LE LIEU DU NAUFRAGE EST DÉCOUVERT
Oft essai ne me parut point satisfaisant, d'autant plus que, par les questions que j'avais moi-même adressées aux naturels de “evai et Manevai, les deux villages les plus voisins de notre
ruillage , fl me paraissait constant que les vaisseaux avaient péri près de Païou, et qu’il y en existait encore des traces : ainsi, dès le 96, à trois heures du matin, M. Jacquinot et quatre personnes de l'état-major répartirent dans lé grand canot pour Vanou, et revinrent le soirÿ à onze heures. Après diverses tentatives inutiles, la vue d’un tel de drap écarlate séduisit tellement un de ces sauvages, qu’aussitôt il conduisit le grand canot au lieu
même où périt l'un de cès malheureux bâtimens. Nos gens virent,
disséminés au fond de la mer, à trois ou quatre brasses sous l’eau,
deë äncrés, dés canons, des boulets, des saumons, etc. , et sur-
tout une immense quantité de plaques de plomb, seuls témoins dütäbles dé cette fâtale catastrophe. Tout le bois avait disparu, et léé objéts plis minces en cuivre où en fer étaient corrodés par la rouille, où du moins cotnplètément défigurés. M. Jacquinot tenta de soUéter üunè des ancres; mais les coraux, qui, depuis quarante ans, avaiènt constaminent bâti tout à l’entour, fa retenaient
au fond! avéc tânt de force, qu’il lui eût fe impossible de l l'en
détaché’ sans détiélir le canot.
je pris alors, le parti d'y envoyer la chaloupe elle- même pour relever au moins une ancre et un canon, afin de les porter en Fiaünce comme preuves irrécusables des efforts que nous avions tentés, et du naufrage de nos infortunés compatriotes. Mais avant d'éloigner la chaloupe du bord, je voulus mouiller le navire dans un l'eu sûr et à l'abri de tout événement. La baie intérieure , que je nommerai baie de Manevai, pouvait seule m'offrir cette sécurité, et je me détermingi à y conduire la corvette. Pour cela, il fallait traverser un canal étroit, si obstrué de coraux, qu'en cértains cndroîis il n’offrait pas la longueur de l'Astrolabe, et sur les
bords duquel la mer brisait avec violençe : ainsi c'était une entreprise aussi pénible que dangereute.
Au mouillage , nous n’étions pas restés oisifs : l’eau et le bois avaient été complétés, malgré les chaleurs dévorantes d’un soleil vertical ; et nos petites embarcations sillonnaient chaque jour les baies de Tevai et de Manevai, pour en lever le plan avec toute l'exactitude possible. Nonobstant ces travaux pénibles, togt,le monde se maintint en bonne santé ; 5 M. Srinson et le maître d’équipage » seuls malades en y arrivant, 8 ‘étaient même rétablis, et nous commencions à rire des puériles frayeurs du Prussien et du peuple entier de Tikopia. Personne ne couchait à terre, e! je n'avais permis qu'à M. Gaymard de rester à Nama avec l'anglais Hambitton pour fréquents de plus près les naturels, les questionner plus aisément, ets ‘y procurer des lumièliès plus certaines sur le séjour des Français à Vanikoro, et sur les traces qu'ils auraient pu en laisser. ;
Ce fut le 29, au point du j jour, que nous démarrimes du hâvre Docili pour nous rendre au mouillage de Manevai, J} nous fallut deux journées entières de travaux continuels » depuis cinq heures
du matin jusqu'à huit heures du soir; il nous fallut élonger, mouiller et relever plus de quarante ancres , tant grosses que pe-
tites, par def fonds de vingt-cinq à trente brasses, pour en venir à bout , et ce ne fut pas sans les plus grands périls. Vingt fois je vis la corvette sur le puint d'être entraînée et brisée contre les récifs; et là, tout ce que nous aurions pu espérer, eût été de uous sauver à la plage, pour y rester à la merci des peuples les plus sauvages et les plus dégoütans de la Polynésie; nous n'au-
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rions pas même eu la consolation de jouir des débris du naufrage, var, à toucher ces tristes brisans, l’eau prend de suite huit à dix brasses de profondeur, et le bâtiment s’y serait englouti sans qu’on en vit rien reparaître.
Enfin, dans la journée du 2 mars, l’Astrolabe fut ararrée derrière ke village de Manevai , devant une belle rivière d’eau douce. Ici la baie de Manevai forme un hâvre très-commode, à l'abri des vents, où mouilleraient toutes espèces de bâtimens, et où ils pourraient même abaitre en carène sans courir aucun risque. Les bords de ce beau bassin sont couverts d'arbres et de plantations, et seraient susceptibles de la plus grande fertilité , si l’on en juge par la facilité avec laquelle ils se prêtent aux faibles efforts des habitans. et