CÉNOTAPHE CONSTRUIT SUR UN RÉCIF
Du moment où j’eus acquis l’intime persuasion que les bâtimens de la Pérouse avaient péri à Vanikoro, et où je me fus assuré que tous les officiers de {’Astrolabe, sans exception, parta-
geaient le même sentiment, je leur communiquai le projet, que j'avais depuis long-temps conçu, d'élever près de notre mouillage, à la mémoire de nos malheureux compatriotes, un monument modeste, mais suffisant pour attester notre passage à Vanikoro, et y laisser un témoignage de nos regrets. Cette ouverture fut avidement saisie par tous mes compagnons de voyage. Sur-lechamp, accompagné de plusieurs d’entre eux, je descendis sur le récif qui s’avance en pointe basse et cerne en partie le hâvre de Mangadey, et nous choisimes de préférence une petite touffe de mangliers verdoyans, pour y placer un cènotaphe. Leurs racines entrelacées devaient consolider sa base, tandis que son chapiteau serait assis sur quatre pieux solidement fixés au sol. Je désignai M. Lottin pour suivre le travail des charpentiers et l’érection de ce monument, qui fut commencé le 6:mars au matin,
Alors je ne songeai plus qu’à me préparer à une dernière excursion que je voulais moi-même exécuter vers les récifs du naufrage. Suivi d'Hambitton.et muui de cadeaux, je cormplais descendre au village de Paiou, où les Français paraissent avoir résidé, et, à
reillé Ma avait dèle , M. Ga lesque nature
pronor le lit. © ne dev qu’il a
D'un puis no du N.
et deg huit à leur et dont n
Dés | fièvre s nentan quatre qués, À mais ce N. ,et
Useul ic= ro, que ces
force de recherches et de questions, me procurer, sur leur séjour et leurs rapports avec les naturels, des renseignemens plus positifs que tout ce que j'avais pu obtenir jusqu'alors. J’eusse ensuite essayé de me faire conduire sur le Jieu où l’autre navire avait péri, pour ’assurer s’il était réellement impossible d’en rien retirer, ainsi que l’affirmaient les sauvages : c’eût été le dernier des efforts que j'aurais tentés sur Vanikoro ; car regardant alors ma mission comme complètement remplie à cet égard , j’eusse appareillé dès que le mausolée aurait été terminé.
Mais la fortune, qui, jusqu’au retour de la chaloupe , nous avait protégés dans tous nos desseins , nous fut tout-à-coup infi-dèle , et tous les contre-temps vinrent à-la-fois fondre sur nous. M. Gaymard n’avait pu se procurer à Nama les renseignemens sur lesquels il comptait. Le caractère avide, turbulent et irascible des
naturels lui avait suscité beaucoup d’embarras et de désagrémens, et les cinq jours qu’il avait passés au milieu de ces sauvages n'avaient servi qu’à lui donner l’idée la plus défavorable de leurs dispositions. Il n’en avait rapporté qu'un malaise général , qui s° prononça dès le soir en fièvre violente , et qui le réduisit à garder le lit. Toutefois, je pensai que ce mal n’aurait point de suite, et ne devait s’attribuer qu'aux fatigues du voyage et aux priyations qu’il avait éprouvées.
