit pas comme il l'espérait (août) 0).

L'ordre d'évacuer la Sonora étant arrivé à celte époque, la colonne française abandonna définitivement Hermosillo; un certain nombre de familles du pays s'enfuirent derrière elle. Le 15 septembre, les dernières troupes françaises de la garnison de Guaymas furent embarquées sur les bâtiments de l'escadre.

Le général Langberg s'efforça de conserver la province à l'Empire, mais il fut complètement battu à Tecolipa et tué dans l'action ; ses troupes se dispersèrent. L'ennemi prit possession d'Urès et d'Hermosillo, où il commit de nouvelles atrocités, puis il s'empara de Guaymas. Le vaillant Tanori continua, quelque temps encore, une guerre de partisans sans espoir ; fait prisonnier, il fut passé par les armes, et tous ceux qui avaient favorisé l'intervention française subirent les plus durs traitements.

Le maréchal avait d'abord voulu faire débarquer à San Blas les troupes de la garnison de Guaymas; il modifia ce projet, de peur que l'ennemi n'inquiétât ce faible détachement pendant le trajet très-difficile de San Blas à Guadalajara. Les compagnies du 62^^, ramenées de Sonora, furent mises à terre à Mazatlan ; elles apportèrent un renfort très-opportun à la garnison épuisée par les fièvres et par les combats journaliers.

La province de Sinaloa n'avait jamais été pacifiée; Co-

(') Le lieutenant-colonel Fistié en fut si douloureusement affecte qn'il se lua dans un accès de lièvTe chaude.

i866. rona était maître du pays et entourait Mazatlan ; Perfecto Combats Guzman, son lieutenant, après s'être soumis, venait de se

autour ' r '

de Mazatlan. prononcer de nouveau contre l'Empire. Lozada, qui aurait

Evacuation. ^ r ' m

pu contre-balancer l'influence des chefs libéraux, était mécontent, jaloux du général Rivas, commandant des troupes mexicaines de Mazatlan, et ne se montrait plus disposé à quitter le territoire de Tepic, où il jouissait d'une autorité incontestée.

Au commencement de l'année 1866, Corona, qui avait re'uni douze cents hommes, poussa des reconnaissances de cavalerie jusqu'aux portes de Mazatlan; le 10, il tentait un coup de main sur la ville, mais il était repoussé et forcé de se retirer vers Guliacan. Le 25 janvier, le 8 février, il attaqua de nouveau (*).

Lozada ayant consenti à rentrer en campagne, le colonel Roig, commandant supérieur de Mazatlan, fit sortir quatre compagnies françaises, cinq cents Mexicains, et quatre pièces, sous les ordres du commandant de Locmaria(l8 mars). Cette colonne se dirigea sur le Presidio, tandis que les embarcations de l'escadre pénétraient dans l'Estero d'Urias. Le 19 mars, le Presidio fut enlevé; mais, presque aussitôt, Corona vint attaquer la position avec deux mille cinq cents fantassins, cinq cents cavaliers, et neuf canons.. La lutte fut acharnée pendant trois heures ; les canonniers ennemis se faisaient sabrer sur leurs pièces; enfin deux canons furent pris, et, vers cinq heures du soir, les troupes de Corona, qui avaient subi des pertes sensibles, repassèrent la rivière. Elles attaquèrent encore le lendemain sans plus de succès. La colonne franco-mexicaine eut

(') La garni.son française de Mazatlan couiptail alors !, 310 hommes, dont 150 malades.

LE MARECHAL BAZAINE. 66o

huit morts et cinquante blessés, qu'elle ramena le 22 mars ^sgg. à Mazatlan.

Lozada était parti de Tepic le 21 mars ; deux jours après, il battit Perfecto Guzman à Guajicori, et s'avança, le l®"" avril, jusqu'à San Sebastien. Le commandant de Locmaria était de nouveau sorti de Mazatlan le 30 mars et se trouvait à Tecomate ; il entendit son canon, mais ne put entrer en relation avec lui. Lozada, qui ne recevait pas du général Rivas l'argent dont il avait besoin pour payer ses troupes, ne poursuivit pas ses avantages; il rétrograda au grand regret du colonel Roig. On n'obtint aucun des résultats qu'une bonne entente entre les chefs eût sans doute amenés.

Des renforts arrivèrent à Gorona ; en outre, il fit arrêter en mer le vapeur américain Stephens, lui enleva 500 fusils, 300 pistolets à destination de Mazatlan, et revint devant les positions françaises.

Le 0 mai, à la tète de dix-huit cents hommes, il attaqua le commandant.de Locmaria au bivouac de Baron, sur le Rio Mazatlan. Un vigoureux mouvement à la baïonnette, suivi d'une brillante charge des chasseurs d'Afrique, déconcerta l'ennemi qui perdit deux canons, une centaine de morts et de blessés ; le détachement français eut un officier, six hommes tués et dix-sept blessés.

Le maréchal avait donné l'ordre de former, à Mazatlan, un bataillon de cazadores, destiné à occuper ce port après le départ de la garnison française ; on trouva très-peu de soldats français disposés à entrer dans ce bataillon ; quant au recrutement mexicain, il devait se composer, entre autres éléments, « de soixante-quinze malheureux qu'un vapeur débarqua un jour, nus comme des vers, enchaînés comme des forçats. » Le chef de bataillon

666 if PAUTiE. CHAPITRE VU.

!866. refusa de les recevoir, et, cette troupe ne pouvant être sérieusement organisée, il fallut songer à abandonner la ville.

Les forces de Corona grossissaient sans cesse ; elles inquiétaient, presque chaque jour, un poste avancé placé à Palos Prietos. Dans la nuit du 11 au 12 septembre, deux mille fantassins et un millier de cavaliers attaquèrent un détachement français, fort de deux cent dix hommes, et une compagnie de cazadores, qui occupaient ce point. Pendant une heure, on combattit corps à corps, enfin une colonne de secours accourut de Mazatlan. Les défenseurs de Palos-Prietos étaient enveloppés de toutes parts, mais l'escadron de chasseurs d'Afrique, perçant la cavalerie ennemie, ouvrit le passage aux renforts. Le combat recommença avec acharnement. Cinq fois le capitaine Adam, avec cinquante chasseurs d'Afrique et soixante cavaliers mexicains, se lança furieusement sur l'ennemi. On resta maître du terrain ; les pertes furent de vingt-trois tués et cinquante blessés. Celles de l'adversaire furent estimées à cinq cents hommes. La décomposition rapide des cadavres força le colonel Ptoig à faire rentrer le lendemain toutes les troupes dans la ville.

Le 18 septembre, la garnison de Guaymas débarquait à Mazatlan ; on se félicitait de ce renfort dans un moment aussi critique ; malheureusement, ces troupes, venant d'un climat plus sain, furent vivement éprouvées par les fièvres; douze hommes moururent en quelques jours ; on avait cent vingt malades à l'hôpital et le double d'hommes indisponibles (25 septembre).

L'évacuation de Mazatlan était décidée, mais l'épuisement des troupes et le nombre des malades obligèrent d'y sur-

seoir 0). En outre, les pluies avaient rendu impraticable la route de San Blas à Guadalajara ; on chercha en vain le moyen de débarquer sur un autre point, et l'on pensa même un instant à faire revenir le 62^ de ligne, directement en France, par l'isthme de Panama ; il fut d'ailleurs décidé que les malades et les blessés seraient transportés par cette voie. On savait que Gorona, prévoyant l'évacuation de Mazatlan, envoyait déjà une partie de ses forces barrer le chemin, entre San Blas et Tepic, du côté de Navarete. Le 28 octobre, ses cavaliers avaient paru dans cette région. Les inquiétudes du maréchal, de l'amiral Mazères, chargé de diriger l'évacuation, celles du colonel Roig, n'étaient que trop justifiées. On pria Lozada de déblayer la route; mais, en ce moment même, il proclamait l'indépendance et la neutralité de son territoire ; son concours devenait donc de plus en plus douteux.

Enfin, bien que tous les gros bagages dussent rester à

bord des vaisseaux, il fallait trouver au moins un millier

de mulets de charge pour porter les sacs des soldats, et

l'on craignait que l'ennemi n'attaquât le convoi lorsqu'il

défilerait à travers les marais ou les barrancas abruptes

qui coupent la route. Ces considérations engagèrent le

maréchal à prescrire au général de Castagny, qui s'était

déjà repHé de Zacatecas à Léon, de se porter au-devant du

62" avec une colonne légère et, s'il le croyait nécessaire,

de pousser jusqu'à Tepic.

A mesure que s'épuisaient les forces de la garnison de Mazatlan, l'audace de Corona allait s' augmentant ; il avait réuni, à quarante lieues à la ronde, tous les hommes en

(I) Le 23 octobre, sur un effcclif de 2,013 hommes, la garnison de Mazatlan avait 339 hommes à l'hôpital et 391 malades à la chambre.

ism.

668 n^ PAUTIE. CHAITIKE vil.

486G. état de porter les armes et voulait, disait-il, jeter les Français a la mer. Un tiers de la garnison était toujours sous les armes ; un tiers de piquet ; le reste se reposait. Dans la nuit du 11 au l!2 novembre, l'ennemi arriva jusque dans les fossés de la ville. La nuit suivante, il renouvela encore deux fois sa tentative, mais il futénergiquement refioussé.

Tous les préparatifs du départ étaient terminés; le 8 novembre, deux navires du commerce avaient embarqué une partie des chevaux et les gros bagages. Le 12 au soir, les bâtiments de guerre prirent le reste des chevaux et les malades. L'amiral Mazères fit prévenir Corona que la ville serait abandonnée le lendemain. Le 13, à 10 heures du matin, les derniers détachements, forts de treize cents hommes, se réunirent sur le môle et s'embarquèrent sous la protection des chaloupes, sans que l'ennemi cherchât à gêner l'embarquement.

Le lendemain, l'escadre était à San Blas ; elle débarqua les troupes qui devaient revenir par la voie de terre ; six . cents malades furent conduits à Panama ; on devait les laisser à l'hôpital français établi sur ce point, ou les rapatrier par le cap Horn.

Corona occupa immédiatement Mazatlan. 11 somma, sous les peines terribles de la loi du 25 janvier 1862, tout habitant qui « cacherait un Français ou un traître», recèlerait des armes ou quoi que ce soit leur appartenant, d'en faire la déclaration dans les vingt-quatre heures.

Le 18 novembre, le colonel Roig se mit en marche; il arriva le 21 à Tepic, où le général de Castagny l'attendait depuis la veille. Toute inquiétude était dissipée au sujet de cette brave troupe qui, pendant un an, isolée sur les côtes du Pacifique, avait résisté aux épreuves les plus dures et

glorieusement défendu l'honneur de son drapeau. Elle re- ^866. vint à petites journées k Mexico; son passage et celui des convois d'évacuation de Guadalajara furent protégés par de fortes garnisons établies à Aguascalientes, à Léon, et sur les points principaux de la route.

Le dernier échelon des troupes françaises, restées dans ^ Kvacuaiion

J- •* do Uuadalajara

l'Etat de Jalisco, se replia derrière le 62*^ de ligne. Guada- ( 1 2 décembre). lajara fut remis, le 12 décembre, aux forces mexicaines commandées par le général Gultierrez. Elles auraient pu tenirlongtemps encore, si elles avaient été soldées régulièrement, caries dispositions du pays n'étaient pas mauvaises ; des pronunciamientos avaient eu lieu, il est vrai, dans le sud de la province, à Cocula, à Tequila, à Aullan, à Coalcoman, mais les gardes rurales les avaient réprimés. Malheureusement le manque d'argent força le général Guttierrez à en licencier une partie au moment même où il en aurait eu le plus grand besoin. Il venait aussi de perdre le concours d'un officier français énergique, le capitaine Berthelin, commandant le régiment mexicain de gendarmerie de Guadalajara et qui, familiarisé avec le pays, rendait de nombreux services. Il avait eu, le 10 novembre, une rencontre avec les bandes ennemies au Paso de Guayavo (16 lieues de Colima), et avait été tué avec quarante de ses hommes.

On réunit à Guadalajara le o*^ bataillon de cazadores (bataillon de Guadalajara), le 6' bataillon (d'Aguascalientes), le 7® bataillon (de Mazatlan), afin d'appuyer le général Gutlierrez ; mais un ordre télégraphique de l'empereur Napoléon, ayant prescrit au maréchal de rapatrier tous les hommes qui s'étaient engagés primitivement à rester au Mexique, ces bataillons se désorganisèrent.

4866. Vers cette époque, le 5* bataillon, sous les ordres du com-

mandant Sayn, fut enveloppé par des forces supérieures au cerro de la Coronilla, entre Zapotlan et Guadalajara, et complètement détruit après un combat de cinq heures ; la plupart des Français furent tués et cent cinquante faits prisonniers. Le 19 décembre, Guadalajara tomba aux mains des libéraux.

