LE CAPITAINE DUMONT D'URVILLE
Apprend les découvertes du capitaine Dillon,
L'Astrolabe était mouillée 5 le 20 dioiihte 1827, sous Lu: murs de Hobart-Town, ville nouvellenment fondée, chef-lieu du gou- Yernement de Tasmanie. .
L’intention du capitaine d'Urville ,. en arrivant dans ce. port, était, après un court séjour, de continuer à explorer la Nouvelle- Zélande; mais ce fut là.qu’il-eut, pour. la.première fois, anpgissance des découyertes du capitaine, Dillon. … : ::
Indépendamment du, brt scientifique de la mission de L'Astras lahe;, on ayait recommandé à:M. d’Urville. de chercher les traces du'naufrage de la Pérouse. A.son:départ de Toulon, au mois d’avril, a Ba@ÿ on ne connaissait. pas, encore, en France, les, récits faits. à Calcutta, par de çapitaine:Dillon, sur ses découvertes aux îles de Tucopia et Mailicolo.. Seulement le bruil s’était répandu qu’un capitaine américain. axait yu une croix de Saint-Louis entre les mains des naturels d'une île située dans l'intervalle qui sépare la Nouvelle -Calédon:e, de la Louisianne, et l’on supposait que cette décoration ayait pu appartenir.à la Pérause ou à l'un des officiers sous ses ordres,
. Voici quelques passages de] la lettre éorite au Ministre de la Marine par le capitaine d’Urville, datée de Hobart-Town (Terre de, Van- Diémen ), le 4 janvier 1828, arrivée à Paris.le 23 août suivant.
« Le çapitaine Dillon a:paru dans cette colcnie, il y a trois ou quatre mois, ayee son navire la Recherche, et y:a fait un long séjour : je ne: vous répéterai point l’histoire de ses intéressantes découyerles aux îles Tucopia et Mallicolo, mais j'ai consulté ayec soin les persopes les plus respectables d’Hobart-Town, et elles s'accordent à penser qu’il ya du yrai dans ses dépositions.
« J’ai eu un long entretien avec un capitaine qui l’a souvent vu durant sou dernier passage , et qui le connaissait depuis longtemps : celui-ei n’hésite point à ajouter foi entière à ses découvertes ; et, par cette voie, je me suis procuré de précieux rensei- “nemens sur diverses circonstances peu connues jusqu’à présent.
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« Bientôt mon parti a été pris : j’ai demandé ici les vivres qui m étaient nécessaires, les ancres et.autres menus objets qui, me manquaient ençore; tout m'a été accordé avec une célérité qui a répondu à l'empressement que je tampiganlpi et j'espère que»
“En effet, s le capitaine d'Urville appareilla come i il l'avait annoncé, et partit pour, sa nouyelle. destination. Le rapport que nous allons presqu' ‘entier reproduire, va mettre le lecteur à même de suivre le sayant nayigateur dans, ses PRFÉANE® feventigiens
{ - li 21 + FANS j RU L'rl ; ‘+ Î t A Erirait du Rapport adréssé ) S. Er. le Mi inistre de la Marine sur les opérations de la corvelte l'Astrolabe, depuis son départ d' H o= bart: 7 Town, jusqu’à son arrivée d Batavia.
SANVIER 1828.
Rade dé Batavia, à bord de l'Asrolbe, le 31 août 1848!
ht .