D'un autre côté, le temps, assez constamment s.. et beau de puis notre arrivée à Vanikoro, se gâta tout-à-fait. Le vent soul du N. O. au S. O., accompagné de rafales assez fortes, d'orage: et de grains pesans. Ces torrens de pluie furent continuels durant huit à dix jours , et nous plongèrent dans une atmosphère de chaleur et d'humidité qui probablement devint la source des maux dont nous fûmes accablés. |
Dès le 6 au matin, je me sentis fort mal, et, le soir même, la fièvre se déclara, avec ses frissons et ses brûlantes chaleurs , auginentant d'intensité les jours suivans. Dans l’espace de trois à quatre jours, sept à huit homines en furent successivement atta qués: Alors jeusse vivement souhaité pouvoir reprendre la mer ; mais cela m'était impossible , avant d'avoir reconnu la passe du N. , et le temps était trop mauvais pour y songer,
nn MR 2 2 OR Se. a
Malgré les progrès de la maladie, les travaux du cénotaphe étaient poursuivis avec vigueur , et, le 14 au matin, il fut entitrement terminé. Consumé par la fièvre, j ÿ "étais parvenu au dernier degré d’affaiblissement, et je pouvais à peine me tenir assis sur le pont. Ainsi j’envoyai M. Jacquinot , à la tête d’une partie de l’équipage , pour procéder à l'inauguration du mausolée. Un détachement de dix hommes armés défila par trois fois à l’entour, et fit trois décharges de mousqueterie , tandis que du bord, : ne salve de vingt-un coups de canon faisait relentir les montagnes de Vanikoro. Les sauvages, glacés d’épouvante , s’enfuirent de toute part, et ; rassemblés près de leurs villages, épiaient avec inquiétude ce que nous allions faire. Après une demi-heure d'attente, leurs deux principaux chefs se décidèrent à venir à bord, où je les reçus avec amitié, leur expliquai, par l'organe d’Hambitton , le but de la cérémonie que nous venions de faire, et leur fis des cadeaux pour les engager à respecter notre mausolée comme la maison de Dieu ( fare atoua ) : : ils le promirent, et accompagnèrent leurs promesses des protestations les plus vives de respect et d'égard pour le Dieu des Français. Mai: je compterais peu sur ià parole de ces mortels grossiers et stupides , si nous n’avions pas eu le soin de n’employer que des matériaux peu susceptibles de tenter leur cupidité : de sorte que , pour le détruire , il faudrait qu'ils se donnassent une fatigue sans but ; ce qui s’accorderait peu avec leur paresse et leur indolence extrême.
ba forme de ce mausolée est celle d’un cube de six pieds sur chaque arête , construit en pierre et surmonté par un obélisque que drangulaire de six pieds d’arête. Celui-ci est fabriqué en planraes de koudi, que j'avais achetées à là Nouvelle-Zélande. Une des faces porte une plaque de plomb, sur laquelle nous fimes graver en caractèrestrès-lisibles l'inscription ci-dessous. D'ailleurs le dessin élégant qu’en a tracé M. Sainson en donnera l’idée la plus exacte , ainsi que de l'inauguration elle-même, à laquelle il âssistait.
À LA MÉMOIRE DE LA PÉROVSE ET DE SES COMPAGNONS ; L'ASZROLABE, 14 Mans 1828.
quel À
‘Cerf rapidi sonnes aucun M. Gr vre à nikorc exact tatives
Le mes y obligè torda tite di Les ci ne pû
Enñ
vec be malad, hardi 1 visiter ne po tres du et j'aff remen cipito
Aloi force « chargé lote , € franch nous f péditi( d'où :
‘Cependant la fièvre poursuivait ses ravages avec une étrange rapidité; dès le 14 mars, il y avait déjà près de vingt-cinq personnes de l” Astrolabe en proie à ses frissons, et hors d'état de faire aucun service. Le ciel s’étant un peu embelli, j'avais expédié M. Gressien pour reconnaître la passe la moins dangereuse à suivre À travers les labyrinthes de récifs qui ceignent le nord de Vanikoro : il apporta à cette délicate exploration tout le zèle et toute l'exactitude qui le caractérisent ; mais ce ne fut qu'après trois tentatives inutiles" qu’il put découvrir un canal praticable, et par le-
quel Astrolabe pût sortir avec quelques chances de succës.
Le 15 , nous quittâmes le hâvre de Mangadeï, et nous avançämes vers la passe du N. ; mais le calme et le vent contraire nous obligèrent à laïsser retomber l'ancre au milieu de la baie : élle ne twrda pas à chasser, et nous nous trouvâmes encere une fois à petite distance des récifs sur lesquels la mer brisait derrière nous. Les circonstances restant les mêmes dans la journée du 16, nous ne pûmes changer de position faute dé bras.