Depuis un mois déjà, Durango était en leur pouvoir. Le colonel Gottret, commandant le dernier détachement français laissé dans cette région, se repliait lentement de Durango sur Zacatecas, et de Zacatecas sur Aguascalientes, où il s'arrêta quelques jours. Les troupes impériales ne tinrent pas mieux à Zacatecas qu'à Durango; elles évacuèrent cette ville derrière la colonne française ; les libéraux l'occupèrent le 26 novembre. Les représentants du gouvernement de l'empereur Maximilien ne purent se maintenir sur aucun point ; la retraite lente et méthodique des Français livrait chaque jour à l'ennemi une ville nouvelle; les autorités, les fonctionnaires, un grand nombre de familles s'enfuyaient. Ce mouvement rétrograde, pendant lequel le drapeau français ne reçut jamais une insulte et protégea toujours efficacement ceux qui voulurent s'abriter sous ses plis, n'en était pas moins signalé chaque jour par des épisodes douloureux dont souffrait vivement la gé-nérosité de nos soldats.

Les colonnes d'évacuation, se suivant à petites journées, arrivèrent successivement à Queretaro.

Le général de Castagny, avec le 18^ bataillon de chasseurs et un bataillon du 7® de ligne, formait le dernier échelon.

Le 28 décembre, il quitta définitivement Léon. Quelques

détachements de cazadores licenciés avaient encore à re- i86g. joindre; ils revinrent isolément et, pour la plupart, sans être inquiétés par les chefs libéraux qui favorisèrent leur départ plutôt qu'ils ne l'entravèrent.

Les derniers détachements français, restés dans l'Etat de San Luis Potosi, arrivèrent aussi à Queretaro à la fin du mois de décembre. L'évacuation de cette province avait été fort délicate; l'ennemi, en forces nombreuses, menaçait sans cesse les convois et se tenait prêt à pénétrer dans le centre du pays.

Depuis le mois d'août, Matehuala formait la limite extrême combats dos positions occupées par les troupes franco-mexicaines de Maiehuaia. dans les provinces du Nord-Est. Plus en arrière, des pos!es français gardaient Venado et Bocas ; les Mexicains alliés, Peotillos et Corcobada ; les autres points étaient évacués.

Des dissensions, survenues entre les chefs libéraux, dont les uns tenaient pour Ortega, les autres pour Juarez, avaient procuré quelque répit à la garnison de Matehuala. Au mois de septembre, les forces ennemies s'étant rapprochées des positions françaises , le commandant de La Hayrie sortit de Ma'ehuala; le 17, il atteignit et dispersa au cerrito de Zephirino Flores, les bandes réunies de Martinez et de Zepeda. Les conduites d'eau de la ville ayant été coupées, la garnison fit une nouvelle sortie quelque temps après, et parvint à remplir un réservoir. L'ennemi concentrait, disait-on, cinq mille hommes et dix canons pour enlever Matehuala. Le maréchal Bazaine prescrivit alors au général Douay de faire un mouvement offensif à deux ou trois journées de marche au delà de Matehuala, de frapper un coup vigoureux, et d'évacuer ensuite tout le pays jusqu'à San Luis.

672 11^ PARTIE. CHAPITRE Vil.

'J86G. Le général Douay se porta donc à Matehuala, forma

deux colonnes, l'une de deux bataillons, trois escadrons, et quatre pièces sous son commandement direct, l'autre d'un bataillon , un escadron, et deux pièces , sous les ordres du commandant de La Hayrie. Le 20 octobre, le général Douay atteignit la cavalerie ennemie à la Laja de Abajo et la poursuivit jusqu'à la nuit ; l'infanterie s'était jetée dans les montagnes. Il se dirigea le lendemain sur Valle Purissima, où se trouvaient d'importants approvisionnements ; mais il ne lui fut plus possible de joindre les forces libérales qui se retirèrent partout devant lui. Il revint à Matehuala le 25 octobre, détruisit les fortifications et fit évacuer la place le 27 et le 28. Déjà les grands parcs avaient été acheminés vers Queretaro ; les troupes les suivirent à peu de dislance, accompagnant d'énormes convois de matériel ou d'émigration.

Une colonne mobile de deux bataillons, deux escadrons, et deux sections] d'artillerie, sous les ordres du colonel Guilhem, du régiment étranger, fut provisoirement laissée à San [Luis pour appuyer le général Mejia, qui devait prendre le commandement des provinces du Nord-Est. Très-populaire dans cette partie du Mexique, le général Mejia y fut reçu avec un grand enthousiasme ; cependant, comme il trouvait insuffisants les moyens mis à sa disposition, il refusa de rester ainsi isolé. Le maréchal lui envoya les 2* et ¥ bataillons de cazadores, et retarda jusqu'à leur arrivée le départ de la dernière colonne française.

Le colonel Guilhem tenta un coup de main sur les avantpostes libéraux qui cernaient la ville de fort près ; le secret de son] opération ayant été connu de l'ennemi, il put seulement surprendre un détachement de deux cents hommes près de la Parada. La position du général Mejia était

très-mauvaise ; malade, découragé, mal secondé, sans ar- '^^^• gent, il paraissait peu probable qu'il pût se maintenir longtemps, mais il avait à portée ses fidèles montagnards de la Sierra-Gorda, qui résistaient vaillamment aux entreprises des bandes libérales de Rio Verde et près desquels il pouvait trouver un appui certain.

Enfin, il fallut abandonner San Luis comme les autres Évacuation villes; les dernières troupes françaises en partirent le 23 (23 déc. 4866). décembre ; bientôt après, le général Mejia se repliait sur San Felipe.

Au commencement de l'année 1867, l'arrière-garde de l'armée française se trouvait donc à Queretaro ; les colonnes d'évacuation, les convois, le matériel s'échelonnaient sur la route de Vera-Cruz. Ce mouvement rétrograde ne s'opérait pas sans difficulté. Une infinité de petites bandes se levaient de toutes parts. On retrouvait à leur tête les mêmes hommes que l'on avait traqués au commencement de l'expédition : Figueroa au sud de Puebla ; Dominguez. Telles, Guellar, au nord ; Prieto aux environs de Vera-Cruz ; Alatorre, du côté de Jalapa ; Fragoso, dans la vallée de Mexico.

L'insurrection de la Huasteca inquiétait particulièrement le maréchal ; il avait ordonné des travaux de fortification sur la route, et, au mois d'octobre précédent, il était allé inspecter lui-même le pays, afin de se rendre compte des * moyens à employer pour contenir l'ennemi et couvrir efficacement la ligne de communication avec la mer.

Depuis Tula de Mexico jusqu'à Tuxpan, la Huasteca était en armes; les Autrichiens durent évacuer Zacapoaxtla, et la colonne mobile du major Polak se replia sur Tulancingo (août 1866). Les garnisons de Perote et de Jalapa étaient

674 if PARTIE. CHAPITRE VII.

<866. très-menacées ; Huamantla, Apam et Chignahuapan se "" prononcèrent contre l'Empire ; Tlaxco tomba au pouvoir

des libéraux ; un détachement mexicain envoyé au secours de la ville fit défection, ses officiers en tête.

Plus au nord, le bataillon belge, revenant de San Luis Potosi, avait été dirigé sur Tula pour s'opposer au progrès des guérillas deMartinez qui avaient envahi Zimapan et Ixmiquilpan. Le colonel Van der Smissen crut pouvoir réoccuper Ixmiquiipan ; il partit, le 24 septembre, au soir avec deux cent cinquante hommes à pied et deux compagnies montées ; franchissant pendant la nuit les quinze lieues qui le séparaient d'Ixmiquilpan, il attaqua le village le lendemain matin, pénétra jusqu'à la place principale, mais ne put enlever le réduit et fut forcé de battre en retraite. Il eut la plus grande peine à ramener sa colonne en se défendant pied à pied contre la cavalerie ennemie; lespopulations soulevées coupaient les ponts, élevaient des barricades pour entraver sa marche ; il rentra enfin à Tula après avoir perdu onze officiers et soixante hommes tués ou blessés.

Les colonnes françaises étaient en mouvement dans tous les sens, pour poursuivre les guérillas ennemies et les éloigner de la route que suivaient les convois d'évacuation. Le colonel Rodriguez, rallié à l'intervention depuis 1863, s'était prononcé du côté de San Juan de los Llanos et avait enlevé un convoi d'une cinquantaine de malades autrichiens ■ qu'on ramenait de Perote à los Llanos. Il s'établit dans cette ville, à vingt lieues seulement dePuebla (sept. 1866). Cette situation n'était pas sans danger. Le maréchal dirigea sur Mexico les Autrichiens de la garnison de Puebla, pour les mettre à la disposition de l'Empereur, et lit occuper celle place et toute la ligne jusqu'à Yera-Gruz par des troupes françaises. Le bataillon de tirailleurs algériens des-

cendit dans les terres chaudes ; par suite du contre-ordre iseti. arrivé de France, le 81" de ligne, qui était à Yera-Cruz pour s'embarquer, fut rappelé en arrière et occupa fortement la ligne de San Andrès-Chalchicomula, La Canada de Ixtapan, et Tehuacan ; une colonne légère, forte de treize compagnies du l'*'" zouaves, quatre escadrons, trois sections d'artillerie, sous le commandement du colonel Clinchant, fut envoyée de Mexico à Tlascala. Cette colonne accompagna le connnandant en chef dans sa tournée à Puebla, Tlaxcala, Atlancotepec, Apam, Teotihuacan et Olumba. Le maréchal, en rentrant à Mexico, laissa le colonel Clinchant à Apam, d'où il devait se porter sur Tulancingo pour appuyer le major Polak.

Cinq cents Plaleados, qui avaient pillé Apam quelque Destruction temps auparavant, étaient alors à Huauchinango. Huauchinango.

Le 14 octobre, le major Polak, soutenu à distance par le colonel Clinchant, enleva ce repaire après un violent combat et incendia le village. Il se replia ensuite sur Tulancingo, et la colonne française revint à Mexico en passant par Pachuca; mais à peine était-elle partie, que les garnisons autrichiennes se \irent débordées par l'ennemi ; Pachuca fut attaqué le P''' novembre; le 9, un détachement autrichien fut détruit près de Real del Monte. On se vit obligé d'abandonner ces deux villes (14 novembre); les Autrichiens se concentrèrent sur Tulancingo, puis sur Tlaxcala. Le régiment belge, relevé à Tula par le bataillon de cazadores de Queretaro, vint occuper Tulancingo; un détachement du bataillon de cazadores de Mexico fut placé à Apam. La contre-guérilla, sous les ordres du commandant Delloye, fut chargée de surveiller les débouchés de la Sierra, entre Tiasco et San Andrès.

676 II' PARTIE. CHAPITRE Vil.

4866. Les bandes ennemies ne respectaient même pas la vallée

de Mexico. Fragoso osait venir jusqu'à Guautitlan, à quatre lieues de Mexico, et rançonnait la ville (octobre 1866). Il fallut, comme autrefois, organiser des colonnes mobiles, pour protéger la vallée contre les exactions des bandits. Une de ces colonnes, sous les ordres du commandant Vilmette, pénétra dans les montagnes du Monte-Alto, enleva de vive force ce village, et le brûla (11 décembre).

Le 16 décembre, l'ennemi attaqua Tlalpan, au sud de Mexico ; il menaça Texcoco au nord, et envahit Ghalco, le 21 décembre.

Près de la Soledad, les guérillas inquiétèrent sérieusement un grand convoi d'évacuation de trois cent cinquante voitures qui ramenait, de Queretaro à Mexico, les malades, le matériel de guerre de l'armée, et des sommes importantes appartenant aux familles mexicaines émigrantes ; la colonne Vilmette fut envoyée au-devant du convoi pour protéger sa marche.

Le détachement de cent cinquante cazadores, qui occupait Apam, n'ayant pu s'y maintenir, se replia surOtumba ; il fallut envoyer une colonne de cinq cents hommes, avec de l'artillerie, sous les ordres du commandant Saussier, pour faciliter son retour. Cette colonne continua sa route plus au nord, pour appuyer le régiment belge qui revenait de Tulancingo.EUe le rencontra près de Zinguilucan et rétrograda avec lui jusqu'à Teotihuacan.

LesBelges, que l'empereurMaximilien avait déliés de leurs engagements, se rendirent directement à Puebla et à Vera- Cruz, oii ils s'embarquèrent, le 20 janvier, sur le transport de la marine française, le Rhône, pour rentrer en Europe (*).

(*) L'effectif des troupes belges embarquées sur le Rhône était de trente-cinq ofliciors et de sept roni cinquante hommes.

LE MARÉCHAL BAZAIKE. 677

Une grande agitation régnait également entre Puebla et ^866. Vera-Cruz ; pendant quelque temps, les progrès des forces libérales de l'état d'Oajaca inspirèrent même de graves inquiétudes.

Porfirio Diaz, à la tête de deux mille hommes, avait atta- ^ £'"">^

de Miahuatlan

que, le 3 octobre, près de Miahuatlan, au sud d'Oajaca, une 9 octobre). colonne de douze cents hommes sortie d'Oajaca sous le commandement du général Oronos, et l'avait complètement détruite. Un vaillant officier français, le chef de bataillon Testard, qui commandait deux cent cinquante cazadores, tous les officiers français et mexicains de son détachement, et la plupart des soldats français furent tués ; les autres faits prisonniers.