Nous quittions Hobart-Towa le 5 j janvier au matin, jouissant tous d’une santé parfaite, ct livrés aux plus flatieuses espérances; d’excellens vivres, n0$ grelins et nos ancres remplacés, garantissaient notre salut , même au milieu des îles les plus.malsaines et des fonds les plus dangereux; enfin le moral. de; l'équipage; jus+ qu’ ’alors vivement ébranlé par les épreuyes terribles auxquelles nous n avions, pour ainsi dire, échappé que par miracle, sambjait se ranimer par degrés , et je comptais sur des succès presque certains. Il est vrai que nous ne pûmes éviter les vents furieux qui soulèvent, une partie de l’année , les flots de la mer jAntaretique , et qui règnent surtout, en cette, saison ,, dans le canal qui sépare la Nouvelle-Hollande bé la Nouvelle-Zélande. Cepsudant nous n’y essuyâmes aucune avarie remarquable; et après, ayoix été long-temps retardés par les vents forcés du N. :N. E. , nous attéigaîmes des régions plus tempérées » et, le 20; NOUS reçOn* nûmes l’île Norfolh. Depuis cette époque, chaque jour d’immenses lits de bacillaire (corpuscules marins qui semblent autsst
tenir de la plante que de l'animal) couvraient les Îots tranquilles de là mer, et nous causaient parfois des alarmes par leur ressemblance surprenante avec l'effet que produisent d'ordinaire les bas-fonds ou les bancs à fleur d’eau. \
La Coquille n'avait pu voir le rocher Malthews ; j’eus le soin de me mettre avec lui dé bonne heure en latitude , et, le 26, nous en passâmes à un où deux milles de distance. Nous ne fümes pas peu étonnés dé voir que cet îlot, qui occupe à peine deux milles de circuit, est un véritable volcan en activité. Ses flancs déchirés, calcinés, et quelquefois recouverts de soufre cristallisé, n’offrent aucune trace de verdure, tandis que d’immenses tourbillons de fumée s’échappent sans cesse de sa cime, et promènent au loin leurs vapeurs sulfureuses. En quittant ce pes bizarre , je crus devoir me déranger un peu de ma route pour reconnaître l’île d’Erronan; jaloux de rattacher , autant qu'il serait possible , les opérations de l’Astrolabe aux excellens travaux de M. d’Entrecasteaux; d'autant plus , que l’année précédente, nous avions déjà vu ce même point. Le 28; nous en passâmes tout près ; et ne le perdîmes de vue que le 29 au soir. |
‘Alors je nesongeai plus qu’à me rapprocher de Tikopia (1), en me dirigeant cependant astez à l'E. pour voir et reconnaître en outre les îles Mitre et Cherry, jusqu'alors assez mal déterminées. Sans céése arrêtés dans notre marche par les calmes et les faiblés brisés de l'E. au N., ce ne fut que le 9 février que nous passâmés à deux ou trois millesde l’île de Mitre , et vimes peu après Pile Cherry, à plus grande distance (ce sont les îles Fataka et AÆnoëdu, én langue des insulaires ). Le 10, au soir, nous arrivâmes devant Tikôpia , et communiquâmes sur-le-champ avec les naturels:'Le Prussien Buchert, de retour à Tikopia depuis trois setaines'seulement, èt devenu historique par les rapports de M: Dillon, promit de s’embarquer volontiers avec nous, si je lui permettais d'amener sa femme, Nouvelle-Zélandaise ; ce que je lui accordai, quoique au fo} cette proposition ne me fût pas du tout agréable. J'envoyai les naturalistes et quelques officiers
(1) Le capitaiuc Dillon écrit Tucopia ; le capitaine d’Urville Tikopia. Le ” capitaine Dillon écrit Vannicob; le capitaine d’Urville Fanihoro,
| 49 F quilles Ü dañsun canot, visiter l'ile et Ms naturels; je passai la nuit en Bu ln ir res- | panne, à très-petite distance, et le lendemain , pour faire route, 1 ire les j’attendis le retour de Buchert. Mais il avait changé d’avis dans la
uuit ; il refusa net d'aller à Vanikoro, sous prétexte que l'air y }
oin de était très-mauvais, et que la fièvre y faisait périr tous les étran- a 4
, nous gers. Le lascar était encore plus éloigné d'accéder à une pareille Le 1es pas | proposition ; et tous les naturels que je me fis désigner par Bu- ë “ milles chert, comme les plus susceptibles de m'être utiles par leur ex- L'R chirés, périence et leur influence , refusèrent également, témoignant 44: offrent par des gestes non équivoques, que la fièvre et ses frissons y * ons de tuaient tout le monde. Un témoignage aussi unauime, joint à ce Vu au loin que Dillon avait écrit de la Nouvelle-Zélande, ne nous laissait tu je crus aucun doute sur les dûugers que nous allions nous-même y courir; M re l'ile mais une pareille considération ne pouvait me retenir, quand les 4 le, les lois du devoir, et plus encore celles de l’honneur, m’appelaient Li 'Entre- impérieusement sur ces plages redoutables. ‘si avions Enfin, je fus réduit à garder deux Anglais, déserteurs d’un “à rès , et navire baleinier, et qui résidaient à Tikopia depuis huit à neuf “4
2 es y