M lé 17 mars, nous profitimes d’une faible brise du S. au £. pour mettre à la voile. Cette manœuvre ne put se faire qu’avec 6 bétiboti de lenteur; car nous avions alors plus de quarante malades hors d'état d'agir; et notre extrême faiblesse avait enhardi les naturels au point que, dans la matinée, ils vinrent nous visiter munis de leurs seules armes , pour épier sans douie s'ils ne pourraient pas ! nous attaquer à l'improviste et se rendre maitres du navires. Je me contentai de leur défendre l'entrée du bord, et j'affectai de leur montrer nos armes à feu , qui étaient ordinairement renfermées. Ce spectacle les effraya, et ils quittérent précipitamment Le navire.
Alors nous nous dirigeñmes vers la passe. À peine avais-jé la force de me soutenir pour commander la manœuvre ; mais j'avais chargé M. Gressien de diriger notre route ; il nous servit de pilote, et le fit avec tant de sang-froid et d’habileté, que la corvette franchit sans accident la passe étroite et difficile par laquelle il nous fallait gagner le large. Ce moment décidait du sort de l’expédition , et la moindre fausse manœuvre la jetait sur des écucils d'où rien ne pouvait lu retirer. Il y à plus; si le mauvais temps
nous eût retenus encore quelques jours dans la rade de Manevai, la fièvre eût sans doute saisi la plupart des hommes qui restaient sur pied , et dès lors notre perte devenait également inévitable. Aussi, malgré notre détresse, nous éprouyâmes tous, en nous voyant délivrés des récifs de cette île funeste, un sentiment de joie comparable à celui d’un prisonnier qui échappe aux horreurs de la pus, dure captivité.
Avant de poursuivre le récit de notre entres Votre Excellence sera sans doute impatiente de conpaître le résultat des ren-
seignemens que nous pûmes nous DFPOUPRS sur le naufrage des Français et leur séjour à Vanikoro.
Du moment de notre arrivée, ces sauvages naturellement fa-,
rouches et défians, comine tous ceux de.la race noire océanique, s: :mblaient avoir adopté de concert un systéme constant de dénégation, et. n’opposaient à nos questions que. ces réponses : Je ne suis ; Je n'ai, pas vu ; cela est arrivé il y a trés-long-lemps, et nous l’avons entendu dire à nos pères. 1] paraît évident que leur conduite à l’égarkdes infortunés qui échappèrent au naufrage ne fut rien moins qu’hospitalière ; et sans doute ils redoutaient que nous ne vinssions pour en tirer vengeance, surtout quand ils apprirent des Anglais et des, nztgrels de Tikopia que nous étions de la même nation que les Maras. Cependant, quand ils se furent as- «urés que nous n’arious aucune intention hostile, et qu'au.contraire nous les comblions d’amitiés et de présens, leur frayeur diminua peu-à-peu ; quelques-uns devinrent plus communicatifs
et répondirent plus volontiers aux questions que je ne cessais de.
leur répéter. Je m’attachai de préférence aux vieillards qui pouvaient avoir été témoins de ce funeste événement , et à ceux qui, plus jeunes, paraissaient avoir le plus d'intelligence, être doués d’une mémoire plus lucide, et par là susceptibles d’avoir mieux retenu ce qu’ils avaient appris de la bouche de leurs pères. Au nombre des premiers, je citerai Valiko, contemporain du naufrage, et premier chef du village de Vanikoro , qui répondit toujours avec beaucoup d'assurance et de précision à mes demandes; un cheftrès-âgé de Manevai, et Moiniba, premier chef religieux
du même lieu et mon ami particulier : parmi les autres, Tanga-
yoa €!
l'an € mère sienne cits,
Al sud-e à-cou une it temet sauve lémer jour s blable vent assise temp:
desce vire, des d nom!
natui ( cér.
l'Ast une | chef:
de t quit afGr.
tem
sitio
ui à
leur
voa et Kavaliki, jeunes chefs très-intelligens , et qui se disaient l’un ét l’autre ; avec vanité, nés d’un père de Tikopia et d’une mère de Vanikoro , ce qui les rapprochait de la vraié race polÿnésienne. En comparant , analysant et discutant leurs différens réeits, voici la version la plus vraisemblable que j'aie pu adopter.