Porfirio Diaz s'avança immédiatement sur Oaiaca, où il Prise dOajaca

par

ne restait qu'une faible garnison de trois cents hommes dont Porfirio Diaz. deux cents Autrichiens et un petit nombre de Français. Le 5 octobre, le général Oronos, échappé au désastre de ses troupes, rentra dans la ville avec quelques cavaliers ; l'ennemi se présenta le lendemain ; l'énergie des officiers autrichiens et français fit repousser ses sommations, mais la défense dut se limiter aux forts et aux couvents fortifiés. Le 16, Porfirio Diaz leva le siège pour marcher à la rencontre d'une colonne de secours de huit cents hommes, autrichiens, cazadores et mexicains, qui arrivait d'Huajuapan ; il la battit encore près de la Carbonera, lui fit quatre cents prisonniers, enleva quatre canons etla rejeta sur Acatlan. Il revint devant la place le 19 octobre. Un billet, adressé au général Oronos par le colonel impérialiste Trujeque pour lui faire connaître qu'il était impossible de le secourir, avait été saisi sur l'Indien qui le portait. Porfirio Diaz l'envoya lui-même au général Oronos qui, réduit à la dernière extrémité, capitula le 30 octobre. La garnison fut faite prisonnière.

678 II" PARTIE. CHAPITRE Vil.

4866, Après le combat de la Carbonera, la cavalerie de Chato

Diaz s'était rapprochée de Tehuacan, où se trouvait un détachement autrichien ; on craignit un instant que l'ennemi ne concentrât ses efforts contre cette place, mais Porfirio Diaz se contenta des succès qu'il avait obtenus ; maître de la province d'Oajaca, il comprit qu'en voulant se heurter contre l'armée française, dont les colonnes descendaient en force vers les terres chaudes, il ne pouvait que compromettre sa situation ; il resta donc à Oajaca, licencia une partie de ses troupes, et témoigna, par son attitude, de son désir d'éviter tout conflit avec les Français (*).

Toutefois, il était prudent de prendre des mesures de précaution pour garder les passages de la route. Le général Aymard, nommé commandant supérieur de Puebla, depuis le mois d'octobre 1866, répartit le 7' bataillon de chasseurs, le 51^ et le 81' de ligne dans les postes principaux.

La contre-guérilla Dupin C-) reprit ses anciens cantonnements dans les terres chaudes, à la Soledad, et à Camaron ; les Autrichiens continuèrent à observer les débouchés de la Huasleca en gardant Tlaxcala, Perote, Jalapa ; ils

(1) Porfirio Diaz fusilla les officiers mexicains faits prisonniers à MiahuaUan et à la Carbonera ; mais il traita bien les Fronçais tombés entre ses mains et rendit hommage à leur bravoure.

« Ce n'est qu'après avoir développé un courage digne d'une meilleure cause, avoir vu tomber leur commandent, leurs officiers, presque tous leurs camarades, que, restés seuls, abandonnés sur le champ de bataille et voyant toute résistance impossible, cette poignée d'hommes, la plupart blessés, se sont rendus.

Soldat moi-même, je respecte en eux dos ennemis vaincus et <lésarmés et les traite comme tels. « (Communication faite par Porfirio Diaz aux officiers et soldats étrangers de la garnison d'Oajaca, 9 octobre.)

Porfirio Diaz renvoya le sabre que portait le commandant Testard.

(*) Le colonel de Gallifet remplaça peu de temps après, à la tète de la contreguérilla, le colonel Dupin, qui prit le commandement supérieur de Vcra-Cruz.

étaient presque journellement aux prises avec les guérillas ennemies. La position de Tlaxcala, ayant été très-vigoureusement attaquée par Rodriguez, le commandant d''Espeuilles, qui se trouvait à San Martin Texnielacan avec sept compagnies de zouaves et deux escadrons de hussards, se porta vivement à son secours ; il dégagea la place après un brillant combat (2 novembre), et vint ensuite s'établir à Amozoc pour servir de réserve au général Aymard.

Fort inquiet des mouvements de l'ennemi, d'un côté vers Tehuacan, de l'autre vers San Andrès Chalchicomula, le général Aymard s'était établi à Palmar avec une colonne de quinze cents hommes afin d'être à même de secourir les points menacés. Porfîrio Diaz se tenait sur une grande réserve, mais Figueroa menaçait toujours Tehuacan. Le général Aymard y conduisit un renfort de six cents Autrichiens.

La situation était plus compromise au nord de la route. Les guérillas d'Alatorre grossissaient sans cesse autour de Jalapa. La cavalerie et la majeure partie de l'infanterie mexicaine de la garnison étaient passées à l'ennemi. 11 ne restait plus dans la place qu'un faible détachement autrichien et quelques Mexicains d'une fidélité douteuse; les vivres manquaient, les désertions se multipliaient ; enfin, à la suite d'une nouvelle attaque soutenue vigoureusement pendant deux jours, le général Galderon accepta une capitulation honorable ; la garnison fut désarmée, mais elle eut la liberté de se retirer à Puebla (11 novembre). Des colonnes envoyées d'Orizaba n'arrivèrent pas en temps utile pour éviter la capitulation de Jalapa. Les Autrichiens se virent également bloqués à Perote ; le général Aymard leur conduisit un important renfort (22 novembre) et prit position à San Andrès.

Mouvements

militaires entre

Perote

et Tehuacan.

680 II* PARTIE. — CHAPITRE Vil.

4866. Au commencement du mois de décembre, le général

Douay transporta son quartier général à Puebla et prit le commandement supérieur de cette province ; le général Aymard resta particulièrement chargé de surveiller la ligne San Andrès — Tehuacan et le passage desGumbres.

Tehuacan fut attaqué, le 11 décembre, par Figueroa ; le général Aymard dégagea la place, et un bataillon du ol* de ligne releva la garnison autrichienne, le 21 décembre.

Le fort de Perote ayant été de nouveau sérieusement assiégé par deux mille hommes, le général Aymard s'y rendit le 4 janvier; il fit évacuer le fort, détruisit l'artillerie qu'il ne put enlever et, le 8 janvier, ramena le détachement autrichien à San Andrès (^).

L'insurrection était générale ; dans les terres chaudes il ne se passait pas de jour sans que les patrouilles et les reconnaissances eussent quelque engagement avec les guérillas. Au mois de mars 1866, le maréchal avait envoyé un détachement battre le pays entre le Piio Blanco et le Rio de Cosomoloapan ; l'expédition avait réussi ; partie d'Omealca le 18 mars, la colonne était arrivée par terre à Cosomoloapan, tandis que les canonnières remontaient ce fleuve

(1) Le corps des volontaires autrichiens allait être licencié; ceux qui voulaient librement, par un contrat nouveau, ne pas abandonner la fortune de leur Prince, devaient seuls rester au Mexique , mais le plus grand nombre désiraient partir et montraient même une certaine hâte. Le maréclial Bazaine les fit rapatrier les premiers.

Us laissaient leur armement à Puebla et recevaient des fusils français pour descendre jusqu'à Vera-Cruz. Le premier détachement, fort do cinq cents hommes, quitta Puebla le 2 janvier. Le colonel v. Kodolich prit le commandement des détachements qui restèrent ; on en forma un régiment de cavalerie sous les ordres du colonel V. KhevenhuUer, et un régiment d'infanterie sous ceux du major v.Ilammerstein. Ces troupes se distinguèrent brillamment dans les dernières luttes de l'Empire.

jusqu'à Tlacotalpan et débarquaient leurs compagnies de '1866. marins. Mais les garnisons mexicaines de Tlacotalpan et d'Alvarado furent bientôt bloquées par les guérillas, décimées par le vomito, et privées de tout appui, car les canonnières françaises ne pouvaient, sans danger, passer sous le feu des batteries de position établies sur les bords du ileuve. Alvarado fut pris par l'ennemi le 28 juillet ; on évacua Tlacotalpan le 20 août. Aux environs de Medelin, on se battait sans cesse avec les bandes de Prielo qui disposait de plus de cinq cents hommes. La contre-guérilla, sous les ordres du colonel de Gallifet, les tirailleurs algériens, dont une partie avait été organisée en partisans à cheval, les compagnies d'Egyptiens, qui tenaient fort honorablement leur place à côté des troupes françaises, étaient toujours en mouvement.

Le 7 janvier, le colonel de Gallifet joignit l'ennemi près de l'hacienda de Paso Toro, sur le bord du Piio Jamapi. Il fit passer ses cavaliers à la nage, et les Mexicains, vigoureusement abordés, perdirent quarante tués et une soixantaine de blessés. Le détachement français eut un homme tué et neuf blessés.

Sur les plateaux, des populations, ordinairement paisibles, se prononçaient contre l'Empire. Tlacotepec, Tecamachalco appelaient l'ennemi ; le maréchal dut menacer de sévir avec la plus grande rigueur contre les villages dont les habitants feraient quelque démonstration hostile.

Enfin, l'on voyait les forces de Régules et de RivaPalacio déjà maîtresses de toute la vallée du Rio de Lerma, prêtes à s'emparer de Toluca; c'étaient des troupes bien organisées et régulièrement armées; si elles parvenaient à occuper les débouchés des montagnes, le mouvement des convois d'évacuation entre Mexico et Puebla pouvait être

-1866. fort compromis. Le maréchal fit soutenir la garnison de Toluca par des postes français placés à Lerma ; au mois de décembre, l'ennemi devenant plus pressant, une colonne de cinq cents hommes, sous les ordres du commandant de La Hayrie, fut envoyée au secours de la place. Elle arriva le 8 décembre, fit aussitôt une sortie, culbuta les libéraux et rentra, le 14, à Mexico.

Moins de quinze jours après. Riva Palacio attaquait de nouveau Toluca; une colonne française, conduite par le conimandant Delloye, s'y porta rapidement (6 janvier), dégagea les environs jusqu'à Tlacotepec et San Juan de la Huerta, et revint le lendemain à Lerma.

Du côté du Guerrero, le colonel Ortiz de la Pena s'était fait battre au Puente de Ixtla, avait perdu son convoi, ses munitions, et se concentrait assez en désordre à Cuernavaca. Seul, le général Mendez, dans l'Etat de Michoacan, maintenait encore ses positions, malgré les bandes qui l'entouraient de tous côtés.

Quel que fût le peu de confiance du maréchal, il n'avait pas prévu un écroulement aussi rapide, et cependant, le gouvernement de l'empereur Maximilien, sinon l'Empereur kii-même, dont la pensée vacillante ne pouvait être bien connue, s'obstinait à ne pas désespérer.

L'armée impériale mexicaine avait été partagée en trois commandements ; le général Marquez devait être chargé du Michoacan et du pays compris entre Vera-Cruz, Mexico, et Queretaro ; le général Mejia opérer au nord, vers San Luis de Polosi; et le général Miramon à l'ouest, entre Zacatecas et Guadalajara. Le général Mejia se trouvait déjà dans les environs de San Luis ; le général Miramon était parti pour concentrer ses troupes ; le général Marquez prit le commandement de Mexico.

L'empereur Maximilien ayant quitté Orizaba, pour rêve- 'fsce. nir à Mexico, le vénérai Gastelnau et M. Dano allèrent le , Entrevue

^ . (le 1 empereur

voir à Puebla, afin d'essaver encore d'obtenir son abdica- Maximiiien

avec le général

tion. Partis le 20 décembre, ils rentrèrent à Mexico le 24, Casteinau

' . et M. Dano a

sans avoir réussi dans leurs démarches. L'empereur Maxi- Puebia

^ ^ ^ (20 décembre).

milien dit plus tard au maréchal qu'il avait été froissé « des circonstances de cette entrevue (*), »

Le général Casteinau et M. Dano étaient d'avis « qu'il faudrait peut-être prononcer la déchéance de l'empereur Maximilien, afin d'éviter au pays une guerre civile prolongée qui serait sa ruine ; c'est une mesure extrême qui ne produirait pas le résultat satisfaisant que l'on en espère, disait le maréchal, parce qu'il est de toute impossibilité de constituer un nouveau gouvernement fédéral sans l'attache de Juarez ; il faudrait donc entrer en relations avec lui, qui pourrait bien répondre et j'en suis convaincu : «je n'ai pas besoin de votre intermédiaire pour reconstituer le gouvernement constitutionnel ; retirez-vous, nous aviserons après. . . »

« D'un côté, la honte d'échouer vis-à-vis de notre ennemi; de l'autre, mettre à bas ce que nous avons élevé avec tantd'efforts... Je croisqu'il est préférable de laisser l'Empire mexicain suivre sa propre fortune, et il est bien probable qu'il ne durera pas plusieurs mois après notre départ; mais enfin, nous n'en serons plus responsables, et on ne pourra nous accuser de déloyauté, ce qu'on ne manquerait pas de faire, s'il fallait exécuter ce faible pouvoir avant la retraite de notre armée, qui jusqu'à ce jour l'avait si bien protégé W. »

Le maréchal était en désaccord complet avec les autres

(•) Le maréchal au ministre, 10 janvier i867.

