NOUVEAUX DÉTAILS RÉLATIFS AU NAUFRAGE
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À la suite d’une nuit très-obscure, et durant laquelle le vent de sud-est soufllait avec violence: le matin, les insulaires virent toutà-coup sur la côte méridionale, vis-à-vis le district de Tanema, une immense pirogue échouée entre les récifs ; où elle fut promptement démolie et disparut entièrement, sans qu’on en pat rien sauver par la suite: De ceux qui la montaient , une trentaine seulement purent s'échapper dans un'çanot et aborder sur l’île. Le jour suivant, les sauvages aperçurent encore une pirogue , $emblable à la première, échouée devant Paiou; celle-ci, sous le vent de l'île, moins tourmentée par le vent et la mer; d’ailleurs assise sur un fond régulier de 15 à 18 pieds seulement, resta longtemps en place sans être détruite. Tous ceux qui la montaient descendirent à Paiou, où ils s’établirent avec ceux de l’autre navire , et travaillèrent sur-le-champ à construire un petit bâtiment des débris de celui qui n’avait point coulé, Les Français ; qu’ils nommèérent Mara, furent, disent-ils, toujours respectés par les naturels, qui ne les approchaient qu’en leur baïsant les mains (cérémonie qu’ils pratiquaient souvent envers les officiers de l’Astrolabe). Cependant, il y eut de fréquentes rixes, et, dans une d’entre elles, les naturels perdirént cinq hommes, dont trois chefs, et les Français deux des leurs. Enfin, après six à sépt lunes de travail, le petit bâtiment fut terminé et tous les étrangers quittérent l’ile, suivant l'opinion la plus répandue. Quelques-uns affirment qu'il en resta deux, mais qu’ils ne vécurent pas longtemps s'à cet égard, il ne peut y avoir aucun doute , et leurs dépositions unanimes prouvent .qu’il ne peut exister aucun Français , ni à Vanikoro, ni dans les îles Ourry et Edgiasmeba (T'oupoua dans leur langue), ni même à Sainte-Croix { Zntendi ), ou dans les îles
voisines ; il n’y a à Sainte-Croix qu’un seul blanc provenant d'un
baleinier qui l'y avait laissé il y a quelques années. Ceux de Nitandi conservaient encore le souveuir du passage des vaisseaux de d’Entrecasteaux sur leurs côtes. (
Sans doute M. de la Pérouse, après avoir terminé sa reconnaissance de la Nouvelle-Calédonic , avait remis le cap au N. et se dirigeait sur Sainte-Croix, comme le lui prescrivaient. ses instructions, et comme il nous l’apprend lui-même par son deruier rapport au ininistre de la marine, lorsqu'il tomba ,inopinément sur les terribles récifs de Vanikoro, dont l’existence était entièrement ignorée. Il est probable que la frégate qui marchait en avant donna dessus sans pouvoir se relever, tandis que l’autre cut encore le temps de revenir au vent et de gagner le large. Mais l’affreuse idée de: laisser leurs compagnons. de voyage. et peutêtre leur chef, àla merci d’un peuple barbare , ét sans. espoir de revoir leur patrie, ne dut pas permettre à ceux qui: avaient échappé à ce premier péril de s’écarter de cette île funeste ; et ils durent tenter tout ce qui était en leur pouvoir pour arracher leurs compatriotes au sort quiles menaçait. Ce fut, n’en doutons point, la cause de la perte du second navite : l'aspect même des-lieux où il est resté danne un nouvel.appüi à cette opinion ; car, au premier abord, on croirait y trouver une passe entre les récifs, et il est très-possible qu'ils aient essayé de pénétrer par là en dedans des brisans, et qu'ils n’aient reconnu leur erreur que quand leur perte fut aussi consommée. Fees 5%]
Maintenant, s’il m’est permis de hasarder mon opinion sur ce qu’ils devinrent après leur départ de Vanikoro, je pense qu'ils se dirigèrent vers la Nouvelle-Irlande, pour gagner les Moluques ou les Philipines par .le N. de la Nouvelle-Guinée, sur les traces de Carteret ou de Bougainville. Ce sera sur la côte occidentale des îles Salomon qu’on pourra, par la suite , retrouver quelques indices ultérieurs de leur passage, L’état dans lequel ils devaient se trouver, ne pouvait guère leur permettre de se hasardér par le détroit de Torrès; car on doit s’imaginer qu’ils avaient été singulièrement affaiblis par les maladies et leurs combats avec les na-
turels. :
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Le groupe de Vanikoro se compose de quatre‘îles, dont deux assez grandes et fort élevées, et deux très petites, qui, toutes ensemble , au premier abord, paraissent n’en former qu’une seule , entourée d’un récif immense de trente à quarante milles de circuit.
Cette terre paraît avoir été vue, pour la première fois, en 1791, par le capitaine Edward’s, de la Pandora, qui la nomma Pült ; et c’est très-certainement la même île que legénéral d'Entrecasteaux appela l'Zle de la Recherche , en 1793, et qu’il jngea beaucoup plus petite qu’élle n’est, à cause de la grande distance. (12 à 1 lieues) à laquelle le vént l’obligea d’en passer.
Enfin, nous-mêmes sur la Coquille,.en 1825, nous n’en pas-
sâmes qu’à cinq ou six lieues : n’était-çe pas une sorte de fatalité
attachée au nom de notre‘illustre la Pérouse, que deux expéditions françaises dûssent passer si près du théâtre de son infortune sans en avoir connaissance, et qu’une tr: isième ne pût y pénétrer qu'au risque de partager son sort ?. .
Jamaïs les habitans de Vanikoro n'avaient vu de, vaisseaux européens avant ceux de la Pérouse; celui de Dillon fut le second, et le nôtre letroisième, qu'ils purent contempler.
: Les productions de Vanikoro sont les mêmes que celles des îles vôisines de Sainte-Croix, des Nouvelles Hébrides , de la Nou-
“velle-frlande, etc. :Les habitans appartiennent à la même race
noire , et durent être jadis beaucoup plus industrieux qu’ils ne le sont aujourd'hui. Le navire échoué devant Païou devint une source féconde de trésors pour eux. Depuis quarante ans, les naturels des îles voisines y venaient’ apporter les objets de leur industrie, pour les échanger contre des morceaux de fer; ct ceux de Vanikoro se procuraient ainsi leurs armes, leurs nattes , leurs bracelets , leurs colliers ; etc., sans se donner la peine de les fabriquer.: Cependant cette mine de richessses commençait à s’épuiser, et il a fallu les deux expéditions de Dillon et de PAstrolable pour la rauimer, en leur apportant une foule de
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haches, couteaux, ciseaux, colliers , etc. Du reste, tousces objets sont bien peu appréciés par eux, et je ne crains pas de dire qu’en France on en tirerait un parti plus avantageux , tant , d’une part, le fer est déjà devenu commun pour ces sauvages, et tant ; de Fautre, les vivres-sont peu abondans.
-Domonr-n’Unvicze.