mois, ainsi que cinq naturels qui avaient laissé partir leurs pirogues, et n’avaiept aucun moyen de regagner leur île. Ceux-ci, hu gens du peuple et dépourvus d'intelligence, ne pouvaient m'être
(3) en
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ninées. utilés, et l'humanité seule me força de les laisser à bord et de les De les fai- ÿ nourrir jusqu’à la preinière terre : mais l’un des deux Anglais , us pas- nommé Hambitton, parlait assez couramment la langue de ces 4 u après îles, et me parut disposé à nous rendre tous les services qui déaka et pendaient de lui. Ainsi je me consolai de n'avoir pu gagner Bu le à ivâmes chert, qui eût fini sans doute par élever des prétentions ri- Au les na- dicules, et m’eût été fort incommode avec sa Zélandaise. ne: rois 8e- Sur les renseignemens donnés par les naturels de Tikopia , je bris de fis mettre le cap à l'O. N. O. ; et quoique singulièrement retardés ! s, si je par les calmes, dès le lendemain au soir nous aperçûmes très- pi, ce que distinctement, au coucher du soleil, le sommet des îles Vanikoro. | fat pas De bonne heure, le 14, nous fümes à quatre à cinq milles de la be 4! Miciers pointe orientale » et je commençai à prolonger de très - près les ‘hu buis Le / récifs qui ceignent toute la côte du S. , cherchant attentivemen t GE des un passage par où nous pussions pénétrer. Ce jour, nos efforts” à
furent inutiles; et le vent ayaütfourné à l'O., j'en profitai pour retourner sur mes pas, et me replacer à l’E. de l’île. Le tendemain au matin, j'envoyai le grand canot à terre, sous les ordres de M. Lottin, vers un grand enfoncement sur la partie orientale ; par le moyen d'Hambitton, cet officier apprit que Dillon était entré par l'E. et sorti par le N. de Vanikoro , et il ée fit désigner les endroits où il avait mouillé. Il apprit aussi que les récifs où périrent les deux vaissseaux wacu mara (mara est lé non que donnèrent les naturels aux Français aïnsi qu’à nous) se trouvaient du côté opposé de Pile. | Les vents d'O. persistant et ne permettant pas d'entrer dan la baie, que les récifs resserrent beaucoup de chaque côté, jé voulus mettre à profit ce retard pour chercher l’île Taumako, célèbre par le voyage de Quiros, et dont les géographes ni les navigateurs n’ont pu retrouver la position. Ceux de Tikopia mé la montraient dans le N. O. de leur île, et ceux de Vanikoro dans le N. N. E. de la leur, les uns et les autres à deux où trois jours de pirogue, et me donnaient à l’appui des détails si positifs qu’il ne m'était pas permis de douter de leur véracité. Plusiéurs d’entre eux l'avaient visitée ; et ce qu’ils m’én racontaient, me démottrait évidemment que c'était Ja même île où Quiros s'était arrêté, et où il avait appris l'existence dés îles Vanikoro, qu’ if” écrivit Mallicolo', comme le prononcent incorréctement plusieurs naturels. J'atta= chais un grand prix à fétrouver un point si important en géographie , et où jeusse pu me procurér de l’eau et dés rafraichissémens, suivant le récit de Quiros; maïs je courus en vain $ur le point déterminé par les deux directions qué je viens dé citér ; je ne vis rien, et jé réviné, le 19, mé présenter ‘devant Yanikoro. Après avoir de nouveau fait éxplorér la baie de-l'É., que je ñomierai baie dé Teva , lé 21 je me déterrhiriat X ÿ conduire la corvétté ; et le soir élle fut amärréé dans un pétit hâvre entré dés récifs y que nous avohé appelé hâvre Docili. Cetté bäie , éntièrement éxposée aux vénts et aix houles dé VE. , ‘était loin dé nous offrit un mouillage dsssuré ; füais je ne Songeai qu’à litnportäneé dés motifs dûi m'y appelaient, ét férmai les yeux sur fes dangers que l'Astrolabe pouvait ÿ courif. Pad bünheur , le témps fut
revinr les, 1 de ce:
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ané la ) vOUélèbre ateurs raient E. de ue, et it pas aient nnent l'avait icolo , ’atta= Ôgraens, point e vis Après merai rétté , écifs $ it éxoffrit tanèé an-
a fut
constamment beau durant le séjour que nous y fimes, et nous n'ÿ eûmes pas le plus léger sujet d'inquiétude. Dés le 23 février, j’expédiai M. Gressien avec plusieurs autres
officiers vers les récifs de Vanou et de Païou. Le grand canot qui
les portait était armé en guerre et pourvu de vivres pour trois jours, au cas où les naturels auraient voulu l’attaquer, et où le vent eût retardé son retour. M. Gressien revint le lendemain à midi , après avoir fait le tour entier de l'ile, et s’être procuré par échange quelques objets peu importans du naufrage. Par-tout les naturels s'étaient montrés plus effrayés qu'entreprenans; ils répondirent vaguement et d’une manière évasive à toutes les questions relatives aux vaisseaux perdus sur leurs côtes, et ne voulurent point indiquer le lieu où lon en voyait encore des vestiges.