<2) Le maréchal au ministre, 28 décembre. — Cette lettre se terminait par ce post-scriptum significatif :

« Réflexion : Les Arabes disent : quand on voyage deux seulement , il faut se

<866. représentants du gouvernement français ; dans certaines heures d'irritation, ses relations avec l'empereur Maximilien avaient été difficiles; d'autres fois, il ne pouvait se défendre d'un certain intérêt pour le souverain dont il avait apprécié la bonté de cœur, et dont il recevait les confidences au moment de cette crise suprême.

L'Empereur sentait son avenir compromis, son honneur engagé ; il souffrait cruellement de ses espérances ruinées, de ses affections brisées. On avait pu lui reprocher de manquer de volonté et d'énergie dans le commandement, mais l'élévation de ses sentiments et la générosité de son caractère le portaient à se dévouer, jusqu'à la fin, à l'œuvre qu'il avait entreprise. Ayant conscience de ses devoirs à l'égard des Mexicains, il était prêt à se sacrifier ; cependant, quel que fût son désir de mettre un terme à la guerre civile, il lui répugnait de déserter une cause que ses partisans prétendaient encore défendre. La convocation d'un congrès général lui paraissait être le seul moyen de conciher les esprits ; alors disait-il : « S'il faut descendre du trône, j'en descendrai la tête haute. »

Tandis que le général Castelnau s'efforçait d'obtenir l'abdication immédiate de l'empereur Maximilien, le gouvernement français décidait le rappel de toutes les troupes françaises, sans exception, et déliait de leurs engagements les B'rançais incorporés dans les cazadores ou les autres corps mexicains ; il continuait néanmoins à réclamer l'exécution de la convention du 30 juillet.

méfier de son voisin ; quand on est trois, il faut un chef ; ici nous sommes quatre : le commandant de l'armée, l'aide de camp de Sa Majesté, le ministre de France, le chef de la mission financière ; cliacun a ses instructions et sa manière d'apprécier les choses 1 1 f »

du 30 juillet.

Celte convention devait être exécutoire à partir du l^^'no- 4866. vembre ; mais, contrairement aux clauses mêmes du traité, DimciiK

1 • • , . . ,, . , Tpn I ' 1 • au sujet de la

lesmmistres mexicains élevaient des dmicultes et voulaient convention réserver à l'empereur Maximilien le droit de déterminer l'époque de sa mise en vigueur. M. Dano s'opposait à cette prétention qui lésait les intérêts de la France. Il donna l'ordre à l'un des fonctionnaires des finances de prendre possession de la douane de Vera-Gruz. Un conflit s'engagea, et tous les employés mexicains se retirèrent en protestant. On passa outre. L'empereur Maximilien écrivit au maréchal pour se plaindre de ces procédés O; mais celuici répondit que son action dans « les questions qui concernent la mission financière était très-bornée ; les instructions qui la dirigent émanant directement du ministre des finances de France (^). »

Le gouvernement mexicain mit alors l'embargo sur les marchandises qui arrivaient à Mexico après avoir acquitté les droits de douane à Vera-Gruz, entre les mains des agents français. Les négociants ayant réclamé près des autorités françaises, M. Dano fit connaître, le 27 décembre, au ministre des finances mexicaines, qu'à la suite d'une conférence tenue avec le maréchal, le général Gastelnau, et M. de Maintenant , il avait été décidé que le lendemain, de gré ou de force, les marchandises seraient délivrées aux intéressés. Un avis publié dans les journaux français, sous la signature de M. de Maintenant, informa le commerce que les marchandises étaient à sa disposition et que, pour se les faire remettre, il pouvait au besoin « demander le concours de l'autorité française. » De son côté, le minis-

(') L'empereur Maximilien au maréchal Bazaine, 21 novembre, (2) Le maréchal à l'empereur Maximilien, 29 novembre.

^867. tère mexicain prévint les négociants que s'ils se mettaient en opposition avec les lois de l'Etat, ils s'exposaient aux rigueurs de la justice.

Le maréchal n'approuvait pas la manière dont cette affaire était menée, car, de toute façon, les mesures prises par le ministre de France devaient être préjudiciables aux intérêts des commerçants (^).

L'empereur Maximilien revint à Mexico, le 5 janvier 1867 ; il traversa la ville sans s'arrêter et se rendit à l'hacienda de la Teja dans la banlieue. Il fit prier le maréchal de venir le voir le lendemain. L'Empereur se montra trèsexpansifdans cette entrevue dont le maréchal rendit compte au ministre de la guerre par la lettre suivante (^) :

« Depuis sa rentrée à Mexico, Tempereur Maximilien m'a

reçu une fois et m'a dit qu'il était revenu dans la capitale parce qu'il avait donné sa parole d'y revenir; que son but était de s'assurer définitivement des ressources sur lesquelles ses partisans pouvaient compter et qu'il ne voulait pas les abandonner sans leur démontrer leur impuissance; enfin, qu'il ne voulait pas faire comme le soldat qui quitte son fusil sur le champ de bataille pour fuir plus vite; en ce moment, je crois que ce souverain cherche une combinaison nouvelle pour qu'il puisse se retirer sans honte pour son blason; c'est donc plutôt une question d'araour-propre qu'une question politique. J'ai exposé à l'Empereur que les instants étaient courts et précieux ; que ses ressources étaient insuftisantes pour faire face à la situation périlleuse dans laquelle il allait se trouver après notre départ, et qu'à tous les points de vue, il valait mieux prendre un parti décisif avant. Il m'a promis de réunir trèsprochainement un conseil intime auquel il me prierait d'assister, et qu'après l'exposé loyal de ce conseil, il se déciderait. Je l'attends, bien déterminé à dire que le gouvernement impérial ne peut

(') Le maréchal au ministre, 10 janvier 1867. (») Le maréchal au ministre, 9 janvier 1867.

pas se maintenir sans descendre au rang de simple chef de parti ^sGi et assumer la responsabilité de la continuation presque indéfinie ~

de la guerre civile, ce que l'Empereur m'a déclaré, à plusieurs reprises, ne pas vouloir à aucun prix; comme par suite durcirait des troupes françaises, les Etats reconstituent le gouvernement fédéral constitutionnel, la fédération, moins le gouvernement central, est constituée de fait. La marche à suivre, pour arriver à un résultat assez satisfaisant, vu le peu de temps qui restera entre la résolution de l'Empereur et notre départ, serait de remettre le gouvernement du district de Mexico h l'ayuntamiento de 1863 qui remplira en même temps les fonctions de gouvernement provisoire et qui, après notre départ, s'entendrait avec les autres Etats pour élire un gouvernement définitif qui bien certainement sera celui de Juarez. Amen I

« Je ne vois pas moyen de faire autrement si l'Empereur abdique, car les fédéraux eux-mêmes sont fort divisés....»

Sans vouloir encourager formellement l'empereur Maximilien à conserver le pouvoir, le maréchal trouvait que, si l'Empire se soutenait quelque temps encore, la retraite de l'armée française serait plus facile, et que la politique française se dégagerait beaucoup mieux que par des négociations fort incertaines, avec les chefs libéraux. Cependant le départ de la légion étrangère, celui des Français incorporés dans les corps mexicains et de la majeure partie des Austro-Belges avaient, depuis un mois, notablement modifié la situation. Presque nulle parties troupes mexicaines impériales n'avaient conservé les positions abandonnées par l'armée française ; les conditions devenaient donc chaque jour plus mauvaises.

Le 11 janvier, le maréchal reçut de M. Lares l'invitation de se rendre à la réunion dont lui avait parlé l'Empereur :

« Sa Majesté l'Empereur, désirant connaître d'une manière confidentielle et amicale l'avis de Votre Excellence et celui d^iutres

-1867. personnes sur une affaire de grave importance, m'ordonne de m'a- ^, ,~ ,. dresser à Votre Excellence, ainsi que i'ai l'honneur de le faire, en

IJppi 3r3l ton ^ X 0

du maréchal la priant de vouloir bien se rendre au palais du gouvernement à la conférence ij^di prochain, 14 du courant, à deux heures du soir.

da14janv. -1867. ^ ' '

Le maréchal s'y rendit et n'y trouva pas l'Empereur ; très-surpris de se voir en présence d'une nombreuse assistance composée des ministres, des archevêque et évêques, des conseillers d'Etat, et d'un certain nombre de généraux, il eut d'abord la pensée de se retirer ; mais, craignant de produire un éclat fâcheux, il lut la déclaration qu'il avait préparée :

i L'évacuation sans coup férir des principales places fortifiées, suftlsamment armées, par les garnisons impériales, sur les démonstrations d'un ennemi plus faible que ces garnisons, a fait disparaître le peu de confiance qui restait dans la protection militaire que l'Empire pouvait accorder aux populations. Aujourd'hui, elles sont généralement prononcées contre l'Empire. Chaque Etat a pris son rang dans la fédération ; les élections faites, d'après les bases de la constitution de 1837, ont validé la plupart des autorités fédérales établies de fait après le départ des employés impériaux , le régime fédéral est donc rétabli dans la plus grande partie du territoire.

(( A quoi servirait de faire des efforts militaires et de grandes dépenses pour reconquérir le territoire perdu ? A rien ! Car les populations sont, après les expériences des deux dernières années, peu disposées aujourd'hui en faveur du maintien de l'Empire. Il arriverait donc que les colonnes dirigées dans l'intérieur, subissant peu à peu cette influence, se prononceraient, ou bien encore qu'affaiblies par les garnisons qu'elles seraient obligées de laisser dans les grands centres, Tennemi, ainsi que nous le voyons déjà, les harcèlerait, les tiendrait bloquées, empêcherait toute relation avec le gouvernement central. Comme conséquences immédiates, le commerce complètement arrêté, ainsi que les travaux agricoles et industriels, produirait un mécontentement profond dans les populations et un manque absolu de ressources pour maintenir les troupes dans le devoir.

a L'organisation fédérale paraît devoir mettre le pays à l'abri des tentatives hostiles des Etats-Unis, et cette considération semble exercer une grande influence sur l'esprit des populations qui, avec

raison, craignent qun toute autre forme de gouvernement amène ',867,

en conquérants leurs voisins du nord, "~

« 1° Au point de vue militaire, je ne crois pas que les forces impériales puissent maintenir le pays dans un état de pacification tel que le gouvernement de l'Empereur puisse s'exercer dans toute sa plénitude ; les opérations militaires ne sont que des combats partiels, sans résultats définitifs, qui entretiendront la guerre civile par les mesures arbitraires qu'elles entraîneront forcément avec elles, et, comme conséquence infaillible, la démoralisation et la ruine du pays;

« 2° Au point de vue financier, le pays ne pouvant pas être régulièrement administré, ne fournira pas les moyens nécessaires au maintien du gouvernement militaire impérial dont les agents seront toujours obligés d'avoir recours à des impôts forcés, qui ne feront qu'accroître le mécontentement des populations;

« 3" Au point de vue politique, l'opinion de la majorité du pays paraît être aujourd'hui plutôt républicaine fédéraliste qu'impérialiste, et il est permis de douter qu'un appel à la nation soit favorable au régime actuel, et que peut-être même elle n'obtempérerait pas à la convocation qui lui serait adi'essée.

« En résumé, il me paraît impossible que Sa Majesté puisse continuer à gouverner le pays dans des conditions normales et honorables pour sa souveraineté, sans déchoir au rang de chef d'un parti et qu'il est préférable pour sa gloire et sa sauvegarde qu'Elle en fasse la remise à la nation. »

Les ministres des finances et de la guerre dirent, à leur tour, que les promesses faites à Orizaba seraient tenues ; les hommes étaient réunis ; l'argent était prêt ; le gouvernement, assuraient-ils, avait à sa disposition huit millions de piastres et vingt-cinq mille hommes présents sous les armes; chacun exposa en peu de mots son opinion, en déclarant : soit vouloir le maintien de l'Empire avec la lutte à outrance, soit conseiller l'abdication. La majorité des membres présents fut favorable au maintien de l'Empire ; l'archevêque de Mexico et l'évêque de San Luis s'étaient abstenus. Dès lors, les mesures les plus extrêmes furent

arrêtées.

690 II" PARTIE. CHAPITHE Vil.

4867. Le général Marquez, qui commandait à Mexico, déploya

Mesures une énergie impitoyable ; il ordonna des levas dans les rues

ordonnées mêmes de la ville; il fit appliquer les mesures les plus

par le maréchal , -,, ■^ • n ' i

à Mexico. rigoui'euses pour la rentrée dune contribution forcée de 600,000 piastres, emprisonner les citoyens qui refusèrent de s'y soumettre, et forcer leurs caisses. Beaucoup de personnes menacées dans leurs intérêts et dans leur sécurité personnelle vinrent réclamer la protection du maréchal. Son rôle était sans doute de s'effacer et de décliner toute intervention comme toute responsabilité dans les abus qui se commettaient. Il n'avait qu'à hâter son départ et à laisser les Mexicains se débattre entre eux. Cependant le général Marquez ayant fait arrêter une personne du nom de Pedro Garay qu'on accusait, non sans fondement, d'être un agent de Juarez, et qui avait reçu autrefois un sauf-conduit de l'autorité française, le maréchal exigea qu'il fût immédiatement mis en liberté ; il fit mander le directeur de la police à l'état-major de la place, où il le consigna jusqu'à l'élargissement de Pedro Garay. La presse de Mexico attaqua vivement la conduite du maréchal ; se fondant alors sur le droit d'un général de faire respecter, par les moyens en son pouvoir, les intérêts de l'armée sous ses ordres, il fît arrêter l'éditeur du journal La Patria, et prononça, de sa propre autorité, la suppression de ce journal.

Le ministre de gobernacion (') protesta contre cette application du droit de la guerre : « Le gouvernement mexicain ne peut considérer le corps expéditionnaire que comme une armée amie passant en temps de paix sur le territoire de l'Empire, car l'état de guerre n'existe pas entre la France et le gouvernement impérial du Mexique. » Il

(1) Ministre de l'intérieur.

demanda que l'éditeur du journal ne fût pas soustrait à ses juges naturels.

Le maréchal répliqua durement : « qu'il n'avait point à discuter son droit, qu'il lui suffisait de le proclamer et de le faire respecter ; que, du reste, il faisait mettre en liberté le rédacteur et l'éditeur du journal pour ne pas donner le spectacle scandaleux de débats publics entre le gouvernement mexicain et le commandant en chef; cependant, comme le gouvernement se montrait par trop tolérant envers un organe semi-officiel dont le langage et les tendances hostiles poussaient à la haine du nom français, et dont l'attitude était devenue d'une inconvenance telle que le dédain avait dû faire place à la nécessité d'une répression prompte et énergique, » il maintenait la suppression du journal La Patria (^).

Quelques jours après, M. Lares, président du conseil des ministres, ayant invité le maréchal, le général Castelnau, et M. Dano, à une nouvelle conférence, le maréchal refusa de s'y rendre ; le général Castelnau se rangea au même avis, M. Dano seul y assista. La conférence n'aboutit à rien. M. Lares écrivit alors au maréchal une lettre dont voici les extraits principaux C^):

Rupture du maréchal

avec • fc'ouvernement

mexicain et l'empereur Maximilien.

« M. le maréchal et M. le général Castelnau déclaraieul, daus la note du 7 novembre dernier, que tant que les troupes françaises seraient au Mexique, elles protégeraient, comme elles l'ont fait jusqu'ici, les autorités et les populations, l'ordre en un mol, dans les zones qu'elles occupent, mais sans entreprendre d'expéditions éloignées.

« Mais, comme dans l'attaque récente contre Texcoco, V. £. n'a

(0 Le maréchal au ministre île la guerre, 22 janvier. (2) M. Lures au maréchal, 2o janvier. (Traduction.)

4867. pas jugé convenable de prêter son secours, ainsi qu'en a rendu

~ compte le général commandant la 2® division, le gouvernement

désire savoir quelle serait Tattitude des troupes françaises dans la capitale, si avant leur départ, la ville venait à y être menacée par les dissidents, que l'un de ses points fût attaqué, ou que l'ennemi cherchât à faire un coup de main.

« Le gouvernement mexicain était en droit de compter que l'armée française, conformément à la note du 31 mai, ne serait pas retirée avant l'automne 1867 ; puisque son départ paraît chose arrêtée , il désire savoir à quelle époque elle quittera Mexico. Il réclame de nouveau la remise de la citadelle, des autres points fortifiés, et du matériel de guerre.

« Il désire une solution amiable au sujet de l'incident de La Patria et de l'occupation des douanes de Vera-Cruz. »

Le maréchal répondit (*) que toutes ces questions avaient été déjà résolues dans les conférences antérieures, ou par la correspondance avec les ministres ; « comme la rédaction de cette lettre, ajoutait-il, laisse percer un sentiment de méfiance constamment basé sur des appréciations calomnieuses qui froissent notre loyauté, je liens à vous exprimer qu'à l'avenir je ne veux avoir aucune relation directe avec votre ministère. »

Il écrivit en outre à l'empereur Maximilien C^) ; après avoir reproduit le premier paragraphe de la lettre de M. Lares, il continuait ainsi :

« L'inconvenance de ce langage n'échappera pas à Votre Majesté (jui ne m'a jamais fait l'injure de supposer un seul instant que la loyauté de l'armée française pût être mise en suspicion.

« En signalant ù Sa Majesté les procédés dont ses ministres usent envers moi, en son nom, je crois faire un dernier et suprême acte de contiancc et de loyauté.

« Je crois en effet rendre encore service à l'Empereur en essayant de l'éclairer sur les tendances et sur les insinuations d'une faction

(') Le inaroch.'il à M. Lares, 27 janvier.

<*) Le niaroclial à rcnipereur Maximilien, 28 i.nivier.

L1-: MAKÉCÎIAL CAZAINE. 693

qui rie réunit que peu de sympathie, et dont les chefs abusent de -(867.

l'ascendant qu'ils croient avoir, ou de la confiance qu'ils ont su ins- ~~

pirer, pour préparer au Mexique et à votre Majesté une ère de sanglantes représailles, de douloureuses péripéties, de ruines, d'anarchie, et d'humiliations sans nombre.

» J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que, plus que jamais désireux de conserver son estime et l'amitié dont elle a bien voulu m'honorer, j'ai fait savoir à M. le président du conseil qu'en présence des termes de sa lettre précitée, je ne voulais plus à l'avenii avoir aucune relation directe avec l'administration dont il est le président.

« J'ajouterai, Sire, que les chefs d'armes de M. le général Marquez sont journellement en relations avec les commandants du génie et de l'artillerie de l'armée française pour se mettre au courant de l'état des fortitications, des défenses, des approvisionnements en matériel, en armes, en munitions de la place.

« Sa Majesté m'ayant témoigné le désir de savoir à l'avance à quelle époque je quitterai Mexico, j'ai l'honneur de l'informer que mon départ avec les derniers contingents du corps expéditionnaire aura lieu dans la première quinzaine du mois de février.

« Jusqu'au dernier moment, Sire, je serai toujours prêt à me rendre aux appels que Votre Majesté voudra bien m'exprimer et toujours disposé à fan'e concorder mes efforts à vos désirs »

Quelques instants après l'envoi de cette lettre, le maréchal reçut la réponse suivante du Père Fischer, secrétaire particulier de l'Empereur O :

« Monsieur le maréchal, Sa Majesté l'Empereur m'ordonne à l'instant de retourner à Votre Excellence la lettre ci-joinle, ne pouvant admettre que vous parliez de ses ministres dans les termes dans lesquels elle est conçue.

« A moins que Votre Excellence ne juge opportun de donner une satisfaction sur ces ternies. Sa Majesté m'ordonne de faire savoir à Votre Excellence que, dans ces conditions. Elle ne veut plus, à l'avenir, avoir aucune relation directe avec Votre Excellence.

« J'ai l'hoiineur, etc. »

'1) 28 janvier, sept lioiiros du soir (iraducUon).

694 II'' PARTIE. CHAi'ITKE VII.

4867. Telles furent les dernières relations du maréchal et de

l'empereur Maximilien.

Le maréchal, irrité par de nombreuses blessures d'amourpropre, n'avait mis aucun ménagement dans les rapports qu'il avait à conserver encore avec les ministres de l'empereur Maximilien ; l'Empereur, de son côté, avait de sérieux griefs contre les représentants de la France. Leurs procédés, à l'égard de son gouvernement, le froissaient avec juste raison. Du reste, à cette époque, il subissait l'influence d'hommes qui représentaient l'idée réactionnaire dans toute son exagération, et qui l'isolaient de plus en plus du pays. Le Père Fischer était l'agent le plus actif de cette réaction. Depuis peu de temps revenu de Rome où il était allé négocier un concordat, il avait accompagné l'Empereur àOrizaba, et combattu ses projets d'abdication. A la fin du mois de décembre, il remplaça, au cabinet de l'Empereur, le capitaine Pierron qui, dans Fétat des choses, ne pouvait plus conserver cette position ; ainsi avait été rompu le dernier et fragile anneau qui facilitait encore les rapports du gouvernement mexicain et des représentants de la France.

Le maréchal activa ses préparatifs de départ ; rien ne le retenait plus à Mexico ; une dépêche de l'empereur Napoléon au général Castelnau, datée de Paris, 10 janvier, venait d'arriver. Elle était ainsi conçue :

« Ne forcez pas l'Empereur à abdiquer, mais ne retardez pas le départ des troupes.

« Rapatriez tous ceux qui ne veulent pas rester. »

Les troupes étaient échelonnées entre Mexico et la mer ; le 15 janvier au soir, le général de Castagny avait amené

le dernier échelon ; tous les postes en arrière avaient été i867. remis aux troupes mexicaines.

Les colonnes françaises s'étaient aussitôt acheminées vers le port d'embarquement ; le maréchal n'avait gardé avec lui qu'une forte arrière-garde.

Le matériel encombrant dont la valeur n'aurait pas été en rapport avec les frais de transport, les chevaux et les harnachements furent, conformément aux ordres du ministre, vendus aux enchères à Mexico, à Puebla, à Orizaba, à Paso del Macho ; on n'en retira qu'une somme insignifianle. La plupart des chevaux allèrent remonter les guérillas républicaines. On en transporta quelqucs-unS dans les colonies françaises des Antilles.

Les projectiles qu'on ne pouvait emporter et que d'ailleurs l'artillerie mexicaine n'aurait pu utiliser, furent brisés et d'importantes quantités de poudres noyées dans les fossés de la citadelle. Des ordres furent donnés pour qu'on en fît de même à Orizaba et à Puebla (^). Il est difficile d'expliquer d'une manière satisfaisante les motifs de cette destruction pénible ; on se demande quelle raison pouvait en empêcher la cession à titre gracieux aux arsenaux mexicains, puisque le gouvernement de l'empereur Maximilien était trop pauvre pour les payer. Enfin, sous prétexte d'en faire régulièrement la remise, et, dit le maréchal, pour les soustraire à un coup de main possible de l'ennemi, les pièces de campagne d'artillerie mexicaine furent enlevées des remparts et enfermées dans la citadelle, dont la garnison française conserva la garde jusqu'à la dernière heure. Cependant Mexico restait encore largement approvisionné ; on laissait 500,000 cartouches ,

<•) Le maréciial au ministre, 2 mars.

G96 ir" l'AKTiE. CHAPITRE VII.

1867. 34,000 projectiles, et les charges nécessaires pour tirer 300 coups par pièce.

Le 3 février, le maréchal adressa la proclamation suivante aux habitants (') :

« Mexicains, dans peu de jours les troupes françaises sortiront de Mexico.

« Pendant les quatre années qu'elles ont séjourné dans votre belle capitale, elles n'ont eu qu'à se féliciter des relations sympathiques qui se sont établies entre elles et cette population.

« C'est donc au nom de l'armée française sous ses ordres, comme en son nom personnel, que le maréchal de France, commandant en chef, prend congé de vous.

« Je vous adresse tous nos souhaits pour le bonheur de la chevaleresque nation mexicaine.

« Tous nos efforts ont tendu h établir la paix intérieure. Soyez en certains, et je vous le déclare au moment de vous quitter, notre mission n'a jamais eu d'autre objet, et il n'est jamais entré dans les intentions de la France de vous imposer une forme quelconque de gouvernement contraire à vos sentiments. »

Il n'est pas besoin de commenter les termes de celte proclamation pour faire ressortir combien étaient durs l'allusion de la dernière phrase et l'oubli intentionnel de tout souvenir à l'empereur Maximilien.

DqiiMi doMexin. Lo 5 févrlcr, à dix heures du matin, le maréchal se mit

(la myréclial i i i • p • ' i

f\ de la dernière à la tctc dcs demières troupes trançaises massées sur le

colonne • nir • • a • i ^

lie iroiii)es Pasco, et quitta Mexico, musique en tête, enseignes de-

françaises. , , i , • /. i • i

ployees ; « la population, accourue en toute au point de réunion et groupée sur tout le parcours, resta calme et silencieuse, témoignant par son attitude de sa sympathie pour l'armée qui la quittait, et des appréhensions que ce

W Traduction.

LE JIARÉCHAL BAZAINE. 697

départ lui causait. Les fenêtres du palais étaient compté- i867. tement fermées O. »

Le maréchal alla camper à la Piedad à cinq kilomètres de Mexico ; des postes restèrent encore à la citadelle et à deux des portes de la ville, afin de permettre aux personnes qui le désireraient de sortir librement, et conserver aux troupes françaises lapossibilité de rentrer, si quelque mouvement intérieur ou quelque tentative extérieure le rendait nécessaire.

Le 6 au matin, les derniers points occupés furent évacués, et la colonne française défda sur la route de Puebla, à peu de distance des troupes libérales qui ne tentèrent pas la moindre attaque, et se bornèrent, aussitôt après le passage de l'arrière-garde, à prendre position sur la route.

Le général Marquez déclara Mexico en état de siège.

Le maréchal avait fait prévenir les chefs libéraux que, le rôle de l'armée française étant fini, il n'enverrait plus de colonnes contre eux, mais qu'il entendait conserver la plus grande liberté dans ses mouvements, et châtierait rapidement toute troupe ennemie qui se montrerait à portée de son canon (^). A Puebla, la population ne témoigna ni sympathie ni regrets ; la marche rétrograde se continua dans le plus grand ordre ('). Le général Castelnau partit de Mexico le même jour que le maréchal ; il s'embarqua, le 13 février, à Vera-Gruz.

(') Le maréchal au minisire, 10 février 1867.

<2) Le 27 décembre, une troupe républicaine, forle de sept cents hommes, étant venue occuper Chalco au moment où une colonne française passait à Buenavista, le chef d'escadron d'état-major Billot, commandant la colonne, la .surprit par une marche de nuit, lui tua une cinquantaine d'hommes et ramena de nombreux prisonniers sans avoir un seul blessé.

Cette leçon ne fut pas perdue, car, dès ce moment, les libéraux montreront la plus grande circonspection.

(3) Le raaréclial au ministre, 10 février 18G7.

098 U" PARUE. CUAl'lTRE VII.

^867. M. Dano, ministre de France, dut rester k Mexico.

Le 16 février, le maréchal était à Orizaba ; le 21, le général de Castagny arrivait avec le reste des troupes.

Quelques jours avant, on avait appris la nouvelle d'un grave échec subi du colé de Zacatecas par le général Miramon ; le maréchal écrivit aussitôt à l'empereur Maximilien pour lui offrir encore de l'attendre , dans le cas où ce dernier désastre le déciderait à quitter le Mexique. M. Dano répondit que l'Empereur, « moins quejamais disposé à accepter cette offre, » était parti pour Queretaro, se mettre à la tête de l'armée (').

Le mouvement vers la côte continua donc sans interruption. Les autorités mexicaines évacuèrent Orizaba et Cordova , ne gardant ainsi aucun poste fortifié entre Puebla et Vera-Cruz. Le maréchal quitta Orizaba le 26 février ; le l*^*" mars, il arrivait à Vera-Cruz. Les dernières troupes étaient échelonnées entre Pas odel Maclio et la mer.

Knibarqucuieui Le rctour dcs détachcments français épars dans les pro-

dii corps ;xpé(litioniiair ù Vcra-Criiz.

cxpJitiomi'ain- vinccs Ics plus éloignécs, le mouvement rétrograde d'un

corps de 28,000 hommes jusqu'au port de Yera-Gruzj la concentration d'un énorme matériel, le rapatrien^.ent d'un grand nombre de nationaux qui voulurent rentrer en France ; toutes ces opérations délicates avaient été terminées aussi heureusement qu'on pouvait le désirer : « Nul incident, nulle attaque, nulle complication n'avait apporté le moindre obstacle aux combinaisons arrêtées depuis longtemps. De Mexico à Vera-Cruz, la marche rétrograde

<l) M. D.moau maréchal, 16 février 1S67.

LE MARÉCilAL BAZ.UNE. 699

s'était accomplie à souiiait., avec le plus grand ordre, sans ^867. qu'un coup de fusil eût été tiré. Les forces libérales, groupées à portée des troupes françaises, laissaient à peine voir de temps en temps quelques éclaireui s qui se tenaient à distance respectueuse (*). »

Les troupes, observant une exacte discipline, avaient traversé les villes et les villages de la route sans donner lieu à aucune plainte ; elles avaient supporté, avec une égale patience, tantôt le froid très-vif des nuits sur les hauts plateaux, tantôt la chaleur brûlante du jour sous un soleil de feu, puis les étapes longues et pénibles au milieu d'une poussière affreuse dans cette saison où tout est desséché, et où l'eau manque souvent. Malgré les fatigues, l'état sanitaire était resté très-satisfaisant ; même à Vera-Gruz, où le vomito ne cesse jamais complètement, on n'eut que deux cas à déplorer.

Au l^"" mars, la plus grande partie des troupes étaient déjà embarquées ; et la portion restante du corps expéditionnaire (8,600 hommes) se trouvait rassemblée entre Yera- Cruz et Paso del Macho ; on évacua successivement ce point, puis la Soledad, la Purga, en opérant une retraite par échelons. Cette combinaison était nécessitée par la présence d'un grand nombre de bandes libérales qui pouvaient, à un moment donné, se réunir en une seule masse numérique importante et près desquelles il fallait être sur ses gardes. Le général Benavides, commandant la ligne du Rio Blanco, s'était en effet rapproché au sud jusque vers Medelin ; au nord, Alatorre se tenait seulement à quelques lieues de distance.

Il fallait ne pas agglomérer trop de monde à Vera-Cruz,

(<) Le maréclial :iu ministre.

4867. le vomito y sévissant en toute saison dos qu'il s'y trouve beaucoup d'Européens. Chaque colonne, partant de la Soledad par le chemin de fer, arrivait le soir, campait pendant la nuit, et le lendemain au jour commençait à s'embarquer. Cette opération, à laquelle la marine apporta le plus grand ordre, se faisait rapidement ; elle était terminée vers neuf heures, avant le moment de la grande chaleur ; le soir les bâtiments prenaient le large (^).

Grâce aux démarches faites par le maréchal, tous les prisonniers de l'armée française avaient été rendus par les libéraux , le Phlégéton, envoyé à Matamores, venait de ramener un officier et trente hommes du régiment étranger, faits prisonniers au combat de Santa Isabel, quatre officiers et quarante Autrichiens pris au combat de Camargo. Porfirio Diaz avait déjà échangé les Français restés entre ses mains après le combat de Miahuatlan et la prise d'Oajaca; mais il ne voulut pas, malgré toutes les instances, consentir à rendre les Autrichiens. Le commandant en chef donna une dernière marque de sympathie à ces infortunés compagnons d'armes, en leur faisant parvenir des effets et un mois de solde, environ 1*2,000 fr., que leur paya le trésor français.

Le corps belge en entier et la majeure partie du corps autrichien avaient demandé à être rapatriés. Les Belges s'étaient embarqués le 20 janvier sur le Rhône ; les Autrichiens furent répartis sur le Var et V Allier (21 et 22 fév.).

M. Dano avait continué avec le gouvernement mexicain

(>) Les criihaniueiuciils furent dirigtis par M. 1« (•apitaiiic de frégale Pi-yron, cominaritlaiil li- port de Vera-Cruz. — Le maréchal au luinislre, 1 l mars IH07.

LE yiAUÉCHAL BAZAINE. 701

les pénibles pourparlers auxquels donnait lieu la mise à iso?. exécution de la convention du 30 juillet. Par un arrangement conclu le 22 février, il fut décidé que, chaque partie réservant ses droits, les douanes de Vera-Cruz seraient rendues, le l*^'' mars, aux agents mexicains, et qu'une somme de cinquante mille piastres serait remise mensuellement entre les mains d'un agent français.

Afin de permettre aux autorités impériales de se maintenir à Vera-Cruz, et dans le but de conserver un port où l'empereur Maximilien put trouver un refuge, le maréchal laissa au commissaire impérial des armes, des munitions, des attelages, des objets de campement ; il demanda, en outre, à l'amiral commandant l'escadre, de céder 40 à 30 quintaux de poudre et, s'il était possible, une canonnière qu'on dénationaliserait et qui serait vendue comme impropre au service, ne pouvant être ramenée en France (*). L'amiral consentit à donner trente quintaux de poudre, mais il crut devoir refuser la canonnière. En échange, le préfet de Vera-Cruz remit des traites sur la douane de ce port.

Pour ramener en France le corps expéditionnaire du Mexique, on envoya, sous la protection de l'escadre cuirassée , et des divisions navales des côtes de l'Amérique : trente bâtiments de transport de la tlotte et sept paquebots de la Compagnie transatlantique. Ces navires transportèrent 169 officiers supérieurs, 1264 officiers subalternes, 27,260 hommes de troupes; total : 28,693 passagers et 351 chevaux.

Le premier paquebot de la Compagnie partit de Vcra-

") Le maréchal à Pamiral commandant l'escadre, 7 mars 18C7.

702 h" partie. CHAPITRE VII.

4867. Cruz le 18 décembre 1866, mais l'embarquement régulier sur les navires de la flotte commença seulement le 16 février, et fut terminé le 11 mars (*),

Le maréchal monta sur le vaisseau îe Souverain; le dernier soldat français avait quitté les côtes du Mexique.

Les régiments du corps expéditionnaire furent dirigés sur différents ports de France et d'Algérie.

Le maréchal Bazaine débarqua dans le port de Toulon.

Sur l'ordre de l'empereur Napoléon, il ne lui fut pas rendu d'honneurs militaires. En se soumettant, sans protestation, à cette grave mesure, le maréchal donna plus d'importance à des appréciations, la plupart injustes et mal fondées, sur la conduite qu'il avait tenue pendant les derniers mois de son commandement.

Dernières Au Mcxique, les événements se précipitèrent avec une

opérations ^ • i-x ' /'2^

(les iioupes enrayante rapidité r).

mexicaines impé- ^j , .,. ■■ . , . . , , , i n^-

rides. vers le milieu du mois de janvier, le gênerai Miramon,

avait envoyé un détachement commandé par le général Gastillo, pour occuper Escobedo du côté de San Luis ; lui-même s'était brusquement dirigé sur Zacatecas, avec une colonne de 2,500 hommes, dans laquelle étaient 360 Français. Juarez s'échappa quelques heures seulement avant l'arrivée des troupes impérialistes qui pénétrèrent dans la ville le 28 janvier, y levèrent une contribution de 250,000 piastres, et rétrogradèrent aussitôt (31 janvier).

(') Voir à l'appendice le détail du transport.

(2) Le récit des événements qui suivent est tiré en grande partie d'un rapport do M. le capitaine Madelor, resté à Mexico après le départ des troupes françaises, comme attaché à la légation de France.

LE MARÉCHAL BAZAIKE. 703

Mais, Escobedo ayant laissé un rideau de troupes devant i867. le général Castillo pour masquer son mouvement, atteignit, le l^'" février, près de San Francisco, la colonne du général Miramon et l'attaqua vigoureusement. Une partie de la cavalerie impérialiste ayant fait défection, en quelques minutes la déroute des troupes de Miramon fut complète. Escobedo enleva tout le convoi et dix-neuf pièces de canon; cent trente-huit Français, parmi lesquels quarante blessés, tombèrent entre ses mains. Ces derniers échappèrent seuls aux vengeances des libéraux ; les autres furent fusillés à San Jacinto le 3 février. Miramon, avec quelques hommes, parvint à rallier le général Castillo et rentra, le 8 février, à Queretaro. Le général Liceaga, battu à Guanajuato par le colonel républicain Rincon Gallardo, se réfugia aussi à Queretaro. Carbajal tenta un coup de main sur la place; mais il fut repoussé par le général Mejia, et perdit son artillerie.

Le glanerai Mendez occupait encore Morelia ; le général Tavera, Toluca. Il fut décidé que ces villes seraient abandonnées. Tavera se replia sur Mexico et Mendez, sur Queretaro. Le 13 février, l'empereur Maximilien partit lui-même de Mexico pour se rendre dans cette dernière ville, où devaient se concentrer neuf mille hommes avec 41 pièces d'artillerie. Cinq mille hommes restaient à Mexico ; deux mille cinq cents à Puebla sous les ordres du général Noriega, oflficier âgé et sans valeur. Le total des forces dont l'Empire disposait, s'élevait donc à dix -sept mille hommes et dix batteries, non compris la garnison de Vera-Cruz et quelques détachements du Yucatan. Dans es chiffre, on comptait quatre cents hommes de cavalerie autrichienne sous les ordres du lieutenant-colonel von Khevenhiiller et deux cents fantassins commandés par le major von Hammers-

1807. lein. Six cents Français étaient répartis dans le régiment de ~ gendarmerie et dans un bataillon de chasseurs à pied.

Les libéraux avaient quatre fois plus de troupes. Escobedo arrivait du Nord avec 12.000 hommes; Gorona, de l'Ouest, avec 8000; il avait rallié à Morelia 6000 hommes commandés par Régules et s'avançait avec lui sur Queretaro. Riva Palacio avait 7000 hommes à Toluca et au nord de Mexico; Porfirio Diaz, 8000 devant Puebla. Dans la Huasteca et les terres chaudes de Vera- Cruz, Alatorre, Juan Francisco, Renavides, Garcia, etc., étaient à la tête de contingents importants. Le résultat final de cette lutte disproportionnée était d'autant plus facile à prévoir que, malgré les promesses du clergé, le gouvernement impérial manquait d'argent pour solder ses troupes et n'avait d'autre ressource que d'imposer des contributions énormes aux quelques villes restées en son pouvoir.

En quittant Mexico, l'Empereur emmena le général Marquez comme chef d'état-major. Il laissa la direction des affaires entre les mains d'un conseil de ministres présidé par M. Lares ; la préfecture politique fut donnée au général O'Horan, et le commandement de la garnison, au général Tavera.

siogo cl prise Le 19 février, l'Empereur arrivait à Queretaro ; cette ville

(ic Qiicrctc'iro , . , ,,„ . en- ■ ^ >

i.;.r les forces se montrait encore sympathique a 1 Linpire. bituee au debouché de la Sierra Gorda, pays également dévoué, dans les montagnes duquel on pouvait chercher un refuge en cas d'insuccès, elle offrait une assez bonne position ; mais on s'éloignait ainsi de la côte d'environ soixante lieues.

L'Empereur fut reçu avec un grand enthousiasme; il n'était alors entouré que de Mexicains; pour ne pas nuire à

li liera les

sa popularité, il avait laissé à Mexico les bataillons autri- <867, chiens et n'avait emmené que son médecin, le docteur Basch, et deux serviteurs étrangers. Contrairement à l'avis de Miramon et d'après le conseil de Marquez, l'armée impériale resta sur la défensive ; le 6 et le 7 mars, les troupes républicaines, au nombre de 23,000 hommes, se présentèrent par les routes de San Luis et de Gelaya ; elles attaquèrent le 14 mars, et furent repoussées.

Cependant la ligne d'investissement continuait à se resserrer. L'argent faisait défaut, les renforts attendus n'arrivaient pas ; l'Empereur n'avait pas confiance en M. Lares, dont il connaissait le peu d'énergie. Alors on décida, dans un conseil de guerre, que le général Marquez serait envoyé à Mexico pour se procurer des ressources pécuniaires et organiser la résistance; l'Empereur le nomma lieutenant général de l'Empire et lui donna pleins pouvoirs. Dans la nuit du 22 au 23 mars, il parlit avec onze cents cavaliers par le chemin d'Amealco, Acambay. Villa del Carbon, et, le 27 mars, il arriva inopinément à Mexico. Il était accompagné du général Vidaurri qui devait remplacer M. Lares comme ministre des finances et président du conseil des ministres. Marquez prit aussitôt les mesures les plus énergiques, décréta de nouveaux impôts forcés auxquels ne purent même se soustraire les négociants étrangers, et fit procéder dans les rues de Mexico à une levée générale qui porta indistinctement sur toutes les classes de la société.

Le 30 mars, il sortit avec une colonne de 1900 fantassins, Expédition 1600 cavaliers, et trois batteries, pour se porter au secours générai Marquez de Puebla que Porfirio Diaz assiégeait depuis le 9. On prétendit, plus tard, qu'il trahissait l'Empereur et cherchait à se rapprocher de Santa-Anna qui était attendu à Vera-Cruz.

706 n^ PARTIE. — CHAPITRE VII.

-ise? Cette allégation ne paraît pas justifiée. La conservation de "~ Puebla était, en effet, assez importante pour que le général

Marquez crût de son devoir de sauver cette place ; mais il marcha lentement, et Porfirio Diaz, averti de son approche, brusqua l'attaque. Le 2 avril, il donna l'assaut, pénétra dans la ville, fit fusiller les officiers tombés entre ses mains, et menaça du même traitement le reste de la garnison réfugiée dans les forts. Celle-ci capitula le 4 avril. Les libéraux se portèrent aussitôt contre la colonne de Marquez qui rebroussait chemin sur Mexico ; ils l'atteignirent à l'hacienda de San Lorenzo le 9 avril, et lui barrèrent la route.

Le général Marquez parvint à se frayer un passage par Calpulalpan et Texcoco ; mais il dut abandonner ses malades et fdire précipiter dans les ravins ses bagages et son artillerie. Il s'enfuit jusqu'à Mexico avec son escorte, laissant ses troupes dans la plus affreuse confusion, assaillies de tous côtés par la cavalerie ennemie. Un bataillon autrichien, sous les ordres du colonel v. Hammerstein, réussit cependant à couvrir la retraite, tandis que la cavalerie autrichienne, commandée par le colonel v. Khevenhiiller, chargeait sans relâche, avec la plus brillante bravoure. Grâce au sang-froid de ces officiers et du colonel v. Kodolitsch, commandant le corps autrichien, deux mille hommes et deux pièces de montagne furent sauvés et rentrèrent à Mexico, le 11 avril. Le désordre était si grand, que Porfirio Diaz aurait pu, sans grandes difficultés, pénétrer immédiatement dans la ville ; il ne l'osa pas et se contenta de l'investir.

Les enrôlements forcés permirent au général Marquez de constituer une garnison d'environ 7,000 hommes. Après un premier moment de défaillance, il avait bientôt retrouvé cette énergie cruelle qui ne reculait devant aucune vio-

lence. Il fit fondre des boulets, fabriquer des munitions, et i867. travailler aux fortifications. La famine ne tarda pas à se faire sentir ; mais il inspirait à ses troupes une sorte de terreur, et contenait la population affamée par les mesures les plus rigoureuses.

Des impôts forcés furent décrétés. Les récalcitrants étaient emprisonnés et privés de nourriture ; s'ils parvenaient à se cacher, on occupait militairement leur domicile, et l'on •privait éga^ement de nourriture leurs femmes et leurs enfants. Vidaurri se retira du gouvernement, ne voulant pas prêter la main à ces mesures; les agents diplomatiques rompirent toutes relations avec Marquez, mais celui-ci n'en maintint pas moins cette situation ; il résista aux attaques que l'ennemi menait du reste mollement, et put cacher à tout le monde les tristes événements qui se déroulaient alors à Queretaro.

La petite armée de l'empereur Maximilien avait d'abord obtenu quelques succès. Le 27 avril, Miramon avait culbuté l'ennemi et enlevé vingt canons ; le 1" et le 3 mai, on fit des sorties heureuses ; le o mai, les assiégeants furent encore repoussés avec de grandes pertes ; cependant on souffrait de la faim, et comme le secours que devait amener Marquez n'arrivait pas, il fut décidé, le 14 mai, que, le lendemain, on ferait une trouée à travers les lignes ennemies ;

mais dans la nuit suivante, c'est-à-dire celle du 14 au

15 mai, le colonel Lopez, commandant le régiment de l'Impératrice, livrait à l'ennemi une porte de la ville, située dans le couvent de la Gruz où résidait l'empereur Maximilien. Lopez introduisit lui-même les libéraux, à la tète desquels entrèrent le général Vêlez et le colonel Rincon Gallardo.

Il leur eût été facile de faire immédiatement l'Em-

708 n' PARTIE. CHAPITKE Vil.

4867. pereur prisonnier ; ils y répugnèrent. Le général Vêlez, tout en refusant de servir l'Empire , avait cependant vécu à Mexico jusqu'au mois de février 1867, époque à laquelle il avait rejoint l'armée libérale ; le père du colonel Rincon Gallardo, le marquis de Guadalupe, avait accepté une charge à la cour de l'empereur Maximilien. Ces deux officiers respectèrent le prince qu'une trahison leur livrait. On ne toucha même pas à ses chevaux qui restèrent sellés.

Averti de l'entrée de l'ennemi, l'Empereur s'était levé. Il sortit peu après avec le général Castillo, le prince Salm- Salm ('), un otFicier d'ordonnance, et son secrétaire ; devant la porte, il trouva un bataillon ennemi à la tête duquel était le colonel Rincon Gallardo. Celui-ci le reconnut ; mais cédant à un mouvement chevaleresque, il fit laisser le passage libre à l'Empereur et à ceux qui l'accompagnaient, disant : Que pasen son paisanos ! (Laissez passer, ce sont des bourgeois). L'Empereur quitta le couvent de la Cruz, et se dirigea rapidement vers le Cerro de la Campana, où il fut rejoint par Mejia et Miramon ; ce dernier venait d'être blessé dans la rue.

Le général Mejia offrit à T'Empereur de gagner les montagnes, ce qui n'était pas encore tout à fait impossible. L'Empereur ayant refusé, le général Mejia ne voulut pas partir seul et l'abandonner dans un moment aussi solennel; il resta près de lui. Surprises dans leurs quartiers, les troupes impériales n'avaient pu opposer aucune résistance ; l'Empereur fit arborer le pavillon parlementaire pour arrêter toute effusion de sang et rendit son épée àEscobedo.

(1) Lo prince de Salm-Salm étail ofllcitT prussien ; il avait servi dans la guerre de la Sécession américaine et s'était ensuite attaclié à la l'orlmie do l'empereur Maximilien. Il fut condamné à mort par une cour martiale, puis gracié. Il fut tué à la bataille du 18 août 1870,

LE MAUÉCHAL BAZAmC. 709

Quinze généraux, vingt colonels, 357 officiers de tout igg?. grade furent faits prisonniers (^) ; Mendez s'était caché, ~

mais il fut découvert et immédiatement passé par les armes.

Le siège de Queretaro avait duré soixante-dix jours, pendant lesquels la garnison et les habitants firent preuve d'une grande énergie. La dernière situation des troupes assiégées présente un effectif de 5,637 hommes; les forces de l'ennemi s'élevaient, assure-t-on, à plus de 40,000 hommes, et cependant la trahison seule lui livra la place.

L'Empereur se faisait d'étranges illusions sur les dispositions des libéraux à son égard. Il adressa même à Juarez la dépêche télégraphique suivante (^) :

(jueretaro, 27 mai.

" Je désire m'entretenir avec vous sur des sujets graves et d'une grande importance pour le pays. Comme vous en êtes un ami passionné, j'espère que vous ne me refuserez pas une entrevue. Je suis prêt à me rendre près de vous malgré les fatigues de ma maladie. »

Cette dépêche ne reçut vraisemblablement aucune réponse.

Le gouvernement républicain décida que l'Empereur, les généraux Miramon et Mejia comparaîtraient devant une cour martiale spéciale. Trois autres tribunaux furent formés pour juger les principaux officiers et fonctionnaires. Les officiers d'un rang inférieur furent condamnés à quatre, cinq ou six ans de prison ; on laissa en liberté, sous la surveillance de la police, les lieutenants ou sous-lieutenants d'origine mexicaine; ceux d'origine étrangère furent incarcérés et soumis à d'odieux traitements. Dans les ditterentes villes

<*) Rapport du .wnéral Kscobedo, 30 mai.

(2) D'après une traduction anglaise publit-e dans les Exee. dotum., 1867-68.

710 II" PAKIIE. — CHAPITRE Vil.

1867. Qii ils furent transportés, à Morelia, à San Luis, à Zacatecas, à Perote, ils subirent le sort le plus dur, mais partout aussi ils trouvèrent une généreuse assistance près des familles mexicaines et étrangères.

L'Empereur fut autorisé à faire venir de Mexico les ministres de Prusse, d'Autriche, et d'Italie; M.Forest, ancien consul de France à Mazatlan, représentant la légation française, et le ministre de Belgique les accompagnèrent. Les amis de l'Empereur avaient pensé que la présence de M. Dano serait plus nuisible qu'utile à ses intérêts ; d'ailleurs, le laisser-passerque le ministre de France avait très-vivement sollicité par l'intermédiaire du consul desEtats-Unis, lui fut refusé parPorfirio Diaz ('). L'Empereur avait demande l'assistance de deux avocats de Mexico, M. MarianoRiva Palacio, père du colonel républicain dont le nom a été fréquemment cité dans le récit des opérations militaires du Michoacan, et M. Rafaël Martinez de la Torre. Ils s'adjoignirent MM. Ortega, avocat de Mexico, et Vasquez, avocat de Queretaro.

La cour martiale chargée de juger l'Empereur fut composée de sept membres : un lieutenant-colonel président, deux capitaines gradués commandants, et quatre capitaines. Elle se réunit le 13 juin. L'Empereur, étant malade, obtint de ne pas comparaître devant ce conseil de guerre dont il déclinait naturellement la juridiction.

La défense fut présentée par MM. Ortega et Vasquez, tandis que MM. Riva Palacio et de la Torre se rendaient à San Luis pour implorer la clémence de Juarez.

Le 14 juin, malgré les efforts de leurs avocats, l'Empereur, les généraux Miramon et Mejia furent condamnés à

(1) Voir Exeeulive documents, 1867-1868, correspondance entre M. Dano et M. Olterbourg.

LE 3rARÉCHAL BAZAINE. 711

mort par application de la loi du 23 janvier 1862, rendue au début de l'intervention (^). Les supplications de leurs défenseurs, celles des membres du corps diplomatique, en particulier du baron de Magnus, ministre de Prusse, celles des dames de San Luis qui, en vêtements de deuil, allèrent se jeter aux pieds de Juarez et de son ministre Lerdo de Tejada, furent impuissantes à obtenir la grâce des condamnés C^).

M. Lerdo de Tejada répondit aux défenseurs : «Le gouvernement a éprouvé un chagrin inexprimable en prenant une décision de laquelle il fait dépendre la paix pour l'avenir, La justice et la convenance publique l'exigeaient. Si le gouvernement commet une erreur, elle ne sera le résultat d'aucune pression ; nous l'aurons commise avec une conscience tranquille. C'est là ce qui nous a dicté notre pénible refus à vos suppliques. »

Juarez leur dit, de son côté : « Vous avez dû souffrir cruellement de l'intlexibilité du gouvernement. On n'en peut comprendre aujourd'hui la nécessité, pas plus que la justice qui la dicte. Le temps se chargera de ce soin. La loi et la sentence sont en ce moment inexorables, parce qu'ainsi l'exige le salut public. »

Condamnalion

à mort

et exécution

de l'empereur

Maximilien

(i4juin-i9 juin).

<1) Les incidents du procès de l'empereur Maximilien, qui ne pouvaient entrer dans le cadre de ce récit, se trouvent dans les publications faites par le gouvernement mexicain et par MM. Riva Palacio et de la Torre. Us sont trèsexactement résumés dans l'ouvrage Vlnlercenlion française au Mexique. — Amyot, 1868. — Les Executive documents de 1867-1868 contiennent également un grand nombre de renseignements intéressants.

<2) Au mois d'avril, le bruit de la capture de l'empereur Maximilien avait été répandu aux Etats-Unis. M. Seward lit immédiatement partir pour San Luis un agent spécial, M. Whyte, chargé d'insister auprès de Juarez pour que sa vie fût respectée. Les exécutions des prisonniers français de San Jacinto avaient déjà péniblement ému le cabinet américain , aussi reconimandait-il vivement à Juarez de s'abstenir de vengeances «jui devaient amoindrir la spupatliie pour la cause républicaine. M. Lerdo de Tejada, dans une réponse écrite, contesta

4867. La princesse de Salm-Salm fit l'impossible pour sauver

l'Empereur. Ayant échoué auprès de Juarez, elle tenta d'acheter une partie de la garnison de Queretaro, pour favoriser l'évasion de l'empereur Maximilien et des autres prisonniers. Ces menées ayant été découvertes, Escubedo la fit partir immédiatement, ainsi que les ministres des puissances étrangères -qu'il accusait d'y avoir prêté les mains.

La captivité de l'Empereur fut très-dure; il était gardé à vue dans une cellule du couvent de LasCapuchinas. Bien qu'il souffrît beaucoup de la dyssenterie, on ne lui témoignait aucun égard. On ne s'occupait même pas de sa nourriture ; elle lui était envoyée par quelques familles de la ville, entre autres celle de M. Rubio, qui montra un grand et affectueux dévouement.

L'Empereur s'était adressé directement au président Juarez pour obtenir la grâce des généraux Mejia et Miramon. Au dernier moment, il lui écrivit de nouveau :

« Près de mourir pour avoir voulu tenter si, par de nouvelles instilutions politiques, je- pourrais mettre fin à la guerre civile san-

Ic droit de rcmpcreiir Maximilien et de ses partisans d'être couverts par les lois de la guerre. Tout en ne faisant pas encore connaître la rcsolulion, bien arrêtée déjà par le gouvernement de Juarez , de mettre Maximilien à mort, sa lettre ne laissait que trop prévoir celte détermination. — M. Seward à M. Campbell, 6 avril 1867. — M. Campbell à M. Seward, 15 mai.

Lorsque la prise de Queretaro fut connue à Washington, le cabinet américain, dont les gouvernements européens avaient réclamé les bons offices, renouvela ses instances auprès de Juarez par l'intermédiaire de M. Romero, agent mexicain à Washington. De plus, il envoya l'ordre formel à M. Campbell, désigné comme ministre des États-Unis près de la République mexicaine, de se rendre à son poste. M. Campbell était alors à la Nouvelle-Orléans; il allégua des raisons de santé, des difficultés de voyage, on dut le relever de ses fonctions. Aucun représentant américain ne se trouva donc près de Juarez en ce moment solennel ; il est douteux d'ailleurs que celte intervention eût été assez influente pour faire prévaloir les idées de clémence. — M. Seward à M. (Campbell, l"' juin, 15 juin. — Execulioe documenlx, 1867-1808.

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glante qui riiine depuis bien des années cet infortuné pays, je ferais 4867. avec bonheur le sacriticc de ma vie, si ce sacrifice pouvait contri- "

buer à la paix et à la pi'ospérité de ma nouvelle patrie.

« Intimement convaincu que rien de solide ne peut se fonder sur un sol arrosé de sang et agité par des secousses violentes, je vous conjure de la faron la plus solennelle, et avec une sincérité que m'inspirent les derniers moments qui me restent à vivre, de ne pas faire couler d'autre sang que le mien. Je vous conjure aussi d'employer cette persévérance que j'ai su reconnaître et louer au milieu de la prospérité, et avec laquelle vous avez défendu une cause qui triomphe aujourd'hui, à la noble tâche de réconcilier les espriis, afin de pouvoir fonder d'une manière stable et durable la paix el la tranquillité dans ce malheureux pays. »

Le 19 juin, la sentence reçut son exécnlion. L'empereur Maximilien tomba noblement en demandant encore que son sang fût le dernier versé ; Miramon et Mejia donnèrent, à ses côtés, le même exemple de courage et d'élévation d'âme (').

L'émotion fut profonde dans le monde entier.

Juarez épargna la vie des autres prisonniers de Queretaro, déférés aux conseils de guerre. En mourant le premier, l'Empereur sauva sans doute bien des victimes.

('^ Les détails de cette exécution furent émouvants. Arrivé sur le Cerro de la Campana , l'Empereur prononça quelques paroles d'une voix claire et ferme. Il rappela que son seul désir avait été le bonheur du peuple mexicain, et finit sa courte harangue par ces mots : « Je vais mourir pour une cause juste : celle de l'indépendance et de la liberté du Mexique. Que mon san;,' termine les mallieurs de ma nouvelle patrie. Vive le Mexique ! »

Miramon prit ensuite la parole ; Mejia retta silencieux.

L'Empereur reçut, dit-on, cinq balles dans le ventre et la poiUin>-. Il fut renversé, mais il respirait encore. Deux soldats tirèrent à bout portant ; les deux coups ratèrent. On fit tirer un troisième soldat ; la balle pénétra dans le côté droit et enflamma ses vêtements. Son domestique lui jeta un peu d'eau ; enfin une dernière balle finit ses souffrances.

Quelques mois après, les restes do l'empereur Maximilien furent rendus à l'amiral Tcgclhoff el ramenés en Autriche.

1867. Après la prise de Queretaro, l'armée de siège de Mexico

Capitulation avait reçu des renforts considérables ; la position de Mar-

de Mexico i • i

(24 juin). quez dcvint de plus en plus difficile. Pendant longtemps, il réussit à intercepter les nouvelles de l'extérieur ; toutefois, il n'osa pas s'opposer au départ des avocats et des représentants diplomatiques demandés par l'Empereur, mais il n'en laissa pas connaître la véritable raison. Le 15 juin, il fit publier que le général Ramirez Arellano, arrivant de Queretaro , annonçait que l'Empereur avait fait lever le siège et s'avançait au secours de la capitale.

En signe de réjouissance, on sonna les cloches et les musiques des régiments parcoururent la ville.

Le général Ramirez Arellano, échappé de Queretaro, était en effet à Mexico depuis quelques jours, mais Marquez l'avait fait emprisonner, mettre au secret, et lui avait rendu la liberté seulement à la condition qu'il se prêterait au rôle qui lui serait imposé. Marquez se proposait sans doute de donner le change à la population, afin de se ménager plus facilement les moyens de disparaître. C'est ce qu'il fit en effet le 19 juin, laissant tout le poids de cette situation extrême au général Tavera.

Ce même jour, arinva une dépêche de M. Lago, agissant comme ministre d'Autriche, et intimant l'ordre formel au commandant des corps autrichiens de s'abstenir de toute hostilité. Ces troupes se réunirent alors au palais, et hissèrent le drapeau parlementaire. Un corps français formé de déserteurs , d'isolés, de retardataires, déclara aussi se retirer de la lutte.

La capitulation fut signée dans la nuit du 20 au 21 juin. Le lendemain, les troupes libérales commandées par Porfirio Diaz occupèrent la ville.

Tous ceux qui avaient rempli quelque fonction sous

LE MARÉCHAL BAZAIKL. ^ io

le gouvernement impérial durent se présenter à la pré- <867fecture. Plusieurs personnages préférèrent se cacher, le général Vidaurri entre autres, mais il fut découvert le 8 juillet et immédiatement fusillé; le général O'Horan, ayant été déféré à un conseil de guerre, subit le même soit. Marquez ne fut pas découvert ; il se sauva et put quitter le Mexique.

La place de Vera-Gruz, où commandaient le général Ta- capitulation boada et le général Herran (gendre du général Almonte), "(28juiny!"^ résista encore quelque temps , enfm, le 28 juin, elle fut occupée, après convention, par les troupes républicaines d'Alejandro Garcia et de Benavides. Les autorités et toutes les personnes compromises s'étaient embarquées la veille sur des navires étrangers.

Santa-Anna s'était présenté devant Vera-Gruz, le 3 juin, et l'on disait que, d'accord avec Marquez, il voulait relever le drapeau conservateur; les autorités refusèrent de le recevoir ; comme il continuait ses intrigues, les capitaines des stationnaires anglais et américain le firent arrêter et le forcèrent à s'éloigner. Il se rendit alors au Yucatan, dans l'espoir d'y trouver des partisans, mais il y fut également arrêté et emprisonné par les autorités républicaines.

Le 15 juillet, Juarez rétablit à Mexico le siège de son gouvernement ; tout le pays reconnaissait alors son autorité, même la Sierra Gorda dont la soumission inespérée fut négociée par le général Olvera, l'ancien ami et compagnon d'armes de Mejia.

La plupart des soldats d'origine française et autrichienne purent rentrer en Europe. Les résidents français furent

716 II* PARUE. CHAPITRE Vil.

4867. placés SOUS la protection des agents diplomatiques des Etafs-Unis. M. Dano, ministre de France, quitta Mexico le 8 août, emmenant avec lui un convoi de deux cents Français, hommes, femmes et enfants, qui demandaient à être rapatriés.

Les pouvoirs présidentiels de Juarez furent confirmés par un vote général. Le pays sanctionnait ainsi, indirectement, les condamnations à mort prononcées à Queretaro.

L'empereur Maximilien ne fut pas victime d'une première explosion de vengeance du parti libéral. Sa mort, froidement résolue, était une menace terrible jetée par Juarez et les hommes de son parti à ceux qui, dans l'avenir, seraient tentés de relever un trône au Mexique,

Le 29 octobre 18o9, Miramon, alors présidonl de la république, avait décrété une émission de 15 millions de piastres (7o millions de francs), en bons destinés à amortir les anciens litres de la dctle publique, en général discrédités et sans valeur. La conversion devait avoir lieu moyennant une soulte en argent de 25 ou 28 p. %, selon les cas, et les nouveaux bons devaient être admis dans la proportion de un cinquième en paiement de toutes les contributions (*). Ils portaient un intérêt de 6 p. "/<» dont la moitié était garantie pendant cinq ans par la maison Jecker, chargée de l'émission.

Pour couvrir cette maison de la portion d'iiiLérèt qu'elle garantissait, c'est-à-dire de 3 p. % pendant cinq ans ou de 13 p. °/o, il lui était fait abanûon sur les primes de conversion de 10 p. % de couverture et de 5 p. °/o de commission. Il restait ainsi au gouvernement 10 à 13 p. 7„, selon que la conversion était faite avec une soulte de 25 à 28 p. °« ; la maison Jecker avait le reste. Cette opération lui permettait en outre de se débarrasser des anciens bons qu'elle possédait et de spéculer sur le paiement de l'intérêt des bons nouveaux, puisqu'elle touchait 13 p. "/<, au moment de la conversion, tandis que ses propres paiements au taux de 3 p. "/o étaient répartis sur une période de cinq années.

(') Par exemple, on donnait un ancien Ijon d'um; valeur nominale de iOO [liaslces, qui valait alors en réalité 10 à 42 piastres, et 2'j piastres en argent; en ccbange, on recevait un bon nouveau de 100 piastres portant intérêt h 6 «/„, et accepté comnio argent comptant pour I/o" de toutes les conlrit)Ulions.

720 Ai'i'ENDicii:.

Le commerce dcvail aussi bénéficiiT de celte opération ; les bons qu'on pouvait se procurer à 33 ou 33 p. Vo de leur valeu- nominale, étant acceptés au pair pour le paiement de I/o des droits de toute nature, il en résultait, sur les douanes, un dégrèvement notable dont les légations étrangères furent officiellement informées <i).

La maison Jecker convertit pour une somme de 14,378,700 piastres d'anciens bons qui, pour la plupart, étaient dans ses caisses.

Sur la soulle de 23 p. %, la part du gouvernement étant de 10 p. %, la maison Jecker devait payer environ 1,400,000 piastres, et annuler pour 14 millions d'anciens papiers, dont la valeur réelle n'était que de 1/10 de leur valeur nominale. En échange, elle recevait 14 millions de piastres en papier au pair, tandis qu'elle avait seulement déboursé 2,800,000 piastres ; cependant, cette opération ne procura au gouvernement de Miramon que la moitié de la somme qui devait lui revenir; le reste fut appliqué au remboursement d'avances déjà faites ou au paiement de fournitures militaires.

Au mois de mai 1860, lorsque fut déclarée la faillite de la maison Jecker, elle avait encore dans ses caisses la presque totalité des bons, c'est-àdire • . • • 13.678.249 36 piastres.

Elle avait vendu 700.430 64

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